Chapitre 7 : Le Manoir des Baskerville
Alors que Jopfleger conduisait, Everlasting faisait l’objet de la conversation des filles ( « Oh, Benoît, tu vas bien ? Tu nous as tellement fait peur ! », disait Emma), Couloume grognait dans son coin, et Ocelot et Poseidon parlaient voiture ( « Et si on arrêtait de parler de ça ? », proposa Poseidon).
- On est bientôt arrivé ? demanda Couloume à Jopfleger.
- Dans deux heures, ça va vite passer, répondit Jopfleger.
Alors Everlasting faisait toujours l’objet de la conversation des filles, Couloume grognait toujours dans son coin, et Ocelot et Poseidon ne parlaient plus !
- Nous ne sommes plus qu’à cinquante kilomètres du Manoir, annonça Jopfleger.
- Cinquante ? dit Couloume. Oh, là, là…
Couloume commença alors à se plaindre, qu’il n’aurait jamais dû participer à cette expédition, qu’il perd son temps et autres.
- Depuis le temps que tu te plains, nous avons parcouru trente kilomètres, je te signale ! dit Jopfleger.
- Trente ? répéta Couloume. Alors, il nous reste combien de kilomètres ?
- Il en reste vingt ! s’écria Ocelot. Regarde, même moi je le sais, c’est dire à quel point c’est facile…
- Nous sommes tous étonnés, Ocelot, dit Poseidon.
Les derniers kilomètres étaient les plus longs. Nos journalistes avaient hâte d’être arrivés, avec toutes leurs péripéties qui leur sont arrivées ! Plus que cinq… quatre… trois…
- Quand est-ce qu’on arrive ? demanda Couloume. J’ai soif !
Plus que deux… un… Plus que cinq cents mètres… quatre cents… trois cents… deux cents… cent…
- Vous voyez cette demeure, au loin ? demanda Jopfleger. Hé bien c’est le Manoir des Baskerville. Autrement dit, nous sommes arrivés !
La maison était immense, paraissait ancienne, et laissait penser aux maisons hantées des films d’horreur ( « Comme dans « La maison du Diable », remarqua Jopfleger). Les fenêtres étaient petites, sauf deux ou trois, et sales. La porte était très grande et avait beaucoup de classe.
Deux personnes attendaient nos amis, élégamment habillés. C’était un homme et une femme. Tous les deux avaient une trentaine d’années.
- Bonjour, mesdemoiselles et messieurs, dit l’homme. Nous vous attendions.
- Vous nous attendiez ? s’étonna Ocelot. Mais nous y allions à l’improviste !
- Oh, vous savez, la famille des Baskerville est très vieille, répondit-il, et nous connaissons beaucoup de choses. Mais, excusez-moi, nous ne nous sommes pas présentés. Mon nom Jovan Jovic de Baskerville, je suis d’origine yougoslave et anglaise, c’est pourquoi j’ai décidé de garder mes deux noms. Et permettez-moi de vous présenter mon épouse, Eloïse Tite-Fee de Baskerville. Elle, c’est plus compliqué. Ses parents ne sont pas mariés et donc elle a hérité du nom de son père et du nom de jeune fille de sa mère. Ensuite, elle et moi sommes mariés, donc elle a pris mon nom et a gardé son nom de jeune fille, ce qui fait un nom plus long.
- Je sais parler, vous savez, Jovan, intervint Eloïse.
- Mais permettez-moi de vous faire visiter notre demeure, continua Jovan sans prêter attention à son épouse. Venez, n’ayez pas peur, cette maison peut impressionner, mais elle est très chaleureuse.
Il monta les marches menant à la porte. Nos amis le suivirent, d’un pas prudent, et entrèrent dans le Manoir des Baskerville.
- Oooooooh ! s’exclamèrent Cyrielle, Emma et Claire.
La maison paraissait plus grande de l’intérieur que de l’extérieur. Un immense escalier, datant sûrement du XVIIIème siècle, face à l’entrée, menait à l’étage. Des tableaux de chaque côté représentaient les ancêtres de Baskerville.
- AAAAAAAAH ! hurla Claire.
- Quoi ? s’étonnèrent les journalistes, inquiets. Qu’est-ce qu’il se passe ?
- Ce portrait…, répondit Claire, sanglotant. Depuis le début il me regarde… il suit tous mes mouvements…
- Ah, ça, il va falloir vous y habituer, répondit Jovan, avec un petit rire. Nos peintres avaient la faculté d’arriver à faire passer un portrait pour un vivant. D’ailleurs, vous devez faire attention. Avec tous les miroirs qu’il y a ici, vous risquez de vous perdre, et en plus si vous avez le malheur de regarder un miroir qui reflète un portrait…
- Mais c’est cool, ça, c’est le Palais des Glaces, ici ? demanda Couloume. On va bien s’amuser !
- Mmmhmm…, dit Jovan. Je vais… vous accompagner vers vos chambres pour aller dormir. Il est tard et vous êtes fatigués. Il y a une cloche dans chaque chambre. Vous ne pouvez pas les actionner, elles servent seulement à avertir, pour le dîner par exemple. Quand elle sera en marche, vous saurez que c’est moi qui vous appelle de la cuisine, pour aller manger.
Jovan commença alors à monter les escaliers, puis dit :
- Faites attention à la onzième marche. Si vous n’y prenez garde, vous tomberez avec elle.
Et il arriva au premier étage, nos amis ne tardant pas à le rejoindre.
- Vous, dit-il en s’adressant à Couloume, vous dormirez dans cette chambre, deuxième porte à gauche. Vous, continua-t-il en parlant à Jopfleger, vous serez hébergé dans la chambre d’en face.
- Qu’ai-je fait pour mériter chose pareille ? se lamenta Jopfleger.
- Les autres, suivez-moi, s’il vous plaît, dit Jovan.
Ils continuèrent le couloir, toujours peuplé d’ancêtres qui ont la fichue manie de ne pas sourire.
- Alors, vous, dit-il à Cyrielle, vous serez dans cette chambre. Vous, continua-t-il en s’adressant à Ocelot, vous allez dans la chambre suivante.
Il s’interrompit.
- Hum… vous autres, nous allons au deuxième étage.
Il fallut encore marcher, puis monter des escaliers, et ils se retrouvèrent dans un couloir semblable au précédent.
- Hé bien… vous, vous irez dans cette chambre, dit Jovan.
Il continua jusqu’à ce qu’il ne reste plus que Poseidon.
- Mais…, dit celui-ci, il vous reste encore des chambres pour votre épouse et vous, quand même ?
- Il me reste encore une quinzaine de chambre, vous savez, alors vous pourriez très bien disperser vos affaires dans deux autres chambres, répondit-il en riant. Mais je ne vous le conseille pas, ajouta-t-il, plus sérieusement. Donc… vous, vous dormirez dans cette chambre. Je vous appelle à 20h 30.
Puis il partit sans rien ajouter. Poseidon entra alors dans sa chambre. « On dirait bien que dans cette maison, ils ont tout puissance dix ! », pensa-t-il. Le lit pouvait contenir deux personnes, la salle de bain était intégrée à la chambre… « On se croirait à l’hôtel de l’autre jour », pensa-t-il.
Poseidon commença alors à ranger soigneusement ses affaires. Il aurait pu remarquer l’horloge ancienne qui faisait « Tic, tac » si son attention ne s’était pas prêtait à un portrait. Portrait sans sourire… et qui, comme le disait Claire, vous regardait sans cesse. « Ce n’est pas possible, je ne vais pas pouvoir dormir avec ça ! », pensa-t-il.
Puis le « Ding, ding, ding » de la cloche dont parlait Jovan Jovic de Baskerville tout à l’heure le ramena dans son rangement de ses affaires.
- Ah, mais non ! Il faut qu’on aille manger, c’est ça ! se rappela-t-il.
Il ouvrit sa porte, puis marcha prudemment. Il ne connaissait pas assez cette maison pour lui faire totalement confiance.
- Ah ! s’exclama Poseidon.
Claire venait de sortir de sa chambre.
- Alors, Claire, comment tu trouves ? demanda Poseidon.
- J’ai peur… cette maison me fout la trouille…, répondit-elle.
- Je ne peux pas te cacher que cette maison est vraiment bizarre, dit Poseidon. Mais ce dîner va permettre de se sentir plus à l’aise !
Ils descendirent ensemble le premier escalier menant au premier étage, puis dans le couloir, ils rencontrèrent Jopfleger et Couloume sortir.
- Vous êtes bien installés ? demanda Poseidon à ceux-ci.
- Je serais très bien si Couloume ne gémissait pas, répondit Jopfleger.
- C’est pas ma faute…, dit Couloume. Il y a un portrait qui me regarde et une horloge comme dans les films d’horreur… Si ça se trouve on est dans un maison de vampires on n’en sait rien !
- Ne dis pas de bêtise, Couloume, répondit Poseidon.
Ils se dirigèrent alors vers le dernier escalier et le descendirent.
- Au fait, quelqu’un sait où est la cuisine ? demanda Claire.
- Pour le savoir, il faut me suivre, dit une voix.
Les quatre journalistes sursautèrent et se retrournèrent. C’était Jovan, le propriétaire du Manoir.
- Venez par ici, vos amis sont déjà arrivés, continua-t-il. Cependant vous n’allez pas dans la cuisine, comme je vous l’ai entendu dire, mais dans la salle à manger, bien sûr.
Ils traversèrent un autre couloir, cette fois rempli de statues… d’ancêtres toujours.
- Venez, c’est cette porte, dit Jovan.
Ils s’engagèrent dans la salle à manger, où Cyrielle, Everlasting, Emma et Ocelot les attendaient.
- Ils sont là ! s’écria Emma. CHAMPOMY FOR ALL !
- Pour moi, c’est plutôt la Despé qui m’intéresse, dit Cyrielle.
- Asseyez-vous, asseyez-vous, ce ne sont pas des chaises qui mordent, rassurez-vous, dit Jovan avec le sourire. Eloïse, apportez l’entrée, s’il vous plaît !
Eloïse partit vers la cuisine qui était voisine de la salle à manger et revint quelques instants plus tard avec…
- Une salade de riz ! s’écria Ocelot avec un faux sourire.
- Oui, je n’en fais jamais, dit Eloïse, mais je me suis dit que je pouvais bien en faire une pour vous.
- Et vous avez bien fait…, répondit Ocelot.
- Bon appétit tout le monde ! s’écria Jovan.
- Oui, bon appétit Gautier ! s’exclama Jopfleger avec un sourire sadique.
Ocelot mangea sa salade de riz en silence.
- Vous avez fait bonne route ? demanda Eloïse.
- Oui, oui, répondit Everlasting. Le trajet s’est fait comme un rien. Bon, nous avons eu un petit accident, mais ce n’était pas bien grave.
- Un accident ? s’inquiéta Eloïse. Vous n’avez rien eu, j’espère ?
- Non, j’ai été inconscient un bon quart d’heure, mais à cause – ou plutôt grâce – d’un affreux cauchemar, je me suis éveillé.
- Bon, vous avez fini votre salade, je vais chercher le second plat, dit Jovan.
Il s’absenta un moment et ressortit avec…
- Des entrecôtes ! s’écria Poseidon avec un faux sourire.
- Oui, nous n’aimons pas la viande, Eloïse et moi, mais puisque nous avions des invités il a bien fallu faire un effort…, répondit Jovan.
- Oui, au fait, comment saviez-vous que nous serions là ? demanda Jopfleger.
- Je vous l’ai déjà dit, la famille des Baskerville est très ancienne, nous savons des…, commença Jovan.
- Ca n’explique pas tout ! s’écria Jopfleger. La famille des Jopfleger aussi est vieille, mais est-ce que nous savons des choses que d’autres ne savent pas ?
- C’est peut-être dû à…
- C’est dû à rien du tout, point, dit Jopfleger.
- Et sinon, comment se fait-il que vous soyez ici ? demanda Eloïse.
- Votre famille ne le sait pas ? grogna Jopfleger pour lui-même.
- Hé bien, nous sommes des journalistes du News news, je ne sais pas si vous connaissez, et nous sommes à la recherche d’un article sensationnel, donc nous faisons une expédition.
- Et un article sur quoi ? demanda Jovan.
- Oh… euh… c’est sur la vie des… des agriculteurs anglais, plus précisément vers votre Manoir… euh…
- Ah, c’est intéressant ! dit Jovan. Si vous voulez nous poser des questions sur nos voisins, n’hésitez pas, nous les connaissons bien.
- Euh, ce serait avec plaisir…, répondit Poseidon.
- Bon, je vais chercher le dessert, annonça Eloïse.
- Oh, non, s’il vous plaît, je ne veux pas de mousse au chocolat ! supplia Cyrielle.
- Mais non, c’est de la tarte aux pommes ! répondit Eloïse avec un sourire.
Eloïse partit et revint deux minutes plus tard.
- Excusez-moi, je la coupais, bien sûr, dit Eloïse.
- Tarte aux pommes faite maison, précisa Jovan.
- Nous allons nous régaler ! dit Everlasting.
- Ben j’espère, oui, répondit Eloïse, souriante.
La fin du repas se passa dans la bonne humeur, ils passèrent encore une demi-heure à parler puis nos amis allèrent se coucher.
Poseidon n’arrivait pas à dormir. Ces gens qui les recevaient l’intriguaient. Comment se fait-il qu’il les héberge ? Comment savaient-ils que nous allions arriver ? Fatigués de ces mystères, Poseidon rejoignit alors le profond sommeil.