Quel jeu !
La partie démarre en vous catapultant à bord d'un vaisseau dans lequel un espèce de poulpe humanoïde répugnant vous injecte une larve dans l'oeil. Ça donne le ton d'une ambiance qui, bien souvent, titille l'horreur et l'archi-gore. Passé ce léger désagrément, il sera temps de créer son personnage. Il existe déjà une pré-sélection de visages et de coupes de cheveux car là n'est pas l'essentiel. Tout le sel de cette interface est de donner de la substance à son personnage, sa race, ses antécédents, sa classe, etc., les possibilités sont légion. Ce passage est un premier signal aux allergiques de C-RPG car ce n'est qu'un vague prémisse du temps nécessaire pour se familiariser aux mécaniques de BG3.
Une fois cela fait, le vaisseau est abattu et vous devez le fuir au plus vite. Ce prologue annonce, en substance, tout ce qui vous attend pour le reste de l'aventure : un scénario qui se dévoile au compte-gouttes, réservant moults surprises ; des compagnons de route au caractère bien trempé ; l'inspection minutieuse de chaque recoin de la map, un détour pouvant cacher une zone insoupçonnée mais ô combien précieuse en renseignements ou trésors ; des PNJ qui pourront se révéler conciliants ou carrément hostiles ; et bien sûr des combats où stratégie est le maître mot.
À propos des mécaniques du jeu, autant être clair, elles ne sont pas faciles à appréhender, la faute à un didacticiel indigent. En résumé, tout, vraiment absolument tout est lié aux dés. Chaque action ayant des répercussions potentielles sur l'environnement, un PNJ, ou en combat, est soumis à un lancer de dés qui, s'il réussit, valide l'action. Dans le cas contraire, la tentative foire lamentablement pouvant amener le joueur dans des situations très embarrassantes. Ceci dit il ne faut pas croire que tout est dû au hasard, les caractéristiques et compétences du personnage influent sur le lancer de dés apportant ainsi un modificateur bienvenu. D'où l'importance de réfléchir soigneusement aux points attribués au personnage, son équipement et, bien entendu, de choisir les situations dans lesquelles la prise de risque en vaut la peine. Inutile de préciser que tenter un lancer d'intimidation contre une horde de gobelins lorsque vous avez le charisme d'une moule est probablement une mauvaise idée, mieux vaut les éviter. Mais si combat il doit y avoir, ces derniers sont également complètement soumis aux dés, que ce soit pour toucher l'adversaire ou réussir un sort de contrôle, il faut réussir son lancer contre celui de l'ennemi.
Si les dés sont importants en combat, le choix de son équipe, des compétences et sorts sont tout aussi cruciaux. Il faudra sélectionner 3 compères en plus du héros et tenter de former une équipe aussi équilibrée que possible.
Évidemment, certaines classes sont plus faciles à appréhender que d'autres. Un guerrier ou un paladin sera moins complexe à builder qu'un mage ou un clerc. Ces derniers sont dotés d'une liste épouvantablement longue de sorts divers et variés qu'il sera nécessaire de choisir. Il est donc aisé de remettre en permanence en question la viabilité de son build, surtout en early game où les personnages sont bas level et en prennent plein la gueule. Il faut donc prendre le temps de tester l’équipe qui vous va bien.
Malgré l’apparente austérité du gameplay, se trouve un univers d'une incomparable richesse. Si la carte est relativement cloisonnée, le jeu réserve néanmoins d'innombrables événements et scènes de vie (ou de mort) à chacune de ses intersections. Pas un moment ne passe sans que la curiosité de joueur ne soit attisée, qu'il s'agisse d'un cri au loin, d'un couple se chamaillant, d'une horde assiégeant un village, tout est prétexte à se détourner de sa quête pour aller fureter et mettre son nez dans les affaires des autres.
Quant aux interactions avec les compagnons, la qualité de l'écriture et des doublages atteignent des sommets rarement atteints. Chacun a sa propre personnalité le rendant unique, presque réel quand il vous raconte les événements de son passé, souvent tragique. Ils sont touchants et leur quête personnelle leur donne une substance, les fait grandir et évoluer (ou parfois pas).
Mais tout n'est pas parfait ... Le gros point noir, sur PS5 du moins, c'est la technique. Il est difficile de lister tous les problèmes mais on peut en citer un florilège : tearing dans la partie basse de l'écran, clipping assez violent par endroits, crashs complets, sauvegarde corrompue, personnages bloqués, gros ralentissements, disparition d'objets de l'inventaire ... A ce stade, pas mal de bugs ont été corrigés mais il y en a encore pléthores.
Malgré cela, Baldur's Gate 3 reste un énorme monument du jeu vidéo, une plongée dans un univers incroyable bénéficiant d'une écriture subtile et de personnages charismatiques qui transpirent la sincérité et le vrai. Le sentiment de liberté est total et le titre est, dans tous ses aspects, d’une générosité sans bornes.