Lorsque Istam rentra, le hall avait perdu sa vivacité habituelle. Tous les nains présents, fatigués par la plus rude des journées qu'ils aient pu connaître depuis l'arrivée de la plupart d'entre eux, se tenaient debout en rangs serrés. Un seul nain parlait à la tribune, un envoyé du Consul, tout de noir vêtu, qui lisait une missive avec force.
"... et ainsi, c'est par une attaque sournoise digne de cette race seule, qu'un elfe réussit à nous attaquer. Il viola les dépouilles de nos morts, utilisa leurs enveloppes charnelles contre nous et ressortit leurs âmes de leur repos. Cette injure à nos ancêtres ne restera pas impunie.
Nous savons pourtant les Elfes de la Vive Forêt - aussi fourbes soient-ils, bien peu enclins à l'exercice de la magie noire. Au nom du Roi sa Majesté Thikut, le Consul invite les Cornedebouciens à ne pas tirer de conclusions trop hâtive et rappelle que même si cet elfe est issu de cette nation elfique, ses actes vils ne sont pas pour autant ordonnés par le souverain actuel, qui qu'il puisse être. Ayant entendu vos craintes, il tient à rassurer les citoyens de la citadelle : la paix reste établie vis-à-vis d'eux.
La lettre est signée : Scar AngeEnLarmes, Consul de Cornedebouc au nom de sa Majesté le Roi Thikut et par la volonté du peuple"
L'espace d'un instant, l'assemblée resta perplexe, se réservant un temps de réflexion. Au final les murmures se firent entendre, s'accordant à dire que, après tout si Scar le disait, ça devait être probable. Istam, dépité par l'attitude de ses congénères fit le choix de repartir.
C'est alors qu'un individu interpella le messager :
- Et pour nous protéger de ça, il propose quoi le Consul ? On n'est jamais à l'abri de rien ici !
Le messager jeta un coup d'oeil rapide à la salle. Dans le fond, un nain fit un signe discret à un autre en montrant du pouce l'imprudent. Ils iraient l'interroger dans la soirée.
"Écoutez... je ne sais pas ce qu'est la suite mais j'allais y venir. Le Consul a rédigé une seconde lettre qu'il souhaite également être lue. Peut-être obtiendrez-vous des réponses."
Il défit le sceau d'un nouveau rouleau qu'il ouvrir en longueur.
"Cornedebouciens, Cornedebouciennes.
Nous traversons, vous l'aurez compris, une période trouble. La forteresse parvient à peine à retrouver la stabilité depuis la chute du noir ennemi. Vous vous sentez mis de côté, oubliés, mais surtout menacés, tant de l'intérieur que de l'extérieur. Compagnons, le Consul ne peut vous cacher sa compréhension au regard de ces malheurs qui sont autant siens que vôtres.
Cependant, étant un membre fondateur de la forteresse, le Consul nous assure que nous avons toujours pu témoigner de la plus grande efficacité: nous avons su éteindre les incendies, traquer les créatures de la nuit et les mettre à jour, quant à nos assiégeants nous avons jusqu'à présent toujours réussi à les faire repartir sans qu'aucune armée ne puisse y entrer. Mais désormais une menace toute autre plane sur nos têtes.
En effet, la mauvaise herbe a germé en notre propre sein. La dissidence a corrompu des coeurs, la rébellion tente certaines esprits. Il est nécessaire de rappeler que le Consul exerce sa fonction au nom du Roi. S'opposer à lui, c'est s'opposer au trône royal. Mais surtout, qu'il tient sa fonction de la volonté de la Cité. Compagnons nains, rappelez vous bien qur celui qui tient tête au Consul se met à dos toute la communauté. Il est de notre devoir de nous assurer qu'ils retrouvent le droit chemin, et ceci pour le bien de tous.
Aussi, reprenant l'ancien projet dit "des deux Cornes", le Consul a décidé d'inaugurer il y a de cela déjà quelques jours un nouvel avant-poste révolutionnaire. La Corne, telle qu'elle était dénommée dans le projet, sera le premier Kastologîk de notre royaume. Dans la chaine de montagne d'Anriztun, à trois jours d'ici, des pioniers, gagnés par l'esprit de rébellion, sont en train d'aménager d'eux-mêmes ce camp d'émancipation. Par le travail ardu qu'ils auront à y réaliser, par l'apprentissage de nos valeurs grâce à l'encadrement des Cuirs Noirs, nous espérons qu'ils parviendront à retrouver la raison. À leur retour, leurs esprits se seront remis à la normale et leurs corps se seront renforcés. L'équilibre de notre forteresse ne saurait être que renforcé par ce Kastologîk, les renégats y apprendront le respect dû aux institutions royales et consulaires auquel ils auront manqué, et y demeureront jusqu'à ce que leurs fautes soient comprises et leurs problèmes soignés par le travail et la réflexion. Le Consul exprime son souhait le plus profond de voir la population collaborer avec les autorités afin de vaincre la dissidence qui menace les vies de chaque personne au sein de la Cité.
Par la grâce du Roi et par la volonté des dieux, puissent les nains envoyés sur place parvenir à retourner sur le droit chemin.
Scar AngeEnLarmes, Consul de Cornedebouc au nom de sa Majesté le Roi Thikut et par la volonté du peuple"
Une fois que le messager eût fini, les nains se mirent à applaudir. On entendit des "vive le Consul, vive le Roi" et autres réjouissances. Le messager en uniforme noir reparti rapidement jusqu'au palais consulaire faire part des réactions.