Longtemps réservé aux aficionados d'import, Chrono Trigger resta un certain temps une énigme pour moi. Il faut dire que le bébé de Squaresoft avait des arguments à faire valoir: mitonné avec amour par une équipe de développement aux allures de dream team ( Sakaguchi, Toriyama, Uematsu, Horii, Mitsuda), le soft semblait comme en proie à un fabuleux destin avant même qu'il ne commence à se tenir sur ses deux gambettes. Autant de bonnes fées pour se pencher sur votre berceau, ça ne peut pas tromper! Ma première partie date d'il y a à peu près six ans, mais dans ma tête c'était comme si j'avais effectué un bond en arrière. Un bond en arrière me renvoyant quelque part dans le temps... En 1995 plus précisémment.
Le jeu débute d'une manière on ne peut plus classique: Crono, comme une grande majorité de héros de J-RPG, est tiré de son roupillon par sa môman, laquelle en a ras le bol de voir son fils faire la grasse mat' alors que, je cite, "il fait super beau dehors et que c'est pas en passant ses journées à pioncer qu'il va réussir à se dégotter une petite poulette".
On apprend qu'une fête millénaire vient de débuter, et par la même occasion qu'une dénommée Lucca nous cherche pour nous faire part d'un truc "super important", nous donnant comme point de rendez-vous la place Leene. En chemin, Crono tombe sur Marle, une jeune fille au caractère trempé, et c'est après avoir récupéré son pendentif qu'elle vous demande de l'accompagner au festival. Ma foi, il va peut-être choper plus tôt que prévu le Crono.
Même si l'introduction se révèle classique, ce sont véritablement ces premiers instants qui donnent le ton. Cette place Leene, dont le caractère paisible et joyeux est retranscrit de façon remarquable. Nos deux amis arrivent enfin au point de rendez-vous, Lucca voulant leur présenter un prototype de sa dernière invention: un téléporteur. Le premier essai sur Crono se révèle concluant. Et quand vient le tour de Marle, les choses se gâtent: réagissant mal à son pendentif, la machine subit un court dysfonctionnement faisant envoyer cette dernière non pas à un autre endroit du village, mais... du temps. N'écoutant que son courage, Crono s'empresse de partir à sa poursuite. Atterrissant dans une contrée inconnue et beaucoup moins hospitalière, c'est là que votre aventure commence.
Le jeu est un J-RPG tour par tour classique dans la forme, à la différence que le système de combat joue sur la complémentarité entre les peros, laquelle évolue en fonction du nombre de combats en commun. Cette complémentarité se traduit par le débloquage d'attaques "combo" qui peuvent être effectuées par deux ou trois coéquipiers à la fois. Coûteuses en MP, elles se révèlent souvent dévastatrices. Et l'aspect tactique est accentué lorsque l'on prend en compte que chacun de ces personnages est assigné à un élément (eau, feu, foudre, glace, ténèbres).
La progression du jeu se veut très fluide et plaisante. Pas de combats aléatoires ici, vous pouvez attaquer ou contourner les ennemis. La montée en levels est parfaitement dosée. Le rythme exploration/combats est ainsi parfaitement calibré, ce qui sert beaucoup au jeu, vu que ce dernier l'est aussi au niveau de l'intrigue: si cette dernière se veut simple de prime abord, aussi bien le ton du jeu, que le thème des voyages temporels abordé avec maestria, font qu'il devient difficile de ne pas être conquis. De la première à la dernière seconde, le jeu avance sans temps mort, nous faisant prendre part à des scènes aussi mémorables que jouissives.
Au final, qu'est-ce que Chrono Trigger? C'est une aventure avec un grand A, une belle histoire avec un grand B et un grand H, un putain de jeu qui défonce grave avec un grand P, un grand D... Ouais enfin vous avez compris. Si le jeu se veut accessible et simple dans son approche, il révèle une vraie ligne directrice dans ce qu'il a à proposer. Beau, sacrément bien rythmé, savamment orchestré par une bande-son qui a fait de nombreux adeptes, offrant un plaisir de jeu inépuisable, et proposant une durée de vie très honnête avec les multiples fins et le New Game +, Chrono Trigger se révèle être au final un produit maitrisé de bout en bout. Pas ce qu'on a vu de plus profond certes, mais à l'instar d'un Retour Vers Le Futur, les bons sentiments, quand c'est fait avec talent, et quand c'est saupoudré d'un peu de magie et de rêve, les histoires complexes, on s'en balance.