Dans la série des arnaques bien rôdées, j´en ai depuis ce soir une nouvelle à mon compteur de loser en chef.
Je cheminais comme à mon habitude sur la route de Ald Rhun, de cette démarche guillerette qui caractérise mon tempérament enjoué lors des jours fastes, mu par cette douce euphorie qu´entraîne souvent la sensation du devoir bien fait. Il faut dire que quasiment chaque quête de ma liste des corvées à accomplir pour telle ou telle guile obscurantiste souhaitant étendre sur toute l´île de Vanderfell sa doctrine occulte était rayée.
Je me dirigeais donc vers une des dernières tâches ingrates à accomplir, quand cette empafée de grognasse m´est tombée dessus. Ou plutôt, c´est à peine si ce n´est pas moi qui lui suis tombé dessus, tant la têmpête de cendres qui s´était levée m´aveuglait au point de ne rien voir, pas même ce présage qui augurait du pire qu´elle constituait.
Bref, je m´aperçois que j´ai failli ne pas voir cette charmante donzelle, et je m´en offusque,parce que secourir la veuve et l´orphelin représente mon activité de prédilection. La fille me baragouine sa requête: cette inconsciente voudrait que je l´escorte à la porte des âmes, moyennant une somme alléchante dont elle évite soigneusement de mentionner le montant. M´intéréssant moins à la récompense qu´à la plaisante compagnie qui s´offre à moi, rendu fébrile comme à chaque fois le doux vent de l´imprévu fait souffler sur mon existence éphémère le délicat parfum de l´aventure, je n´hésite pas une seule seconde à secourir cette damoiselle en danger.
Grand mal m´en prenne! Ne m´étant jamais rendu auparavant à cette fâmeuse porte des âmes, je me dirige au petit bonheur la chance et m´arrête une demi-douzaine de fois pour vérifier si vais bien dans le bon sens. La prétendue damoiselle en détresse se métamorphose en marchande de poisson, clamant qu´elle ne sera jamais arrivée à temps à cette allure, pleurnichant comme une fillette dès qu´un animal sauvage s´en prend à elle. Comble de l´ironie, ce n´est pas moi qui me perd mais elle, incapable de me suivre, et je dois retourner la chercher à plusieurs reprises, bloquée contre un rocher qui fait à moitier sa taille, ou tournant autour d´un cadavre comme un indien qui ferait la danse de la pluie. Des complications viennent encore ajouter du piment à mes déboires: plus on approche de la porte des âmes, et plus les bestioles en tous genres viennent me chercher des crosses. Galopins épiléptiques, chien de Nix enragés faute de trouver la baballe, et autres créatures sympatoches se sont données le mot pour me ralentir.N´étant pas d´un niveau terriblement élevé, je dois me reposer moult fois pour me refaire une santé, ce qui ampute une apétissante partie des loisirs que j´avais prévu pour mon week-end.
Quand finalement, ayant sué sang et eau, je tombe sur les rotules devant la porte des âmes, ma compagne d´infortune ne réagit pas. Au contraire, elle élève plus haut mon incompréhénsion en affirmant qu´il reste peu de temps pour arriver à destination. Ne sachant pas si je dois rire ou pleurer, je me contente de passer le lourd portail de la Porte des Ames, pour massacrer les esclaves des cendres et autres joyeuses surprises qui me tombent sous le bras, exprimant ainsi ma rancoeur pour m´être laissé embarquer dans cette galère. C´est alors tout à fait par hasard que je tombe sur une pancarte qui semble intérésser ma grognasse: ça y´est, nous sommes arrivés! Reconnaissant au ciel de voir enfin le bout du tunnel, je ne me réjouis pas encore parce que le chemin du retour est long, mais salive en prévision de ma récompense. C´est là qu´intervient le Gag avec un grand G: pour tous ces efforts, je me vois gratifié de...100 pièces d´or!
Pris d´un rire dément, parcouru de convulsions démoniaques, je sors ma hâche et découpe en rondelles celle qui m´a mené jusqu´ici pour lui exprimer toute ma gratitude. J´entame alors le chemin du retour, retrouvant ma route en suivant les cadavres, comme l´avait le petit Poucet avec ses cailloux.
Moralité ( et bravo si vous avez lu jusque là!): Si vous voyez une auto-stoppeuse sur la route de Ald Rhun, SURTOUT ne vous arrêtz pas!
Merci 