C´est tout de suite 
Pour ceux qui prendraient le train en cours de route, je vais à chaque suite noter les pages des suites précédentes.(463;466)
Ah oui! Âmes sensibles, préparez vos mouchoirs!
Comment oublier leurs doubles noces ?
Afin d’éviter de trop grands frais à la famille Weasley si habituellement désargentée, Ron et Hermione avaient décidé de retarder leurs épousailles.
Une année se déroula pendant laquelle Ginny, la piquante rousse promise au héros, acheva son cycle d’études. Profitant de ce délai, Harry renonça à son poste de professeur de DCFM pour, accompagné de son meilleur copain, passer les tests d’aptitudes et de personnalité indispensables à leurs ambitions. Malgré la bienveillance dont tous entouraient le valeureux jeune homme, ces examens s’avérèrent les plus durs auxquels il ait assisté. Si ses qualités convainquirent les hautes instances, celles de Ron furent impitoyablement réfutées. Obligé d’abandonner, le grand rouquin prétendit s’en moquer, quoique sa réplique amère laissât un doute flotter :
« On ne peut rien refuser à celui qui a tué Voldemort, n’est-ce pas ? »
Pistonné par son père dont il devint l’assistant, Ron entra au ministère où il avait déjà travaillé.
Hermione, elle, brigua un poste de briseur de sortilèges chez Gringotts. Tâche ardue qu’elle remporta avec mention du jury tout en affirmant que ce ne serait qu’une étape provisoire à la vraie carrière envisagée qu’elle ne révéla pas.
Harry, seul, débuta sa formation tant souhaitée d’Auror. Si, d’un côté, sa réputation lui facilitait la besogne, d’un autre elle le freinait. Jamais il n’avait imaginé que ce serait si pénible ! Sans cesse réclamé, il devait fréquemment quitter ses études afin de participer à des interviews, galas, réceptions mondaines que l’on s’ingéniait à inventer uniquement dans le but de l’approcher. Il se demanda vraiment comment il était parvenu à boucler cette année de folie.
Vint l’été, éclatant de chaleur en ses radiations célestes. Le Terrier – amélioré façon jumeaux – accueillit les futurs époux et leur escorte. Les Granger semblaient assez perdus dans ce rassemblement de sorciers, mais c’est ému que son père donna le bras à Hermione. Harry n’avait personne pour le conduire à l’autel, il n’avait pas jugé bon de convier ses oncle et tante à partager ces festivités qu’ils auraient refusées de toute façon. Mrs McGonagall fut enchantée que ce rôle lui échût. Quelle foule ! Sa notoriété était telle qu’il fut impossible de tenir à l’écart simples curieux et journalistes. Beaucoup croyaient sans doute qu’en fréquentant une célébrité, un peu de leur gloire déteindrait sur eux.
La cérémonie se déroula pourtant dans le recueillement désiré. Les mariées étaient… divines ! Le fourreau de satin crème moulant Hermione dans toute sa splendeur chavira bien des cœurs. Harry ne la vit même pas, aveuglé par l’éblouissante fiancée qui, au bras d’un Arthur larmoyant, s’avança pour se donner à lui. Aérienne dans sa robe émeraude ornée de délicates dentelles, une couronne de petites fleurs blanches posée sur ses cheveux de feu, Ginny rayonnait mieux que l’astre du jour. Le baiser qui scella leur union demeurerait l’instant le plus magique que le jeune homme ait vécu.
Les vacances, la lune de miel en Grèce… : tout était merveilleux.
À la rentrée, Ginny, quoi de plus naturel, opta pour la profession de son mari. Douée, la jeune sorcière épata plus d’un examinateur.
Dédaignant le 12 square Grimmaurd trop chargé de sinistres histoires, le nouveau couple s’était installé en banlieue londonienne, dans une chaumière parfaitement restaurée acquise grâce à la fortune de Harry. Rien ne manquait : Arnold - le boursoufflet de Ginny – y trouvait un nid douillet ; Hedwige, la chouette de Harry, disposait d’une grande volière pour ses ébats. Le confort de cette coquette demeure enchanta la fraîche épousée qui essaya immédiatement le « recettateur ».
« C’est… magique, avait-elle ri. Maman aimerait sûrement en avoir un. On l’enclenche en citant la page et la cuisine se fait toute seule !
- Cela te facilitera la vie. Tes études sont très importantes, ma chérie ! »
C’était le bon temps !
Ron et Hermione, eux, se contentaient d’un très modeste habitat à Loutry Ste-Chaspoule, près du Terrier, ce qui allongeait les déplacements vers la capitale. Un soir, Hermione n’y tint plus :
« Je gagne suffisamment d’argent à présent, mes parents nous aideront au besoin, pourquoi n’irions-nous pas à Londres ?
- Je ne suis qu’assistant de mon père ! Dans quelques années…
- Ces trajets m’épuisent, Ron ! On pourrait se rapprocher de Harry, et….
- Harry par-ci, Harry par-là ! Tu n’as que ce nom à la bouche. Il réussit tout, lui ! Moi, je suis trop minable, c’est ça ? »
Les disputes s’enchaînèrent ainsi, chacun tirant la couverture à lui. Ginny s’en plaignit :
« Rien ne va plus entre Ron et Hermione, pleura-t-elle un soir. Je crains que mon frère ne soit jaloux de notre situation. »
Contraint, Harry joua le médiateur : mal lui en prit !
Sitôt débarqué, les récriminations l’inondèrent.
« J’en ai ma claque ! cria Ron. À croire que le monde tourne uniquement grâce à saint Potter ! Même ma femme ne jure que par toi, fous-nous la paix ! »
Éjecté, Harry n’osa plus approcher ses amis. Il se replia chez lui où une chaude tendresse l’accueillait invariablement. Ils ne voyaient pas souvent, hélas ! Ginny, s’appliquant à ses cours, lui aux siens, ils se croisaient au hasard des horaires.
Une année supplémentaire se passa dans un sempiternel chassé-croisé.
Les congés scolaires n’arrivèrent pas à les rapprocher : Harry devait s’acquitter de stages en filatures particulièrement ardues et sa femme meubla ses loisirs dans sa famille.
Quelle joie ! Bill et Fleur attendaient un nouvel enfant. La perte du premier les avait secoués. Tout, cette fois, semblait se dérouler normalement. Ginny passait beaucoup de son temps libre auprès de sa belle-sœur. Dire qu’elle ne l’appréciait guère… naguère.
Au cours de la dernière année de sa formation, Harry s’absenta très fréquemment. Il regretta de ne pouvoir assister au baptême du petit Adrien, une mission lui ayant été dévolue inopinément. Le savon qu’il reçut à son retour le laissa sans voix.
« Tu aurais pu faire un effort ! On était là à t’attendre, et pas un mot d’excuse. Si cela t’intéresse, sache que Hermione n’est pas venue non plus. Elle est rentrée chez ses Moldus de parents ! »
Ginny était très belle quand elle s’énervait. Harry parvint à l’adoucir à force de gâteries. S’il pensait l’amadouer définitivement par ses cadeaux et flatteries… il se leurrait lourdement. De plus en plus distante et silencieuse, Ginny lui appliqua une cruelle désillusion. Un beau soir, le mois suivant, il tomba de haut en découvrant son dîner. Sur la nappe, un billet épinglé près de son assiette vide lui annonçait :
« Tu sais comment fonctionne, le « recettateur » Bon appétit ! Ne cherche pas à me joindre. Adieu ! »
L’amoureux éconduit n’en crut pas ses yeux : Ginny le quittait !
Il fit des pieds, des mains et de sa baguette afin d’obtenir de plus amples renseignements, de reconquérir sa belle… en vain ! Les portes se fermèrent, les ponts se coupèrent ; il était seul, fou de douleur. L’avis de divorce lui parvint peu après, mais le pire restait à venir.
Quelques mois plus tard…
« Nous avons le regret de vous signifier le décès de votre ex-épouse Ginevra Molly Potter-Weasley. L’inhumation se passera de votre présence. Merci de votre compréhension. »
La signature d’un homme de loi terminait laconiquement cette brève missive qui consuma le cœur de Harry.
« MORTE ! Ginny est morte et je n’étais pas là ! On ne m’a même pas dit de quoi. Je l’ai appris par la Gazette du Sorcier, tu te rends compte !
- Tu n’as rien à te reprocher, tempéra Hermione. Elle a eu un accident. »
La réplique de son amie ne le touche pas. Tel un ours encagé, le jeune homme tint à vider l’entièreté de ce qu’il gardait depuis trop longtemps au tréfonds de son être.
« Ils m’ont évincé, chassé, proscrit ! Je n’ai pas pu la voir. Toi, tu as assisté à ses funérailles alors que tu n’étais déjà plus de cette famille.
- J’étais là, c’est vrai, admit Hermione. Les Weasley m’ont accordé deux minutes de recueillement auprès de sa dépouille. J’étais… abattue, anéantie et terriblement meurtrie. Ron…
- Parlons-en de ton époux volage !
- Ne retourne pas le couteau dans la plaie ! Il m’a… trahie, je…
- Je l’ai su par… hasard. Il m’a déçu ! Je ne le voyais pas du tout ainsi.
- S’il en a pris une autre, c’est de ma faute. J’aurais peut-être dû me montrer plus tendre, plus présente, mais… »
Les jeunes gens se murèrent sombrement dans leurs pensées, puis Harry reprit son discours :
« Tu ne connais pas la suite, ricana-t-il, tu vas rire ! J’ai vraiment disjoncté. Je n’arrivais plus à travailler, le département ne m’a pas viré probablement par pitié. Alors, j’ai démissionné, estimant que je mettrais des gens en danger avec mes idées à l’envers. Tu m’avais conseillé l’oubli, rappelle-toi. C’est ce que j’ai essayé de faire.
- Ne me dis pas que tu as…
- Si ! Je me suis lancé un sort d’amnésie. Tu as le piètre résultat devant toi.
- Mais… À Ste Mangouste, ils pourraient…
- Où crois-tu que j’ai passé ces dernières années ? Mrs McGonagall m’a trouvé chez moi dans un état… déplorable. Je rampais dans les souillures, j’ignorais mon nom et où était la porte de la maison ! Je ne sais pas ce qu’elle venait y faire. Elle m’a immédiatement conduit à l’hôpital avec obligation au secret. Qu’est-ce que l’on s’est marré Lockhart et moi ! Lui, il y est encore. Moi… tu vois où j’en suis réduit : à tenter de retrouver des pouvoirs envolés.
- Tu en as récupéré, c’est déjà ça, soupira la jeune femme très affligée.
- Si peu ! Je cafouille sans arrêt. Je me demande ce qu’espérait Minerva en me proposant ce poste. Je serais bien resté à Ste Mangouste, moi.
- Elle a sûrement raison, Harry. Tu te rétabliras plus vite au sein de cette communauté, dans ce milieu qui t’est familier. Pourquoi n’as-tu pas répondu aux messages que je t’envoyais ? On ne te les a pas transmis ?
- Quand j’ai commencé à me souvenir de mes antécédents, j’ai eu trop honte de ce que j’étais devenu. J’aurais préféré rester une lavette complète plutôt qu’un demi-cracmol.
- Je t’aiderai, Harry ! Neville aussi, si…
- PAS QUESTION ! Ne lui dis rien. Il s’en rendra bien compte, tôt ou tard.
- Peut-être pas ! En prenant quelques précautions, personne ne le remarquera, je te le promets. »
La jeune femme lui embrassa la joue puis se dirigea vers la sortie :
« Bonne nuit ! Tâche de dormir, tu dois être en forme demain. »
Elle referma la porte sans bruit.