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Liste des sujets

Alter Ego .

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
15 janvier 2010 à 22:06:25

Cette fois, c'est la bonne :fete: !

On va enfin clore le premier volet de ce qui a ressemblé (pour moi), à une belle saga, humaine et littéraire, vivante, tantôt joyeuse, tantôt désespéré.
Les dix-huit mois passé à cette rédaction m'ont vu évolué, murir et parfois douloureusement ouvrir les yeux. Je me suis accroché, pour et grâce à vous.

Alors dèja, un grand merci aux fidèles de la première heures, pour n'avoir jamais désepéré sur un cas justement désespsrant.
Mention spéciale à Aristimbault pour le formidable boulot de sa bêta-lecture et la patience avec laquelle il l'a fait.

Bon, alors, rentrons dans le vif du sujet. Alter Ego, c'est bouclé. Une belle fiction de (beaucoup) quelques dizaines de pages, que j'espère fluide et simple. Un texte qui contient parfois des surprises, bonne ou mauvaise. Et quand je parle de surprise, j'entends aussi bien la syntaxe que le contenu.
Le découpage des chapitres sera revu en temps et en heure, mais je me suis fixé de ne jamais dépasser les dix pages par chapitre, pour éviter de longue plage parfois ... longue justement, car sans coupure.
Le rythme de publication sera d'un chapitre semaine, ce qui devrait être tenable pour vous comme pour moi.

Sans plus attendre, voilà donc le premier jet.
Bonne lecture.

Et encore, merci :-) !

Première Parabole
20 janvier 2070 – 8 juin 2070
Paris, Ivry, ailleurs.

I. Stupeurs
Paris, 20 janvier 2070, 9h20
Ancien palais omnisports Paris-Bercy, Zone interdite n°17

Il neigeait. Un ciel gris, surréaliste, avec cette teinte si particulière que lui donnaient les flocons hivernaux. Et nous, nous étions là. Une simple poignée d’homme dans une zone démilitarisée parisienne, coincée dans ce qui autrefois fut l’arène des émotions. Aujourd’hui, tout était vide. Un toit de tôles, éventré par l’épée invincible du temps. Nous, assis sur d’antiques chaises en plastiques, à ne rien faire qu’attendre.
- Sergent.
- Oui, Dugommier ?
- C’est l’heure sergent.
- Parfait, alors pliez bagages. Dans cinq minutes, nous devons être prêt à partir.
- Bien, sergent.
Et ce fut comme ça que tout a commencé. Une longue journée qui nous attendait.
En bon sous-off’, je n’ai pas décollé mon cul de cette chaise. Comme par miracle, tout avait fini par se retrouver rangé : les quelques tentes et le matériel se faire remettre en ordre de bataille, quelques duvets soigneusement pliés, les unités de contact satellites éteintes, et tout un tas de petits plaisirs qui ne me servait plus désormais. Des rations de combats, un semblant de douche, quelques fusils sniper dernier cri. Moi, j’avais déjà tout embarqué. Pas grand-chose, mais assez pour tenir un mois sans se réapprovisionner : trois tubes nutritifs à haute concentration, une paire de mains mécanique de rechange, une cape motif treillis que je ne quittais jamais, et un générateur plasma de secours, pour faire fonctionner ce corps qui n’en étais plus un.

Je m'appelais Christian. Matricule Kris-30.06.66. Sergent de l’unité B-R59. Et j’étais là. Au milieu de ce putain de merdier.

Je me lamenterais pas. Ça serait complètement inutile, et dangereux pour ce qu’il me reste d’humain. Mais aujourd’hui, ça faisait trois ans. Joyeux anniversaire, ô toi la France qui n’est plus que l’ombre de ton passé. Trois ans depuis le début. On assassine l’Innocence d’une paix éphémère à coup d’attentats meurtriers dans le métro, lentement, avant que tout n’explose. Paris en guerre civile. Paris sous la mitraille du lance-roquette artisanal. Paris ou la guerre des gangs. Paris ou l’Impuissante. Trois ans à se surveiller sans arrêt, à boucler les quartiers « sensibles » sous un important dispositif militaire, à déclarer des zones « interdites » car suspectes. Trois ans à jouer au chat et à la souris dans une ville qui se décrépit. Il y avait Sarajevo à la fin du vingtième siècle. Mais notre Sarajevo, à présent, c’est elle. Des bâtiments refait façon mitrailleuse gros calibre. Tour Eiffel décapitée. Assemblée nationale emmurée. Barrages à n’en plus compter. Lignes de métro coupées. Et le silence. Souvent. Il y a eu tant de morts pour rien, tant de sacrifices vains qui ont, à jamais, détruit l’image rose bonbon de l’ancienne capitale des cons. On m’a éjecté dés le début dans ce trou à rat. Jamais ils ne te mettront en première ligne m’avait dit un sergent anonyme, la veille du grand soir. Mais la roue du progrès a tourné. Et je suis devenu un poids mort qu’il fallait rentabiliser. Un pauvre militaire formé au rabais qu’on avait vendu aux armées françaises, en même temps que des dizaines d’autres. Trois ans déjà.
On était six. Comme tous les matins, on levait le camp. La zone interdite dix-sept, la saharienne comme on l’appelait, c’était un désert humain. Un grand quadrilatère coincé entre le quai et le Boulevard de Bercy, la rue de Charanton, jusqu’au périph’ sud. C’était grand. Très grand. La seule porte d’accès au nord, c’était le palais omnisports de Bercy, coincés entre les plaques de bétons de cinq mètres sur trois posées à la va-vite. Alors avant de patrouiller, on allait voir les collègues. La Saharienne, c’était plutôt calme. Quelques infiltrations de temps à autres, mais on reprenait vite le contrôle de la zone. Une routine usée, alors on essayait de s’occuper un peu. Mes gars prenaient un café le matin, vers neuf heures et demie. C’était un rituel, presque un pèlerinage sacrée, et je me faisais engueuler s'ils n’y avaient pas le droit. Et ce vingt janvier, je n’ai pas dérogé à la règle. Ambiance bonne enfant, sourires fades sur les lèvres, on est sorti de ce maudit ventre de ferraille qui pourrissait dans le vent. Dix minutes plus tard, on était sur les marches, juste à coté de l’entrée de métro pas encore condamnée. L’unité B-R63 était au complet, soit neuf hommes, tous soldats de seconde classe, des paumés comme nous, et à leur tête, le sergent Armestri. C’était devenu un excellent ami, et on se tutoyait. Lui en avait bientôt trente-cinq ans, moi tout juste vingt-quatre. Julio de son prénom. Un fils d’immigré qui rêvait d’ascenseur social, et qui se retrouve à éponger la merde des français bien lotis. Tous ceux qui avaient pu étaient parti au-delà de la petite couronne, à dix kilomètres de là. Le gouvernement s’était réfugié sur Lyon, maintenue artificiellement par l’omniprésence militaire. La loi martiale courrait toujours, officieusement. Avec ses avantages comme ses inconvénients. Mais toute cette propreté, c’était loin de nous. Une forme dans la brume, qui tentait d’exister. Un flou artistique à coups de fusils à pompe, de décharges de tazzer, d’anesthésiques en fléchettes, et parfois de balles ionisées. Mais c’était loin. A jamais, ça resterait loin de nous.
Lui, il était brun, bien foutu et blagueur. Un sacré sens de la répartie comme de l’insulte sarcastique. Moi j’étais blond, un corps métallique, et plutôt réservé. J’évitais la confrontation quand lui n’hésitait pas à narguer les membres de gangs. C’était vraiment quelque chose d’incroyable, surtout quand il racontait ses anecdotes. Lui il aimait cette guerre sans fin, quand elle m’avait volée ma vie passée. Mais on était là, hasard des affectations. Il fumait tranquillement une cigarette quand nous sommes arrivés dans le kiosque à journaux, un lieu de rendez vous prisé parce que l’un des rare ou l’on pouvait trouver de l’électricité gratuitement. L’odeur du café chaud, c’était un vrai délice. Même moi qui ne pouvais plus goûter ce plaisir, j’avais du mal à m’en passer.
- Hey ! Christian ! Comment ça va ?
- On dira que j’ai vu pire …
Il ne dit rien, se plongeant dans la couleur ambrée du café noir encore bouillant. La nuit semblait tenir la partie avec le jour. Une semi-pénombre à peine troublée par la météo chaotique. Alors on se tassait à quinze dans huit mètres carrés. Ça tenait chaud, et puis le café n’était pas loin. Les immeubles à coté n’étaient pas d’un grand secours. La plupart blessés, ou complètements détruits par les bombes d’un combat ancien. Le ministère des finances tenait encore debout, miracle ou hasard des tirs.
- Cigarette ?
- Oui, merci.
Il me tendit un long tube blanc, un peu tordu et qui sentait le tabac humide. Il alluma le briquet, et j’inhalais profondément la fumée bourré à la nicotine, un shoot de plaisir léger qui courut dans mon cerveau. Les habitudes dangereuses sont les meilleures. Même celles qui prennent quarante ans à vous liquider.
- La nuit a été calme.
C’était un simple constat.
- Pour nous aussi. Et la journée semble bien partie sur la même voie.
- C’est tout le mal qu’on peut lui souhaiter.
- Eh ! J’en ai une bien bonne à te raconter.
Je souriais. J’allais encore savourer ce délicieux plaisir de racontar. Je buvais déjà sa voix chaude un peu rêche. Ce petit caillou méditerranéen qui lui roulait sur les dents, si discrets et si mélodieux.
Un sifflement. Sa tête explosa, dans un bruit de succion horriblement sadique. Un regard halluciné, figé, et il s’écroula d’un bloc sur le sol en lino.
- Sniper ! A terre ! Criais-je
Aussitôt, une seconde balle siffla au dessus de ma tête, avant de se ficher comme un gros moustique dans la main droite d’un de mes hommes. Il hurla de douleur.
- Merde, merde ! Y en a un autre ! A couvert !
Cinquante mètre avant la bouche du métro. Un homme en condition normal avec onze kilos sur le dos mettrait dix à quinze secondes. C’était trop, beaucoup trop. J’aimais pas faire ça, mais j’avais pas le choix. J’attrape le gars qui s’est mangé une balle et je le planque derrière moi.
- On va se mettre à l’abri dans le métro. Mais surtout, vous attendez mon signal.
- B…bien, sergent.
Il était blanc comme un linge. La balle avait traversée la main, avant de ressortir et de se ficher dans son gilet pare-balle. Mais il n’y avait pas un seul kit médical. Tous laissés dans le POPB. L’habitude avait eu raison de notre attention. Il fallait réagir vite, ou on finirait tous troués. Je déchirai un morceau de ma cape, et je lui tendai.
- Enroule ta main là dedans.
- Merci, sergent Kris’.
- Tu me remercieras quand on sera dans le métro. Ou en Enfer, si on y passe.
Un léger sourire. Il devait souffrir le martyre.
Un troisième projectile siffla. Juste à coté d'un autre gars. Sûr qu'il y serait passé s'il s'était levé. Le temps pressait. Je devais vraiment le faire. Je n’avais plus d’autre choix.
Ma conscience humaine s’arrêta de vivre son cours linéaire. Ce vingt janvier, à dix heures dix-sept, c’était la machine de mort qui se relevait.
Ma vision changea complètement. Elle oscillait entre des dizaines de couleurs toutes plus vives les unes que les autres, diagramme retranscris de la chaleur des corps. Une cible se verrouilla juste sur le haut du ministère, à deux cent mètres de nous, et clignota en rouge. Un petit déclic résonna un court instant, entre deux respirations, juste au dessus de mon épaule gauche. Le bruit d’un flash qui se charge. Et la balle s’enfuit. Il lui fallu à peine une seconde pour toucher sa cible, explosant en une magnifique boule rouge-orangée qui illumina le ciel gris quelques instants, avant de se flétrir, son œuvre de mort accomplie. Le premier sniper n’était plus qu’un petit tas de cendres.
Il y avait eût deux angles de tir. Le premier, c’était celui qui avait blessé le soldat Falkès. Le second, au jugé de l’angle, se trouvait plus bas. Beaucoup plus bas. Analyse rapide. Seule probabilité fiable : un point situé à une dizaine de mètre de haut et à plus de huit cent mètres. Un parking désaffecté, le long des voies de la gare de Lyon. Cible verrouillée. Il rechargeait déjà son fusil. Angle de tir calculé. Chargement de la balle. Feu !
Elle siffla dans le vent, passa sous l’arche du ministère sans ciller, filant à la vitesse du son sur l’homme. La neige aurait dû la dévier. Mais l’ordinateur avait tout calculé, y compris ça. C’était fascinant de voir à quel point la mort pousse à créer, à ruser, à imaginer de sordides palais de concept.
Elle tournoya lentement. Une balle perforante sortit de son canon. Elle aussi, parfaitement ajusté à mon regard artificiel. Entre les deux yeux.

Suledhel
Suledhel
Niveau 10
16 janvier 2010 à 01:09:56

« Une simple poignée d’homme dans une zone démilitarisée parisienne, coincée dans ce qui autrefois fut l’arène des émotions. » hommes

« Nous, assis sur d’antiques chaises en plastiques, à ne rien faire qu’attendre. » plastique

« Dans cinq minutes, nous devons être prêt à partir. » prêts

« […]et tout un tas de petits plaisirs qui ne me servait plus désormais. » servaient (tu insistes clairement sur le nombre de plaisirs et non pas sur l’ensemble, donc c’est mieux que le verbe soit au pluriel)

« Pas grand-chose, mais assez pour tenir un mois sans se réapprovisionner : trois tubes nutritifs à haute concentration, une paire de mains mécanique de rechange, … » mécaniques

« Des bâtiments refait façon mitrailleuse gros calibre. » refaits

« On m’a éjecté dés le début dans ce trou à rat. » rats

« La seule porte d’accès au nord, c’était le palais omnisports de Bercy, coincés entre les plaques de bétons de cinq mètres sur trois posées à la va-vite. » coincé

« Quelques infiltrations de temps à autres, mais on reprenait vite le contrôle de la zone. » de temps à autre

« C’était un rituel, presque un pèlerinage sacrée, et je me faisais engueuler s'ils n’y avaient pas le droit. » sacré, s’il n’y avaient pas droit ou s’ils n’en avaient pas le droit, mais pas les deux mélangés :p)

« Ambiance bonne enfant, sourires fades sur les lèvres, on est sorti de ce maudit ventre de ferraille qui pourrissait dans le vent. » bon enfant (toujours invariable)

« Un fils d’immigré qui rêvait d’ascenseur social, et qui se retrouve à éponger la merde des français bien lotis. » Français (avec majuscule)

« Tous ceux qui avaient pu étaient parti au-delà de la petite couronne, à dix kilomètres de là. » partis

« La loi martiale courrait toujours, officieusement. » courait

« Lui il aimait cette guerre sans fin, quand elle m’avait volée ma vie passée. » volé

« Il fumait tranquillement une cigarette quand nous sommes arrivés dans le kiosque à journaux, un lieu de rendez vous prisé parce que l’un des rare ou l’on pouvait trouver de l’électricité gratuitement. » rendez-vous, rares

« Il alluma le briquet, et j’inhalais profondément la fumée bourré à la nicotine, un shoot de plaisir léger qui courut dans mon cerveau. » inhalai

« Ce petit caillou méditerranéen qui lui roulait sur les dents, si discrets et si mélodieux. » discret

« Sniper ! A terre ! Criais-je » criai

« Aussitôt, une seconde balle siffla au dessus de ma tête, avant de se ficher comme un gros moustique dans la main droite d’un de mes hommes. » au-dessus

« Cinquante mètre avant la bouche du métro. » mètres

« Un homme en condition normal avec onze kilos sur le dos mettrait dix à quinze secondes. » normale

« J’attrape le gars qui s’est mangé une balle et je le planque derrière moi. » Passage au présent alors que le reste est au passé

« La balle avait traversée la main, avant de ressortir et de se ficher dans son gilet pare-balle. » traversé

« Je déchirai un morceau de ma cape, et je lui tendai. » tendis

« Elle oscillait entre des dizaines de couleurs toutes plus vives les unes que les autres, diagramme retranscris de la chaleur des corps. » retranscrit

« Une cible se verrouilla juste sur le haut du ministère, à deux cent mètres de nous, et clignota en rouge. » deux cents

« Un petit déclic résonna un court instant, entre deux respirations, juste au dessus de mon épaule gauche. » au-dessus

« Il lui fallu à peine une seconde pour toucher sa cible, explosant en une magnifique boule rouge-orangée qui illumina le ciel gris quelques instants, avant de se flétrir, son œuvre de mort accomplie. » fallut, rouge orangé (adjectifs de couleur composés invariables)

« Il y avait eût deux angles de tir. » eu

« Seule probabilité fiable : un point situé à une dizaine de mètre de haut et à plus de huit cent mètres. » mètres, huit cents

« Elle aussi, parfaitement ajusté à mon regard artificiel. » ajustée

Malgré les fautes, ton style est agréable, semblable à celui que tu avais lors du DdP, donc à ce niveau-là j’ai trouvé mon bonheur. C’est très fluide, oral, un peu haché aussi (avec les phrases nominales et averbales), ce qui peut parfois s’avérer lourd au bout d’un moment si utilisé à outrance et de façon exagérée, ici de façon générale c’est pas le cas, même si à une ou deux reprises j’ai trouvé que tu aurais pu en assembler quelques unes pour faire une phrase plus longue. En tous cas ça crée plus d’impact quand c’est court, presque jeté brutalement à l’écran, comme quand tu évoques Paris « Paris en guerre civile. Paris sous la mitraille du lance-roquette artisanal. Paris ou la guerre des gangs. Paris ou l’Impuissante. », ce qui sert ta description d’une ville déchue, abîmée, usée jusqu’à la corde. Quant à tes descriptions, c’est presque comme si tu évoquais plutôt que de décrire, ou alors, tu cites les traits principaux, presque les caractéristiques techniques, de la chose que tu décris. D’ailleurs l’effet est renforcé par tes phrases courtes. Comme tu sembles ici évoquer la question des machines, je trouve ça plutôt pas mal, parce qu’en effet ça donne une impression de « machine », de compartimentage comme pourrait le réaliser un ordinateur, presque. Mais à côté de ça, il y a aussi des descriptions plus détaillées et imagées, ainsi que l’expression de sentiments humains, ce qui reflète, si j’ai bien compris, la situation du narrateur : entre l’homme et la machine. D’ailleurs je suis assez intriguée par cet élément-là, j’attends d’avoir plus de précisions sur son « état », mais en tout cas je pense que ça peut permettre de soulever des thèmes et des problématiques intéressantes. Va-t-il plutôt pencher vers son côté « machine », ou son côté humain ? Pour le moment il a l’air de s’accrocher à son humanité, sauf en cas d’extrême urgence comme lors du combat à la fin du passage… Bref, j’ai hâte de voir ce que tu vas faire de tout ça ^^ Surtout avec ce cliffhanger à la fin, bien qu’on puisse supposer assez logiquement que tu ne vas pas ziggouiller ton narrateur tout au début de l’histoire, mais bon… A part ça j’apprécie aussi le ton simple et désabusé du narrateur.

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
16 janvier 2010 à 06:55:34

Wow ... Bah merci pour ce relevé d'ortho relativement précis ( ça pique les yeux vu comme >< ). J'ai honte, j'ai tellement honte, surtout que word ne veut même pas prendre en charge les plus grosses fautes ( une version en anglais refilé d'un pote d'un pote, donc pas les cd pour avoir la correction française). Pourtant j'ai lu, j'ai relu, encore relu, et il y en a toujours beaucoup trop.

Mea culpa donc.

Bon, ensuite, je suis très content que cela t'ai globalement plu. Pas grand chose à préciser sur la première partie de ce premier chapitre, si ce n'est que tu as une très bonne intuition mais chut ! La suite sera bientôt là :-p ...

Donc, j'en profite pour lancer un avis : je cherche un bêta pour une relecture assez poussé sur Alter Ego. Pour l'instant, relire les deux premiers chapitres me parait correct comme longueur donc ... si vous vous sentez une âme chevaleresque, faites moi signe :-) ...

Sarezzo
Sarezzo
Niveau 8
16 janvier 2010 à 13:19:25

Je veux bien me charger des derniers moi ( :noel: ) mais ça prendra du temps je te préviens.

Suledhel
Suledhel
Niveau 10
16 janvier 2010 à 17:29:29

J'avoue, j'aurais fait la faute aussi. :-)

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
17 janvier 2010 à 12:19:51

Merci, merci :-) !

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
17 janvier 2010 à 13:30:15

Suite et fin du premier chapitre :-) .

Se pencher pour sauver sa peau, et laisser crever le gars qui était derrière moi. Mettre ma main entre les deux, et foutre en l’air mon bras droit. Ou la laisser se ficher dans la cible rouge qui scintillait juste à la naissance de mes sourcils.
Non. Le choix était évident, mais je refusais. La machine gagne. L’homme perd.
Surpression de l’air, et choc lumineux. La balle siffla, brûlant l’air de sa trajectoire fatale.
Les balles se croisèrent, dans un mouvement si rapide qu’aucun homme n’en gardera un souvenir. Croisement, et éloignement. Elles percutèrent leurs cibles respectives. L’une explosa, l’autre pénétra. L’une apportait la Mort. L’autre était une tentative désespérée de vie.
Un simple gobelet avait tout changé. Posé sur le coin d'une table de fortune, impassible dans la mort qui s'abattait ici-bas. Pourquoi aurait-il bougé d'ailleurs ? Qu'en avait-il à foutre de disparaître ou d'exister. Mais lui, il était là. Je l'attrapais d'un mouvement de bras, conscient du danger que je prenais. Juste à temps. Le métal avait obéi au Métal. La balle, en une poussière de seconde, percuta la surface en zinc du récipient. Un simple décalage de main avait tout changé. Un mouvement incroyablement rapide, impossible pour un homme de chair, et j’avais tout changé. L’espace infime qui séparait les deux bords de ce foutu moque de café, la balle filait. Changer l’angle, changer de destin.
L’explosion résonna jusqu’à nous. Mais je l’ai à peine entendu. Un écho lointain d’un monde presque évanescent. La corolle de fer m’avait sauvé. J’avais du mal à le croire.
- Allez-y !
C’était plus ma voix. C’était celle de la machine. La voix métallisée d’un combattant du siècle des Ténèbres. L’Homme machine à tuer dans sa force la plus brutale et la plus accomplie. C’était moi et c’était un Autre. Un simple programme vocal asservi par un système serveur dynamique à connexion neurale. Un révélateur. Une photo stéréo. Le danger guettait encore. Ce corps s’éleva seul, courant après les hommes qu’il commandait. Le pas métallique et gracieux d’un cyborg militaire dans la neige de Paris.
C'est à ce moment-là que tout a basculé. C'est comme ça que je suis devenu un "héros". Ironie du sort, c'était là que tout allait se terminer.
Je m'engouffrai dans les escaliers. Ma vue retrouva un semblant de normalité, excepté le fait que dans la pénombre des couloirs souterrains, j'y voyais comme en plein été. Dehors, le silence était retombé, emprisonnant une fureur passée dans sa gangue de poudreuse immaculée.
J'étais étrangement calme. Celui que je considérais comme mon meilleur ami venait de se faire descendre, mais je n’étais ni triste, ni angoissé. L’interface visuel m’indiqua qu’il venait de déliver toute une série de drogues compensatrices. Telle une vague venue du fond de la mer, je sentais leurs effets agir aussitôt. Mes muscles se tendirent, mon esprit s’affuta encore. L’efficacité prévalait sur le sentimentalisme, préservant par la même mes facultés de discernements . Et je n'avais que trois constats à faire : un sergent était mort, des snipers étaient apparus dans le secteur alors qu'on en avait pas vu depuis plus d'un an, et j'avais laissé mes hommes déserter leur zone. Ce qui faisait un bon paquet de paramètres suffisamment instables pour que la situation ne dégénère. Non, vraiment, ce n'était pas le moment de paniquer.
- Sergent ?
C'était Kalaz. Le pauvre type qui s'était fait éclaté la main façon steak haché. Il saignait salement, et le morceau de cape que je lui avais filé était saturé. Ça goûtait sinistrement sur le sol gras du couloir de métro.
- Si tu t’endors, je t’achève ...
Je lui souris. Il me le rendit, malhabile. Je déchirais un autre bout de ma cape, usée par le frottement et qui s'élimait par endroit.
- Quelles sont les réserves alimentaires ?
Un des soldats ouvrit son sac, et en ressortit un bon nombre plusieurs petits paquets d'aluminium encore intacts.
- Il reste encore ...
- C'est du sucre qu'il me faut.
Il me lança un sachet à peine plus gros qu'une enveloppe standard, bien gonflé. Je l'ouvrais d'un mouvement sec et précis.
- Kalaz, il va falloir retirer le tissu ...
- Vous ... vous êtes sur, sergent ?
- On n’a pas le choix. Si vous ne voulez pas perdre la totalité de votre bras.
Il hésita un instant, avant de dérouler lentement le bout de coton. Il siffla de douleur. Le sang recommençait à couler dangereusement. Il n'avait pas encore tout enlevé, mais ça puait la blessure foireuse à dix kilomètres. Ce fut une vraie torture de retirer les derniers tours, confirmant mon hypothèse.
L'auriculaire avait sauté, tout comme l'annulaire et le majeur. Une bonne partie des chaires sous-jacentes avaient fondu, ne laissant plus que des morceaux de tendons et d'os éclatés. Le tout dans une hémorragie sérieuse, qui semblait vouloir vider de son sang mon subordonné. Il ne pourrait pas sauver sa main, c'était évident. Et ce qui était plus évident encore, c'est qu'il ne passerait pas la journée sans soins en urgences.
Je lui versai rapidement le sucre, et il poussa un cri. Un cri inhumain. Ça ne dura que quatre, peut-être cinq secondes, et je remballai aussitôt sa main dans un morceau de cape "propre". Il m'observa avec une insistance inquiétante, en sueur, livide, et de temps en temps un frisson s'agitait le long de sa nuque. Vraiment, ça sentait mauvais.
Je m'assis à même le sol, retraçant en une fraction de seconde ce que je devais faire. Les hommes ne dirent rien, sans doute prêt à obéir. Eux aussi sentaient que ce n’était pas normal.
- Est ce que l'un de vous a récemment emprunté la ligne militaire ?
Regards étonnés, ou pire, vide de sens.
- Bien, lançais-je, refroidi. Vous vous débrouillez pour monter deux binômes, équipés et prêts à partir dans le quart d’heure. Je veux savoir si le réseau du métro est encore exploitable, ou s'ils ont bouclé le secteur. Prenez de quoi vous défendre sérieusement. Si c'est un guet-apens, autant prévoir. Des volontaires ?
Silence gêné pendant de longues secondes, après quoi une main se leva timidement au dessus des têtes mal rasées.
- Soldat ?
- Soldat Arnaud Mesquier, sergent. Je veux bien intégrer ...
- Oui ou non ? Coupai-je froidement.
- Ou ... oui, Sergent.
- Parfait. Qui d'autres ?
Comme par miracle, le nombre de main augmenta soudain en des proportions un peu plus encourageantes.
- Dugommier ... Martin ... et ?
- Soldat Alexandre Erquin, sergent.
- Vous irez avec Martin, en direction de la BNF. Dugommier, avec Mesquier, direction Saint Lazare. Je veux un contact radio régulier, disons, ... toute les minutes, moins en cas de problèmes. Verquez, vous vous chargez d’installer le poste de transmission ici même. S’il n'y a rien dans un quart d'heure, vous vous retrouvez tous ici.
- Bien, sergent.
- Je vais essayer de contacter l'État Major.
Personne ne répondit. Peut être parce que ça voulait dire que le dernier sous-off' en état de commander les treize hommes de cette double unité risquait sa peau pour des pourris administratifs qui ne comprenaient jamais rien, ou pire, de travers. De dépit, je montai les marches, avant de me retrouver à l’air libre. A présent, c’était une neige abondante et immaculée qui recouvrait la place. On ne distinguait rien à plus de dix mètres. Le seul avantage que j’y voyais, c’est que personne ne se risquerait à viser dans la neige. Mais par prudence, je refermais le casque qui protégeait ma tête en cas de combat. Les infrarouges sont très efficaces, quelques soit la météo.
Je me connectais sur le serveur militaire de secteur d’une simple pensée. Des dizaines de pages défilèrent devant mes yeux, immatérielles, laissant la lumière naissante pénétrer au plus profond de ma rétine silicée. En quelque secondes à peine, j’avais franchi plusieurs niveaux de sécurité sans un seul mot de passe, me retrouvant directement en attente sur l’holo-transpondeur du lieutenant-colonel Debussy. C’était une urgence de premier ordre, et il ne trainât pas pour allumer l’appareil. Son teint gris et ses yeux vert d’eau illuminait le minuscule espace entre mes yeux, le casque de protection et l’extérieur. Une mine désabusée lui mangeait le visage, ne lui tirant qu’un regard endormi et franchement antipathique.
- Je peux savoir à qui j’ai à faire ?
- Sergent Christian Dernaz, unité B-R59, secteur à circulation restreinte n°17, mon colonel.
- Ah oui, ça y est, je me souviens de vous. C’était vous le cyborg en costard à Noël, à l’hôtel ...
- Excusez-moi de vous couper mon colonel, mais on est dans de sales draps sur Bercy. J’ai un homme gravement touché, et le sergent Armestri a été abattu par un snipper.
- Attendez, vous parlez bien d’Armestri le prolo napolitain ?
- Oui, celui-ci. Et je suis seul à devoir gérer deux unités qui ont dûes abandonner leurs positions pour sauver leurs peaux.
- Bien, répondit- il pensivement. Je réunis mon équipe en urgence et nous vous recontacterons sous peu.
- Mais ! Et mon soldat blessé ?
- Nous vous enverrons une équipe médicale sur place.
Et la communication fut rompue.

Mes hommes étaient revenus. Apparemment, la ligne n’avait pas servi depuis plusieurs mois, mais les dispositifs d’appels d’urgences pour les convois militaires étaient en bon état. Ce qui nous laissait une marge de manœuvre confortable pour rapatrier, dans le pire des cas, Kalaz sur Châtelet. Après m'être connecté sur le satellite militaire français, m'étant assuré qu'il n'y avait pas d'autre tireurs dans le coin, tout ce joyeux monde remonta là haut. Il était déjà aux environs de onze heures, et je n'avais aucune nouvelle de l’état major de l'Hôtel de Ville. Bien sûr, je m'en doutais un peu. Mais s'ils ne faisaient rien dans les heures à venir, le secteur allait devenir ingérable. Il fallait réintégrer la zone le plus rapidement possible.
- On va faire deux groupes de six hommes chacun. L'un reste sur la Saharienne, l'autre prend en charge le secteur B-63. Un homme à la tête de chacun, qui me fournira un compte rendu heure par heure. Faites comme si c'était une journée ordinaire ...
Les mots sonnaient creux. Là, à vingt ou trente mètres, Armestri gisait dans son sang. J'aurais bien lancé une vanne douteuse à son sujet, en son souvenir, mais l'heure était vraiment grave.
- Et vous sergent ?
- J'attends l'équipe médicale qui viendra récupérer Kalaz d'ici peu. Je vous recontacterais, ne vous inquiétez pas.
Et les deux unités se sont séparées, comme si rien ne s'était passé.
On a marché un peu, avant de se glisser dans le hall d’un immeuble encore débout. Il y avait une épaisse couche de crasse au sol, ce qui ne nous empêcha pas de nous y assoir. Lui il grimaça un peu, regardant de temps en temps le linge souillé.
- Vous croyez vraiment qu’ils vont venir ?
Je restais silencieux un long moment, avant de lui répondre avec un sourire amical.
- Je l’espère...
- Vous n’avez pas répondu à ma question, sergent.
Je me mordis la lèvre. Bien sûr que je n’y croyais pas. Je voulais qu’il s’en tire, mais je n’avais pas le cœur à y croire. La dernière fois qu’on avait demandé une équipe médicale, il avait fallu attendre plus de soixante heures. Entre temps, le pauvre gars y était passé, bouffé par une gangrène gazeuse foudroyante. Il avait terriblement souffert, et j’avais dû l’achever.
Je le voyais encore, avec son regard suppliant, et nous, une dizaine, à ne rien pouvoir faire d’autre que le regarder agoniser, lentement. Et le plus ironique, ce fut lorsqu’enfin l’équipe arriva. On avait eu beau recontacter l’état major pour annuler l’intervention, ils sont quand même arrivés. Dire que l’accueil fut explosif était un euphémisme. La juste récompense de leur inaptitude. Par la suite, on a eu vent que le médecin avait été viré pour incompétence et mise en danger de ses patients. C’était un juste retour des choses pour nous. Malheureusement ça avait couté la vie à un homme d’à peine vingt ans.
- Tu connais la réponse, Ahmed.
Il baissa les yeux, et un chapelet de larme s’écoula sur le sol, dans un rythme incertain. Il ne dit rien. Et moi, j’étais vraiment gêné. Jamais plus je ne voulais revivre cette torture.

On est resté là une bonne demi-heure, à contempler la neige qui ne cessait de tomber. On évitait soigneusement de se regarder dans le blanc des yeux. Je commençais vraiment à douter de ce que m’avait dit le lieutenant-colonel, quand un puissant ronronnement nous tira de notre léthargie. La poussière crasseuse vibra, se décollant en de fines particules qui ondulaient doucement. Je me levais, n'osant espérer qu'enfin, ils nous aient pris au sérieux. Peut-être même quelques hommes supplémentaires avec un peu de chance. Je sortis du hall, Kalaz derrière.
Le Transporteur s'était posé. Le puissant moteur à plasma vibrait sourdement, de pâles halos bleutés s'échappaient des tuyères latérales. Sa forme ronde et anguleuse à la fois, sa peinture grise et noire, les courtes ailes mobiles repliées, tout dans cette machine de guerre rappelait les antiques hélicoptères depuis longtemps cloués au sol, fautes de carburants. Le bruit baissa en intensité par à coup, devenant souffle sourd.
La porte arrière était descendue, et à ses pieds se tenaient trois hommes. Deux étaient visiblement de militaires réguliers de l'armée, droit dans leurs bottes et leur tenue rutilante. Le troisième portait un simple treillis, mais une bonne quantité de médailles sur son poitrail semblait vouloir dire "je suis au dessus de vous". Ce n'était ni plus ni moins que le lieutenant colonel Debussy. En me voyant marcher vers lui, il sourit.
- Mes respects, mon colonel.
- A vous de même, sergent.
- Qui sont ces hommes, demandais-je en leur adressant un regard furtif
- Les sergents Onfroy et Moulin. Ils assureront le commandement des unités B-R59 et B-R63.
- Attendez, vous voulez dire que ...
- Vous êtes relevé de vos obligations sur le secteur. Nous souhaitons en savoir plus sur l'attaque de ce matin.
- Et ... le soldat Kalaz ?
- Il va nous accompagner également. Une équipe médicale se chargera de lui à l'Hôtel de Ville.
- Mes hommes ne sont pas au courant ... Qui va ...
- Ne vous inquiétez pas. Nous nous en occupons.
Son regard se voulait chaleureux, mais il était insistant.
- Bien.
Surpris, je montai à sa suite dans le Transporteur. Ce n'était vraiment pas ce à quoi je m'attendais.

Suledhel
Suledhel
Niveau 10
18 janvier 2010 à 21:01:02

« Se pencher pour sauver sa peau, et laisser crever le gars qui était derrière moi. » ma peau, plutôt

« Mettre ma main entre les deux, et foutre en l’air mon bras droit. Ou la laisser se ficher dans la cible rouge qui scintillait juste à la naissance de mes sourcils. » entre les deux quoi ? « la » quoi ? Dit comme ça c’est la main entre Kris et le gars derrière lui. Quant au « la », oui c’est la balle, mais comme y’a des phrases entre celle-ci et la dernière fois que tu cites le mot « balle », avec d’autres mots féminins, faut repréciser que c’est la balle…

« La balle siffla, brûlant l’air de sa trajectoire fatale.
Les balles se croisèrent, dans un mouvement si rapide qu’aucun homme n’en gardera un souvenir. » Répétition de « balle ».

« Je l'attrapais d'un mouvement de bras, conscient du danger que je prenais. » attrapai

« Mais je l’ai à peine entendu. » entendue

« L’interface visuel m’indiqua qu’il venait de déliver toute une série de drogues compensatrices. Telle une vague venue du fond de la mer, je sentais leurs effets agir aussitôt. » délivrer. Il délivre des drogues, d’accord, mais où ça ? Ok on peut le deviner avec la phrase suivante, mais je trouve que tu devrais rendre ça un peu plus clair. Et je dirais plutôt « et je sentis aussitôt ». Quant à « leurs effets agir », c’est un pléonasme. Soit tu dis « et je les sentis aussitôt agir », soit « et je sentis aussitôt leurs effets », mais là c’est redondant.

« L’efficacité prévalait sur le sentimentalisme, préservant par la même mes facultés de discernements . » par-là même, discernement

« Et je n'avais que trois constats à faire : un sergent était mort, des snipers étaient apparus dans le secteur alors qu'on en avait pas vu depuis plus d'un an, et j'avais laissé mes hommes déserter leur zone. » on n’en avait pas vu

« Ce qui faisait un bon paquet de paramètres suffisamment instables pour que la situation ne dégénère. » Pas de « ne »

« Le pauvre type qui s'était fait éclaté la main façon steak haché. » éclater

« Je lui souris. Il me le rendit, malhabile. » Tu devrais mentionner le mot « sourire », plutôt que d’utiliser le verbe, parce que là le « le » ne renvoie à rien.

« Je déchirais un autre bout de ma cape, usée par le frottement et qui s'élimait par endroit. » déchirai, endroits

« Je l'ouvrais d'un mouvement sec et précis. » Je l’ouvris

« Vous ... vous êtes sur, sergent ? » sûr

« Une bonne partie des chaires sous-jacentes avaient fondu, ne laissant plus que des morceaux de tendons et d'os éclatés. » chairs. Et tu viens déjà, un peu plus haut, de mentionner que sa main s’est fait éclater

« Les hommes ne dirent rien, sans doute prêt à obéir. » prêts

« Regards étonnés, ou pire, vide de sens. » vides

« Bien, lançais-je, refroidi. » lançai-je

« Silence gêné pendant de longues secondes, après quoi une main se leva timidement au dessus des têtes mal rasées. » au-dessus

« Qui d'autres ? » autre

« Comme par miracle, le nombre de main augmenta soudain en des proportions un peu plus encourageantes. » mains

« Je veux un contact radio régulier, disons, ... toute les minutes, moins en cas de problèmes. » toutes

« Mais par prudence, je refermais le casque qui protégeait ma tête en cas de combat. » refermai

« Les infrarouges sont très efficaces, quelques soit la météo. » quelle que soit

« Je me connectais sur le serveur militaire de secteur d’une simple pensée. » connectai, et grosse répétition de « secteur »

« En quelque secondes à peine, j’avais franchi plusieurs niveaux de sécurité sans un seul mot de passe, me retrouvant directement en attente sur l’holo-transpondeur du lieutenant-colonel Debussy. » quelques

« C’était une urgence de premier ordre, et il ne trainât pas pour allumer l’appareil. » traina

« Son teint gris et ses yeux vert d’eau illuminait le minuscule espace entre mes yeux, le casque de protection et l’extérieur. » illuminaient

« Oui, celui-ci. Et je suis seul à devoir gérer deux unités qui ont dûes abandonner leurs positions pour sauver leurs peaux. » Le « celui-ci » est inutile et ne rend pas bien. Qui ont dû, leur peau

« Je vous recontacterais, ne vous inquiétez pas. » recontacterai

« On a marché un peu, avant de se glisser dans le hall d’un immeuble encore débout. Il y avait une épaisse couche de crasse au sol, ce qui ne nous empêcha pas de nous y assoir. Lui il grimaça un peu, regardant de temps en temps le linge souillé. » Tu devrais préciser de qui il s’agit. Le lecteur peu attentif serait largué, parce que tu dis « on », « il »…alors que juste avant tu parlais des deux unités.

« Je restais silencieux un long moment, avant de lui répondre avec un sourire amical. » restai

« Entre temps, le pauvre gars y était passé, bouffé par une gangrène gazeuse foudroyante. » Entretemps

« Il baissa les yeux, et un chapelet de larme s’écoula sur le sol, dans un rythme incertain. » larmes

« Je me levais, n'osant espérer qu'enfin, ils nous aient pris au sérieux. » levai

« […] tout dans cette machine de guerre rappelait les antiques hélicoptères depuis longtemps cloués au sol, fautes de carburants. » faute

« Le bruit baissa en intensité par à coup, devenant souffle sourd. » à-coups

« Deux étaient visiblement de militaires réguliers de l'armée, droit dans leurs bottes et leur tenue rutilante. » des militaires, droits, leurs tenues rutilantes

« Le troisième portait un simple treillis, mais une bonne quantité de médailles sur son poitrail semblait vouloir dire "je suis au dessus de vous". » au-dessus, et comme tu insistes sur le nombre de médailles, mets plutôt « semblaient » au pluriel

« Qui sont ces hommes, demandais-je en leur adressant un regard furtif » Manque un point d’interrogation. Demandai, aussi.

Hmmm, la « nature » du narrateur se confirme. Je suis curieuse de savoir comment il en est arrivé là, c’est prévu qu’on le sache par la suite ou ça restera un mystère, tiens ? Sinon, peut-être un peu extrême, le coup du gobelet déviant la trajectoire de la balle…m’enfin ouais, je suppose qu’en tant qu’ « homme-machine », il en est capable. Sinon, j’aime toujours bien, de l’action, du cynisme, du sang, du sentimentalisme (si si, quand il se souvient du soldat qui est mort…)… mais que demande le peuple ? :fou :
Bon plus sérieusement, je suis assez crevée, donc je ferai sans doute pas beaucoup plus constructif que ça ce soir... Mais j'ai bien envie de voir comment les choses vont évoluer pour le narrateur à cet Hôtel de Ville...
Ah oui si, une remarque qui me vient en tête : les noms de rues etc. de Paris, c'est bien de les inclure, ça donne un effet de "vraisemblable", de "réel", un bon procédé d'authentification, quoi. Seulement, pour ceux qui connaissent pas Paris, parfois on s'y perd un peu. C'est pas primordial dans l'histoire, mais je me suis fait la réflexion en passant ^^

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
18 janvier 2010 à 21:07:56

Merci pour cette lecture attentive et ce commentaire efficace et indispensable :ange: ... T'es vraiment géniale :-) !

Concernant les noms, oui, j'ai voulu que cela soit le plus réaliste possible, même en n'habitant pas Paris ou ses environs.

Quant à la suite bah ... toi et les autres vous verrez, mais disons qu'il va y avoir le petit coup de pichnette décisive, qui va lancer l'histoire pour de bon :noel: .

Sinon, j'ai une question : serais-tu interessée pour éventuellement bêta-lire quelques chapitres ? Tu es vraiment très très calée niveau syntaxe, et un avis comme le tien est toujours très précieux.

Suledhel
Suledhel
Niveau 10
18 janvier 2010 à 21:20:24

L'assaut ennemi avec le meurtre du sergent de l'autre unité, le mec qui se prend une balle dans la main, l'appel à la rescousse au lieutenant-colonel - et sa venue, surtout -, je trouve ça déjà pas mal, comme pichenette. :fou:

Pour la bêta-lecture, sans problèmes, oui. :-)

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
18 janvier 2010 à 21:22:38

Bah écoute, mon msn c'est crazymarty@hotmaim.fr . Je t'enverrais quelques chapitres si tu veux :p ...

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
04 février 2010 à 13:54:19

Avec un très gros retard, je vous envoie la suite. Pas grand chose de neuf, hormis une bêta lecture efficace de la part de Sule que je remercie grandement :-) .

II. Hostel Melancholia

"Souvenez-vous toujours de ce jour maudit. Celui où le feu et le fer, armes terribles, ont répandu le sang de tant de nos femmes, de nos maris, de nos enfants, de nos amis, de nos proches. Ce jour où le lien de paix que nos aïeux ont tant espéreré de voir un jour s’est rompu dans des larmes de sang. Souvenez-vous de cette tristesse et de cette colère qui sourdaient dans nos cœurs, brisés par cette tragédie".
Thibault L. Ferry, ministre de l'intérieur, discours du quinze octobre deux mille cinquante-huit.

La laideur. La laideur la plus infâme, voilà ce que représentait pour moi l’Hôtel de Ville. Carcasse corsaire calcinée, debout au mileu des ruines tassées par la pluie, où la rouille avait fini par teinter d’un éclat sinistre la pierre blanche d’antiques immeubles. Un bâtiment austère, écrasant, pompeux, et franchement laid. Une tâche qui, pour mon plus grand déplaisir, n’avait pas encore disparu des restes gris de Paris. Une bonne partie des quais avaient flambé, pierre après pierre, n’offrant plus qu’un paysage lisse et mortifiant des bords de la Seine. La seule chose qui émergeait à travers les ruines froides, c’était ce foutu bureau d’état-major. Les planqués, bien au chaud dans leur hôtel post-communard, avaient échappé au carnage de l’année deux mille vingt-huit.
L’intérieur du monstre était d’une tristesse incroyable. Du blanc, du gris, et du beige. Pas d’autres couleurs, à part celle des vitres noircies de cendres et le noir des escaliers à demi branlants. Je n’aimais pas l’hôtel de ville. Je crois bien que je ne l’aimerai jamais, et de toute façon, c’était bien le cadet de mes soucis. Debussy n’y fit pas attention. Pour lui, c’était seulement un minable palais de technocrates, un purgatoire où se construisaient de futiles illusions de promotions, de grades supérieurs et de promesses d’argent immatériel.
On a traversé des couloirs, des salles anonymes remplies de personnes anonymes, où des fichiers anonymes s’échangeaient entre ordinateurs anonymes, dans un but anonyme et purement formel. Juste regarder un peu, pour se rendre compte qu’une guerre n’est pas faite de papier, mais de chair et d’acier. On avait un peu tendance à l’oublier.
Debussy s’est arrêté devant une porte à moitié pourrie. Un mouvement d’épaule ajusté, dix visages inconnus. Des noms, des grades, des saluts circonstanciels, un joli garde à vous, et nous voilà assis. Peut-être qu’enfin, le papier va s’animer. Le spirituel des récits s’incarnera-t’il dans la voix d’un soldat ? La comédie était si grotesque, si facile à jouer. C’était d’un pitoyable, un numéro sans queue ni tête de mauvaise facture. Type d’armes utilisées ? Chargeur ionisé. Combien d’hommes ? Deux, peut-être trois au vu des angles de tirs. Hypothèses ? Hommes du « Libertad Hombre », du « Patriote », du « Black Control » ou de n’importe lequel des seize groupuscules terroristes connus. Objectifs militaires identifiés ? Contrôle de la zone spéciale 17 (secret défense). Pertes connues : Sergent Armestri, 3éme Bataillon d’Infanterie, groupe-secteur B-R59. Etat de la victime ? Décédé à 9h32, secteur n°17. Blessés : Soldat Kalaz, groupe-secteur B-R63. Blessure profonde main droite. Actuellement pris en charge par le service de soins intensifs. Bilan intervention militaire ? Trois hommes abattus, dont deux snippers ennemis. Sécurisation souhaitable dans les vingt-quatre heures. Repos, sergent Dernaz.
La désagréable impression de n’être qu’un élève face à ses professeurs pour un oral de bac se manifesta. Suivie de l’habituel « nous allons discuter de votre cas », de la salle qui se vida aussitôt, et moi, restant tout seul. Je soupirai. Non, vraiment, c’était du foutage de gueule. Comme si on pouvait gérer plusieurs kilomètres carrés à quinze hommes. Si au moins, ces deux foutus snippers pouvaient enfin faire bouger les choses … Autant croire au père Noël. Je regardai mes mains. Elles étaient encore humides de la neige fondue, brillant sous l’éclat froid du néon suspendu au-dessus de ma tête. Je bougeai les doigts. Un faible bruit de vérin, minutieusement lubrifié, chuinta. Peut-être qu’une révision serait à prévoir. D’apparences, toutes les pièces métalliques qui constituaient mes appendices brachiaux semblaient en bon état. Lisses, nettes, à peine rayées sur ce qui fut autrefois une pulpe rosée et sensible. Je serrai les poings. Tout était si différent à présent.
La porte s’ouvrit. Tenues d’officiers ajustées, mines neutres. Alors, on s’assoit pesamment. Debussy me tend un papier griffonné par ses soins, avant de s’éclaircir la gorge.
- "Le conseil martial, représenté par les officiers sus-cités, et au vu des actes militaires et de bravoures par lesquels vous avez honoré vos officiers, a proposé, après un accord mutuel et unanime, que vous, Sergent Dernaz, anciennement chef du groupe secteur B-R63, soyez promu major, PC Châtelet-Beaubourg, chef des groupes-secteurs suivants : C-B61, C-B62, C-B63, C-B64, C-B65, et de l’unité spéciale C-B00. Votre affectation, après avis du chef de cabinet « Hôtel de Ville », prendra effet le vingt et un janvier deux mille soixante dix à midi. Les modalités et les particularités de votre affectation vous seront communiquées dans la journée, et le major Derbier vous réceptionnera au centre de commandement Châtelet Beaubourg le vingt janvier deux mille soixante-dix à partir de vingt-deux heures. Une prise en charge médicale et un check up complet seront effectués dans les vingt-quatre heures. Avec nos plus sincères remerciements et nos encouragements. Le conseil martial."
Il posa la feuille devant lui, avant de m’adresser un sourire.
- Félicitation, Major Dernaz.
- Euh … merci, bredouillai-je.
Tu parles d’une surprise. Major. Ils savent vraiment plus quoi faire pour vous faire monter en grade. Bon, il est vrai que j’avais sauvé une petite dizaine de soldats quelques mois auparavant, même si à mes yeux cela ne suffisait pas à justifier cette promotion.
- Si vous le souhaitez, je peux appeler l’équipe médicale, major. Il y a pas mal de monde aujourd’hui, surtout des civils en fait, et je …
- Ne vous inquiétez pas, ce ne sera pas nécessaire.
- Mais vous devez passer le check up, Dernaz.
- Je sais. C’est pour ça que je vais faire la queue comme tout le monde.
Pas plus hypocrite qu’un autre. Ils m’ont remis le joli petit papier couleur beige passée, et je suis sorti. Des couloirs, des salles, je finis par me perdre. Obligé de demander mon chemin deux fois, avant de me retrouver dans un vestibule néo-roman du dix-neuvième siècle, à moitié mité par l’humidité et le salpêtre. Et bien entendu, bourré de monde. On était si serré là dedans qu’en comparaison, le kiosque de Bercy, c’était l’hôtel quatre étoiles. Pas plus hypocrite qu’un autre. J’ai juste eu à brailler par-dessus la foule « militaire, laissez passer », et cinq minutes plus tard, j’étais dans une salle d’attente à peine moins minable.

Je ne l’ai pas vue tout de suite. Sans ses yeux, je serais passé à côté, sans m’en apercevoir. Mais elle, elle me fixait avec insistance. Bousculé, poussé par les gens derrière qui voulaient avancer, on s’est à peine regardé. Dans son grain de peau chantait la litanie des Balkans. Ses yeux verts comme le maquis de Serbie, son nez légèrement bosselé, la moue triste de son visage trentenaire avait touché mon âme, dans ce qu’elle possédait de plus secret. Quelque chose nous avait liés, un court instant. Elle s'était dressée là, comme une évidence, mais avait disparu presque aussitôt.
J’ai cru pouvoir l’oublier, très longtemps. J’ignorais à quel point elle avait été importante pour moi.

On aurait dit que la réalité s’acharnait sur moi. Déja, dans ce conflit où je ne me retrouvais plus. Des idées, des valeurs en lesquelles je n’avais plus foi. Peut-être le hasard m’avait-il distribué un mauvais rôle sur cette scène de la Vie ? Peut-être, mais déja, comme à chaque fois que mon corps me rapellait le mur qui me séparait des autres hommes, mon coeur se serra. Pas assez pour perçer l’armure polie où une vie s’accrochait. Pas assez pour qu’on découvre cette faiblesse. Mais juste assez pour que j’en souffre.
Et pourtant. Comme toi, je suis né d’une union aléatoire entre deux individus humains mâle et femelle. Mélange des gamètes, croissance intra puis extra utérine. Tu passes du berceau au landeau, du landeau à la crèche, à la maternelle, au primaire, au collège, puis au lycée. Pas d’histoires, à part celles du cœur, des potes, des jeux vidéo, des cuites, des drogues légères, des soirées à se téléphoner, des parents à te gueuler dessus par pur acquis de conscience. Et puis voilà, un jour, tu deviens majeur. T’as le permis, la caisse qui vient avec après avoir trimé un été durant. Fac d’économie, pas de soucis. Filles, alcool, drogues, cours, vacances.
Et puis … et puis c’est là que s’arrête toute ressemblance avec la vie d’un individu lambda. Sa vie ordinaire, il aura peut-être la chance de la continuer. Cadre, prof, technicien, ouvrier, qu’importe sa profession. Il finira en retraite, à râler, à économiser, à regarder d’un œil vide la télé en mangeant le soir, à se croire heureux. Il changera sa télé tous les cinq ans, si elle ne le lâche pas avant. Il aura des enfants, qui à leur tour auront des enfants. Alors, au soir de sa vie, il se retournera. Il se dira qu’il a fait comme il a pu, et il se laissera choir dans l’étrange état d’anonymat auquel se complaisent les défunts. Une fois l’administration prévenue, ce ne sera plus qu’un nom oublié, un souvenir parfois ravivé, avant de s’éteindre complètement.
Ma vie, par définition, n’est pas ordinaire. Le fait même que je sois encore en vie, dans ce foutu cabinet d’attente, tient du pur miracle.
J’étais en vacances depuis un bon mois. L’été frappait à ma porte, et je me prélassais dans des draps qui n’avaient que trop vécu. La vie m'appelait au dehors, et malheureusement, le soleil avait caché la mort. Le conducteur n'avait pas bien regardé. Il s'était trompé d'entrée sur l'autoroute, avait pris la chaussée en sens inverse. Et j'étais devant sa voiture. La mienne ne supporta pas le choc. Trop vieille Alors, mon pauvre petit corps trop maigre s'est tordu en se brisant partout à la fois. L'essence avait coulé sur le bitume trop chaud. Un simple court circuit au mauvais endroit.
Ils m'ont sauvé, malgré tout. Mais pour survivre, il n'y avait qu'un seul choix à faire : remplacer mon corps là ou il ne pourrait plus vivre. J'étais loin d'être une première médicale, même à cette échelle. Comme les Français commençaient à avoir l'habitude, je me retrouvai dans un labo sans nom le soir même, dans un coin reculé des Alpes. Bonne surprise au réveil : ton corps, il n’est plus. Juste du métal, du carbone, du silicium et du verre. Batterie de test, et puis voilà. La guerre civile éclata, je me suis enrôlé malgré moi. Largué en plein Paris, avec un univers que je ne connaissais pas. Il fallait bien que j’assure ma subsistance, ne serait-ce quà cause des frais nouveaux qu’entrainaît cette nouvelle vie improbable.
Dire que je n’ai pas souffert serait mentir. Jamais je n’ai pu me faire à cette vie étrange. Il fallait relever la tête, continuer d’avancer malgré la mort autour, faire semblant d’être inébranlable.
Le médecin se pointa. Au jugé de ses lunettes fines et de sa coupe brosse impeccable, il n’était pas bien vieux. La trentaine, à tout casser. Il avait un joli porte-document noir, sobre, plastifié, même pas taché par le café. Il toussa un bon coup, et s’avança vers moi.
- Soldat ? demanda-t-il d’une voix éteinte.
- Major Dernaz, m’empressai-je de lui répondre, fier.
- Je me fous de votre grade, lâcha le médecin.
Ça a jeté un froid. Je l’ai suivi. Il m’a casé dans un recoin glauque, avec la moitié des néons cramés et des planches de placo à peine peintes entre chaque table d’examen. Je me sentais con, allongé sur la table. Je devais être le seul à avoir un corps mécanique en quasi-totalité ici. Je n’osais pas imaginer le prix que cela représentait pour le matériel, quand une pauvre prothèse de bras standard coûtait plus de dix mille euros GC.
- Ouvrez la bouche et faites « haaa ».
- Haaaaaa !
- Parfait.
Quelques notes furent jetées sur le papier un peu jauni. Il me regarda fixement, avant que je ne le surprenne, et qu’il ne fasse mine de s’interesser grandement à ses écrits.
Il farfouilla dans sa poche. Je l’ignorai aussitôt, tandis que l’interface médicale préparait son rapport mensuel complet. Le diagnostique fut rapide : tout allait bien.
- Aïe !
Il avait piqué dans le cou, sans prévenir.
- Désolé, marmonna-t-il.
Il se contenta de me plaquer une compresse avec un sparadrap d'un aspect peu engageant. Une mauvaise langue aurait dit qu'il était périmé depuis très longtemps. Le pauvre bougre annota autre chose sur sa feuille, avant de me faire signe de me lever. J'ai bien cru que j'allais exploser de rire en voyant que je le dépassais d'une bonne tête.
- Votre rapport interne ?
- Excellent, lui répondis-je en lui tendant une minuscule puce.
Il sortit un minuscule boitier de son autre poche et clipa l’interface. Une diode clignota un court instant, après quoi il me rendit le minuscule mouchard.
- Merci.
- Je ne sais pas si vous connaissiez le prothésiste du centre, mais il n’exerce plus.
Je me contentais de hausser les épaules.
- J’espère que vous avez un fournisseur à l’extérieur. Il y a de grandes chances que personne ne reprenne la place ...
Le prothésiste n’était qu’un lieutenant formé sur le terrain pour réparer en urgence des cyborgs dans mon genre. Il bricolait comme il pouvait, et même si son travail était respécté, il lui manquait la finesse nécessaire pour ce genre de pratique. M’étant retrouvé face à une avarie moteur majeure sur un bras, je n’avais eu d’autre choix que de le contacter. Bien sûr, il était arrivé rapidement, avait rebranché le moteur sur un circuit hydraulique secondaire et mon bras refonctionnait. Enfin ... il avait refonctionné une poignée d’heures. Le système était ainsi fait que l’armée avait quelques économies à faire. La technologie cybernétique devait en faire partie.
Faute de cybernéticien militaire, j’avais dû me rabattre sur quelqu’un de moins « officiel ». Au début, j’avais bien eu quelques réticences, mais maintenant, je ne jurais que par lui. On l'appelait Yugowski. Pour l'état-major, au final, ça ne changeait rien. Tout ce qu'on me demandait, c'était d'avoir des systèmes effectifs, fiables, et précis.
Alors, avec mon super pansement que j'arrachai aussitôt seul et ma cape mitée qui pendouillait au-dessus de mes pieds botte-de-métal, je m'échappai de cette cage. Tant pis pour la neige. Tant pis pour le métro. C'était un mal nécessaire.

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
08 février 2010 à 14:16:36

Je risque une suite. Somme toute, c'est pas du neuf (mais du corrigé), donc voilà ... S'il y a un lecteur qui se ballade dans le coin.

Un coin de rue minable, à l'angle de Tolbiac et de Verginaud. Devant la devanture rouillée, la neige fondait par plaques en une substance grises et collante. Loin, de chaque coté sur la rue de Tolbiac, des cadavres de voitures et d'Hommes, recouverts par la neige. Le froid se faisait plus dur chaque seconde.
- Entrez !
La sonnette de la porte se tut. Un sourire illumina son visage pâle et fin.
- Chris', ça faisait longtemps !
Il me serra la main avec une joie sincère. Ses yeux bleus pétillaient de cette malice lègère que ses ancêtres avaient ramenée de l’Est.
- Moi aussi, Yugowski, lui répondis-je d'un ton détaché.
- Viens avec moi. J'ai pas mal de réserve ce mois-ci. Je suis sûr qu'il y aura quelque chose pour te faire plaisir.
Je le suivis. La boutique n'avait toujours pas changé, et c'était toujours aussi sale. Ça me rappelait l'épicier au coin de ma rue, quand gamin, on allait chercher des chewing-gums. La même peinture écaillée au mur, les mêmes ampoules blanches qui lançaient leurs éclats sur des rayonnages à moitié vides. La même vitrine, crasseuse, où quelques affiches se bousculaient des dates de spectacles depuis longtemps annulées. Même comptoir, sans l'énorme ordinateur qui trônait comme le dieu des nanotechnologies en son royaume. Des câbles en plastique et en alu couraient sur les sols, les murs, le plafond. Et puis tout au fond des deux rayonnages, une porte. Toujours ouverte. Yugowski m'invitait toujours à venir faire un tour. Surtout quand je n’étais pas venu pas lui rendre visite pendant un bon moment.
La pièce derrière était encore plus sale. Des moutons de poussière au sol, mélangés à de l'huile lubrifiante et d'autres substances énigmatiques. Pêle-mêle, on pouvait y trouver : vis, plaques de métal, diodes, circuits imprimés, fioles de produits pharmaceutiques, restes de nourriture, papiers, crayons, câbles d'alimentations, câbles Ethernet, câbles USB, quelques composants inconnus, un ventilateur usagé, clavier d'ordinateur, disque de verres fumés, fils électriques dénudés. Beaucoup de bordel pour se trouver face à ce qui me conduisait ici. Un fauteuil de contrôle. Un joli siège très inconfortable pour tout derrière organique, mais diablement pratique lorsqu'il s'agissait de faire une révision pour un cyborg dans mon genre. Je ne pris même pas la peine de demander, et je m'installai dans le cocon de métal. Deux puissantes pointes métalliques vinrent se ficher dans mes poignets, et plusieurs écrans de PC accrochés au mur s'allumèrent aussitôt. Yugowski se retourna, lâchant la pièce qu'il tenait tant à me montrer. Son sourire se fit plus fin, plus malin. Peu importe ce qu'il allait trouver, c'était clair que ça me coûterait un max. Il s'installa sur un pauvre tabouret rouillé à l'assise en cuir, enfila un étrange casque qui lui mangeait le haut du visage, dissimulant ses yeux sous des dizaines de diodes changeant frénétiquement de couleur, et passa ses mains dans une paire de gants en métal, parfaitement ajustés.
- Une petite ou une totale ?
- Totale, lui répondis-je. Il y a eu de la casse, et j'ai pas envie de finir en rade.
- C'est parti, lança t-il en pianotant sur le clavier qu'il venait de ramasser.
Ça a bien duré trois heures. Il fouillait frénétiquement dans sa boutique, cherchant la meilleure rotule robotique, la meilleure articulation d'épaule, le meilleur viseur, les meilleurs senseurs. Le tournevis jouait sur mon corps comme la plume du tatoueur. Mais son œuvre était nettement plus cartésienne, au final. En prime d'une révision totale du moteur, des "muscles" et du "squelette", j'ai eu droit à pas mal de cadeaux. Ce fut sans aucun doute le moment le plus agréable de la séance.
Il était revenu avec un étrange boitier, minuscule, composé de plaques, de trois diodes bleues et de plusieurs micro-ports.
- Ça, me dit-il, c'est pour ta régularité de paiement. C'est la maison qui offre.
- Et c'est quoi ?
- Une A.I next gen. Mon "grossiste" habituel me l'a dégotée dans un lieu un peu "particulier", si tu vois ce que je veux dire ...
- Ouais, et concrètement, ça me donne quoi ?
- Ho, trois fois rien, continua-t-il, ironique. Juste une analyse visuelle beaucoup plus rapide, la possibilité de te connecter sur n'importe quel réseau net, privé, militaire, public, ou même de Mars si le cœur t'en dit. Et surtout, de maintenir ton corps éveillé sans ta conscience.
Voyant mon silence perplexe, il enchaina.
- Concrètement, ton cerveau "biologique" pourra se reposer, et la totalité de tes fonctions intellectuelles se trouveront transférées sur l'I.A. Très pratique pour un combat un peu dangereux. Surtout qu'il est bien entendu pourvu d'une unité de rationalisation à haut rendement. Comme ça, plus de soucis de jugement, c'est l'ordinateur qui évalue le risque et agit en fonction de ...
- Attends, attends. Tu me dis que ce machin -- je pointai un doigt accusateur sur le boitier -- réfléchira à ma place ?
- Seulement en cas de coup dur.
- Et si mes chefs tombent sur ça ?! T'y as pensé ? Finie la vie pépère que je menais jusqu'ici. Plus besoin de me réveiller, puisqu'ils auront un fidèle petit robot humain à commander !
Les mots "robot" et "humains " résonnèrent entre mes oreilles. Peut-être parce que c'était la génération précédente qui m'avait tiré du pétrin ce matin là. Peut-être que si j'avais dit non la fois d'avant, je serais mort. Alors, je soupirai de dépit.
- Bon, allez, vas-y. De toute façon, personne ne s'en rendra compte.
- Bien dit, sergent ! Lança-t-il.
- Sauf que maintenant, c'est major Dernaz !
Il leva les yeux au ciel, et attrapa une étrange clé. Plus moyen de faire marche arrière. Et quelques dizaines de minutes plus tard, j'étais devant sa caisse, l'index droit emmanché dans un étrange port-interface pour le payer de ses services. Et malgré les petites ristournes, la facture faisait mal : quarante six mille sept cent dix-sept euros GC, tous frais payés par l'état-major. En voyant le transfert se faire entre son PC et le serveur bancaire, il afficha un sourire joyeux.
- C'est un plaisir de bosser avec toi, vieux frère. Repasse quand tu veux.
- Pour eux aussi, répondis-je, souriant ironiquement.
- Tu devrais te faire implanter une partie du visage en matériel robotique. Tu gâches complètement ton potentiel neural avec tes deux pauvres yeux organiques ...
- Si tu savais ce qu'il y a au fond, tu dirais pas ça.
- Bien sûr qu'Ali, il sait qu'il y a deux rétines synthétiques au fond. Mais c'est pas pareil. Ça forcerait le respect. Et puis, si t'es monté de grade ...
- On refera pas le monde cette après-midi, d'accord ?
Il me fixa intensément, avant de baisser les yeux.
- Donc on est d'accord. Et s'il te plait, la prochaine fois, trouve quelque chose de plus utile que ton A.I. parce que franchement, ça me servira à rien.
Yugowski se contenta de sourire, à demi ironique, mais déja je franchissais le pas de la porte. Ne jamais se dire au revoir, c’était une règle silencieuse.
L’après-midi s’était enfuie. Le soir l’avait suivie, dans la folle course des hommes, de la Terre, du Soleil et de la Lune. Un cœur vivant, disgracieux, avare, et terriblement cruel. Cruel par son impartialité. Cruel car jamais un faible ne gagne face à un fort. C’est de la rationalité à l’état pur. Implacable, comme ce qui se préparait déjà. J’allais droit dedans. J’allais là où plus personne ne pourrait me faire revenir en arrière. J’y allais, sans le savoir, sans le sentir.

Le crépuscule n’était plus que ce halo mauve dans le ciel lorsque je me rendis compte que j’arrivais sur Chatelet. Un havre relatif de paix, où la propreté des immeubles et des rues contrastait affreusement avec la ruine générale de Paris. Les commerces commençaient à baisser leurs rideaux, mais les étals restaient bien garnis. Ailleurs, quelques centaines de mètres plus loin en réalité, j’avais vu des gamins rachitiques mourir de faim.
La foule aussi. Moment rare que celui de ces centaines d’individus, qui se hâtaient dans la gueule béante du métro, graves, livides, les yeux cernés de fatigue. La lumière de quelques néons disposés sur des poteaux métalliques ouvragés éclairait faiblement les visages. Ceux-là, ils rentraient. La peur hystérique s’était repliée, mais au fond des cœurs, dans un minuscule recoin de l’inconscient, elle s’était incrustée. Le chancre mou des attentats.
Aucun d’eux ne levait son regard vers le ciel, mauve et lourd. La neige allait retomber. Plus fort qu’aujourd’hui, c’était certain. Moi, j’y étais, au milieu de ces cris du silence. Debout, mal rasé, les cheveux coupés à la va-vite par un coiffeur négligeant. J’avais troqué mon habituelle cigarette contre une petite plaque de métal. Un nom d’ami y était gravé, un ami dont la disparition me resterait pénible de longs mois encore.
Je soupirai, et braquai mon regard vers le ciel. Le curseur digital en forme de cible se centra sur un groupe d’étoiles, les faisant surbriller, avant d’afficher en lettres blanches au contour net « Constellation d’Orion ».
Les étoiles étaient si belles ce soir-là. Au moins me permirent-elles de voir autre chose que la mort et la peur de l’inconnu. Avec elles, j’avais l’impression de redevenir le gamin jouant sous les pluies estivales d’astéroïdes. Au moins cette beauté-là me faisait croire à quelques restes d’humanité, enfouis dans ma conscience. S’arrêter un instant de penser ordres et contrordres, pleurer un défunt comme un membre de ma famille, sentir le poids de la peine, pour finalement s’émerveiller devant la puissance de cette nature.
C’est une vieille qui m’a tiré de ma contemplation. Ce n’était pas cette fois que je lamenterais sur mon sort. Pas encore. Je me suis tourné vers elle, instinctivement, son regard gris et usé se posa sur moi. Dans une candeur presque suspecte tant elle était naturelle, elle me demanda :
- Excusez-moi, jeune homme, mais n’auriez-vous pas l’heure ?
- Mais si, madame. Il est vingt heures seize.
- Merci jeune homme. Bon courage, me glissa-t-elle en retournant dans le flot humain qui se tarissait imperceptiblement.
Et me laisser seul à ma solitude. Dans le froid de l’hiver, la grisaille m’arracha une larme. Je la rattrapai précipitamment. « Maudit vent », pensai-je, pour me mentir à moi-même, avant de reprendre ma route.

L’immeuble ne payait pas de mine. Sa façade immaculée, chose rare, s’ouvrait en une dizaine de fenêtres, réparties sur cinq étages. Au rez-de-chaussée, il n’y avait qu’une large vitrine, s’ouvrant sur une porte en acier, apparemment blindée. Cette pièce n’était pas bien grande, et suffisamment étroite pour que n’importe qui de la rue puisse y voir ce qui s’y passait. Des stores vénitiens semblaient avoir été accrochés, bien longtemps avant ma venue, mais d’eux ne subsistait que quelques pitons en étain, tordus. Aucun nom, aucune pancarte, rien. Rien, à part le vide et l’étrangeté du lieu. C’était sûrement un magasin avant. Bien avant.
La porte vitrée s’ouvrit à mon passage, et un écran me dévisagea, juste à côté de la porte blindée. Je m’avançai, intrigué et inquiet. L’adresse était exacte, la description du lieu parfaitement conforme à ce dont on m’avait parlé. Mais je ne voyais rien. Enfin, rien de semblable à un QG militaire. Tout était propre, clair, blanc, mais complètement dissimulé derrière cette épaisse porte blindée. L’exact opposé de celle de Bastille.
Surpris. Le mot le plus adéquat pour décrire l’émotion qui me sauta à la figure comme un chien enragé. Surpris, car finalement, ce n’était pas du tout ce à quoi je m’attendais. Certes, le secteur Châtelet-Beaubourg était réputé pour être relativement calme au vu des effectifs déployés dans cette zone dense mais assez petite. Mais pas un îlot de sérénité. Ou alors, cette porte n’était que la partie émergée de l’iceberg sécurité-codage du centre militaire. Mais je devais être sûr. Peut-être étais-ce leur protocole après tout.
L’écran clignota frénétiquement quelques secondes, avant de se figer sur une page entièrement encodée. J’approchai mon doigt de la surface en verre, et le laissai glisser sans un bruit. L’écran changea encore de page, et s’arrêta sur une image creuse. Les armoiries de Paris. Un petit chuintement s’échappa du mur, et une caméra en surgit, brutale. Son regard de laser rouge s’arrêta sur l’un de mes yeux, agressant ma vision qui scintilla quelques secondes. L’écran passa au vert, et la porte s’ouvrit. Sans un mot, je la franchis, lentement. Et une fois que je fus passé, elle se referma, claquant violemment dans l’obscurité qui soudain s’empara du lieu.

yugoski
yugoski
Niveau 7
08 février 2010 à 16:05:31

Bon, ça commence à être vraiment au point. C'est excellent. J'ai adoré certains passage, surtout celui-ci :

"On aurait dit que la réalité s’acharnait sur moi [...] jusqu'à [...]faire semblant d’être inébranlable. "

Franchement, c'est assez poignant et très bien écrit. Difficile de critique encore, même en étant un putain de rabat-joie cynique, tant on voit l'amélioration, la prise en compte minutieuse de chaque conseils. Un grand bravo à toi pour cette (ultime ??) correction, j'attends la suite.

et au fait, :rire: Yugowski s'est incrusté dans ton texte ! Fais gaffe, il pourrait t'attirer des emmerdes :rire:

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
08 février 2010 à 19:09:30

Bah Merci de cette lecture, Yugo (lecture quelques peu forcée vu que ... enfin voilà, même un béotien comprendra quoi :noel: ...) .

Je vais essayer d'être plus régulier dans l'envoi des suites, et peut-être un tantinet plus rapide aussi :-p.

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
12 février 2010 à 23:28:50

J'en profite pour lancer un appel à d'eventuels bêta lecteurs, dan le but de boucler définitivement Alter Ego.

Je souhaite rendre ce récit aussi propre que possible au niveau orthographique. Toute aide sera la bienvenue, par tranche de 3 chapitres minimum. Le bonus de cette aide sera l'envoi du livre imprimé et relié en format poche :-) !

Je précise aussi que les chapitres 1 à 3 et 13 jusqu'à l'épilogue sont déja dispatchés.

mon msn, vu que je fais ça en privé : crazymarty@hotmail.fr

Voilà. En espérant vous voir nombreux :noel: !

Ostramus
Ostramus
Niveau 33
13 février 2010 à 13:12:44

Tu utilises Lulu.com ?

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
13 février 2010 à 21:39:26

Je pense que oui.

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
15 février 2010 à 08:17:07

- Y a quelqu’un ?
- Oui, oui, j’arrive, me répondit aussitôt une voix masculine. Putain de générateur, il a encore grillé...
Des pas se rapprochaient de moi. Une lampe torche s’alluma, et se braqua dans ma direction.
- Je suis vraiment désolé. On a de petits problèmes d’approvisionnement électrique en ce moment. Major Derbier, lâcha-t-il en désordre.
- Major Dernaz, déclarai-je. Par contre, si vous pouviez baisser cette torche, je n’en ai pas besoin.
- Oh, pardon, s’excusa-t-il. Je n’avais pas vu que vous étiez un ...
Il ne prit jamais le temps de finir sa phrase. Le jus était revenu, coupant court à la discussion. Adroitement, il dériva sur un autre sujet. Sans pour autant décoller ses yeux de ma carcasse de métal.
- Il ne fait pas chaud dehors, constata-t-il en remontant l’escalier.
- Pas vraiment, en effet...
J’étais fatigué, usé, triste. Et mes réponses, dans ce cas de figure se limitaient à quatre, parfois cinq mots.
- Le quartier est calme, vous ... je peux vous tutoyer ?
- Oui, allez-y.
- Donc je te disais, le quartier est calme. Nous, en tant que majors, on n’a pas la vie la plus désagréable de Paris. Faudra juste faire gaffe de préparer tes plans d’interventions dans la matinée, comme ça tes unités auront leur pancarte pour vingt-quatre heures.
Je me tus.
Il se retourna. Son regard vert se planta dans le mien, inquiet et étrangement coupable.
- Excuse-moi, bredouilla-t-il. Je pense souvent à voix haute, faut pas faire attention.
Et il reprit sa folle ascension vers les étages.
- Tu sors de l’école militaire ? Me demanda t-il.
- Non, j’étais sergent jusqu’à midi.
- Ahhh, bah ça explique pas mal de choses. Sont vraiment trop cons à l’état-major de l’HDV. Ils me parlaient d’un bleu, mais apparemment, c’est pas trop ton cas.
- Pas vraiment, non ...
Son ton changea. Soudain plus chaleureux. Dans sa voix, on percevait une note enfantine, presque innocente tant il respirait le bordelisme et la joie de vivre. Pas tout à fait l’image que je me faisais d’un major de CB. Sa tenue était complètement négligée. Une chemise dégrafée, couverte de tâches de toutes natures, un treillis une taille trop grand, des rangers dont le lustre s’était envolé depuis longtemps, et comble de la négligence, une barbe d’une semaine qui lui mangeait un visage rond et rouge. L’odeur de transpiration me chatouillait les narines depuis quelques minutes déjà, mais en arrivant devant une porte fermée, au seuil de laquelle on s’arrêta, je me dis que le calvaire aromatique était bientôt terminé. Il attrapa la clenche, et ouvrit avec insistance la porte.
- Les gars ?
- Ouais, répondit une voie faiblarde de l’autre côté de la pièce. On peut savoir ce que tu nous veux, cette fois ?
- Bah, c’est le nouveau les gars. Vous savez, le nouveau major, quoi.
Aussitôt, le soldat se leva. Lui, par contre, avait une tenue impeccable. Il se mit au garde à vous devant moi.
- Sergent Carier, major.
- Repos, sergent, lui adressai-je, assorti d'un sourire fade mais sincère. Je ne suis pas encore trop familier avec ce genre de « protocole » C’est tout neuf pour moi ...
- Bien, major.
- Et sinon, c’est quoi cette pièce ?
- Le centre de communication du QG, enchaina Derbier. C’est ici qu’arrivent toutes les communications de l’extérieur, aussi bien de l’état-major, des unités en patrouille, que des appels civils. C’est vrai que c’est un peu désert la nuit, mais rien de plus normal après tout. On a toujours une unité qui reste de garde ici, et un sergent prêt à répondre ou à envoyer des ordres de mission. Protocole de l’état-major.
Ça faisait pas dix minutes que je connaissais Derbier, mais déjà, il m’énervait. Soit, il n’avait pas envie de bosser. Alors pourquoi il ne bougeait pas son gros derche de l’armée ? C’était pour des types comme ça que nous, les gars de la couronne, on se faisait plomber ? Bon, d’accord, c’était pas tous les jours Verdun, mais quand même. Là, on battait les records de flemmardise aigüe. Prendre mon mal en patience. Voilà tout ce que je pouvais faire pour le moment.
- Bon, c’est pas qu’on s’ennuie, mais on a pas fini de faire le tour du propriétaire. A plus tard Carier.
- A plus tard, Major, répondit le sergent.
Escaliers à nouveau. La lumière sauta deux fois en à peine cinq minutes, et l’autre abruti recommença à jouer de la torche. Deuxième palier. Deuxième porte. Troisième coupure de courant. Cette fois, le générateur avait réussi à prendre le relais. « Ça promet », pensai-je dans un moment de solitude et de rare silence car Derbier avait fini par se taire trente secondes. Nouvelle pièce, nouvelles têtes. Présentations, et puis on sortit, pour continuer de monter.
En cinq étages, j’ai donc vu la salle des communications, la salle des officiers, le dortoir, la pièce commune, et l’armurerie. Je revois encore la tête de Derbier, tout fier de me présenter ses belles armes bien propres, tellement propres qu’elles avaient dû s’enrayer à force de ne pas servir. Il attrapa un lourd fusil d’assaut, le soupesa maladroitement. Il me le tendit, espérant que j’approuve son jugement. Prétextant la fatigue, je refusai.
- Si t’es fatigué, j’ai plus qu’à te montrer ta chambre. Tu verras, c’est confortable.
- Oh, tu sais, un simple matelas me suffit en temps normal …
- Sauf que t’es major, pas sergent.
Je souris, ironique. Je ne sais pas ce que pouvaient penser de lui ses subordonnés, mais ça devait pas être l’amitié qui les maintenait unis. Peut-être nota-t-il enfin cette légère touche d’agacement qui assombrissait ma voix. Il referma l’armurerie, sans la verrouiller. Nous sommes redescendus au troisième étage, dans le quartier des officiers. Ici, la notion d’officier se réduisait au sergent première classe, aux majors (en l’occurrence lui et moi), et au capitaine de section. Hasard du calendrier, il était parti deux jours à l’état-major, pour le bilan mensuel de la situation. J’osais même pas imaginer qui gérait la maison pendant son absence, mais je voyais mal Derbier avec ses hommes. Peut-être que je me trompais après tout. Peut-être qu’il essayait juste de me faire rire un peu, histoire de me détendre avant de me plonger dans la fureur administrative qui seyait si bien à un major. J’espérais sincèrement me tromper, car ce soir, je n’avais pas envie de rire. Silencieux comme une tombe, il avançait dans l’étage. Cinq chambres, une salle de bain commune, et une grande pièce ou se trouvait un énorme serveur relié à plusieurs écrans, ainsi qu’à un système informatique hybride. Ces gros machins, avec leurs sièges en acier moulé et leurs dizaines d’aiguilles m’ont toujours fait penser à un nouvel instrument de torture. J’étais bien content de ne pas avoir besoin de passer par là pour me connecter au Rezo. Quelques néons au plafond, papier peint bleu horizon. Un coin de la pièce rectangulaire faisait office de cuisine. Quelques placards dépareillés, un réchaud, un micro-onde, une cafetière (très importante la cafetière), et une table en bois toute simple, blanche, avec cinq chaises. Dessus traînaient encore des mugs de café à demi pleins, des miettes de pain et des assiettes pas lavées. Dans l’évier, une pile s’entassait déjà.
Derbier passa en quatrième vitesse dans la pièce, pour me conduire aussitôt dans ma chambre. Coup de clenche, poignée qui grince, la porte qui s’ouvre. Et la mauvaise surprise.
- Oh oui, j’avais oublié, la chambre doit être refaite. La peinture est un peu vieillotte, et il y quelques petits problèmes d’humidité.
Silence embarrassé. Effectivement, la pièce était humide. Et pas qu’un peu. D’énormes traces noires s’étalaient autour de la fenêtre et dans les angles. La peinture avait même fini par s’écailler à certains endroits, dévoilant le plâtre sous-jacent. Et l’odeur de renfermé me prenait à la gorge.
- Sinon, on peut toujours s’arranger avec la chambre du capitaine, vu qu’il est absent. T’auras qu’à prendre ma chambre, je réglerai ça avec lui demain.
- Très bien.
- Alors je te la montre ?
Deuxième porte à gauche. A nouveau la clenche, la poignée, et la porte qui s’ouvre. Cette fois-ci, sur un nid douillet. Un confortable lit posé à ras le sol, dans les tons crème et noir, plié au carré. Un bureau rempli de paperasses qui s’élevaient en d’improbables assemblages. Une armoire en acier, grise, moche, mais recouvertes de dizaines de photos noires et blanches, uniquement des visages humains. Tous souriaient. Tous venaient d’horizons différents. Des Indiens, des Chinois, quelques Noirs, et pas mal d’Européens. Tous semblaient heureux d’être là. Dans le sanctuaire de ce major.
Dans un coin, prés de l’armoire, une curieuse boîte noire et jaune, reliée à plusieurs autres, plus petites, et à plusieurs prises dans le mur. De temps à autre, une lumière bleue s’en échappait. J’étais intrigué par ce boîtier numérique, bien que son usage me fût à jamais inconnu. Console de jeu ? Ordinateur à connexion neurale ? Lampe décorative ? Chaîne stéréo ? Télé à écran dépliable ? Peu importe l’usage auquel le destinait Derbier, il retira les fiches d’alimentations du mur, et la lueur bleue s’en alla, progressivement.
- Ça va te gêner pour dormir, prétexta-t-il.
- Tu sais, j’ai juste à vouloir dormir pour me débrancher ...
- Oui, mais, on sait jamais.
Il attrapa l’un des plus petits boîtiers, et le fourra dans une poche.
- Si tu veux te laver, la salle de bain est au bout du couloir.
- Merci, lui répondis-je d’une voix éteinte.
- Surtout, s’il y a quoi que ce soit, tu n’hésites pas. Tu viens frapper à la porte d’à côté.
- Je m’en souviendrai.
- Bon, bah bonne nuit alors.
- Bonne nuit, conclus-je.
Il referma la porte avec douceur. Aussitôt seul, je m’allongeai sur le confortable lit. Les bras posés à côté de mes oreilles, je contemplai le plafond blanc. Et le moment que je redoutais tant se pointa. Je le sentais venir, ce poison noir et gluant qui s’accrochait à moi depuis un bon moment. Mais il avait profité du calme soudain pour s’imposer. Vicieux, pervers, me montrant à nouveau le visage d’Armestri. Et moi, comme un con, à me dire « si seulement j’avais vu ». Oui, si seulement. Mais c’était une victime comme une autre. Un cadavre à la renverse, à présent oublié par les officiers. Son seul souvenir porté par le cœur de ses hommes et de ses amis. Et tristement, je constatai qu’il n’aurait pas droit à la cérémonie dont il parlait tant. « A Notre-Dame si je crève », plaisantait-il souvent. Rien. Rien pour toi Julio, rien que le chant des vents hurlants, et la tristesse de tes amis. Je remarquai avec horreur qu’il était marié, et qu’il avait déjà deux têtes blondes à nourrir à la maison. Gianni et Chiara. Avait-t-on seulement prévenu sa famille ? Avaient-ils pour une fois pris leur courage à deux mains, respectant avec l’honneur et la dignité, la mort loyale d’un combattant défendant les valeurs de son pays ? Ou alors, le silence de l’anonymat résonnerait–il longtemps dans le combiné du téléphone ? La pauvre veuve pourrait toujours espérer, malgré les mots « disparu en mission », griffonnés à la va-vite par un fonctionnaire militaire sur une photo écornée de Julio.
Moi aussi je revoyais le visage jovial du prolétaire italien que pas mal d’officiers haïssaient au plus haut point. Mais lui, lui il a servi avec droiture un pays qui lui tournait le dos. Un pays froid, austère, gris et triste. Rien que pour lui, rien que pour ça, je ne pouvais pas rester là, sans rien faire. Je me levai, et me dirigeai vers la fenêtre, que j’ouvris d'un grand coup. Dans la poche intérieure de ma cape neuve, j’attrapai mon paquet de cigarettes, et un briquet bleu un peu abîmé. Je m’allumai une clope, avant de sortir cette phrase, si triste et pourtant si vraie.
- Tu l’as pas volée, celle-là.
Derrière moi, je sentis un sourire moqueur. Je me retournai. Mais il n’y avait que l’absence pour me répondre.

La nuit ne fut qu’un trajet noir. Un film sans images, bercé de cris lointains, de plaintes vaines, de mugissements d’acier et de froids polaires. Elle avait été longue, et franchement, je regrettais de m’être endormi. J’étais presque soulagé de me réveiller, enfin, de ce maudit piège. Le cadran affichait déjà sept heures dix. C’était tard. Beaucoup trop tard, et je me grouillai de me lever du lit en travers duquel je m’étais allongé, presque sans m’en rendre compte. Traine-savate du jour, pourquoi pas ? Sauf que c’était ce premier jour où je détestais tant être en retard. Transcender l’horloge d’une ponctualité militaire m’avait toujours été plus qu’agréable. Mais aujourd’hui, c’était autre chose qui me retenait sur cette paillasse. En me levant, je me suis dit que je n’aurais pas dû. Ce n’était que le premier de tous les signes qui me disaient de ne pas y aller. Mais tous, je les ai ignorés. Un par un, avec une inattention toute circonstancielle. Voilà comment débutait ce dernier jour. Voilà ce qu’il ce passait, à sept heures dix, le jour même ou tout s’est effondré pour moi.

Huit heures quarante-six.
Briefing dans la salle commune des officiers. Les effluves du café et des cigarettes envahissaient la pièce avec une volupté toute masculine. Cheveux mal peignés, mines maussades, yeux entrouverts de fatigue. C’était stupide de croire que cette foutue réunion servirait à quelque chose. Personne n’en avait envie, personne ne savait quoi dire. Derbier était assis sur le dossier d’une chaise, en équilibre sur la fine tranche de bois, les pieds posés sur l’assise. J’avais terriblement envie de le pousser, qu’il se casse la gueule et qu’il chiale de douleur. L’envie de sadisme me brûlait les doigts, mais la force des convenances me retenait. Tout comme mes oreilles le faisaient des syllabes hachées du sergent Carier avec plus ou moins d’attention.
- ... qui est toujours à droite. On n’a pas eu de bavure la dernière fois, et ça a toujours marché jusqu’à présent.
Derbier se leva. Un sourire d’autosatisfaction naissait progressivement sur ses lèvres fines et légèrement rosées, à mesure qu’il s’avançait vers son subordonné.
- Puisque tu y tiens tant, pourquoi ne pas le refaire ?
Mon attention s’éleva d’un cran. Je détachai mon regard froid de mes pieds, et regardai enfin la scène avec l’intensité qu’exigeaient les circonstances. Enfin, la confrontation. Carier ne l’aimait pas. Rien qu’à son regard, on pouvait le deviner. Le roux se leva, et planta ses yeux dans ceux de l’autre. Sans ciller. Sans une once d’émotion. Une haine si froide, que tous nous étions prisonniers de cette putain de scène. Instinctivement, les stylos se sont tus, les tasses de café se sont posées. Le silence des esprits s’installa avec une violence sourde. Et lorsqu’enfin, Derbier entrouvrit la bouche, je crois qu’on s’est tous dit que ça allait péter.
- Peut-être parce que l’incompétence de certains a bien failli tous nous tuer ?
Silence. L’autre n’en démordait pas. Il n’en démordait pas, mais il ne disait rien. Carier l’avait remis à sa place, et ça, il n’avait pas l’air d’apprécier. Son sourire s’était écroulé, un mur de haine l’avait remplacé. Sa mâchoire se serra et se desserra subtilement. Avant de l’ouvrir.
- Si tu crois pouvoir régler ça ici, vas-y. Je t’attends, Léon. Après tout, n’est-ce pas une affaire publique ? N’était-ce pas toi qui étais à la tête de ce commando ?
- Je ne tomberai pas dans ton petit jeu.
- Tu te dégonfles ?
- J’ai pas envie de salir mes mains dans de la merde.
On y était. Le point de rupture était atteint. Carier l’avait franchi délibérément, pendant que Derbier n’attendait que ça.
- Si tu savais ce que je pense de tes « méthodes »...
Regard plus froid encore. Carier s’asseya. Derbier, de nouveau avec son sourire pervers.
- Bien, major, répondit le roux.
- C’était pas si compliqué de se mettre d’accord.
Silence de mort.

karma_karma
karma_karma
Niveau 10
23 février 2010 à 18:01:47

Si une âme charitable se pointe :ange: ...
Je précise que le précédent poste a été relu par Suledhel, donc il est normalement exempt de grosses horreures syntaxiques .

Sujet fermé pour la raison suivante : Topic verrouillé.
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