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Liste des sujets

Question technique : intérêt/inflation

XKCD
XKCD
Niveau 10
09 septembre 2012 à 00:48:00

Salut,

Juste une question d'économie en passant, parce que j'ai l'impression que quelque chose me dépasse. On entend fréquemment que les banques centrales "mènent une politique inflationniste" (ça, d'accord, elles impriment de la monnaie, c'est clairement de l'inflation) mais dans le même temps, "abaissent artificiellement les taux d'intérêt".

Là je ne comprends plus. Déjà parce que je n'ai pas trouvé de réponse à la question "comment les banques centrales pourraient agir *directement* sur le taux d'intérêt" ? Un prêt, c'est une entente au cas par cas entre deux individus, donc je vois pas comment une banque centrale pourrait faire en sorte de "forcer" les gens à prêter à taux plus haut ou plus bas - si c'était le cas, le même phénomène se produirait qu'avec le salaire minimum, des prêts qui auraient eu lieu en temps normal n'auraient pas lieu à cause d'une interdiction.

Ensuite, ça me semble antithétique avec l'aspect "les banques centrales mènent une politique inflationniste" : disons qu'il y a, par exemple, 10% d'inflation par an (oui, c'est beaucoup, mais c'est théorique, pour faciliter les calculs). 100€ au temps t ont donc la même "valeur" que 110€ en temps t + un an. Du coup, le mec qui veut prêter son argent à quelqu'un sur un an à un taux, disons, de 5% ; au lieu de lui demander de lui rembourser 105€ au bout d'un an, il va lui demander 115,5€, pour tenir compte de l'inflation (110€ * 105%). Donc le taux d'intérêt "visible" est beaucoup plus grand...

Donc intuitivement, de l'inflation fait plutôt augmenter les taux d'intérêt que les faire diminuer. La question que je me pose est donc : comment font les banques centrales pour abaisser le taux d'intérêt ? :(

Darkman002
Darkman002
Niveau 4
09 septembre 2012 à 01:18:58

C'est le taux auxquelles elles prêtent aux banques commerciales via les opérations d'open market.

XKCD
XKCD
Niveau 10
09 septembre 2012 à 01:28:57

Mais dans ce cas, pourquoi :

1) On parle de taux "artificiellement" bas, si c'est un taux qui est accepté par les deux parties je vois pas du tout pourquoi il est artificiel. Peut-être que ça signifie "un créancier privé n'aurait jamais prêté à ce tarif-là" ?

2) Pourquoi on parle de "l'intérêt" de façon aussi générale en ce qui concerne cette problématique ? Les taux d'intérêts des emprunts d'État influent-ils beaucoup (et si oui, comment ?) sur les autres taux d'intérêts dans la société ?

_IRIB_
_IRIB_
Niveau 10
09 septembre 2012 à 05:27:55

C'est simple et logique : l'émission de monnaie lui fait perdre de la valeur (augmentation de l'offre). Or, le prix de l'argent, c'est le taux d'intérêt. Du coup, une politique d'expansion monétaire augmente les encaisses et fait perdre leur valeur. Cette perte de valeur signifie une baisse des taux d'intérêt.

Les banques centrales font des prêts et rachètent des actifs comme des obligations pour améliorer la trésorerie des banques commerciales qui pourront reprêter davantage aux autres agents économiques. Si la BCE prêtent à du 1%, la banque commerciale prêtera à du 2% pour s'assurer sa marge bénéficiaire.

Un taux artificiellement bas signifie que le taux d'intérêt n'est pas bas suite à des fondamentaux comme une saine croissance des entreprises et du PIB mais sur des décisions arbitraires de la banque centrale qui en amenant un excès de liquidité sur le marché, favorise l'octroi de crédits à des débiteurs insolvables ou permet des investissements non-rentables. L'analyse fondamentale se base sur des variables réelles et pas nominales comme les prix.

Les agents ne peuvent pas réviser leurs emprunts et créances en permanence. Ils sont liés par des contrats fixes ou variables après x années.

Les taux d'intérêts directeurs influencent fortement tous les autres taux à travers différents canaux (prix des actifs financiers, obligations, cash flow futurs des entreprises, q de Tobin, ils servent de base à l'évaluation financière en tant que taux sans risque). Au niveau des décisions d'investissement, le taux d'intérêt doit être aussi vu comme mesure du risque. Des taux bas, signifie des projets plus rentables qu'auparavant en termes de valeurs actualisés.

C'est la quantité de monnaie dans l'économie qui détermine sa valeur (= son taux d'intérêt compris comme abstraction, comme niveau général moyen). La monnaie facilite les échanges et transactions, elle permet donc plus de divisions et de spécialisations du travail, donc plus d'efficience au niveau macroéconomique. Après, il faut arbitrer en différents objectifs : trop de monnaie = croissance certes mais inflation, donc baisse du pouvoir d'achat à cause de rigidités des salaires. Mais pas assez de monnaie = déflation, augmentation du poids de la tête, manque d'investissements et de consommation, déclin macroéconomique.

Donc, il faut maintenir un certain taux d'inflation que l'on a fixé empiriquement à 2% pour assurer une croissance stable de l'économie.

Dark_Magean
Dark_Magean
Niveau 10
09 septembre 2012 à 09:19:18

Difficile de faire mieux que IRIB.

L_Ryuuzaki
L_Ryuuzaki
Niveau 14
09 septembre 2012 à 13:25:09

En effet, j'ai l'impression d'avoir lu un passage de mon pavé d'économie politique. :(

XKCD
XKCD
Niveau 10
09 septembre 2012 à 14:00:03

"C'est simple et logique : l'émission de monnaie lui fait perdre de la valeur (augmentation de l'offre). Or, le prix de l'argent, c'est le taux d'intérêt. Du coup, une politique d'expansion monétaire augmente les encaisses et fait perdre leur valeur. Cette perte de valeur signifie une baisse des taux d'intérêt. "

:d) Dit comme ça, effectivement, ça paraît clair, mais du coup... Où est l'erreur dans mon raisonnement ? Le coup de "si la monnaie vaut moins cher dans un an, les taux d'intérêt augmentent pour compenser", c'est contredit par ce que tu m'expliques, mais je ne vois pas en quoi c'est faux :(

Dr_obi_wan
Dr_obi_wan
Niveau 10
09 septembre 2012 à 14:14:39

Il y à quand même une erreur dans le raisonnement d'_IRIB_. Le taux d'intérêt du crédit en réalité ne devrait pas être piloté et donc baisser lorsqu'il y à de l'épargne non parce que le PIB augmente.

_IRIB_
_IRIB_
Niveau 10
09 septembre 2012 à 15:22:56

Dr_obi_wan Voir le profil de Dr_obi_wan
Posté le 9 septembre 2012 à 14:14:39 Avertir un administrateur
Il y à quand même une erreur dans le raisonnement d'_IRIB_. Le taux d'intérêt du crédit en réalité ne devrait pas être piloté et donc baisser lorsqu'il y à de l'épargne non parce que le PIB augmente.

:d) Si le PIB augmente trop, tu entraînes une surchauffe de l'économie qui mène à de l'inflation. C'est pour ça qu'il faut faire augmenter les taux pour éviter un emballement et l'apparition de bulles.

Le fait d'avoir trop d'épargne, il y a un manque de consommation, donc par effet multiplicateur, il y a une baisse de la croissance. De l'autre côté, à long terme, la croissance vient de la capacité à épargner et à réinvestir cette épargne dans des investissements génératrices de valeurs. On peut trouver un taux optimal (comme la règle d'or de l'accumulation de Ramsey). De ce problème d'arbitrages intertemporelles, la banque centrale joue un rôle considérable en fixant les taux d'intérêts pour pouvoir piloter l'économie à la fois dans le court terme et le long terme.

Apachoid
Apachoid
Niveau 10
09 septembre 2012 à 15:24:52

XKCD, de ce que je sais, les banques centrales ont le pouvoir de modifier les taux d'intérêts sur certains crédits. Elles peuvent l'ajuster soit pour influer négativement sur l'inflation, soit pour se fixer des objectifs économiques, des perspectives financières. Elles n'ont pas besoin de créer de la masse monétaire pour ça, elles décident juste. (Exemple : la fed avant les subprimes).

"Un prêt, c'est une entente au cas par cas entre deux individus, donc je vois pas comment une banque centrale pourrait faire en sorte de "forcer" les gens à prêter à taux plus haut ou plus bas"

C'est plutôt une entente entre un individu et un organisme : la banque. Et par exemple aux USA, inutile de remonter à la la banque fédérale pour voir les taux bouger. Le crédit à taux variable est une institution aux Etats-Unis depuis plus des décennies.

_IRIB_
_IRIB_
Niveau 10
09 septembre 2012 à 15:25:26

Pardon, j'ai mis Ramsey mais c'est pas lui, sa règle d'or concerne le taux de taxation, je les avait confondu en écrivant.

Dr_obi_wan
Dr_obi_wan
Niveau 10
09 septembre 2012 à 15:26:43

Ah je vois le souci...On a affaire à un monétariste.

lus il y a de transactions, plus on a besoin de monnaie)

C'est une erreur, les prix s’ajustant à la baisse lorsque la production augmente.

Ton erreur de raisonnement c'est que tu prends le taux d'intérêt et le prix de la monnaie comme 2 variables différentes alors que c'est la même.

Pas vraiment non. J'ai juste rappelé que dans un marché libre (donc dépourvu de banque centrale) le prix d'un crédit baisse lorsque l'épargne est en abondance.

_IRIB_
_IRIB_
Niveau 10
09 septembre 2012 à 15:30:25

"Un prêt, c'est une entente au cas par cas entre deux individus, donc je vois pas comment une banque centrale pourrait faire en sorte de "forcer" les gens à prêter à taux plus haut ou plus bas"

:d) Tu as une valeur fondamentale à laquelle tu peux graviter autour, de là l'entente.

Si le taux directeur est de 2%, les banques peuvent se financer à du 2% et donc prêter à du 3% par exemple. Si maintenant, les agents économiques sont rationnelles et ont une connaissance complète de ces informations, si une banque leur propose du 10%, ils savent que c'est trop et peuvent aller voir ailleurs où ils auront du 3%. Les banques à du 10% vont donc baisser leur taux pour attirer des clients. Ce jeu de concurrence, extrêmement puissant dans un marché aussi liquide et homogène que celui de l'argent, va pousser les institutions à aligner leurs taux.

Dr_obi_wan
Dr_obi_wan
Niveau 10
09 septembre 2012 à 15:36:20

Le fait d'avoir trop d'épargne, il y a un manque de consommation, donc par effet multiplicateur, il y a une baisse de la croissance.

Un manque de consommation ça n'existe tout simplement pas. C'est le consommateur qui décide de si il veut consommer ou non.

De l'autre côté, à long terme, la croissance vient de la capacité à épargner et à réinvestir cette épargne dans des investissements génératrices de valeurs.

Oui c'est juste.

. On peut trouver un taux optimal (comme la règle d'or de l'accumulation de Ramsey).

Non. La valeur étant subjective un taux ne doit pas être piloté mais être fonction de la préférence temporelle des acteurs économiques. Le contrôle des prix est mauvais puisque ça déconnecte les agents économiques de la réalité (le prix est un signal) mais il ne faut pas exclure la monnaie.

De ce problème d'arbitrages intertemporelles, la banque centrale joue un rôle considérable en fixant les taux d'intérêts pour pouvoir piloter l'économie à la fois dans le court terme et le long terme.

Et bien re non. La banque centrale génère par ce fait de fausses informations (disponibilité de l'épargne et des ressources).

Dark_Magean
Dark_Magean
Niveau 10
09 septembre 2012 à 15:36:44

"XKCD, de ce que je sais, les banques centrales ont le pouvoir de modifier les taux d'intérêts sur certains crédits.[...]Elles n'ont pas besoin de créer de la masse monétaire pour ça, elles décident juste."

:d) Les banques centrales créent de la monnaie en prêtant aux banques - ou plutôt, elles prêtent de la monnaie qu'elles créent. Le taux de ces prêts, le taux directeur, détermine donc la quantité de monnaie créée. Plus il est haut, moins les banques ont envie d'emprunter, et donc plus la création monétaire est faible. Inversement, plus il est bas, plus les banques sont incitées à emprunter à la banque centrale, et plus la création monétaire est importante.
Corrigez-moi si je me trompe, hein. :)
Donc, pour ce que j'en sais, la phrase "elles n'ont pas besoin de créer de la masse monétaire pour ça, elles décident juste" est fausse.

"C'est plutôt une entente entre un individu et un organisme : la banque. Et par exemple aux USA, inutile de remonter à la la banque fédérale pour voir les taux bouger. Le crédit à taux variable est une institution aux Etats-Unis depuis plus des décennies."

:d) Les autres taux d'intérêt (ceux sur les prêts à la consommation, à tout ce que tu veux) évoluent "naturellement" selon les réajustements du marché, mais ils sont aussi influencés par les taux directeurs. Si ces derniers sont bas, les banques ont accès à de la monnaie "facile", et donc elles peuvent prêter plus abondamment, en prenant plus de risques, et en particulier en finançant des activités risquées où elles n'auraient pas investi (ou pour lesquelles elles auraient demandé des intérêts beaucoup plus élevés, pour se prémunir contre le risque). Inversement, si les taux directeurs augmentent, l'argent disponible en prêt se raréfie, les banques deviennent plus précautionneuses, et les autres taux d'intérêts augmentent.

Donc si, en remontant à la banque centrale et à ses décisions, on en apprend beaucoup sur les évolutions des taux.

_IRIB_
_IRIB_
Niveau 10
09 septembre 2012 à 15:38:24

C'est une erreur, les prix s’ajustant à la baisse lorsque la production augmente.

:d) Effectivement, la production augmente donc l'offre augmente, les prix des biens et services produits baissent. La demande de monnaie quant à elle va augmenter pour pouvoir réaliser les transactions et les échanges de ces nouveaux biens et services. On a le risque de surchauffe.

Apachoid
Apachoid
Niveau 10
09 septembre 2012 à 15:45:12

Dark_Magean,

"Je saisLes autres taux d'intérêt (ceux sur les prêts à la consommation, à tout ce que tu veux) évoluent "naturellement" selon les réajustements du marché"

C'est important. Car les "réajustements" du marché sont insidieux. Ils peuvent provenir d'une réelle modification d'activité économique, mais aussi dépendre d'une poignée de personnes à gros portefeuille, ou simplement être indiqué dans le contrat. Le crédit subprime était de ce dernier type. Lié à "l'économie" , mais aussi lié à de sombre calculs financier, juridiquement acceptable mais trop compliqués pour les clients qui le sousignaient. Un vrai produit toxique.

Tout ça pour dire, je me méfie quand on parle de l'évolution "naturelle" du marché. Le marché du 21ème siècle étant un système "loto-Casino-frivole", son caractère naturel, ou en tout cas "sain" me semble déjà très loin.

Dr_obi_wan
Dr_obi_wan
Niveau 10
09 septembre 2012 à 15:47:31

La demande de monnaie quant à elle va augmenter pour pouvoir réaliser les transactions et les échanges de ces nouveaux biens et services. On a le risque de surchauffe.

Ah ça c'est un problème de monnaie non adaptée. Une monnaie très divisible peut régler le problème.

Dark_Magean
Dark_Magean
Niveau 10
09 septembre 2012 à 15:54:22

Apachoid : évitons un énième débat sur l'origine de la crise des subprimes, la finance folle, tout ça. La question de XKCD est purement technique. Il pose juste une question sur un enchaînement cause-effet. La question n'est pas de savoir si le marché est bien ou pas, s'il est moral ou pas.

Mais parce que je suis faible et que je n'y résiste pas...
"Le marché du 21ème siècle étant un système "loto-Casino-frivole", son caractère naturel, ou en tout cas "sain" me semble déjà très loin"
Je répondrai à ceci que c'est normal qu'il soit loin, puisque, de l'aveu même d'IRIB, les banques centrales le pilotent depuis des décennies. :hap:

_IRIB_
_IRIB_
Niveau 10
09 septembre 2012 à 15:58:51

Apachoid Voir le profil de Apachoid
Posté le 9 septembre 2012 à 15:45:12 Avertir un administrateur
Dark_Magean,

"Je saisLes autres taux d'intérêt (ceux sur les prêts à la consommation, à tout ce que tu veux) évoluent "naturellement" selon les réajustements du marché"

C'est important. Car les "réajustements" du marché sont insidieux. Ils peuvent provenir d'une réelle modification d'activité économique, mais aussi dépendre d'une poignée de personnes à gros portefeuille, ou simplement être indiqué dans le contrat. Le crédit subprime était de ce dernier type. Lié à "l'économie" , mais aussi lié à de sombre calculs financier, juridiquement acceptable mais trop compliqués pour les clients qui le sousignaient. Un vrai produit toxique.

Tout ça pour dire, je me méfie quand on parle de l'évolution "naturelle" du marché. Le marché du 21ème siècle étant un système "loto-Casino-frivole", son caractère naturel, ou en tout cas "sain" me semble déjà très loin.

:d) Le marché n'est pas totalement efficient, c'est là que je ne suis pas autrichien. Je suis un ordolibérale, celui du capitalisme rhénan (allemand) et de l'économie sociale de marché. Je pense que le marché est efficient de manière faible ou semi-forte.

Les agents ont une rationalité limité car ils n'ont pas toute l'information nécessaire pour choisir de manière optimale. De même, l'existence de market failures comme les asymétries d'informations, l'aléa morale ou les externalités font que les équilibres de marché ne sont pas toujours optimaux (bien qu'ils le sont dans la plupart du temps). Il y a donc de la place pour de la régulation et une politique monétaire active.

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