Le voici.
Pour rappel: les suites sont aux pages 463;466;469.
Chapitre 2 : La répartition.
Dormir ? Elle en avait de bonnes, Hermione ! Depuis que ses souvenirs avaient émergé, cauchemars ou nuits blanches étaient son lot. Celle-ci ne fut qu’une supplémentaire à ajouter à la liste.
Très vaseux, le nouveau directeur se rafraîchit copieusement avant d’entamer cette rude journée. Petit déjeuner ? Bah ! Une timbale de cognac ferait l’affaire. L’avalant en grimaçant, Harry attendit que la chaleur coutumière se répande dans son organisme avant de gagner son bureau.
La gargouille ouvrant l’accès semblait le narguer méchamment.
« Je suppose que je dois t’imposer un mot de passe ? Je dirai donc… stupide empoté ! »
La statue pivota, l’escalier en colimaçon se révéla ; il l’emprunta.
Son arrivée en ces lieux mémorables raviva sa douleur. Ses yeux s’arrêtèrent sur le portait espéré, celui d’un noble vieillard aux lunettes en demi-lune.
« Bonjour, Harry ! le salua immédiatement l’effigie. Minerva ne pouvait faire meilleur choix. Je suis enchanté de te revoir ! »
L’interpellé inclina la tête, confus :
« J’aimerais partager votre optimisme, Monsieur.
- Mon garçon… Harry… Tu n’as pas l’habitude de baisser les bras. La vie t’a malmené. Tu as été cruellement blessé, mais tu es plus fort que tu ne l’imagines.
- Toujours le mot pour rire, professeur ! Vous n’ignorez certainement pas le sort qui m’échoit.
- Je maintiens ce que j’ai dit : tu es fort. Prépare bien cette soirée. Elle pourrait être ta planche de salut. »
Le jeune homme haussa les épaules. Les visages de ses prédécesseurs défunts l’énervaient. Ils faisaient mine de dormir mais ne rataient aucune des paroles échangées. Un à un, indifférent aux protestations soulevées, il retourna les tableaux, achevant sa punition par celui de son mentor :
« Je me passerai de conseils. Plus tard, peut-être vous écouterai-je ! »
Satisfait, Harry contempla sereinement la pièce silencieuse où il avait vécu tant d’heures étranges. Son regard s’attarda sur l’armoire vitrée dans laquelle, d’ordinaire, se logeait un récipient de pierre.
« Une pensine ! railla-t-il en fouillant sa poche. Pour quelqu’un qui a l’esprit aussi vide que le mien, Mrs McGonagall aurait pu s’abstenir de ce présent ridicule. »
Il ouvrit la vitrine et posa la réduction sur l’étagère. Aussitôt, la transformation s’opéra, l’objet grandit stabilisant sa taille à celle commune d’une bassine aux contours ornés de runes.
« Ce n’est pas demain que je t’emploierai ! » ironisa-t-il en refermant le meuble.
Songeur, il revint vers la table de travail qu’il contourna.
« À la guerre comme à la guerre, dit-il en s’affalant dans le fauteuil, me voici directeur ! Qu’est-ce que je dois faire maintenant ? »
Il explora ses poches et étala divers bouts de parchemin qu’il compulsa anxieusement :
« Oui ! s’écria-t-il en se frappant le front. Convoquer les professeurs ! Comment fonctionnent les avions ? Misère, ma tête est une passoire ! »
Un marmonnement attira son attention. Dumbledore clamait sa réprobation. En pestant, Harry se leva et redressa le tableau :
« Quoi ? Que me voulez-vous ? aboya-t-il.
- T’aider, rien de plus, mon enfant ! Tu as un problème, ne le nie pas.
- Si je n’en avais qu’un… »
Humblement, Harry écouta celui qui l’avait toujours guidé. Il rédigea ses missives qu’il ensorcela correctement. Expédiées aux destinataires, il attendit leurs réactions. Moins d’un quart d’heure plus tard, les entretiens débutèrent.
Pas de surprises majeures avec la plupart des professeurs contactés. Il s’était abstenu d’appeler Trelawney qu’il continuait à désapprouver malgré ses prédictions parfois exceptionnelles de justesse.
Si la rencontre avec son vieil ami Londubat rouvrit d’anciennes plaies, Harry était content de bavarder avec un familier.
« Raconte-moi tout ! » l’avait-il accueilli avec chaleur.
Neville s’était confié aisément. Il ressemblait toujours à l’adolescent timide, un peu balourd mais qui avait néanmoins largement prouvé son courage et sa détermination dans les situations délicates. Passionné par les secrets des plantes magiques, il s’était plongé dans une étude plus poussée. Malhabile en potions, la préparation des ingrédients était devenu sa spécialité. Poudlard l’avait réquisitionné depuis trois ans ; il était resté célibataire.
« Je n’ai pas trouvé de chaussure à mon pied. », rit-il en exhibant ses grosses bottines.
L’idée vint à Harry que peut-être, un amour déçu était à l’origine de cette décision. Luna Lovegood ne lui avait-elle pas préféré Drago Malefoy ?
Ils épluchèrent pas mal de sujets mais le directeur refusa d’entrer dans des détails trop intimes. Ginny et lui s’étaient séparés, elle était morte d’un accident après leur divorce, point final.
« Et tu n’as rencontré personne depuis ? s’étonna le professeur de botanique.
- J’ai fréquenté des tas de gens, mais question cœur, personne ne remplacera ma femme !
- Ah ! Eh bien tant mieux ! Enfin… ce n’est pas ce que…
- Inutile de t’excuser ! Mais, toi ? Y a-t-il quelqu’un dans ta vie ?
- Une liaison avec Parvati, très courte ! Elle s’est envolée sans un au revoir. Les femmes sont trop compliquées à mon avis, et je me sens bien ainsi. »
L’heure s’avançant, Harry écourta l’entretient afin de se préparer au suivant. Face à un miroir, il rajusta sa cravate, assez curieux de découvrir la visiteuse qui s’annonçait.
« Miss Baddream, je suis heureux que vous ayez pu vous libérer, dit-il en se portant au devant de cette demoiselle si attrayante.
- Appelez-moi, Mona, c’est mon diminutif ! susurra la délicieuse jeune femme blonde.
- D’accord, Mona, sourit Harry. Prenez ce siège, voulez-vous ? »
Ne désirant pas rendre cet entretien trop formel, le directeur s’appuya contre un coin du bureau, il saisit des documents qu’il feuilleta négligemment :
« Vous êtes Américaine ?
- Oui mon cher ! J’ai fait mes études à Salem. Je m’y ennuyais à mourir. À la fin de la guerre, j’ai décidé de m’expatrier. Vous vous doutez du pourquoi.
- Euh… pas du tout. Votre dossier…
- Mais c’est évident ! J’ai déménagé avec l’espoir d’enfin croiser la plus grande vedette de tous les temps.
- Ah bon ? s’étonna Harry arrondissant les yeux. On ne mentionne nulle part…
- Laissez ces papiers, et ne jouez pas les faux modestes.
- Que… s’ébahit le jeune homme. Vous voulez dire que…
- J’ai traversé l’Atlantique uniquement pour admirer vos beaux yeux verts ! Imaginez ma déception quand j’ai appris votre disparition. Aussi, quand Mrs McGonagall - très bonne cliente de la boutique ouverte sur le chemin de Traverse – m’a proposé ce poste d’enseignante en confirmant votre présence, j’ai sauté dessus ! »
L’œillade incendiaire qu’elle décocha au directeur le troubla profondément. Il se leva, fit quelques pas en toussotant avant d’oser regarder à nouveau son interlocutrice :
« Vous… êtes très… directe, dit-il. Revenons-en au but de cette discussion.
- Pourquoi ? Je ne vous plais pas ?
- Là n’est pas la question ! Vous êtes très séduisante rassurez-vous, mais restons-en à des considérations plus… professionnelles. Donc, vous serez responsables du cours de potions. C’est une matière que notre établissement privilégie et... »
Harry discourut sans être interrompu. Miss Baddream se contenta de le couver derrière ses longs cils maquillés. Quand il clôtura l’entrevue, la belle plante s’envola, un petit sourire taquin aux lèvres :
« À bientôt, « monsieur » le directeur ! »
Dès la porte refermée, Harry s’écroula dans son fauteuil en desserrant son col.
« Très charmante personne, pouffa Dumbledore. Elle sait ce qu’elle veut ! »
Le jeune homme haussa les épaules. Sa montre lui indiqua que l’heure du déjeuner était passée. Résolu à faire ceinture à moins de descendre aux cuisines, il avala le fond de cognac de sa fiasque et s’attaqua à la rédaction de son discours de bienvenue.
Il s’y consacrait depuis 15 minutes quand un « CRAC » sonore le fit sursauter.
« Qui… qui êtes-vous ? s’effara-t-il en découvrant l’étrange créature qui se tenait de l’autre côté de la table.
- C’est moi, Monsieur Potter ! Monsieur Potter ne reconnaît pas Dobby ? Il a pourtant moins changé que lui. »
L’elfe et le directeur s’entreregardèrent avec une curiosité similaire. Les oreilles semblables à celles d’une chauve-souris battaient assez vite alors que les yeux verts globuleux se teintaient de tristesse. Harry fronça les sourcils et se gratta la tête :
« Euh… oui ! Dobby excuse-moi, je ne t’attendais pas.
- Harry Potter quelle joie ! Hermignone, l’amie de Monsieur Potter m’envoie lui porter ceci. »
Réjoui d’être identifié, d’un claquement de ses longs doigts Dobby dressa une petite table qui se garnit de victuailles.
« Monsieur Potter devrait manger ! Il a besoin de forces pour bien travailler. Si Dobby est content de revoir Monsieur Potter, il ne va pas le déranger. Bon appétit. »
Un nouveau crac, l’elfe que Harry avait libéré à la fin de sa seconde année d’études s’évapora.
Songeur, Harry attaqua son repas solitaire. Comment avait-il pu oublier Dobby ? Les psychomages s’étaient trompés : sa mémoire était loin d’être rétablie. S’il commettait encore ce genre de bévues, il aurait beaucoup de mal à rester crédible.
« Je dois accentuer mes exercices et relire sérieusement le condensé de ma vie telle qu’ils me l’ont réapprise. » soupira-t-il.
La journée fila à toute allure. Le directeur imposa les vérifications d’usage. Des fournitures scolaires aux réserves de nourriture en passant par les dortoirs, il inspecta l’ensemble personnellement. Le Poudlard Express n’accuserait pas de retard. Plus l’heure avançait, plus Harry s’angoissait.
N’avait-il pas omis l’un ou l’autre point ? Avait-on suffisamment de bûches pour les cheminées, de litres d’encre, de bougies ?
Faisant les cent pas dans sa chambre, un grattement à la porte l’arrêta. Le frais minois de Hermione se pointa :
« Tu es prêt ? Nous n’avons pas eu le temps de discuter. J’ai eu une tonne de choses…
- Et moi, donc ! C’est toi qui reçois les premières années ?
- Je suis aussi directrice de Gryffondor. Cette tâche m’incombe quoique Mrs McGonagall m’accompagne, sourit la jeune femme. Je me rappellerai toujours notre arrivée ici.
- C’est peut-être bien la seule chose que je n’ai pas oubliée, grimaça Harry.
- Ne stresse pas autant. Tout ira bien. Tu dois descendre dans un quart d’heure, les carrosses sont en route.
- Qui mène les enfants aux barques ?
- Slughorn le fait depuis longtemps, paraît-il ! Bon, j’y vais ! »
Un clin d’œil, deux doigts croisés lui envoyant un baiser, Hermione disparut abandonnant le directeur à ses démêlés intérieurs.