j'ai moi-même écrit un roman de 400 page, enfin deux de 200 dont l'histoire se suivait. mais je ne parle pas de leur qualité
m'enfin je n'écris que depuis un an.
pour avoir un ordre d'idée, depuis quand écris-tu ![]()
crazy > Cool.
dexter75 > J'ai commencé à écrire des petites histoires quand j'avais 10 ans. Ensuite j'ai divagué pendant quelques années, écris des trucs superficiels à la con, des clichés, jusqu'à mes 17 ans je me cherchais encore. Puis depuis trois ans j'expérimente des styles plus originaux, j'essaie de créer mon propre style, avec mes propres univers, certes spéciaux, mais dans lesquels je me sens à l'aise. Pas de fioritures, pas d'excès ou quoi que ce soit. Je me force plus comme avant. J'écris quelque chose, si je trouve ça bien, je laisse l'encre sur le papier, peu importe que ça soit de la merde, tant que c'est ce qui me soulage. ![]()
Donc, oui, 10 ans, mais 3 ans en étant vraiment concerné.
Comme on dit, c'est en forgeant qu'on devient forgeron, y a pas de secrets.
mais ces pas possible !! Jai jamais reussir a ecrire quelque c chose mais quand je vois sa ces juste extraodinairement bien ecrit!! Mais comment vous faite?!
Julo
je pense qu'un seul résume bien ta question : travail. C'est ni un don tombé du ciel ni une plaie, c'est juste le résultat d'un travail, d'une idée qu'on étoffe et qu'on affine pendant des heures et des heures, où les mots viennent redéfinir les images ...
Je viens de lire la toute première partie. Encore un peu mince pour se faire un avis mais c'est bien. C'est maîtrisé.
Il y a juste parfois quelques approximations dans le vocabulaire que tu utilises, qui me chiffonnent. Rien de bien méchant non plus...!
Du genre, "cette tragédie" quand tu parles de l'Adagio...Cela n'a rien à voir.
Là je m'aventure sur terrain inconnu, je ne suis pas tout à fait sûr, mais cela me semble étrange d'écrire que les "questions n'appellent aucune réponse"...Des questions appellent d'autres questions, mais amènent des réponses non ?...C'est un peu con et sans doute faux, mais ça me fait bizarre c'est tout.
Enfin je n'ai pas compris ce que tu voulais dire par "ma tristesse est un masque épais que je porte chaque jour".
Sinon le style en lui-même est bon. J'ai noté une légère tendance à alourdir un poil certaines phrases, rien de bien méchant non plus. Je verrai si mes soupçons se confirment par la suite :p
Le rythme est difficile à juger avec ce mince paragraphe, je suis assez curieux de savoir s'il est bien tenu.
24bits > Merci pour ton retour. ![]()
Concertant les "questions qui n'appellent aucune réponse" j'avais trouvé la formule sympa et je me suis dit que ça reflétait plutôt bien le vide, celui où même les points d'interrogations ne donnent plus rien.
Pour la tristesse qui devient un masque épais recouvrant son visage, l'idée était de faire ressentir la présence d'un visage fade, lisse, inexpressif, qui ne change jamais. Comme un masque donc, un masque qui reflète la tristesse qui a duré si longtemps qu'elle est devenue un désespoir, lui-même devenu un "rien". Idée de vide encore une fois.
Pour l'Adagio, l'idée étant de faire ressentir au lecteur que pour le personnage cette musique n'est qu'un ensemble de sons tragiques qui lui rappellent inlassablement sa condition. Chaque matin il ouvre les yeux avec cette musique, chaque soir il les ferme en écoutant ce piano, et c'est le seul son sinistre qui rythme sa vie.
Bref, je ne peux que t'inviter à lire la suite en espérant que ça te plaise.
Je posterai le chapitre 6 dans quelques heures.
Le chapitre 6 :
Paris, 62 heures.
« Il ne te reste que... »
Je regarde ma montre et je reprends.
« Il ne te reste que 62 heures à vivre. Tu as une ado dans ton salon qui te prends pour Jésus. »
Je m'asperge le visage et le redresse. Je n'ai pas la tête de quelqu'un qui va mourir. J'ai la tête de Jésus.
« Tout est tout à fait normal. »
Je sors de la salle de bain et me dirige jusqu'à la cuisine. Je pense d'abord déboucher une bouteille d'alcool avant de me souvenir que ce n'est qu'une ado. J'arrive alors dans le salon avec un verre d'eau à la main. Elle attend patiemment devant la table basse, agenouillée sur le sol.
« Tu peux t'asseoir sur le canapé tu sais. »
Elle ne dit rien, regardant ses pieds en caressant ses orteils.
« Tu as soif ? » Je lui demande.
Toujours aucune réponse, sa main continuant de glisser sur ses ongles vernis. Je claque des doigts.
« Hé ho, tu as soif ? »
Elle daigne enfin tourner la tête, elle regarde en direction du verre d'eau puis en ma direction et elle sourit.
« Tu es gentil, Jésus. »
C'est un sourire coquet, presque complice, et il me paraît familier un instant. Elle lui ressemble, un peu, ou bien c'est moi qui veut qu'elle lui ressemble. Peu importe.
« Je vais chercher de quoi arranger ça, installe-toi sur le canapé. »
Elle s'y glisse en douceur jusqu'à s'enfoncer sur les coussins.
« Arranger quoi ? »
« Ce que tu as sur le ventre. Et sur les jambes. »
« T'es pas obligé de faire tout ça. » Déclare-t-elle.
Je la scrute dans les yeux quelques instants avant de répondre :
« Je sais que je suis pas obligé. »
Quand je suis sur le point de sortir elle demande, d'une voix timide :
« Je me déshabille ? »
« Je vais pas soigner ton jean. »
Je m'arrête dans le couloir, avant d'aller chercher ce dont j'ai besoin dans la salle de bain je m'adosse contre le mur. Je respire longuement mais mes expirations n'en restent pas moins saccadées. Je ne sais pas ce que je fais, pourquoi je l'ai invité à monter, et je me demande ce que j'attends d'elle. Je n'arrive pas à discerner mes propres réponses. Mais je ne crois pas que les questions en vaillent véritablement la peine.
À mon retour dans le salon elle est nue, ses habits traînant par terre. Je regarde ses petits seins fermes, sa chatte épilée, et je lui demande :
« Qu'est-ce que tu fais ? »
« Tu m'as dit de me déshabiller. »
« Mais non, pas entièrement. Remets tes sous-vêtements. »
Elle s'accroupit alors pour ramasser son soutien-gorge et sa culotte, qu'elle enfile pendant que je m'agenouille à côté d'elle. Et elle poursuit sur le même ton gêné bien qu'elle ne le soit pas vraiment :
« J'en sais rien moi. »
Je relève alors la tête vers elle tout en trempant le bout de tissu dans le seau d'eau :
« Tu crois que j'ai vraiment besoin de voir tes seins pour soigner ton ventre ? »
Elle hausse les épaules et détourne le regard.
« Tu es vraiment paumée. » Dis-je en commençant à passer le tissu délicatement sur l'une de ses cuisses.
« Et toi alors ? » Rétorque-t-elle en retournant sa tête vers moi.
« Et moi alors quoi ? »
« Tu n'es pas paumé peut-être ? »
Je ne réponds pas, appliquant toujours le tissu sur sa cuisse. Mais je ne peux bientôt le passer nulle part, elle a resserrée ses jambes et j'enlève ma main.
« Écarte tes cuisses. »
« D'accord. » Gémit-t-elle.
Elle se met alors à écarter ses cuisses en bougeant ses fesses, allongeant son dos sur le canapé, simulant un orgasme. Je l'observe, sidéré :
« À quoi tu joues ? »
« Tu crois que j'ai pas remarqué comment tu me regardes. » Dit-elle en poursuivant ses gémissements.
Elle ôte de nouveau son soutien-gorge et me prend la main, celle avec laquelle je tiens le tissu. Il tombe à terre et elle tire mes doigts jusqu'à sa poitrine. Le contact est chaud et pendant un instant je me mets à la caresser avant de retirer ma main hâtivement.
« Qu'est-ce que tu cherches à prouver ? »
Elle arrête ses mouvements et approche son visage du mien. Tout près. Si près.
« Que tu es aussi paumé que moi. » Souffle-t-elle tout bas.
On se regarde dans les yeux pendant un long moment, elle n'a rien à ajouter et je n'ai rien à répondre. Il n'y a rien à dire. Elle remet son soutien-gorge et je ramasse le tissu.
« Tu veux que je te soigne ou pas ? C'est aussi simple que ça. » Je lui demande, la main levée au dessus de ses cuisses. Elle hoche la tête en signe d'approbation et je repose le tissu sur l'une de ses blessures, reprenant où je me suis arrêté. Elle a raison, je suis aussi paumé qu'elle et c'est pour ça que nous sommes tous les deux ici, maintenant. J'essaie de me convaincre que je n'éprouve aucun désir sexuel. Comment pourrait-il y en avoir, elle pourrait être ma fille. Un silence s'instaure, le tissu glissant tendrement sur son ventre. C'est elle qui le rompt :
« Jésus ne m'aurait jamais touché les nichons. J'ai ma réponse. »
Elle sourit, et je ne peux m'empêcher de sourire aussi. Nous sommes complètement paumés.
Tandis que j'ai presque terminé je lui demande :
« Alors, Jeanne, tu peux me dire d'où viennent toutes ses blessures ? »
Elle réfléchit quelques instants et elle finit par dire :
« Et si on passait un accord ? »
« Quel genre d'accord ? »
« Pas de questions. Ce que j'ai fait avant, ce que t'as fait avant, on oublie. »
J'enlève le tissu, elle se rhabille et je m'assieds sur le fauteuil en face d'elle.
« Ça me va comme ça. » Finis-je par dire, avant d'ajouter :
« Je peux au moins te demander ce que tu faisais dans la rue à cette heure-ci ? »
« J'allais à une soirée. »
Je hausse les sourcils, surpris :
« Une soirée, aujourd'hui, vraiment ? »
« Oui, au Texas. »
Le Texas est une boîte de nuit qui se trouve à quelques blocs d'ici. Je n'y ai jamais mis les pieds mais tous les vendredi soir j'y vois des foules entières y entrer ou en sortir.
« Tu sais comment ils ont appelé la soirée de cette nuit ? » Dit-elle soudain.
Je hoche la tête.
« La soirée Fin du monde. » Répond-t-elle en rigolant.
« Vraiment ? »
« Vraiment. »
« Et pourquoi aller là-bas ? »
« Pour vivre un peu. C'est pas le meilleur endroit, mais c'est déjà ça. »
« Non. Pourquoi aller là-bas et ne pas rester avec ta famille ? » Je précise.
« Tu triches, ça fait partie des questions qu'on ne pose pas. Comme je ne te demanderai pas pourquoi il y a des photos de cette femme dans tout l'appartement. »
Je regarde les photos, je ne dis rien de plus. Est-ce si flagrant que cela ? Je me sens soudain mal à l'aise à l'idée de tous ces clichés qui m'entourent, de cette obsession chronique. J'essaie de penser à autre chose et je remarque alors le verre d'eau, intact sur la table.
« Tu n'as pas bu ? »
Elle le regarde à son tour et répond :
« J'ai pas soif. »
Un silence s'instaure de nouveau, on se fait face sans rien dire. De temps à autre nos regards se croisent, mais la plupart du temps nous avons les yeux baissés. L'horloge tourne sans le moindre mot jusqu'à ce qu'elle reprenne la parole :
« Tu as peur ? »
« Et si on ne parlait pas de ça non plus ? » Je dis aussitôt.
J'ajoute alors, naturellement :
« Je ressemble vraiment à Jésus ? »
Elle éclate de rire.
« Tu as des cheveux longs, Jésus a des cheveux longs... Donc oui, en quelque sorte. »
Et elle continue de rigoler en voyant que je me touche les cheveux.
« Je peux te les couper si tu veux. » Ajoute-t-elle.
« Si tu me sers autre chose que de l'eau bien sûr. »
Deux verres d'alcool vides trônent dans le salon. Nous sommes dans la salle de bain, moi assis sur une chaise, elle debout avec une tondeuse à la main.
« Tu as déjà fait ça au moins ? » Dis-je mal assuré.
Elle sourit :
« Non, mais il faut bien que j'apprenne. »
Je suis devant la glace. Je n'ai plus rien à voir avec Jésus et je n'arrive pas à dire si c'est bien fait ou non. Les pattes sont un peu inégales, comme le reste, mais sinon ce n'est pas si mal. Je crois entendre Jeanne m'appeler mais en réalité elle chante les paroles d'une chanson qui commence à vibrer dans l'appartement. « The Velvet Underground – Femme Fatale ». C'est le moment que je choisis pour sortir et aller la rejoindre. Elle est allongée sur le dos, les jambes tendues vers un mur. Elle a les pieds croisés, les agitant en rythme comme des ailes de papillon qui battraient furtivement.
« She's just a little tease. »
Elle me regarde, les yeux émerveillés, et je reste le temps de toute la chanson immobile, à la contempler simplement. Cette aura juvénile, cette forme de naïveté séduisante, dans sa voix, dans ses gestes. Pour la première fois je me dis que j'ai eu de la chance de tomber sur elle, et je me sens détendu à mon tour, partageant cette légèreté qui est la sienne. La chanson se termine.
« T'es mieux comme ça. » Elle dit.
Et je veux bien la croire.
« Je veux dormir avec toi. » Répète-t-elle tandis que je prépare le lit dans la seconde chambre. Elle tourne autour de moi, les mains jointes, me suppliant :
« S'il te plaît, je veux pas dormir toute seule.»
« Pourquoi ? » Je lui demande en m'arrêtant.
« J'ai peur. »
C'est comme ça que nous sommes allongés dans mon lit, face à face. On ne fait rien d'autre que se regarder sous la faible lumière de la lampe de chevet.
« Tu crois qu'on va le voir arriver ? » Murmure-t-elle.
« Je ne crois pas. »
En réalité je n'en ai aucune idée. Et je réalise soudain une chose.
« Au fait, je m'appelle... »
Elle pose un doigt sur ma bouche pour me faire taire.
« Je ne veux pas savoir comment tu t'appelles. »
On continue de se fixer, de longues minutes, et je finis par éteindre la lumière. Dans la pénombre complète, elle chuchote à nouveau :
« Merci. »
J'attends qu'elle s'endorme et je me relève. Je m'assieds sur une chaise à côté du lit, je la regarde dormir. J'écoute sa respiration douce et lente et je chuchote à mon tour :
« Merci à toi. »
toujours aussi prenant, et une excellente ambiance. tu réussis encore une fois à nous faire ressentir quelques choses, une forme d'angoisse de malaise qui renforce cette atmosphère de "fin du monde" qui réside dans tes textes
le point fort que je n'ai pas encore cité, c'est le charisme de ton personnage principal ( je parle de celui de paris que je préfère à celui de Vega). un parfait anti-héros! ça change des personnages manichéen. ![]()
et j'oubliai. des dialogues toujours aussi fort, mis en valeur par de bonnes mises en scène ![]()
Merci pour ton retour si rapide, ça fait toujours autant plaisir.
Le chapitre 7 pour demain soir.
de rien ![]()
Toujours aussi bon.
Une grande finesse des dialogues rend les deux situations aussi piquantes que touchantes, précises, terriblement humaine. Je dois bien avouer que je suis assez bluffé : tu m'a pris à ton jeu, et je ne ,peux que dire bravo. Et merci.
Le chapitre 7 :
Vaisseau Vega, 64 heures.
Le couloir est long, presque infini. Je pose mes mains sur les murs étroits qui semblent s'effacer au contact de mes doigts. L'espace ne semble pas limité, il n'y a pas de haut, de bas, de droite, de gauche. La lumière est si intense que je ne vois rien d'autre qu'un blanc informe, dont la puissance me paraît irréelle. Ma démarche est lente, mes pieds s'écrasant sur le sol avec une délicatesse étonnante. Les cloches ont disparues, les chants aussi, seule ma respiration résonne dans cet endroit que je ne saurais nommer. Est-ce un couloir ? Est-ce un tunnel ? Depuis combien de temps y suis-je entré ? Je ne sais pas. Je ne sais plus. Je n'y vois pas de début ni de fin. Mon corps se déplace mais l'image reste la même, comme si j'étais figé à jamais dans cette bulle intemporelle. Cependant un bruit, que j'ai d'abord cru être un simple grincement de dents, se veut plus insistant. Un cliquetis régulier, aigu et grinçant, qui se met à bourdonner dans mes oreilles. Je sens que j'approche de quelque chose, mais je ne sais pas ce que c'est. Il est difficile pour moi de me concentrer. Ce lieu indescriptible semble altérer mes pensées, me laissant dans un état de crainte qui frôle la fascination. Bientôt une porte se dessine à l'horizon, toute noire. Elle approche et j'ai davantage le sentiment que c'est elle qui avance vers moi plutôt que l'inverse. Elle s'arrête à quelques centimètres, fière et imposante. Je la contemple quelques instants, éblouis, avant d'en franchir l'embrasure.
Les bruits grinçants d'une balançoire accompagnent ses va-et-vient, seule vision au cœur d'une pièce vierge de toute chose, uniquement composée de fins traits noirs qui s'entrelacent sur le sol. Mais ce n'est pas ce qui est le plus surprenant. Une fillette est assise sur cette balançoire, virevoltant de haut en bas, ses bouclettes blondes s'agitant au gré de ses déplacements. Ses petites mains potelées agrippent les deux côtés de la balançoire, un sourire frivole se formant sur son visage. Je n'ose pas m'approcher, la déranger, mon regard se perdant dans la contemplation de ses mains, de ses cheveux, de son visage. La chair de ma chair, le sang de mon sang. C'est elle, telle que je l'imagine, joueuse et rigolote. Je ne veux pas douter. Ce n'est qu'une illusion. Elle me paraît pourtant si réelle, si vraie, son corps se trouve là, à quelques pas du mien. J'ai peur que les images ne s'effacent, que mon esprit la fasse disparaître, alors je ne cligne plus des yeux, je ne bouge plus, et je crois même me contraindre à ne plus respirer. Bientôt mes yeux me piquent, est-ce des larmes ? De la douleur ? Une illusion ? Un rien ?
La balançoire continue de tourner, ma fille continue de s'envoler avec insouciance, toujours plus loin, toujours plus haut. Je crois n'avoir jamais rien vu d'aussi beau de toute ma vie. Ces instants que je suis en train de vivre, ou d'imaginer de vivre, sont si purs, si parfaits, que c'est mon corps tout entier qui semble disparaître, laissant place à une transparence totale, qui n'a pour seul but que d'apprécier le moment présent.
Les minutes passent sans que rien ne vienne perturber ce spectacle grandiose, dont la simplicité m'émeut aux larmes. Pourtant la balançoire commence à ralentir, ma fille commence à laisser faiblir son sourire, et mon désir est plus fort que tout, me poussant à prononcer ces quelques mots :
« Sara, c'est toi ? »
Elle tourne sa tête vers moi et son sourire retrouve toute sa splendeur.
« Papa ! » S'écrie-t-elle d'une petite voix amicale.
Elle s'écarte en vitesse de la balançoire et court précipitamment vers moi. Quand je l'attrape dans mes bras, ses mains s'enroulant autour de mon cou, des images furtives se succèdent dans ma tête. Des images de sa vie, de son enfance, sans moi, sans père. C'est comme si au contact de ma peau elle me transmettait tout ce qu'elle avait vécue en mon absence, tout ce que j'avais raté malgré moi. Des rires complices avec sa mère, un gâteau d'anniversaire, des vœux soufflant sur les bougies, en vain, finissant toujours par trahir ses désirs. En quelques secondes je connais tout d'elle, ses premiers pas, ses premiers mots, son premier jouet, son premier amoureux. Six années qui défilent sous mes yeux trempés. Son visage est collé au mien, je lui embrasse la joue, un baiser humide qui caresse ses larmes fragiles. Et je lui murmure à l'oreille, d'une voix paternelle, rassurante, qui me manquait terriblement :
« Je suis là. Tout va bien. Je suis là. »
« Où étais-tu ? » Gémit-t-elle sur un ton qui laisse deviner un chagrin enfantin.
« Je ne sais pas. »
Pourquoi suis-je parti ? Qui étais-je dans cette autre vie pour abandonner le seul être qui valait vraiment la peine que la vie soit vécue ? Mille mots ne suffiraient pas à lui dire à quel point je suis désolé, mille siècles ne suffiraient pas pour rattraper tout le temps que j'ai laissé filer.
« Où étais-tu ? » Répète-t-elle.
« J'étais perdu. »
Je suis à genoux devant elle. Les quelques centimètres qui nous séparent sont comme des miroirs invisibles qui nous reflètent tout ce que nous avons perdu. Je plonge mon regard dans le sien et j'y découvre toutes mes erreurs, nourrissant des regrets inépuisables. Et de mes yeux ne doit jaillir en elle que la vision imparfaite d'un père absent, presque oublié, dont les traits paraissent à celui d'un étranger, revenu de nulle part et pour une durée incertaine. Visite ponctuelle d'un homme qui n'a plus de famille, qui n'a plus de maison, qui n'a plus d'humanité.
« Je suis désolé. » Je répète inlassablement en pleurant.
« C'est pas grave 'Pa. » Dit-elle pour me rassurer.
Je prends sa tête entre mes mains et je colle mon front contre le sien.
« Je suis désolé. »
Le temps s'écoule lentement, je finis par sécher mes larmes et elle décide alors de me montrer quelque chose.
« C'est pour toi. » Dit-elle en me tendant un bout de papier replié en deux.
Je l'ouvre et j'y découvre des gribouillages enfantins. Une mère, une fille, un père. Un soleil en fond, de toutes les couleurs, apportant de la joie à un papier d'un blanc terne. Un dessin qui vaut de l'or, créée de sa propre main.
« C'est nous ! » S'exclame-t-elle avec un sourire aux lèvres.
C'est nous... Je pense fortement : C'est nous.
« Je vais y aller Papa. M'man m'attends. On doit aller au cinéma. »
Ému, je bégaie, incapable d'articuler correctement les syllabes, encore moins capable d'ébaucher des pensées :
« Ne pars-pas. »
Mais c'est trop tard, elle est déjà en train de courir vers le fond de la pièce, en chantonnant un air que je ne connais pas. Je hurle à présent, en étendant les bras vers elle :
« Ne pars-pas ! »
Je veux me lever, me mettre à courir après elle, la prendre à nouveau dans mes bras, mais je n'ai aucune force. Mes genoux restent ancrés dans ce sol invisible, mes muscles ne répondent pas, ils ne m'appartiennent pas. Pas plus que cette illusion. Le corps de ma fille devient bientôt un minuscule point lointain, dont je distingue seulement les contours d'une chevelure, ou les devine, jusqu'à ce que le blanc recouvre tout sur son passage.
Je reste ainsi, agenouillé dans mon égarement, perdu dans mon dépit, pour ce qui semble être des jours entiers. Le temps n'a plus d'importance, l'espace non plus. Pourtant ma torpeur finit par s'estomper. Mes muscles vibrent à nouveau. Est-ce parce qu'un nouveau son s'échappe de la porte, toujours dressée derrière-moi ? Je ne sais pas, et je ne veux plus savoir. Je tourne la poignée, j'ouvre à nouveau, et la pièce dans laquelle je pénètre ne m'étonne même plus.
À peu de choses près elle est similaire à celle que je viens de quitter. Toujours ces mêmes traits noirs entrelacés, ce même silence apaisant. La balançoire a été remplacée par une baignoire, ma fille a été remplacée par ma femme. Elle n'est que de dos, je n'aperçois que sa chevelure soyeuse, mais je sais que c'est elle. Qui d'autre ?
Elle se baigne dans un amas de mousses, caressant ses jambes avec douceur. Je m'approche sans bruit et quand je murmure son prénom elle tourne la tête brusquement. Son visage est cerné, ravagé de cicatrices, et des larmes de sang roulent sur ses joues. Elle sort de la baignoire et se met à ramper vers moi. C'est tout son corps qui est blessé, détruit, mutilé. Le sang s'écoule de toute part, les gouttes s'écrasant dans un cortège désagréable. Je me recule jusqu'au mur, assis par terre, immobilisé devant cette vision horrible. Et alors qu'elle n'est plus qu'à quelques mètres de moi elle me dit :
« De quoi as-tu peur ? Je suis là. »
Ma respiration est suffocante, l'image insoutenable.
« Qu'est-ce qui t'es arrivé ? » Dis-je en ayant énormément de mal à contenir mon inquiétude.
Elle ne répond que par une nouvelle question :
« Pourquoi as-tu mis autant de temps ? Pourquoi nous a tu abandonnées ? »
Je ne peux rien répondre. Je n'ai plus la force d'articuler des mots, plus la force de la voir se débattre contre ses douleurs pour m'atteindre. Elle n'avance plus, allongée sur le sol en essayant de glisser sur le ventre, en vain.
« Aide-moi. » Me supplie-t-elle en continuant de déverser ses larmes rouges tout autour d'elle, baignant bientôt dans une flaque de sang. Les jambes tremblantes, les mains moites, je me redresse, j'ouvre la porte et je disparais derrière, échappant à cette vision macabre. Et je l'entends crier, un cri lointain et désespéré :
« Aide-moi ! »
Je ne peux plus rien expliquer. Ni ce que je vois, ni ce que je fais. Le temps n'est plus une donnée concrète, l'espace encore moins, et toute réalité semble avoir disparue sous les couches incertaines de ces illusions. C'est donc épuisé, au bord de l'évanouissement, que j'ouvre une nouvelle porte, apparue elle aussi au hasard, quelque part devant moi, ou derrière, ou à côté.
Je suis à présent coincé entre deux vitres étroites, mon corps n'ayant aucune place vers où se mouvoir. Je suis dans ce que je crois être l'écran de la salle de cinéma. Et cette théorie vient du fait que les rangées de sièges se trouvent devant moi. Ma femme et ma fille sont assises au premier rang, le regard plongé vers l'écran, vers moi. Elles ne me voient pas, elles discutent entre elles, rigolent par intermittence à ce qui semble être des répliques lointaines, inaudibles. Un homme entre au fond de la pièce, il les rejoint et il partage avec elles des sourires joyeux. Ma fille l'appelle Papa, ma femme l'embrasse, et c'est un cauchemar réel qui prend vie.
« Je suis là ! »
Je tape sur le vitre mais personne ne m'entend. Je hurle mais seuls des souffles silencieux sortent de ma bouche. Je n'arrive bientôt plus à respirer, je manque d'air, et je continue pourtant de marteler le verre, pensant être capable de le briser. Il ne bouge pas, pas plus que ma famille au son de mes cris continus.
Les vitres se détachent de la salle de cinéma, m'emmenant loin au-dessous, comme si je tombais dans l'espace, victime d'une chute interminable. La chute se termine pourtant, mes pieds heurtant un sol dur, glacial. Une légère douleur aux genoux me force à m'affaler sur le sol. J'y vois flou, une silhouette s'agite devant moi. Une sirène retentit, aux sons inégaux. Quand je me redresse je parviens à distinguer le visage de Marc, et il m'adresse la parole, inquiet :
« Où étais-tu ?! »
[...]
Merci d'avance pour ceux qui lisent & commentent, ça fait toujours plaisir. J'espère que ce chapitre vous a plu.
Le chapitre 8 pour demain soir. ![]()
un nouveau très bon chapitre. très psyco comme truc mais très sympa. le coup de la femme je m'y attendai un peu mais c'est un classique qui marche ![]()
Merci. ![]()
C'est vrai que le coup des hallu c'est vu et revu, mais j'avais envie de m'y attaquer en y intégrant ma patte. Je pense avoir réussi mon coup (surtout pour la fille). ![]()
je te rassure c'était très bien mis en scène et oui le coup de la petite fille était plutôt bien réussi. je dis "plutôt" car là aussi la balançoire c'est aussi vu et revu, et encore tu as réussi à t'en détacher suffisamment pour que ça ne se remarque à peine.
désolé de te déranger sur ton topic mais j'aurai une question pour mon histoire.
quand tu disais que j'étais trop rapide, tu parlais de l'avancer de l'histoire en elle même? ou de l'action ou encore dans mes description? me conseillerai tu de recommencer pour y aller plus doucement ou de continuer en calmant le jeu?
Un peu de tout, l'histoire prend peut-être trop vite le pas sur le personnage avant qu'on le connaisse mieux. Sinon, pour l'action, rapidement expédiée en ne laissant pas assez monter la sauce. Après ne te sens pas du tout forcé de reprendre depuis le début, ce côté bref amène aussi un certain dynamisme. J'me rappelle m'être amusé devant ton texte, mais si c'était pas parfait d'un point de vue littéraire (même si personne n'est à même de juger cela), il ne faut pas que le style empiète sur le fun.
Je ne suis pas vraiment calé conseil, puisque tu écris pour toi avant tout et toi seul est capable de te conseiller, mais je pense pas que reprendre du point de départ soit la meilleure solution. Autant avancer dans l'histoire, voir quel style s'accorde le mieux avec ton récit et pourquoi pas reprendre le tout une fois la nouvelle terminée pour créer une meilleure uniformité ou reprendre certains points. Je ne donne qu'un ressenti, tu es maître de tes envies et plus le texte te plaît, plus il plaira aux autres, ou du moins à ceux qui acceptent la divergence de styles sans avoir une conception de l'écriture étriquée.
pour un quelqu'un de mauvais en conseil, tu me semble etre un bon conseiller
en tout cas merci,je vais réfléchir à tous ça. en tout cas je note le fait d'avoir laissé l'histoire prendre le dessus sur le perso, d'autant que je voulais faire l'inverse
je travaillerai aussi la dessus ![]()