Bonjour,
Je précise immédiatement que plusieurs topics existent déjà qui, comme celui-ci, contiennent le mot de « décroissance » dans leur titre – en voici la liste, pour information (dans l'ordre chronologique) :
https://www.jeuxvideo.com/forums/1-55-466816-1-0-1-0-0.htm
https://www.jeuxvideo.com/forums/1-55-746888-1-0-1-0-decroissance.htm
https://www.jeuxvideo.com/forums/1-55-942711-1-0-1-0-la-decroissance.htm
https://www.jeuxvideo.com/forums/1-55-965016-1-0-1-0-paul-aries-la-decroissance.htm
https://www.jeuxvideo.com/forums/1-55-1001443-1-0-1-0-pierre-rabhi-et-la-decroissance.htm
Mais si, me direz-vous, il existe déjà des topics à ce sujet, pourquoi en créer un nouveau ? D'abord, parce que tous sont datés et qui plus est morts ; ensuite, parce qu'aucun ne constitue un topic thématique de débat général et informatif sur le sujet, qui invite à la réflexion et à l'échange, avec un post d'amorce en conséquence ; et pour finir, parce que cette notion me semble mériter un tel topic vivant et animé à l'heure actuelle, sur ces forums si fréquentés. J'espère que la Modération entendra ces arguments.
Je précise maintenant que ce topic, pour être logiquement placé en Politique (j'ai d'ailleurs hésité, la rubrique Philosophie pouvait aussi convenir), et pour viser le rassemblement autour d'un thème précis, sans-doute même autour d'un mouvement d'idées, politique ou économique, ne se veut pas, en soi, « de gauche » ou « de droite », ou quoi que ce soit d'autre ; pour la simple et bonne raison que, comme on le comprendra bien assez tôt, l'idée de décroissance semble pouvoir être utilisée, pour ne pas dire adoptée, aussi bien par des « royalistes » que par des « anarchistes »... et l'est de fait, que ça ne plaise ou pas aux uns et aux autres. Tous sont donc les bienvenus, pour peu qu'ils aient quelque chose à dire à propos de ce qui nous intéresse.
Qu'est-ce que la décroissance ?
Il ne faut pas confondre le phénomène objectif de décroissance, qui relève de la stricte observation économique (et qui est alors exact synonyme de croissance négative), avec le concept philosophique, politique, social-économique, de décroissance – dont les tenants s'appellent eux-mêmes « objecteurs de croissance. » La croissance négative est, évidemment, stigmatisée comme l'est un mal : elle est le marqueur d'une défaillance et d'un déclin. A rebours, l'objection de croissance veut réformer ou révolutionner le système même qui est fondée sur l'idée et sur le fait de la croissance ; on comprend donc qu'il ne s'agit pas, dans une discussion sur la décroissance, de disserter sur les méfaits de la récession économique en régime croissanciste... ce qui sonnerait bien creux (sans compter que bien d'autres sujets en traitent indirectement).
L'objection de croissance remet donc en cause l'idée même de croissance économique : c'est-à-dire, primitivement, l'accumulation du capital ; et par extension, l'accumulation des biens et le système social, économique, voire esthétique, qui est engendré et entretenu par cette double accumulation.
On se reportera à l'article Wikipédia dédié pour avoir une synthèse encyclopédique (d'assez bonne qualité me semble-t-il) sur le sujet : http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9croissance_%28%C3%A9conomie%29
Après ces précisions on comprend qu'une discussion sur la décroissance concerne plusieurs champs de réflexion déterminés ; pour délimiter sommairement et sans exhaustivité ce territoire et par-là même circonscrire le débat, disons qu'il questionne en vrac : l'ordre économique, le capitalisme, la croissance, la société de consommation, et donc les contradictoires que sont l'anticapitalisme sous toutes ses formes éventuelles ; la technique, l'écologie (au sens étroit comme plus large et récent d'« écologie humaine »), l'industrialisme, le machinisme, le grand ennemi qu'est le transhumanisme, les innovations technologiques, les sciences dures ; d'un point de vue plus strictement philosophique, l'idée de progrès, le sens de l'histoire, l'évolution, l'idée de bien, les rapports entre nature et culture, la définition de l'homme, la constitution politique ; ou encore l'esthétique, l'urbanisme, l'architecture, etc... Y'en a pour tous les goûts.
Pour finir, quelques propos plus fouillés qui peuvent ouvrir la discussion :
L'objection de croissance est souvent assimilée à l'écologisme. Or, de fait, en France et en Europe, les partis écologistes dominants (comme EELV chez nous), contrairement à ce qu'on entend trop souvent, ne prônent pas du tout la décroissance ; mais au contraire une conversion écologique de la croissance : ce que l'on appelle la « croissance verte. » C'est au cœur du « développement durable » tant vanté par tous les partis dominants, qui y voient très logiquement le moyen de sauver la croissance (automobiles électrique et cie...). Notons que le Medef en fait aussi bien son cheval de bataille ! Alors ne faut-il pas remettre en question nos schémas mentaux si commodes ?
Les objecteurs de croissance développent beaucoup la critique de la technique, et particulièrement des technologies numériques ; si bien qu'on les réduit souvent au rôle de « technophobes. » Ce qui s'entend. Mais... ils n'ont « peur » de rien ! et surtout pas des écrans ou des robots. Ils veulent juste les détruire à coups de marteaux.
Mais que serait un monde ou plus simplement un Etat-nation après une réforme ou une révolution décroissanciste ? Souvent dans l'objection la critique l'emporte sur la proposition. Il ne suffit pas de maudire notre aujourd'hui, il faut aussi penser ses lendemains.
Pour finir une question très épaisse et qui me tient extrêmement à cœur (et sans doit-elle occuper beaucoup ce topic) : la question des rapports disons philosophiques entre les deux entités idéologiques antagoniques qui nous gouvernent depuis deux siècles, je veux dire la « gauche » et la « droite », avec la décroissance :
On sait que l'objection de croissance et largement portée par des mouvements intellectuels ou politiques qui se réclament plutôt de la « gauche », mais attention, la gauche entendue dans son sens le plus large, c'est-à-dire si l'on veut les doctrines égalitaristes : des anarchistes aux antilibéraux modérés de gauche – les anarchistes et les communistes hétérodoxes étant les mieux représentés. On parle souvent de « gauche anti-productiviste. »
Cependant, tous ne revendiquent pas cette étiquette ; le plus souvent parce qu'ils récusent la pertinence de la dichotomie classique « gauche-droite. » C'est notamment ce que l'on sent dans le journal assez œcuménique La Décroissance. A ce sujet un papier indispensable : http://www.rue89lyon.fr/2012/06/08/ecologie-radicale-dechire-decroissance-gauche-contre-decroissance-droite%E2%80%A8%E2%80%A8/
Mais existe-t-il une « objection de croissance de droite » ? Une « décroissance de droite » est-elle concevable ? – Ou en tous cas, l'objection de croissance a-t-elle quelque chose à puiser à droite ? Est-ce que la droite à quelque chose à apporter à une réflexion sur la décroissance, et si oui quoi ? Comment traditions intellectuelles de droite et de gauche peuvent nourrir ensemble la décroissance ?
Ce sont des questions qui me passionnent et j'aurais l'occasion d'en parler ici même.
En attendant j'invite les usagers du forum à s'intéresser à la décroissance et à venir en discuter ici. Ceux qui réfléchissent déjà dessus et se sentent proche de cette idée sont tout particulièrement attendus !
L'idée de décroissance est l'incontournable du débat politique de demain. Bientôt les partis se réveilleront de leur sommeil et comprendront qu'il faut la prendre au sérieux. Elle est l'unique solution à la « Crise. »
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Sitographie sélective :
Sites :
http://fr.wikipedia.org/wg/wiki/%C3%89cologie_politique
http://fr.wikipedia.org/wiki/La_D%C3%A9croissance
http://www.decroissance.org/
http://www.ladecroissance.net/
http://www.partipourladecroissance.net/?cat=3
https://www.colibris-lemouvement.org/comprendre/croissance-ou-decroissance
Hommes :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ellul
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ivan_Illich
http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Charbonneau
http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernanos
http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Aries
http://www.laviedesidees.ees.fr/_Jarrige-Francois_.html
(Cette sitographie pourra être enrichie ; et aussi et surtout un bibliographie, que je proposerai et qui pourra être augmentée et reproduite par tout le monde au fil des messages, que j'espère nombreux et durables.)
La décroissance, et je pense que tu as oublié de le préciser, est un courant d'idée apparue en 1972, après la publication par le MIT des "analyses sur les conséquences planétaires des hypothèses envisageables pour les politiques économiques et industrielles", le tout commandé par l'éminent "Club de Rome".
Après, mon interrogation part d'un postulat : beaucoup de gens, et le système lui-même ont du mal à différencier les notions de croissance et de progrès. Et je suppose même chez les décroissants. Et en effet, je me demande si la décroissance ne rime pas la plupart du temps avec l'arrêt tout net du progrès, ce qui me semble totalement impossible, inhumain.
Tu parles de la décroissance, tu ne dis pas pourquoi ce serait un meilleur système, ni comment ça s'organiserait, ni pourquoi on devrait y adhérer, tu n'as même pas défini ce que c'était(juste ce que ce n'était pas), tu aurais dû commencé par ça au lieu de balancer l'article wiki...
"c'est-à-dire, primitivement, l'accumulation du capital ; et par extension, l'accumulation des biens et le système social, économique, voire esthétique, qui est engendré et entretenu par cette double accumulation. "
C'est pas ça la croissance. La croissance c'est l'augmentation des richesses produites dans une frontière donnée. C'est pour ça que la décroissance est dangereuse, arrêter un système basé sur l'augmentation des richesses produites c'est appauvrir la population, ce qui est inhumain car à contre courant de l'insatisfaction qu'on traine depuis 100 000 ans(si les humains étaient naturellement satisfait de leurs situations, on vivrait encore dans des grottes).
"ils n'ont « peur » de rien ! et surtout pas des écrans ou des robots. Ils veulent juste les détruire à coups de marteaux. "
C'est une blague? Comment tu veux objecter les trolls avec un discours pareil? La technologie permet au travail humain d'être immensément plus productif, et donc moins nécessaire, pourquoi vouloir que les humains travaillent plus pour finir avec moins?
Apachoid Tu as raison, j'aurais dû parler du Club de Rome.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Halte_%C3%A0_la_croissance_%3F
C'est effectivement à partir de ces données que l'on peut dire objectives et fiables et du fameux rapport qui en fait état que la décroissance proprement dite apparaît.
Cependant on peut considérer qu'elle est déjà une idée active dans l'histoire dès le XIXè, si ce n'est pas avant, avec les premières résistances à la Révolution industrielle.
La question du rapport entre croissance et progrès est effectivement centrale !
Will, inutile de me faire ces reproches, je n'inaugure pas un programme politique exhaustif, mais un topic de discussion... Donc
Tu as raison de préciser la définition de la croissance ; mais mon raccourci en guise de présentation n'est pas une erreur pour autant. C'est un raccourci.
Du reste je dirais que tu es un peu trop péremptoire pour être efficace.
Je vais répondre dès que j'aurai le temps !
Tiens un topic de fachos.
Baudrillart : Toute position qui n'est pas libérale serait donc "fasciste" ? Ca vole haut.
Will a dit : "C'est pas ça la croissance. La croissance c'est l'augmentation des richesses produites dans une frontière donnée. C'est pour ça que la décroissance est dangereuse, arrêter un système basé sur l'augmentation des richesses produites c'est appauvrir la population, ce qui est inhumain car à contre courant de l'insatisfaction qu'on traine depuis 100 000 ans(si les humains étaient naturellement satisfait de leurs situations, on vivrait encore dans des grottes)."
L'augmentation des richesses produites dans une frontière donnée comme tu dis, c'est bien l'accumulation du capital et des biens.
Si je comprends bien, la décroissance serait "inhumaine" parce qu'elle appauvrirait la population. Un objecteur te répondrais qu'il s'agit au contraire d'améliorer la vie des gens, et non de la dégrader. Décroissance ici est abandon de l'indice de croissance, non récession économique dans un système capitaliste.
Par ailleurs la décroissance briderait l'insatisfaction, elle-même génératrice d'innovation, de changements, voire de "progrès." Mais on peut te répondre bien des choses : comme, qu'il ne s'agit d'être satisfait de tout, mais de réfléchir plutôt que d'innover pour innover.
Et : "C'est une blague? Comment tu veux objecter les trolls avec un discours pareil? La technologie permet au travail humain d'être immensément plus productif, et donc moins nécessaire, pourquoi vouloir que les humains travaillent plus pour finir avec moins?"
Les anthropologues ont montré, à rebours de cette apparence de vérité, que dans les sociétés primitives ont travaillaient moins - mais certes pour avoir moins - sans pour autant mourir de faim, loin de là.
Mais surtout, on peut te répondre que le travail est un moyen, voire le moyen, pour l'homme, de s'accomplir. Que le travail est donc une fin et non seulement un moyen ; que par conséquent sa réduction et bientôt son élimination par l'automatisme serait un mal. En outre, pourquoi produire plus que nécessaire ? pourquoi produire à perte ?
Baudrillart jouant au strawman. Délicieuse ironie.
Sujet intéressant; mais un peu long; je reviendrai une autre fois.
"J'ajouterais que l'on doit dès aujourd'hui s'habituer à réduire sa consommation et que si on ne se prépare pas, la transition sera rude."
Tu as bien raison.
"En revanche, il n'y a aucun mal à toujours chercher le progrès, cela n'est pas en contradiction avec le principe de décroissance matérielle."
Mais cette phrase ne serait vraiment compréhensible que si tu prends soin de définir le "progrès."
Car il semble bien que, comme cela a été dit, les progressistes assimilent croissance et progrès, et ne peuvent penser l'un sans l'autre.
Maintenant il reste une chose à mon avis qui est très importante, si l'on doit renoncer au consumérisme, comment cela se traduira pour un français lambda ? Quel modèle de vie serait adéquat avec un développement durable ?
Par exemple j'imagine que "l'abondance alimentaire" sera terminé ? Ou alors il faudra simplement revoir nos modes de productions ? Les smartphone, Iphone 5, Ipad, tablette et compagnie, tout ceci prendra fin n'est-ce-pas ?
(Bon en même temps on me dira que si c'est pas avec l'Iphone 5, ce sera avec le 17, mais ça prendra inévitablement fin...).
La décroissance est une bonne voie selon moi si l'on souhaite conservée un minimum de confort moderne et technologique. Mieux vaut ça que finir dans une crise énergétique non ?
Assurément, l'Iphone, du 5 au 36, et tout ça, prendra fin ! Sera-ce un drame ? Il n'y a pas si longtemps on n'avait même pas de téléphone portable.
L'abondance, c'est une bonne question. La décroissance, qui implique le localisme, implique assurément la fin de l'abondance alimentaire, entendue comme : hyperdiversité, et hyperquantité. Evidemment, cela ne signifie pas la famine.
Mais attention, décroissance s'oppose à développement durable : le second équivaut à la "croissance verte."
Physiquechimie, évidemment, tu as raison, si on m'enlevait mon ordi ça me ferait drôle, et je ne pourrais pas être ici... Mais ce n'est pas une raison pour se contenter du statu quo. Je crois que j'y gagnerais plus que je n'y perdrais, ça oui !
De plus, tout faisant système, il est difficile aujourd'hui de se passer d'un PC, certes ; or justement une décroissance politique cherche justement à réformer ce système, afin précisément de limiter ces nécessités aliénantes.
Il est difficile de se passer de médicaments aussi: sans eux tu ne serais peut-être déjà plus là.
Le terme décroissance n'est pas très vendeur, mais j'adhère à cette philosophie et aux thèmes que tu soulèves. Mon blog pourrait t'intéresser : http://popularchie.wordpress.com/
J'ai entendu un rapport aujourd'hui qui conclut qu'1 personne sur 8 qui meure aujourd'hui meurt à cause de la pollution atmosphérique. Autrement dit : l'air que respire l'humanité est devenu la première cause de mortalité mondiale. L'air est mortel. Quand on voit l'échec des conférences sensées ne serait-ce que modérer cette pollution de l'air, tout ça parce qu'aucun pays ne souhaite freiner sa course au "progrès", on peut être inquiet.
Le progrès n'est que le nom populaire du déterminisme universel. Le progrès est le premier des fascismes.
Inferentiel : Quel rapport ? Si vous assimilez le Moyen-Âge à la préhistoire, effectivement la décroissance n'en vante pas les mérite... L'objection de croissance n'est pas la même chose que le primitivisme ou anarcho-primitivisme, très loin de là !
Maintenant il faut s'entendre sur le mot "médicament" : s'il s'agit bien de ces objets de l'industrie capitaliste, effectivement ils sont remis en cause par la décroissance, un peu au même titre que les saloperies de Monsanto !
Hathor : il semblerait effectivement que nous partagions les mêmes préoccupations et références ! je vais lire et suivre ce blog avec attention ;) c'est aussi pour ça que j'ai fait ce topic, dans l'espoir de rencontrer des gens qui partagent tout ça.
Hathor, un mp vous attend !
"Le progrès est le premier des fascismes. "
C'est finalement arrivé ![]()
Les ressources ne sont pas inépuisables, on y arrivera donc forcément à la décroissance donc autant la penser dès maintenant.
Exact.
Hier soir chez Ruquier, la pauvre chose de Maud Fontenoy s'est faite démontée par Polony et Caron - pour une fois grosso modo convergents.
Ils y ont été à l'artillerie lourde !
Quels étaient leurs arguments ? ceux de la décroissance.
Même si Caron (rien d'étonnant) ne maîtrisait pas vraiment son sujet et même se méprenait à son égard (il ne semble pas avoir conscience du fossé qui sépare décroissance et "développement durable"), Polony elle était solide, autant qu'elle a pu le montrer. En face, dans un français approximatif et surcompassé, un cerveau léger se débattait tant bien que mal avec ses irréductibles contradictions...
Fontenoy ou l'idiote utile des ingénieurs & banquiers...