déjà trop long alors que je le jugeais court
Le cœur de Harry battit soudain à l’envers – si possible – quand apparut le professeur de botanique. Il était au courant du départ à la retraite de Pomona Chourave. Jamais il n’avait imaginé que…
« Neville ! » s’exclama-t-il en se dressant d’un bond.
Le grand jeune homme au visage lunaire marqua un temps d’arrêt. La lippe tombante, il le fixa, interdit :
« Har… Harry ? »
Ils s’élancèrent l’un vers l’autre dans une profonde étreinte, plus émus qu’ils ne l’auraient voulu.
« Mr Londubat, veuillez vous installer, pria Mrs McGonagall. Nous aimerions dîner. »
Se décollant avec un sourire au bord des larmes, les amis réintégrèrent leur place.
« Cette année verra quelques nouvelles têtes, dit la directrice.
- Qui va prendre vos cours ? demanda Harry assez intrigué depuis qu’il était informé des intentions de Minerva.
- Une jeune recrue très prometteuse, soyez-en assuré. Ah, voici Miss Desdémone Baddream. Elle a accepté de quitter son herboristerie londonienne pour intégrer nos rangs. Elle assumera les cours de Potions. »
L’ensemble se tourna vers l’arrivante. Galants, les hommes se levèrent, la mine béate. Cette femme était… un rêve ! Des courbes merveilleuses moulées de soierie rosée, une élégance raffinée, elle semblait directement issue de la perfection. De longs cheveux blonds bouclés lui descendaient jusqu’à la taille, ses lèvres pulpeuses s’ouvrirent sur des dents magnifiques :
« Bonsoir, tout le monde ! Ciel, qui vois-je ? Serait-ce… vous ? »
Harry, chaviré par l’apparition céleste, bêla une affirmation.
« Je suis ravie d’enfin croiser une telle célébrité. Il faudra que nous causions. Si nous commencions ce repas ? »
Incontestablement, cette femme possédait du sang de Vélane. Elle s’imposait en reine de la soirée avec une grâce charmante.
« Nous attendons encore quelqu’un, dit un peu fraîchement la directrice. Je ne comprends pas ce retard, elle aurait dû…
- Excusez-moi ! cria une voix féminine depuis l’entrée. Un ennui de transpla… »
Le temps s’arrêta. Pour Harry, du moins. Décomposé, il sauta en l’air comme propulsé par un ressort, les yeux agrandis d’étonnement.
« Harry ? C’est… toi ? » murmura la splendide jeune femme brune qui venait d’apparaître au bout de la grande salle.
Un même élan les porta l’un vers l’autre, ils s’étreignirent chaleureusement sans souci de se donner en spectacle.
« Hermione ! Hermione ! Cela fait si longtemps que j’espère ce moment.
- Ce n’est pas faute d’avoir essayé de te contacter. Tu étais…
- Loin ! » dit-il en s’écartant brusquement.
La contrariété qui assombrit ses traits céda vite la place à la joie des retrouvailles.
« Viens, les autres ont faim ! »
Bras dessus dessous, ils rejoignirent l’estrade sous l’œil bienveillant des convives. Dès qu’ils s’installèrent, le banquet débuta. Les plats apparurent dans l’opulence coutumière. La bonne humeur régna aussitôt devant un tel festin. Oies rôties, bœuf en daube, cuissot de chevreuil, moult légumes assaisonnés : rien ne manquait à ces agapes de bienvenue.
Piochant allégrement dans la variété proposée, Harry dévora autant les victuailles que sa voisine de face. Hermione Granger ! Ainsi, elle serait la prof de métamorphose ? Par quel biais avait-elle atterri là ? Leur dernière rencontre remontait à… longtemps. Elle et Ron Weasley – son ami devenu son mari – étaient en pleine bagarre. Il était intervenu mais… Cette union n’avait pas tenu, pas plus que la sienne, du reste. Il secoua la tête afin de chasser les idées noires qui l’accablaient. Miss Baddream lui tapota gentiment la main :
« Un souci ? s’enquit-elle de son timbre mélodieux.
- Pas le moindre. J’étais un peu distrait, pardonnez-moi.
- Ce n’est pas grave. Je vous comprends. Réintégrer des lieux si riches en souvenirs, comment ne pas être… perturbé ? »
La conversation roula. On évoqua le passé, en évitant pourtant les sujets épineux ou des accès de curiosité malséants. Si d’aucuns brûlaient d’interroger Harry sur les épisodes de sa vie, ils en furent pour leurs frais. Il restait extrêmement vague, préférant se renseigner sur l’évolution de Poudlard depuis qu’il l’avait quitté.
« Nous avons essayé de suivre vos conseils sur l’abolition des rivalités entre les Maisons, soupira Flitwick.
- C’était une idée de génie dans… ses principes, assura Sinistra.
- Néanmoins, il faut reconnaître que ce fut un lamentable échec, expira Slughorn.
- Co… Comment ? s’indigna Harry. Vous voulez dire que…
- Hélas, mon jeune ami, oui ! dit Mrs McGonagall. Cependant, cette expérience a tout de même tenu cinq ans ! Au début de la sixième, les vieilles rancoeurs sont remontées à la surface. Serpentard attaquait Gryffondor, Serdaigle et Poufsouffle comptaient les coups. Ces querelles nous ont obligés à rétablir l’ancien règlement.
- Et ça fonctionne ?
- Comme au bon vieux temps, Harry ! affirma Neville. Tu t’y feras rapidement. »
Loin de l’enchanter, cette nouvelle atterra le jeune homme. Il avait tant souhaité que l’union et la paix règnent…
Les convives bavardèrent encore puis, au moment du dessert, Mrs McGonagall réclama le silence en tapotant d’une cuillère son gobelet. Elle se leva :
« Mes amis, ce repas est le dernier auquel je participerai. »
Des mines déçues ou effarées reçurent cette tirade inouïe. Attentifs, les hôtes écoutèrent religieusement la suite.
« Je vous annonce, ici, ma démission irrévocable. »
Un chœur de « ho » désappointé vibra. Minerva saisit un mouchoir dont elle s’épongea furtivement les yeux :
« Certains sont au courant : je n’ai plus la force d’assumer cette lourde tâche qu’est la direction de cet établissement. Ce ne fut pas une décision facile à prendre, croyez-le ! Il fallait que je déniche un successeur suffisamment digne de poursuivre ce rôle ardu. Je l’ai trouvé, le ministère l’a approuvé ; il a répondu positivement à ma proposition. Notre prochain directeur sera donc… Mr Harry Potter ! »