Un misérable destin…
Dans mon étrange état, des bruits se mêlaient aux sons de la forêt. Je ne comprenais presque pas lorsque, la lumière me fit ouvrir les paupières. J’étais dans un chariot en bois, sur une route en pavé, qui venait de quitter une forêt. Ce paysage était nouveau, car en dehors de mon village, je n’étais jamais vraiment parti de la maison. Pas même dans les champs, ni dans les bois et les marres qui bordaient mon petit village. Alors que je relevais ma tête, dans mon esprit encore perturbé et embrouillé par les derniers événements, je parvins à deviner un visage dans l’ombre…Les traits de ses tempes et la couleur de sa barbe ne trompaient pas… C’était Daz-Rezan, mon grand-père. Une énergie arriva dans mon esprit et dans mon corps, et dans un éclair, je sautais dans les bras de mon ascendant. Il me serra fort. Nous nous enlaçâmes ainsi pendant deux bonnes minutes. Puis je demandai :
_ Où vont-ils nous amener Grand père ? Où sont papa et maman ?
Son visage devint sombre, il dit d’abord :
_ Ton père et ta mère sont dans un autre chariot et ils vont bien, pour répondre à ta première question. Ensuite, nous allons être envoyé à Morrowind, en passant par Cyrodiil. Une fois à Morrwind, nous allons être transportés à la cité de Suran, sur l’île de Vvardenfell.
J’avais entendu parler de Morrowind et de Cyrodiil, c’était deux provinces impériales de Tamriel. Mais pourquoi être envoyé à Suran ? Pourquoi pas à Vivec ou même à Skingrad. Je demandais ceci à mon grand père qui répondit, la mine encore plus grave :
_ Parce que nous sommes des animaux. Voilà pourquoi petit ! Nous allons être jetés comme des guars malades dans un marché au esclave ! L’un des plus réputés de Vvardenfells est bien celui de Suran. Ensuite, nous allons devoir travailler, nous serons traités comme des objets sans valeur. Voilà ce qui nous attend mon petit.
Esclave… Ce mot m’avait toujours dégoûté. J’étais au bord des larmes, nous allions vivre un enfer dans cette nouvelle vie. Être esclave était peut être la pire chose dans tout Tamriel. Mais pourquoi nous ? Pourquoi pas des Impériaux ou des Dunmers ? Car dans le chariot, il n’y avait que des Argoniens et un Kajhiit.
_ Où sommes nous maintenant Grand Père ?
_ Nous sommes à Cyrodiil.
Leyawiin
La route était longue. Les arbres et le paysage défilaient lentement et le silence était seulement brisé par le son des sabots du cheval. Je demandais à mon grand père à voix basse :
_ Pourquoi faut-il passer par Cyrodiil ? Thorn est plus près de Morrowind que de Cyrodiil !
Mon grand père susurra si peu, que j’eus du mal à entendre :
_ C’est une histoire d’administration, de laissez-passer et de choses ennuyantes comme ça mon petit.
Le silence retomba dans le chariot. Et alors que je m’apprêtais à poser de nouvelles questions à mon grand père, une voix s’éleva et annonça :
_ Leyawiin est proche Seigneur Graming, c’est de là que les esclaves seront envoyés à Vvardenfell.
_ Certes, mais souvenez-vous, pas celui dont je vous ai parlé, il ne mérite pas ça.
Mais dans cette ambiance maussade et d’angoisse, je préférais m’endormir et essayer de trouver la paix dans le sommeil.
Un acte de charité
Un bateau était dans le port de Leyawiin. Il était grand et était prêt à embarquer. Les chariots s’arrêtèrent sur le quai, et ils commencèrent à embarquer les prisonniers. L’homme à la barbe était accompagné d’un soldat, il lui dit :
_ Je vais chercher notre permission de quitter le port et tout ces papelards, Seigneur Graming.
L’homme à la barbe approuva et le soldat se dirigea vers un petit bâtiment. Mon grand père fut jeté au sol comme un sac et bousculé jusqu’au bateau alors qu’un garde s’apprêtait à me saisir à mon tour, Graming lui fit un signe de la main. Le soldat lâcha prise et alla chercher les autres. Je regardais Graming avec étonnement. Il me saisis, me cacha derrière des sacs sur le quai et m’ordonna :
_ Ne bouge surtout pas d’ici. Reste là !
Je n’osais pas bouger, pas plus que de lui manifester ma protestation. Il se dirigea vers la passerelle du navire où un esclave se débattait. Un garde sortit son épée et tenta de la tuer mais il s’enfuit à temps, en cognant un autre garde, qui fit tomber sa lance. Il a récupéra et commença à faire face aux soldats impériaux. Il envoya un coup de lance sur le bouclier d’un soldat. Tous se ruèrent sur lui et se fut un fracas d’armes et de sang. Finalement, l’esclave était toujours en vie, un garde avait une lance dans le ventre et un autre un œil en moins. Graming sortit sa hache et l’abattit puissamment sur l’esclave rebelle, qui s’effondra, mort. Je retins un cri. Le sang coula abondamment sur le quai et vint s’arrêté sous mes orteils. Tout cela était vraiment horrible. J’avais vécu tellement d’épouvantables incidents ces derniers temps, que je finis par croire que j’étais fait pour ça. Mais alors que les questions se bousculaient dans mon esprit, le navire largua les amarres et partit vers Morrowind. Je me levai, sautais, hurlais à mes parents qui m’observaient en pleurant. Des larmes coulèrent des mes joues écailleuses en me disant que cette fois, rien ne me reprocherais d’eux. Graming me prit par le bras et me mit sur son cheval. Il me susurra :
_ Tu va venir avec moi… Tu auras une vraie vie !
Il talonna son destrier qui quitta Leyawiin en un clin d’œil.
Un voyage
Leyawiin était loin derrière nous lorsque Graming stoppa sa monture. Le soleil déclinait à l’horizon dans une nappe rouge et orangée. Il me fit descendre et me dit :
_ Commence à préparer un feu de camps, je vais chercher du bois. Reste là. Il y a un matelas sur mon cheval si tu veux. Je reviens vite.
Depuis qu’il m’avait emmené avec lui, sans que j’en sache la moindre raison, je ne lui avais jamais parlé. Il me faisait trop peur. Ce Nordique était trop effrayant. Suivant ses ordres, je pris des pierres, que je disposasse en cercle. Je pris quelques feuilles sèches que j’entassais au centre. Puis, j’attendais son retour. Au bout de quelques minutes, Graming revint avec du bois sec qu’il jeta sur les feuilles. Ensuite, il leva sa main. Une boule de feu en jaillit. Il sortit de la viande, qu’il fit griller en silence. Prenant mon courage à deux mains, je lui demandai :
_ Pourquoi avez-vous tué votre soldat pour sauver un misérable argonien comme moi ?
Il me fixa puis expliqua :
_ Il le fallait. Premièrement, un enfant argonien ne se fait pas traiter ni tuer de la sorte et deuxièmement, j’avais mes raisons. Cet homme, n’était rien d’autre qu’un assassin. As-tu remarqué l’étrange motif sur son anneau ?
_ Non.
_ C’est la marque qu’il vénère un Seigneur Deadra. Sur sa bague, était dessiné un soleil levant sur une mer.
_ Est-ce si mal de vénérer un Segneur Deadras ? M’étonnais je.
_ La nouvelle n’est pas parvenue jusqu’au Marais Noir apparemment. L’empereur est mort, assassiné par cette secte : l’Aube Mythique. Je ne suis pas un simple soldat vois tu. J’étais là lorsque l’empereur est mort.
Je fus ébahi, les seules personnes accompagnant l’empereur partout était les Lames.
_ Vous êtes une Lame !
Il sourit :
_ Si on veut.
Avant qu’il ne s’allonge, je lui posais une autre question :
_ Pourquoi était-il là bas ? Dans le Marais Noir ?
_ Il cherchait quelqu’un.
Puis il s’étala sur l’herbe et s’endormit. Moi aussi, la fatigue s’emparait de moi. Je m’allongeais sur le matelas. Et alors qu’une question me venait à l’esprit, je m’endormis.
Abordage
Nous avancions rapidement. Le cheval de Graming était un merveilleux destrier ! Le paysage de la Route Verte défilait. Graming murmura quelque chose d’inaudible et me confia :
_ Nous serons à Bravil à peu près vers midi. De là, nous prendrons un navire jusqu’à la Cité Impériale, où siège le chancelier Ocato.
Vers 11h, les contours et les bâtiments en bois de Bravil commençaient à se dessiner à l’horizon. Graming sourit alors qu’il talonnait sa monture. Vers midi, nous arrivâmes à la porte de Bravil. Nous laissâmes le cheval de Graming à l’écurie locale. Bravil était une bourgade principalement faite en bois. Graming et moi arrivâmes aux navires. Nous payâmes notre cabine et l’officier de bord nous informa :
_ Le bateau part vers les quais de la Cité impériale à 14h précise ne soyez pas en retard.
Graming opina.
Nous mangeâmes dans une affreuse taverne. La nourriture était moisie et la bière, selon Graming, était encore pire que de la bave de kwama. Et tout ça, à un prix exorbitant. Furieux, nous quittions l’établissement pour aller rejoindre le navire. Nous montâmes, ainsi que tous les autres passagers. On largua les amarres et le navire s’enfuit vers la Cité Impériale. La cabine était spacieuse, une commode et un lit en bois verni, ainsi qu’un coffre magnifique pour ranger ses affaires. Et bien sûr, un lit d’un confort incomparable. Tellement douillé, que je ne pu m’empêcher de m’endormir dans cette ambiance de béatitude. On me réveilla lorsque des cris retentirent et des éclats d’épée se firent entendre. Graming me fit signe de me taire et empoigna sa lourde hache. La porte s’ouvrit et un passager Bosmer pleura :
_ Des pirates ! Nous sommes attaqués !