60 ans après, Hiroshima se souvient
A 8h15 samedi, une cloche a gravement retenti. L´ancienne ville martyre d´Hiroshima, capitale mondiale du pacifisme, s´est immobilisée pour une minute de silence en souvenir des 140.000 morts de la première bombe A de l´Histoire. Habillés de noir, des survivants et des proches des victimes s´inclinent en fermant les yeux, sans paraître perturbés par les cris de manifestants pacifistes qui s´élèvent au loin. " Assez de ces commémorations hypocrites ! Quand le Japon s´allie aux Américains pour faire la guerre ! ", hurlaient les militants pacifistes en dénonçant le Traité de sécurité nippo-américain et le déploiement japonais en Irak.
A la tribune officielle, le Premier ministre Junichiro Koizumi a promis que le Japon resterait un pays " pacifiste et non-nucléaire", devant une foule de quelque 55.000 personnes réunies dans le Parc de la Paix. Digne et solennelle, la cérémonie a lieu sur la vaste esplanade du Parc mémorial, dominée au loin par le squelette du " dôme atomique", le seul bâtiment du centre-ville qui a miraculeusement survécu au bombardement du 6 août 1945, alors qu´il n´était situé qu´à 160 mètres de l´hypocentre de l´explosion.
Au centre de l´esplanade, se dresse le cénotaphe du souvenir qui honore les victimes du bombardement, et devant lequel se sont inclinés tous les dignitaires invités. C´est là que, dès avant l´aube, les habitants d´Hiroshima s´étaient pressés par dizaines pour adresser des prières à leurs morts dans le recueillement. Toutes générations confondues, ouvriers en uniformes, vieillards en fauteuil ou se déplaçant à l´aide d´une canne, étaient venus allumer des bâtons d´encens, déposer des fleurs, oeillets, roses ou tournesols, et prier devant l´arche qui abrite le registre des victimes.
La procession s´est effectuée dans le silence, à peine troublé par les crépitements des flashs des photographes. Puis le silence se rompit peu à peu : des voix s´élevaient, des groupes entiers de moines, d´écoliers ou d´officiels défilaient devant le monument. L´intensité du soleil d´août montait au rythme du chant des cigales.
" Deux erreurs"
" Si vous me demandez ce que je ressens, je ne peux pas l´expliquer. Pendant plus de cinquante ans après la guerre, je n´ai pas pu venir ici. Je ne peux pas non plus aller visiter le musée", affirme Michie Kakimoto, une femme menue de 79 ans, courbée sous les effets de l´âge. Venu d´Osaka, Takashi Nishikawa, 74 ans, habitait Hiroshima au moment du bombardement atomique. " L´explosion de la bombe m´a réveillé en sursaut. Trois membres de ma famille sont morts brûlés, les deux autres ont survécu", dit-il, accusant le Premier ministre de ne pas prendre la défense de la paix au sérieux.
" Il y a deux erreurs", explique le président de la Chambre des députés Yohei Kono: " L´une a été la décision du Japon de choisir l´option militaire quand il aurait pu s´allier avec les autres pays asiatiques pour combattre l´impérialisme. L´autre erreur fut de recourir à des bombes atomiques contre des civils, et ça c´est impardonnable, quelle qu´en soit la raison".
Je rapelle que cette bombe à fait plus de 220 000 victime bruler a 4000 degres selsus