CONNEXION
  • RetourJeux
    • Sorties
    • Hit Parade
    • Les + populaires
    • Les + attendus
    • Soluces
    • Tous les Jeux
    • Gaming
  • RetourActu Gaming
    • News
    • Astuces
    • Tests
    • Previews
    • Toute l'actu gaming
  • RetourBons plans
    • Bons plans
    • Bons plans Smartphone
    • Bons plans Hardware
    • Bons plans Image et Son
    • Bons plans Amazon
    • Bons plans Cdiscount
    • Bons plans Decathlon
    • Bons plans Fnac
    • Tous les Bons plans
  • RetourJVTech
    • Actus High-Tech
    • Intelligence Artificielle
    • Smartphones
    • Mobilité urbaine
    • Hardware
    • Image et son
    • Tutoriels
    • Tests produits High-Tech
    • Guides d'achat High-Tech
    • JVTech
  • RetourCulture
    • Actus Culture
    • Culture
  • RetourVidéos
    • A la une
    • Gaming Live
    • Vidéos Tests
    • Vidéos Previews
    • Gameplay
    • Trailers
    • Chroniques
    • Replay Web TV
    • Toutes les vidéos
  • RetourForums
    • Hardware PC
    • PS5
    • Switch 2
    • Xbox Series
    • Switch
    • Pokemon pocket
    • FC 25 Ultimate Team
    • League of Legends
    • Tous les Forums
  • PC
  • PS5
  • Xbox Series
  • Switch 2
  • PS4
  • One
  • Switch
  • iOS
  • Android
  • MMO
  • RPG
  • FPS
En ce moment Genshin Impact Valhalla Breath of the wild Animal Crossing GTA 5 Red dead 2
Liste des sujets

Désillusions

Best_07
Best_07
Niveau 6
02 juin 2012 à 05:11:14

Vaisseau Vega, 2154.

Chopin, Adagio. La mélodie rythme mon réveil, comme c'est le cas depuis six années. Son caractère mélancolique me force à esquisser des gestes lents, comme si je dansais contre mon gré aux sons de cette tragédie. La compagnie Delta a jugé «nécessaire» de nous apaiser l'esprit en nous enivrant de ces musiques classiques, et aujourd'hui je ne sais plus à quand remonte la dernière fois que j'ai entendu d'autres sons. J'ai l'impression d'avoir écouté ces notes toute ma vie, ce piano m'est si familier que je devine plus facilement ses courbes que les traits du visage de ma fille. Et quand j'ouvre les boites grises étiquetées Delta, que je croque dans ces blocs de nourriture sans saveurs, j'essaie de me rappeler pourquoi je suis parti. En vain, mes questions n'appellent aucune réponse et ma tristesse n'est plus qu'un masque épais que je porte chaque jour. Je suis devenu incapable de verser des larmes, mes souvenirs s'enfuient progressivement et je ne sais plus pour combien de temps encore je pourrais vivre de cette manière en me sentant toujours humain. Les étoiles ne scintillent plus pour moi, l'espace n'a plus aucun secret et les galaxies sont moins de prodigieux ballets que d'immenses trous noirs.

La journée commence toujours de cette façon, pleine de regret et de désespoir. Après avoir mangé je fais le tour du vaisseau. Un tour anodin et inutile que j'essaie d'allonger le plus possible, espérant qu'à la fin de celui-ci je doive déjà me recoucher. Mais il n'est que dix heures quand je l'ai terminé et je n'ai rien d'autre à faire que d'attendre les dix heures suivantes. Je fais un tour dans la salle de sport, mes muscles se dessinant sans que je n'y prête attention. Ensuite je rejoins Marc dans la salle de cinéma. Oui, dans le vaisseau Vega nous avons une salle de cinéma. Avec sa projection unique : Le boulevard du crépuscule. Film que, selon les calculs de Marc, nous avons vu 1677 fois. J'y passe le reste de la journée, contemplant l'écran noir, les sièges vides, devinant le silence absolu qui règne au dehors. Marc peut rester près de moi des heures durant sans prononcer le moindre mot. On échange ces respirations lentes et maîtrisées, on ouvre de nouvelles boites grises, on repose notre regard sur l'écran noir et on continue d'attendre.

Quand Chopin retentit à nouveau on se lève et on disparaît dans nos chambres respectives, sans un regard. C'est alors le moment préféré de ma journée, pour deux raisons. Parce que je vais pouvoir m'endormir, et parce qu'avant cela je contemple les photos de ma femme et de ma fille. Leurs sourires figés me rassurent, le soleil qui se dresse derrière elles me réchauffe, et je tiens fébrilement le carton au creux de ma paume. Je l'applique contre ma poitrine et je ferme les yeux en priant pour que je rêve d'elles, pour que je rêve de la Terre. Je crois sentir des larmes couler sur mes joues et je me demande si elles sont bien réelles. La musique s'arrête et je m'endors, perdu au cœur de ce vide absolu.

[...]

Ceci est le début d'une nouvelle de 80 pages. Qu'en pensez-vous ? Merci d'avance pour la lecture & les commentaires.

[akheyoreturns]
[akheyoreturns]
Niveau 10
02 juin 2012 à 12:23:40

J'aime bien ^^ Tu as un style qui me plait, même si les "on" pour parler de plusieurs personnes rend la chose un peu plus lourde.

J'ai hâte de lire la suite ^^

Best_07
Best_07
Niveau 6
02 juin 2012 à 23:00:47

La suite :

Paris, 2154.

Quand je suis sorti du cinéma tout avait changé. Deux heures seulement s'étaient écoulées et pourtant des jours semblaient avoir passé. Une place déserte, balayée par d'impitoyables rafales de vents, avait succédé à une place bondée et ensoleillée. Les terrasses des cafés sous lesquels les gens riaient bruyamment, jouant l'insouciance du printemps, étaient devenus des lieux de déchéance chronique. Les chaises filaient au travers des pavés, leurs quatre pieds dansant dans tous les sens, comme manipulées par les doigts d'un diable quelconque. J'avais toujours su que ça se passerait comme ça. Je n'avais jamais voulu y croire. Ça aurait pu arriver ce matin, cette nuit, mais il a fallu que ça se passe quand je ne pouvais pas m'en rendre compte. Seul dans la salle de cinéma j'avais regardé les images défiler, pendant que le chaos prenait place tout autour de moi. À peine avais-je effectué mes premiers pas au-dehors que j'avais compris. Les hôtesses m'avaient salué chaleureusement en exagérant leurs sourires bienveillants. Les automates ne prenaient pas conscience de ce qui les attendait, de ce qui nous attendait tous, et j'avais déjà oublié le film que je venais de voir tant ce que j'avais sous les yeux étaient beaucoup plus surréaliste.

Pas un bruit autre que le souffle du vent, pas une image autre que le vide ambiant, et aucun signe d'humanité ne s'affranchissant de la peur qui planait dans l'atmosphère. Les pages déchirées des journaux s'envolaient vers le ciel, fuyant avec le même désespoir que les aboiement lointains d'un chien qu'on s'apprêterait à égorger. Ce n'était que le début de l'après-midi et pourtant la nuit semblait prête à abattre ses voiles obscurs. Le soleil ne devenant plus qu'un carré infime dans le ciel, entouré de nuages noirs et gris. La faible lumière qui perçait, usée et vieillissante, renvoyait à la vie qui ne tarderait pas à s'éteindre, bientôt recouverte des draps impénétrables de la mort. Sablier universel d'un destin incontrôlable que l'homme ne pouvait cette fois pas combattre. J'avais espéré que la transition ne soit pas aussi brutale. J'avais pensé qu'elle serait beaucoup plus impersonnelle, souhaité pouvoir regarder les gens dans les yeux, lire leur détresse, me rassurer en apercevant quelques enfants jouer inconsciemment. J'avais pensé pouvoir devenir comme eux, oublier et sourire, mais je n'avais jamais prévu d'avoir aussi peur. J'étais effrayé, et tandis que je marchais dans cette place comme si j'étais le dernier des hommes, écoutant attentivement mes pas pour m'assurer d'être encore en vie, mes jambes tremblaient, mon poul s'accélérait, et une vague glaciale me traversait le corps de haut en bas.

J'étais entré dans le métro, frémissant de peur et de froid, les mâchoires claquants en même temps que les bruits mécaniques du wagon s'activaient. Je n'étais pas seul, il y avait un homme dont je n'aurais pu juger l'âge qui se tenait debout à quelques mètres de moi. Il serrait une bouteille d'alcool dans sa main, qu'il avait déjà terminé. C'était un SDF, même si je n'étais plus sûr de ce que ce terme pouvait signifier. J'avais d'abord cru qu'il allait m'ignorer mais il s'était approché de moi, et, sans que je ne sache expliquer pourquoi, ça m'avait soulagé.

« 72 heures » avait-il dit en s'asseyant sur le siège d'en face.
J'avais soupiré en le regardant avec dépit. Lui me jaugeait.
« Vous z'êtes pas venu me tuer, n'est-ce pas ? »
« Pourquoi je voudrais vous tuer ? » Avais-je demandé incrédule, ce qui semblait l'avoir rassuré.
« Je sais pas, c'est à la mode. »
« Comment ça ? »
« Tout à l'heure. Une demi-heure après l'annonce, à peu près, un type, très chic, sûrement un banquier ou une connerie dans le genre, braque une arme sur moi. »
« Pourquoi ? » Je haussais les sourcils, incapable de juger de la véracité de son histoire.
« Le fantasme absolu, il paraît. Tué avant d'être tué, n'est-ce pas ? »
« Un fantasme de cinglé. »
« Enfin bref, le mec hurle, se met à pleurer, hurle à nouveau, et on reste comme ça pendant une heure. Lui se demande s'il va me tuer, moi je me demande si je vais vivre. Je commence à avoir faim alors je lui demande de faire vite. Et finalement, tu sais ce qu'il fait ce con ? »
« Il vous achète à manger ? »
Il a rigolé. Je ne savais pas si j'avais voulu blaguer ou non, mais il a rigolé. Il a même voulu fêter ça en débouchant sa bouteille, avant de se raviser, réalisant qu'elle était vide. Il a poursuivi, comme si de rien n'était.
« Il bute un chien qui passe à côté de moi. Il me regarde en riant et il me dit que ça fait du bien. »
« La délivrance... »
« C'est pas fini. Il me tend son arme et me demande de le plomber. Il se met à genoux et comme ça, en sanglotant, il m'implore de lui faire sauter la cervelle. »
« Et qu'est-ce que vous avait fait ? »
« À ton avis ? Je lui rends son arme et je lui dis de profiter des 72 heures qui lui reste pour aller avoir un psy. »
J'ai rigolé à mon tour.
« Classique. »
« Quoiqu'il en soit, c'est là que j'ai eu une révélation. » Il a prononcé ses mots sur un ton si dramatique que c'en est devenu ridicule, et, malgré moi, j'ai ris à nouveau.
« Une révélation ? »
« La mort... »
« Oui ? »
« On a beau faire semblant de la connaître, on ne la connaît que quand on l'éprouve. Qu'on la subisse ou qu'on la provoque, elle n'a rien à voir avec ce qu'on s'imagine d'elle. »
J'ai feint d'avoir eu une révélation à mon tour et j'ai lancé :
« C'est comme le sexe, on ne sait jamais ce que c'est avant d'avoir essayé ».
Il a hésité, il m'a regardé, m'a jaugé à nouveau, se demandant si je me foutais de lui ou non, et puis il a avoué, sidéré :
« C'est exactement ça. »

Pendant quelques minutes je n'avais plus eu peur. J'avais failli oublier ce qui était en train de nous arriver, avant qu'il reprenne la parole :
« Tu as de la famille avec qui passer tes derniers jours ? »
J'avais mis un certain temps à répondre, regardant les blocs en béton défiler derrière la fenêtre, comme une immense tâche grise qui longerait un tableau indéfiniment.
« Je crois que pour ma famille ça fait longtemps que je suis mort. »
Il avait alors pris un ton grave, me regardant droit dans les yeux.
« Ne dis pas ça. C'est important de dire au revoir. »
« Au revoir ».
Il avait rit à nouveau.
« Vous êtes cinglé. On devrait échanger nos habits. »
« Un cinglé bien habillé passe toujours mieux qu'un intellectuel mal habillé. »
« De ? »
« Pardon ? »
« Cette phrase, c'est de qui ? »
« De moi. »
« Ah bon ? Je pensais que c'était une citation ou un truc dans le genre, d'un type connu. Ça sonnait plutôt bien à voix haute, ça doit être moche à l'écrit. »
« J'essaierai et je vous le dirai. »
« Quand ? »
« C'était une blague. »
« Ah bon ? Une blague de vous aussi, j'imagine. »
Plus les secondes passaient et plus notre discussion perdait tout son sens, et ça m'allait bien comme ça. Après tout, les êtres humains n'étaient plus, pourquoi faire semblant d'en être, alors ?
« Et vous, vous avez de la famille ? »
Il avait acquiésçé, anxieux.
« Justement, c'est pour ça que je suis ici, je cherche mon frère. »
« Vous savez où il habite ? »
« Non. Mais j'ai trois jours pour le trouver, n'est-ce pas ? »
« Apparemment. »
Le métro s'est arrêté, il m'a dit qu'il devait descendre.
« Bonne chance. » Je lui ai dit.
Il s'est retourné avant de sortir.
« Au fait, je vous ai menti. »
« À propos du banquier ? »
Il a regardé sa montre.
« Non. C'est pas 72 heures, mais 70 heures maintenant. »
Et il a quitté le wagon, sans se retourner, me livrant à moi-même pour le reste du trajet. J'aurais aimé croiser son regard une dernière fois, en vain. Et, sans que je ne sache pourquoi, j'ai prié pour qu'il retrouve son frère.

Je suis descendu à mon tour, quelques minutes plus tard. La ville était toujours aussi déserte, le vent soufflait avec toujours autant d'intensité, et, une fois devant la grande porte métallique qui menait à mon immeuble mes jambes ont fléchies. J'ai pleuré, allongé sur le trottoir, pendant une heure, peut-être deux. Ce n'est que lorsque des gouttes de pluie se sont abattues sur moi que j'ai réussi à me relever. Je suis rentré et j'ai appellé l'ascenseur en gardant à l'esprit ce que l'homme m'avait dit dans le métro, cette banalité sans nom : La mort...

[...]

Le chapitre 3 pour demain, en espérant que ça vous donne avant d'en lire plus. Merci pour votre lecture & vos commentaires.

_dexter75_
_dexter75_
Niveau 10
03 juin 2012 à 17:46:10

je suis d'accord avec mes deux Vdd, très prometteur et très agréable à lire malgré les " on" trop souvent prononcé :)

Best_07
Best_07
Niveau 6
03 juin 2012 à 18:14:12

Merci pour vos retours. :)

Benoit > http://www.youtube.com/watch?v=4oohW5AAMaU

Je posterai le troisième chapitre cette nuit.

_dexter75_
_dexter75_
Niveau 10
03 juin 2012 à 19:27:22

je n'avais lu que "l'intro" et je viens de lire le deuxième chapitre. Vraiment bien écrit. un ami m'a souvent dit qu'on jugeait un écrivain par ses dialogue et ses descriptions, et là je dois dire que je trouve ces deux points très réussi dans tes textes :bravo:

au passage je t'invite à lire mon histoire:
https://www.jeuxvideo.com/forums/1-58-192317-1-0-1-0-sf-le-jour-ou-paris-s-embrasa.htm

qui elle aussi aborde le thème de la fin du monde ( ou presque). si tu trouve à redire sur mon utilisation de la première personne j'attend tes conseils car je trouve ta maîtrise très bonne sur ce point là aussi :)

Best_07
Best_07
Niveau 6
03 juin 2012 à 21:57:36

Ça a l'air intéressant. J'essaierai de lire quand j'aurai le temps. :)

Best_07
Best_07
Niveau 6
04 juin 2012 à 01:48:14

La suite :

Vaisseau Vega.

Je fais encore ce rêve. Je suis allongé sur une plage. Du sable fin, des mouettes qui planent au-dessus de ma tête. Le corps étendu je contemple ce ciel bleu qui paraît presque artificiel. Et puis soudain des cris. Une demi-douzaine de voix s'élèvent en provenance de la mer. Des cris aigus, affolés, des explosions de douleur. Je ferme les yeux et j'espère très fort ce que ces sons cessent, qu'ils se taisent. Mais plus le temps passe et plus la cacophonie et le désespoir résonnent dans ma tête, cisaillant mes pensées. Je me redresse alors et je les vois. Quelques hommes et quelques femmes, de minuscules silhouettes, perdus au loin, isolés dans cet océan tumultueux. Les vagues s'agitent autour d'eux tandis qu'ils continuent d'appeler à l'aide. C'est une mer rouge, rouge de sang, qui lèche le sable de manière agressive. Ils ont tous les yeux rivés vers moi, j'aimerais les aider mais je ne bouge pas, terrifié. Quand ils disparaissent sous les couches de sang je les imagine à l'agonie sous la surface et je me sens soulagé. Le silence reprend ses droits mais les vagues ne cessent de grossir. Bientôt c'est un véritable tsunami qui se forme à quelques mètres de moi, une vague immense se dresse au-dessus de mon corps. Des gouttes de sang commencent à s'éparpiller sur ma peau, comme une pluie macabre qui me recouvre de tout mon être. La vague finit par s'abattre sur moi, d'un claquement sourd et dévastateur. J'ai la sensation de m'aplatir sur moi-même et c'est la dernière image que j'ai avant d'ouvrir les yeux.

Je suis en sueurs, épuisé, tremblant, mon corps nageant dans des draps trempés. Il n'est que six heures du matin. C'est une sirène qui m'a réveillé. Elle retentit d'un son strident, une lumière rouge clignotant dans toute la pièce. Je mets plusieurs minutes pour me lever. Mes pieds nus entrent en contact avec le carrelage glacé. La vague de froid qui se propage en moi me contraint à me recoucher. Mon corps est si chaud, ma peau si brûlante, que je n'ose plus quitter mon lit. La sirène continue cependant de résonner désagréablement dans tout le vaisseau. J'appelle Marc. Aucune réponse. Je décide d'essayer de me rendormir, d'ignorer la sirène. C'est en refermant les yeux que j'entends les braillements d'un bébé. Je crois d'abord que je rêve à nouveau mais ces bruits proviennent du vaisseau. La sirène s'est arrêtée, seuls subsistent à présent ces braillements insensés. Je me précipite hors de ma chambre et je le trouve tel quel, nu à l'autre bout du couloir, tendant les bras vers moi en pleurant de toutes ses forces.

Incertain, je m'approche. Je sais que ça ne peut pas être vrai et pourtant il se tient en face de moi. Ses yeux regardent mes yeux, sa bouche remue et j'entends distinctement ces mots :
« Papa. »
Je me penche vers elle, je la prends dans mes bras et je murmure, le souffle suffoquant :
« Sara, c'est toi ? Sara, je suis là. »
Je lui baise la joue, euphorique, et elle répète :
« Papa. »

Des voiles noirs se propagent devant mes yeux. Je ne vois plus rien, je ne sens plus rien.
Je suis dans mon lit, le corps surchauffant. Chopin, Adagio. Il est dix heures du matin. Ce n'était qu'un rêve. Ce n'était qu'un rêve. Je le répète à voix haute, pour me convaincre :
« Ce n'était qu'un rêve. »
J'accepte cette vérité, entre dépit et soulagement. Le vaisseau est calme, le silence règne de nouveau en maître, et je croque dans la nourriture des blocs Delta avec le même désintérêt qu'hier. Marc entre dans la cuisine, il me fixe, immobile. Je crois qu'il attend que je finisse de manger pour me dire quelque chose, je n'en suis pas sûr. J'essaie de me rassurer :
« Cette nuit, tu n'as pas entendu une sirène ? »
Je m'attends à le voir hausser les sourcils, à hocher la tête, mais il répond aussitôt :
« Oui. Je m'en suis occupé. »
Je laisse tomber mes couverts, j'arrête de mâcher.
« C'était donc vrai ? »
« Ce n'est pas ce qui est important. » Rétorque-t-il.
Je me lève précipitamment :
« Non, tu ne comprends pas. Cette nuit, quand je me suis levé... »
« Nous avons un message. » Dit-il en me coupant la parole.
« Quand je me suis levé... Quoi ? »
« Nous avons un message. » Réaffirme-t-il d'une voix neutre.
« Un message ? C'est impossible. »
« La sirène, c'était pour ça. C'est un message urgent. »
Je n'en reviens pas. En six ans personne ne nous a contacté, nous avons fini par accepter que nous étions perdus. Et voilà que nous avons un message.
« De qui ? Quelle urgence ? »
Marc hésite, il me regarde tourner autour de la table avec anxiété et il fini par souffler :
« Je crois qu'il faut que tu voies ça de tes propres yeux. »

Il me conduit alors jusqu'à la salle des machines. Je n'ose pas à y croire, j'ai encore en moi le souvenir de mon rêve, de cette sirène, et cette journée me semble irréelle. Je ne sais même plus quand a commencé et terminé la musique de Chopin, ce qui me rend curieusement mal à l'aise. Un contact extérieur, contact duquel on a rêvé pendant tant d'années, contact dont on s'était résolu à bannir l'existence. Le voilà qu'il prend vie, au moment où l'on s'y attend le moins. Et, à la place de ressentir l'excitation et le soulagement que je pensais ressentir à l'annonce d'une telle nouvelle, j'ai peur. Peur que ça ne change rien, peur de me mettre à espérer en vain. Dans les dernières mètres qui nous sépare de la pièce je me mets à courir, incapable d'attendre une seconde de plus.

Ça fait si longtemps que je n'y suis pas entré. J'avais éclipsé cette partie du vaisseau de mon esprit, et je la retrouve intact : avec ses cartes, ses cliquetis réguliers, ses bips incessants et ses machines délaissées. Je m'assieds derrière un des écrans et Marc affiche le message pour moi. Après l'avoir lu, les seuls mots qui sortent de ma bouche sont les suivants :
« C'est impossible. »

« C'est ce que je croyais aussi. » Avoue Marc en souriant.
« Ce que tu croyais ? »
Marc se met à jouer avec les boutons d'une machine et il m'affiche une carte qui remplace le message. Il pointe son doigt sur un point rouge :
« Là, c'est notre vaisseau. »
Il fait défiler les images et s'arrête sur une nouvelle carte.
« Et ça, tu sais ce que c'est ? »
Il n'attend pas que je réponde pour ajouter, hilare :
« La galaxie. »
« Notre galaxie ? » Je demande, hébété.
« Neptune, Uranus, Saturne, Jupiter, Mercure, Venus, Mars et... La Terre. Oui, chez nous. »
Il se met à éclater de rire.
« La dernière fois qu'on a regardé on se dirigeait à l'opposé, on était incapable de revenir Marc, c'est impossible. » Dis-je, songeur.
« C'est un miracle ! » Exulte-t-il en dansant autour de moi.
Je me mets à étudier les images pendant que Marc continue de fanfaronner. Après dix minutes de vérifications, de revérifications, je ne peux qu'admettre qu'il a raison.
Marc revient de la cuisine, une bouteille d'alcool dans une main, deux coupes de champagne dans l'autre.
« Nous sommes dans Andromède. » Je lui dis. Il opine du chef, il le sait déjà. Il verse l'alcool dans chacun des verres et me tend le mien. Je l'attrape les mains tremblantes, ayant du mal à réaliser ce qui est en train de nous arriver. Un instant je me demande si je ne suis pas encore en train de rêver. Mais cette question n'a pas de sens. Je ferme les yeux et les ré-ouvre. Le message est toujours là, Marc est toujours souriant, et il se sert à nouveau.
« Sweet sweet Andromède ! Sweet sweet Andromède ! » Chantonne-t-il.
Je souris, j'ose me détendre pour la première fois, je n'ai plus rien à craindre.
« Ils nous ont même laissé un message vocal à la con. Écoute ça. »
Il manipule à nouveau les boutons et une voix retentit dans tout le vaisseau.
« Bonjour passagers du Vaisseau Vega. La compagnie Delta vous félicite pour votre mission. Nous sommes prêts à vous accueillir. Vous arriverez sur Terre dans trois jours. Bravo. »
Une voix féminine, robotique. La première voix que j'entends en dehors de celle de Marc depuis six ans. J'ai envie d'embrasser cette automate, de me mettre à genoux devant elle, de lui baiser les pieds. Puis je demande :
« Quelle mission ? »
« Peu importe. Tu n'as pas écouté le plus important ou quoi ? Trois jours. Trois jours, tu te rends compte ? »
« 72 heures. » Dis-je.
Marc regarde l'heure.
« Concrètement, non. 70 heures. Le message date de deux heures. »
Il sourit. Je souris à mon tour. Je bois le verre d'une traite, regardant les étoiles au loin, plus scintillantes que jamais, et, ému, je déclare :
« Je vais rentrer chez moi. »

[...]

Merci d'avance pour vos lectures & commentaires. J'espère que cette partie vous plaît et qu'elle vous donne envie d'en lire plus sur nos deux personnages. :)

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
04 juin 2012 à 12:24:36

Un texte très agréable à lire, tout en clair obscur, avec un style très agréable. Comme dit plus haut, de bonnes descriptions et des dialogues de bonnes facture. L'intrigue se dessine tout doucement ... Bref, la suite s'annonce très prometteuse :-) .

_dexter75_
_dexter75_
Niveau 10
04 juin 2012 à 14:47:48

toujours aussi plaisant à lire que les chapitre précédent :)

mais dis moi, le fait que ce chapitre ce termine comme le dernier est fait exprès :question: je parle de cette histoire de 72 heures :d) 70 heures. cette symétrie m'intrigue :peur:

Best_07
Best_07
Niveau 6
04 juin 2012 à 15:47:52

Merci pour vos retours. :)

dexter75 > Oui, ce n'est pas une coïncidence, mais je n'en dis pas plus pour l'instant. :)

Le chapitre 4 disponible cette nuit.

_dexter75_
_dexter75_
Niveau 10
04 juin 2012 à 16:04:34

ok, j'en étais presque sur :) au moins maintenant c'est clair

Best_07
Best_07
Niveau 6
04 juin 2012 à 20:53:44

La suite :

Paris, 63 heures.

La nuit est tombée depuis plusieurs minutes. Je fais des allers-retours dans le salon en ne sachant plus comment m'occuper. Je ne pensais pas qu'attendre de mourir était encore pire que de savoir que l'on va mourir. On ne regarde plus les heures en pensant au futur, mais on pense au passé. On ne regarde pas en avant en pensant à ce que l'on peut faire, mais on regarde en arrière en pensant à ce que l'on a pas fait. C'est toute notre vie qui bascule, et la seule chose qu'on aperçoit au-delà des minutes et des secondes qui défilent n'est que l'état qui était le nôtre avant d'arriver dans ce monde. Comme si l'humanité nous quittait progressivement, s'évaporant de notre corps bientôt décharné et étique. Il n'y a pourtant rien autour de moi qui laisse présager le néant inévitable. J'ai dîné comme à mon habitude, à vingt heures précises, sans me hâter. J'ai ensuite fait semblant d'allumer le poste de télévision, le regard plongé dans cet écran noir. La télécommande en main, un journal sous mes yeux. Un journal qui datait de quelques semaines, quand la nouvelle avait enfin surgit au grand jour. Des commentaires de scientifiques rassurants, une fierté mondiale s'auto-congratulant avant même d'avoir réussi à écarter la menace. Je les ai encore sous les yeux.
Les photos de ces scientifiques me rendent nerveux. Leurs visages sont confiants, leurs sourires figés dans le papier, destinés à rassurer des populations entières. Se doutaient-ils qu'ils pouvaient se tromper à ce point ? Ce n'est que quand on comprend que nous n'avons pas de seconde chance qu'on réalise à quel point la première chance était primordiale. Ils doivent être aussi sonnés que nous, serrant leurs familles dans leurs bras, incapables de s'excuser, incapables de se pardonner à eux-mêmes. Quoi de plus terrifiant que de mourir avec la culpabilité comme dernier sentiment ? Je ne leur en veux pas, je ressens même de la pitié pour eux. Tout ceci était inévitable, l'illusion créée par la vie prendra fin, il n'y a rien que nous aurions pu faire : ce n'était qu'une question de temps. Pourquoi regretter les erreurs, la mort, ce sont les fondements de l'humanité. Ils font partie de nous, il n'y a rien de plus censé que ce soient eux qui causent notre perte.

Je jette le journal à l'autre bout du salon. J'essaie de me rassurer en me répétant ces conneries de destinée, de logique universelle, mais ça ne change rien. Le fait est que comme tous, de l'insecte le plus inoffensif au plus féroce des prédateurs, j'ai peur, peur de ce qui ne peut être contourné. Et le silence qui se propage dans tout l'immeuble, dans toute la ville, est la musique de cette peur, plus évocatrice que mille mots. J'avais pensé qu'il y aurait des explosions, des pillages, des bruits chaotiques pour nous mettre en condition. Mais il n'y a rien d'autre que ce silence, uniquement troublé par le tic tac de l'horloge, compte à rebours démoniaque qui résonne dans nos têtes. Je me demande si certains sont encore en train de faire la guerre, de se battre pour des causes qui n'ont plus d'importance. Tuer avant d'être tué. Sans aucun doute, même à 63 heures de la fin, des coups de feu doivent encore retentir. D'autres se réfugient sûrement dans les églises, implorant un Dieu auquel ils n'ont jamais cru, baisant des croix, serrant des chapelets, tapis dans l'ombre d'un autel. Combien sont déjà morts ? Combien se sont fait sauter la cervelle en criant adieu ? Maîtres d'eux-mêmes jusqu'à la dernière seconde, leur musique favorite en fond sonore, comme s'ils ne faisaient que s'endormir aux sons d'une agréable berceuse.

Et enfin d'autres comme moi doivent être seuls chez eux, en pleine discussion avec eux-mêmes. Seul. J'imagine notre bourreau filer à travers l'espace, dans une course folle à la destruction. Seul. Je suis seul et c'est ce qui me fait le plus peur. Je vais mourir en ayant pour seul interlocuteur un recoin de mon cerveau, murmurant un au revoir sans son, ma main caressant une peau sans relief, ma bouche baisant un vide informe.

Je veux l'appeler. Je sais que je veux l'appeler mais je n'ose pas. Quoi dire ? On va mourir alors je t'appelle ? Je te dis au revoir pour de bon ? Je ne saurais pas articuler les mots qu'il faut. Pourtant je crois qu'elle attend que je lui fasse signe. J'espère qu'elle attend que je lui fasse signe. Je n'ai même pas l'impression d'avoir bougé, d'avoir pris une décision, que j'ai le téléphone dans ma main. Je laisse la sonnerie sonner pendant quelques secondes. Personne ne décroche, j'en suis à la fois soulagé et dépité. Et ne serait-ce que d'entendre la voix de sa messagerie vocale, cette voix coquette et innocente, je souris malgré moi.
« Allô ? C'est moi... »
Mon message est froid et maladroit. Finalement, même en sachant que je vais mourir j'ai la même anxiété qui m'a empêché de lui parler toutes ces années. Certaines choses restent, et généralement ce sont les plus mauvaises.

Je suis à présent sur le balcon, aspirant la nicotine que j'avais juré de ne plus jamais aspirer.
Quinzième étages d'une tour qui en compte plus de cents, d'une ville qui en compte plus de mille, et ainsi de suite. Les choses peuvent être si longues à construire et si vite détruites. Je me dis que c'en est presque injuste mais ce n'est pas sur les immeubles que je devrais pleurer. J'inhale la fumée en m'étirant, j'observe les étoiles brumeuses qui flottent là-haut, à la recherche de quelque chose, d'un signe quelconque. C'est la tête relevée vers le ciel, les yeux clos, que j'entends un cri perçant. Mon sursaut provoque la chute de ma cigarette, filant s'écraser contre le sol parisien. Le cri vient de ce sol lui aussi. Un cri aigu, de femme. J'aperçois quelques silhouettes en bas, quatre tout au plus. Un conflit, une bagarre, une agression ? Peu importe. Je retourne dans le salon, prêt à m'allumer une deuxième cigarette. Un second cri retentit. Le même, un peu plus aigu, un peu plus long. Je regarde le tiroir dans lequel est rangée mon arme. Ma compassion est intacte elle aussi. C'est comme ça que je me retrouve dans l'ascenseur, le pistolet chargé dans ma main. Une musique frivole accompagne ma descente et je trouve ça tellement hors-propos que je regrette de ne pas avoir pris les escaliers.

Ils sont là. Juste devant la porte métallique contre laquelle j'ai sombré un peu plus tôt dans la journée. Deux types en train de tourner autour d'une jeune femme, des couteaux tendus vers elle. Ils crient et encouragent le troisième type, qui est littéralement nu, la bite à l'air, en train de se faire sucer tout en hurlant des choses sur sa mère, son père, Dieu, la vie, la mort. J'aurais aimé arriver un peu plus tôt pour ne pas avoir à assister à ce spectacle mais je reste pourtant spectateur quelques instants. Je crois que j'attends qu'il jouisse mais finalement je me rétracte et j'ouvre la porte. Les bruits s'estompent, les visages se tournent vers moi.

Après quelques secondes de flottement l'un d'eux m'adresse la parole, dressant son couteau :
« Quoi ? »
Je ne suis pas très doué pour faire la conversation alors je sifflote en sortant mon arme. Leur réaction est immédiate, ils se reculent, bafouillent des excuses et partent en courant avant que j'ai terminé l'air que je suis en train de siffler. « Hotel California », je crois.
La fille est toujours à quatre pattes. Oui, une fille, pas plus, seize ans, peut être dix sept. Des cheveux courts en bataille, des habits de mec et un visage qui semble vous crier :
« J'en ai bavé alors me fais pas chier connard. »
Pourtant quand elle ouvre la bouche sa voix est douce. Une vraie voix de petite fille :
« T'es pas venu me tuer ? »
Je souris en rangeant mon arme que j'avais continué de brandir sans m'en apercevoir.
« Je sais que c'est à la mode, mais non, je ne suis pas là pour ça. Je crois même que je viens de te sauver. »
Elle prend un air béat, dont je ne sais pas si il est sarcastique ou sincère.
« Mon sauveur ! Tu veux que je te fasse une pipe ? »
Il est sarcastique.
« Qu'est-ce que tu fais dehors à cette heure-ci ? »
« Quoi, papa s'inquiète pour moi ? » Dit-elle en gardant son ton sarcastique.
« Oui. Tu n'as pas école demain ? »
Elle me regarde interloquée, pensant que je suis sérieux. Quand j'éclate de rire elle ne peut que murmurer :
« T'es con. »
Je l'aide à se relever et remarque qu'elle gémit de douleur une fois redressée.
« Qu'est-ce qu'il ya ? »
« Rien. » Affirme-t-elle sans conviction.
Mais c'est trop tard, je l'ai vu se toucher le ventre, et désormais les cuisses. Je soulève son t-shirt et j'aperçois des hématomes, quelques filets de sangs séchés, comme si quelqu'un avait essayé de lui ouvrir le ventre. Je devine les mêmes marques sur ses cuisses.
« Qui t'a fait ça ? »
« C'est rien, laisse-moi » Dit-elle en se détournant. Elle marche sur quelques mètres et s'arrête.
« Où tu vas ? » J'insiste.
« Nulle part. » Répond-t-elle en allant s'adosser contre le mur.
Je m'approche d'elle et m'adosse à ses côtés. Elle tire une cigarette de sa poche.
« Tu me dois une cigarette. » Dis-je soudain.
« Quoi ? »
« Rien, c'est une longue histoire. »
Pas si longue que ça je pense tandis qu'elle me donne la cigarette.
« Tu as nulle part où aller ? »
Elle ne répond pas, ce qui sonne comme une réponse.
J'écrase la cigarette sur le sol et je lui dis :
« J'ai de la place chez moi. »

Elle tourne sa tête vers mon côté, son regard croise le mien et son visage est si pur que je m'en veux d'avoir attendu autant de temps avant de lui venir en aide.
« Vraiment ? » Demande-t-elle méfiante.
« Tout le monde ne veut pas tuer tout le monde tu sais. » Je lui dis, pour la rassurer, ou pour me rassurer moi-même.
« Mais tout le monde va mourir quand même. » Déclare-t-elle en continuant de me fixer.
Sa voix n'est plus sarcastique, son regard n'est plus agressif, et je me sens presque mal à l'aise de ne plus lui faire peur.
« J'accepte. »
« On va pouvoir soigner ces blessures. »

Dans l'ascenseur la musique retentit à nouveau.
« Hotel California ! » S'écrie Jeanne en souriant.
Oui, elle s'appelle Jeanne, ou du moins c'est le prénom qu'elle a souhaité utiliser pour moi. Je ne réalise que maintenant que c'est ce qui m'a donné l'inspiration pour mes sifflements.
« Tu l'avais reconnu ? » Je demande.
« Quoi ? »
« Non rien. Je pensais l'avoir bien fait. » Dis-je blasé.
Les portes s'ouvrent. Quinzième étage.
« Tu es vraiment bizarre. » Me dit-elle une fois qu'on est devant chez moi.
Je tourne la poignée et la laisse entrer. Une fois à l'intérieur elle se retourne vers moi et, hésitante, me demande :
« Dis-moi ? »
« Oui ? »
« Est-ce que t'es Jésus ? »

[...]

En espérant que ça vous donne toujours envie d'en lire plus. Merci pour ceux qui suivent et commentent, c'est sympa. :)

_dexter75_
_dexter75_
Niveau 10
04 juin 2012 à 22:06:55

je ne sais vraiment pas quoi dire sur ce texte. il est tout simplement magnifique, sublime, géniale, extraordinaire, formidable, prodigieux.

le meilleur que tu es posté jusqu'à là. tu fais vraiment passé quelques choses, ce qui était déjà le cas, mais là de manière plus intense.

la narration, la description et là encore les dialogues et leur mise en scène, la mise en scène de tout texte en lui même, tout simplement jouissif. c'est fluide, agréable et terriblement bien pensé.

les raisonnements, les pensées du narrateur, l'action particulièrement bien orchestré. je manque de mots pour te dire à quel point j'ai apprécier ce texte.

tu abordes des thèmes, que j'essaye moi-même d'aborder sans réussir, avec un naturel déconcertant. ça fait vrai, naturel, crédible.

:bravo: :bravo: :bravo: :bravo: :bravo: :bravo: :bravo: :bravo: :bravo: :bravo:

là réellement si tu lis mes textes ( non là je ne cherche pas à te forcer) mais tes conseilles serait vraiment accueilli avec la plus grande écoute.

et pour ceux qui pourrai dire que j'exagère, que j'essaye de lui faire plaisir pour qu'il lise mon histoire, c'est faux. je suis vraiment sincère. j'accroche difficilement à une histoire mais là tu as gagné un lecteur qui te suivra jusqu'au bout avec un talent pareille.

que dire de plus, la suite :bave:

_dexter75_
_dexter75_
Niveau 10
04 juin 2012 à 22:16:58

un dernier, qui est plutôt une question: le narrateur des passages se déroulant sur le vaisseau et celui des passages se déroulant sur paris ne sont pas les mêmes, n'est-ce pas ? ou je me trompe

Best_07
Best_07
Niveau 6
04 juin 2012 à 22:34:53

Merci pour ton enthousiasme, ça fait plaisir ! :)
Je vais mater un film et ensuite je lis ton histoire, ça fait partie de mon programme de la journée.

Et sinon, je ne répondrai pas à ta question, car ça fait partie des mystères que je veux laisser dans l'histoire. :-p

Best_07
Best_07
Niveau 6
05 juin 2012 à 18:19:34

Le chapitre 5 :

Vaisseau Vega, 65 heures.

« J'ai décidé de l'enterrer dans le jardin. »

La scène préférée de Marc. Joe Gillis découvrant le cadavre du singe vénéré par Norma Desmond. C'est la 1678ème fois et il se marre toujours autant. Il faut dire qu'aujourd'hui nous avons plus de raisons de rigoler qu'hier ou avant hier. Je crois n'avoir jamais été aussi heureux de voir ce film, surtout parce que je sais que ce ne sera pas le seul que je verrai pour le restant de mes jours.
« Cette Norma, une vraie dingue ! Couver son singe comme si ça serait son fils ! » S'amuse Marc, mettant l'image sur pause pour apprécier le reposoir sur lequel règne l'animal.
« Tu sais que le singe est la première espèce à avoir été envoyé dans l'espace ? » Je lui balance en souriant.
Il détourne les yeux de l'écran et regarde à travers la vitre. Après quelques secondes de réflexion il prend un ton grave, sûr de lui :
« Non, c'est une chienne russe. »
« En réalité, pas vraiment, elle n'a pas atteint l'espace. C'est un singe américain. » Je déclare.
Marc sourit en admettant :
« Tu dois avoir raison. »
Il relance le film et ajoute :
« La guerre froide, un singe américain contre une chienne russe, quelle ironie. »
Nous trouvons ça drôle, mais je crois qu'en ce moment même nous pourrions trouver tout et n'importe quoi amusant.
« C'est bizarre qu'on ait jamais eu cette discussion. » Dit-il sans détourner les yeux de l'écran cette fois, continuant de mimer avec exactitude les paroles de Joe.
« Sur le singe ? »
Il acquiesce.
« Peut-être qu'on l'a déjà eu. » Dis-je, soucieux, comme si c'était important.
« Et qu'on a oublié ? » S'enthousiasme-t-il.
« Peut-être. »
« Dans ce cas-là, il est temps qu'on rentre à la maison. Avoir deux fois ce genre de discussion ça n'augure rien de bon. Quelques années de plus et on pourrait finir comme la bonne vieille Norma. »
Je regarde le visage de Norma, je repense au cadavre du singe et je murmure :
« Mieux vaut encore ça que de finir comme le singe. »
« Maintenant que je sais qu'il a battu la chienne, ça se discute. Tout est une question de détails tu sais. »
Le film continue de défiler sans qu'on ne prononce le moindre mot. Je repense alors à la guerre froide et demande, incertain :
« Tu crois qu'il s'est passé quoi là-bas ? »
Il se retourne vers moi et je réalise seulement maintenant qu'il est assis quelques sièges plus loin. Nous avons beau être seuls dans cette petite salle de cinéma, nous avons toujours fait comme si on ne pouvait pas choisir nos places, une incohérence qui est devenue une habitude. Une habitude qui redevient une incohérence.
« Pas grand chose, qu'est-ce que tu veux qu'il se soit passé ? » Me dit-il.
« Je sais pas. Une guerre ou quelque chose comme ça. »
Marc soupire en se passant la main dans les cheveux.
« Ne te pose pas trop de questions. »
Il a raison, ces inquiétudes ne riment à rien, on ne peut pas prévoir quel monde nous attend.
« Et puis franchement, les chinois ont pu s'être tous entretués, j'en ai rien à cirer. On a passé six ans exclus du monde, on a bien le droit d'avoir notre quart d'heure de gloire. Et ramasser un paquet de pognon pour tout ce que Delta nous a fait subir. » Poursuit Marc.
J'essaie de m'imaginer comment nous allons être accueillis. En héros ? Discrètement ? Va-t-on nous demander de nous taire ? Qu'est-ce qu'il va se passer à présent ? Qui allons-nous devenir ?

L'euphorie des dernières heures laisse place à de nouvelles interrogations. Avoir pris l'habitude de n'exister qu'à moitié comportait ses avantages. Il n'y avait pas de peurs, pas de questions à poser, et à présent elles se succèdent toutes une à une dans mon esprit. C'est comme si je me remettais à vivre après avoir été mis sur pause pendant toutes ces années. Cependant, la question qui demeure primordiale n'est pas qu'est-ce qui nous attend, mais qui nous attend.

« Le dernier scénario que j'ai écrit se déroulait dans une mine. Personne ne s'en est douté parce que sur l'écran l'action se passait sur un bateau à vapeur. »

Marc s'esclaffe à nouveau, riant à gorge déployée. Je me demande comment il peut prendre toute cette histoire autant à la légère.
« Tu as de la famille ? » Je lui demande.
Il remet sur pause, légèrement agacé que je ne le laisse pas profiter du film en silence.
« Non. »
« Dans deux jours c'est l'anniversaire de ma fille. » Je lui avoue, anxieux.
« À un jour près, c'est dommage. Elle aura quel âge ? »
« Sept ans. »
Il ne sait pas quoi ajouter, je ne lui ai jamais parlé de ma fille. Ma petite chambre où s'entassent les photos de mon ancienne vie est en quelque sorte mon jardin secret, celui qui me permet de prendre mes distances avec le vaisseau.
« Tu crois qu'elle se souvient de moi ? »
Je l'imagine en train de souffler ses bougies, d'appeler quelqu'un d'autre papa, et je vois ma femme embrasser ce quelqu'un d'autre. J'angoisse soudain, et je repose ma question tandis que Marc reste muet.
« Est-ce que Norma a oublié qui elle était ? » Demande-t-il après un silence prolongé.
« Quoi ? »
« Norma, est-ce qu'elle a oublié la vedette qu'elle était ? » Insiste-t-il.
« Je vois pas où tu veux en venir. »
« C'est pourtant simple. Les bonnes choses, ça ne s'oublie pas. Si Norma n'a pas oublié, ta fille non plus. »
Le raisonnement de Marc m'inquiète et me rassure à la fois. Il ne jure que par ce film et cependant j'y vois une certaine logique.
« Allez, on a un film à finir. » Rajoute-t-il.
J'imagine ma famille, émue aux larmes, patientant dans un aéroport quelconque issu de mes propres pensées. Il y a tant de données qui demeurent incertaines, tant de vérités qui restent floues. Plus la Terre se rapproche, plus la vie se dresse à l'horizon et plus l'incertitude se dessine avec insistance.

« Je me demande ce qu'un graphologue pourrait bien découvrir dans ce gribouillage enfantin. »

Je me glisse hors de mon siège. Je n'arrive pas à rester en place alors je laisse Marc seul dans la pièce. Je me dirige jusqu'à la salle des machines et je réécoute le message plusieurs fois. Tout se passe comme prévu, nous avançons à une vitesse régulière et nous serons bientôt dans la Voie lactée. L'espace reste une étendue sombre et inconnue et pourtant, à mesure que nous approchons, j'ai la sensation de retrouver un air familier. Comme si mon corps sentait qu'il ne tardera pas à rejoindre ses origines. La chair opaque devient plus élastique, mes yeux clignent davantage, mon cœur bat avec plus d'entrain et c'est tout mon être qui semble renaître. Le compte à rebours pourrait presque sonner comme un accouchement, le vaisseau prêt à recracher nos corps où ils doivent résider. Nous ne sommes pas censés quitter la Terre, vivre dans l'espace, pas plus qu'une araignée puisse vivre sans ses toiles. C'est inexplicable, c'est comme ça, la vie connaît ses limites, et celle-ci en fait partie. Mon excitation prend le dessus à l'idée que dans quelques heures nous apercevrons la Terre, cette boule bleue qui nous attire vers elle. Je ne peux m'empêcher de sourire. Un sourire précieux, réconfortant. Marc a raison, tout va bien.

C'est en portant mon regard au-delà des vitres, en laissant mon imagination se perdre dans l'infinité scintillante, que j'entends un bip. Il est plus fort que les autres et il attire mon attention. Il se répète plusieurs fois, sa source provient de l'écran principal, celui où est affiché la carte. Je n'y remarque rien d'anormal jusqu'à ce que j'aperçoive un point bleu, clignotant. Je m'assieds précipitamment et me mets à chercher le point rouge représentant notre vaisseau. Il y est aussi. Le point bleu est apparu à l'extrémité nord de la carte. Il ne bouge pas, restant statique. Mais nous par contre, nous fonçons droit dessus. J'essaie de dévier notre trajectoire mais il n'y a rien à faire, cela fait bien longtemps que nous n'avons plus aucun contrôle sur le vaisseau. Je me concentre tout en essayant de ne pas paniquer. Nous avons encore le temps, s'il s'agit d'un autre vaisseau nous devrions être capables de le prévenir. Je cherche des coordonnées, réfléchis à la façon d'envoyer des signaux. Ces boutons, ces tableaux de bords, ces écrans, ils me sont tous étrangers et je n'ai aucune idée de ce que je dois faire.

Je décide d'aller prévenir Marc. Je m'efforce de ne pas perdre mon calme mais cela devient de plus en plus compliqué, d'autant plus que le bip se met à résonner dans tout le vaisseau. Les silences sont de plus en plus brefs, les sons de plus en plus stridents. J'ouvre la porte de la salle de cinéma essoufflé et constate qu'elle est vide. L'écran est éteint, la lumière aussi. Je songe que Marc, alerté par le bip, a du se rendre jusqu'à la salle des machines. Mais il n'y est pas non plus. Dix minutes plus tard le constat est plus alarmant : il n'est nulle part. Je crie son prénom en cherchant dans toutes les pièces du vaisseau, mes allers-retours deviennent toujours plus confus. Les minutes passent, je me retrouve dans la salle de cinéma et je ne peux que me résigner : Marc a disparu. Je continue d'appeler. Rien. Rien du tout. Le bip a cessé lui aussi. Immobile devant l'écran, contemplant la pénombre, j'ai bien du mal à comprendre ce qui est en train de se passer. Et quand je semble ne plus être à même de trouver des réponses, ou même de supposer des questions, le vaisseau parle à ma place. Une porte s'ouvre mécaniquement en face de moi. Une lumière aveuglante s'en émane et une musique étrange se propage jusqu'à mes oreilles. Un ensemble de cloches aigus et de chants d'enfants, qui déversent des paroles en latin sur cette mélodie enfantine. Si je n'avais pas conscience de l'endroit où je me trouve je penserais être devant une chorale de Noël. Mais je suis dans ce vaisseau et tout cela ne peut être vrai. Et tandis que j'avance vers cette porte lumineuse, vers ces chants toujours plus intenses, je demande, à moi-même, à Marc ou au vaisseau :

« Où es-tu ? »

[..]

J'espère que ça vous a plu et que ça vous donne envie d'en lire plus. Merci d'avance à ceux qui lisent & commentent.

_dexter75_
_dexter75_
Niveau 10
05 juin 2012 à 19:18:59

je pourrais te refaire une longue liste d'adjectifs pour te dire que tout texte est très bon mais j'ai la flemme :noel:

l'ambiance est toujours aussi bien retranscrit et immersive. un suspense encore insupportable et de nouvelles questions qui ne cessent d’émerger :bave: . C'est vraiment prenant.

et les dialogue. les dialogues ! :bave: :)

au passage j'ai une question, tu écris tes chapitres au jours le jours ou tout a déjà été pré-écrit. car là tu nous ponds un chapitre par jour ( et quel chapitre :oui: ) et ils sont très bon. écrire aussi bien en si peu de temps ça m'étonne, ou plutôt me fait peur quand je sais le temps que je passe à écrire l'un de mes chapitres.

Best_07
Best_07
Niveau 6
05 juin 2012 à 20:17:24

Merci. :)
Le chapitre 6 demain soir.

Sinon j'écris jour après jour. Mais il faut dire que j'ai l'habitude d'écrire rapidement, et l'habitude d'écrire tout court donc c'est normal que ça vienne plus vite au fil du temps. J'ai déjà écrit un roman de 400 pages dont j'ai malheureusement perdu la moitié après un problème de PC, par exemple. :)

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
05 juin 2012 à 20:23:07

Je suis toujours, même si j'ai un peu de retard. Donc si mon commentaire tarde, c'est normal :hap: ...

Sous forums
  • Montage vidéo
  • Modélisation 3D
  • Arts Graphiques
  • Ecriture
  • Modélisme
La vidéo du moment