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best-07
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Niveau 7
14 juin 2012 à 01:48:50

Le chapitre 13 :

Paris, 20 heures.

J'ai cru m'être réveillé à l'agonie, gisant dans mon tombeau avant l'heure. L'impression d'avaler des blocs de poussières dans la gorge, les yeux brûlant, le regard perdu.

Pourtant c'est son visage que j'ai vu quand mes paupières ont battues fébrilement. Était-il trop parfait ? Trop jeune ? Je ne sais pas. Mais je n'aurais pu souhaiter meilleure surprise que de croiser son regard. Elle m'a sourit naïvement et j'ai cru l'avoir retrouvée après des années d'absence. Quelques heures s'étaient écoulées, durant lesquelles j'avais été frappé d'un sommeil profond où mêmes les rêves ne trouvaient pas leur place. Que s'était-il réellement passé au Texas ? Je ne le savais pas et personne ne le saurait jamais.

Jeanne était aussi troublée que moi, incapable de me dire ce qu'elle avait fait une fois entrée dans l'enceinte. Notre dernier souvenir commun était cette poignée de main fébrile, cette sueur partagée, cette chaleur étrange. Tout ce que nous savions était qu'il ne nous restait plus quelques heures à vivre et que nous étions ensemble. C'est la seule chose qui semblait avoir de l'importance.

Nous sommes restés de longues minutes sur le balcon, aspirant l'air comme on ne l'avait jamais fait. Le ciel, la nature, les bâtiments, les hommes, tout semblait avoir abdiqué. Un grain de poussière unique s'était formé et il s'apprêtait à disparaître. Ces instants paraissaient si lents et pourtant si brefs. L'instant présent n'avait jamais été aussi crucial, comme si on réalisait trop tardivement que chaque seconde méritait sa propre attention.
« On a fait l'amour ? » Avais-je demandé incertain, en souvenir d'une image trouble, d'un corps affectueux et d'une douceur délicate.
Elle avait répondu que non et elle m'avait demandé si je voulais qu'on fasse l'amour. J'avais répondu que non. Cette journée n'était que l'acte final d'une relation qu'on ne parvenait pas à définir. Nous étions deux personnages incompréhensibles, dont les lignes de dialogue étaient trop floues pour être décryptées, dont les actions étaient trop hasardeuses pour signifier la moindre chose. Nous ne savions pas qui nous étions, chacun de notre côté, encore moins qui nous étions ensemble.

C'était la fin d'après-midi et elle avait simplement dit :
« Il faut que je rentre chez moi. »
Je n'avais pas essayé de la convaincre de rester. Nous n'étions pas censés finir notre vie ensemble, nous n'étions qu'un mirage l'un pour l'autre, mirage qui ne pouvait pas durer. Ou bien cela nous rassurait de le penser. Avait-on trop peur d'attendre la mort ensemble ? Préférions-nous la vivre seuls, en nous en allant avec un souvenir qui commençait déjà à s'effacer ? Ses questions n'aboutissaient à rien. Et c'est pour cela que je suis à présent dans la voiture, la conduisant jusqu'à chez elle dans un silence persistant. Nous longeons ses rues ravagées, tout juste accessibles, au cœur desquelles des corps sans vie s'étalent déjà. Un CD vieux de plus de cent cinquante ans amenuise l'effet de ce silence, même si le volume est au plus bas.

Quand elle me dit de m'arrêter la boule nouée que j'ai dans l'estomac se relâche aussitôt. Un vide indescriptible s'empare de mon corps sans que je ne puisse rien y faire. Elle regarde à travers la vitre ce qui semble être une maison en pierres de l'autre côté de la rue.
« On y est. » Murmure-t-elle.

J'ai envisagé toute sorte d'au revoir, du plus contenu au plus passionné. Mais je n'ai jamais pensé qu'on ne dirait rien. Elle s'est juste penchée vers moi et m'a adressée un baiser incertain sur la bouche. Une pression maladroite entre quatre lèvres sèches, aussitôt décollées. Elle marche désormais vers le petit portail grinçant qui se dresse entre la voiture et l'entrée de sa maison. Je regarde son dos, du haut de sa tête au bas de ses jambes, qui s'éloigne lentement. J'ai l'impression de voir un ange s'envoler, je veux tendre la main pour lui attraper les ailes, pour le ramener auprès de moi. Je ne fais pourtant rien, j'apprécie seulement ces images en savourant ce que mes yeux sont encore capables de m'offrir. Elle attend sur le perron et je décide alors de redémarrer la voiture, ne la quittant toujours pas du regard. Elle se retourne vers moi au bruit du moteur.

« Pourquoi tu te retournes ? » [en italique : pensée]
C'est sur une même décision incertaine qu'elle court en ma direction. Elle grimpe dans la voiture avec précipitation et nous repartons, toujours muets. Nos comportements sont inexplicables et alors que nous roulons depuis quelques minutes nous nous mettons à rire. Des rires soulagés, libérateurs. Elle décide de monter le son de la musique et elle m'avoue alors :
« Tu sais que je voulais être chanteuse ? »
Je hausse les épaules :
« Pourquoi pas ? »
« Quand j'avais sept ans j'ai même improvisé un concert pour ma classe. » Dit-elle en souriant.
« Et ça a donné quoi ? »
« C'était affreux. Je mimais maladroitement une star et ma voix était ridicule. »
« Ils ont aimé ? »
« À la fin de mon numéro tout le monde me regardait sans rien dire, j'ai quittée la salle comme une furie en disant qu'ils n'y connaissaient rien. »
« Et tu n'es plus jamais remontée sur scène ? »
Elle hoche la tête :
« Certainement pas, c'était la pire journée de ma vie. »
« C'était quoi la chanson ? » Je lui demande.
« Des paroles que j'avais écrites. »
« Quelle genre de paroles ? »
Elle se met alors à les chantonner, d'une voix trop aigu, se penchant en rythme pour exagérer le ridicule de la situation. Je la regarde faire, et quand elle arrête de chanter je continue de la regarder un long moment.
« Quoi ? C'était si mauvais que ça ? » Lance-t-elle sur le ton de la rigolade.
« C'était parfait. » Dis-je doucement, absorbé par son visage.
Elle me jette un regard gêné et je finis par sourire en rajoutant :
« Non, c'était vraiment mauvais. »

On se retrouve rapidement dans le salon, comme si on était jamais partis, et la peur précise, tout est plus confus, nos gestes, nos pensées, nos voix.

La nuit est tombée et nous sommes dans la chambre. Elle est allongée sur le ventre en train de m'observer et je suis allongé contre le mur, regardant par la fenêtre un ciel que je peine à distinguer.
« Je suis vierge. »
Je tourne les yeux vers elle et je comprends ce que cet aveu signifie.
« Je peux pas. »
« Pourquoi ? »
Elle se rapproche de moi, passant sa main dans mes cheveux avec délicatesse.
« Je veux savoir ce que ça fait. » Susurre-t-elle à mon oreille en me caressant à présent le torse. Je ne la repousse pas, je ne dis rien, je la regarde simplement.

Elle se recule en restant à genoux sur le lit. Elle retire son haut lentement, puis son pantalon. Son corps nu s'approche de moi et elle me prend dans ses bras, m'embrassant le torse avec cette même douceur attendrissante.
« S'il te plaît. » Murmure-t-elle entre deux baisers. Elle soulève ma main et la fait glisser le long de ses reins. Sa peau est brûlante, désireuse d'être touchée, et mes doigts commencent à descendre sur ses fesses. Ma main hésitante devient plus ferme, et Jeanne, après avoir frôlée ses seins contre ma poitrine, se plaque contre moi. J'étends mon deuxième bras que j'allonge le long de sa cuisse droite, la griffant légèrement. Ses baisers remontent le long de mon cou, jusqu'à ma joue et enfin mes lèvres. D'abord des petits baisers furtifs et ensuite de longs baisers à base de coups de langue maladroits. Je la retourne sur le dos. Ce sont mes baisers qui descendent à présent. D'abord sur ses seins, puis sur son ventre. Elle commence alors à émettre de légers gémissements contenus. J'écarte ses cuisses de mes paumes et j'en baise les deux côtés. Elle fait des vagues avec ses fesses, collant sa peau contre ma bouche avec envie. Ma langue passe furtivement sur son con, suivie de baisers humides.

Je remonte vers elle après plusieurs minutes et quand je la pénètre elle émet un petit cri aigu. On s'embrasse et je continue mes mouvements tandis qu'elle pousse des cris étouffés. Troublé par l'excitation, je resserre mon étreinte, mes bras s'enroulent autour de son corps et elle se met à me mordiller l'oreille en criant de plus en plus fort. Nos corps restent ainsi un long moment, vibrant ensemble, essoufflés, chauds, tendres, et le gêne initial s'estompe pour laisser place à des ébats vifs et brutaux.

Une heure plus tard nos corps sont toujours collés, depuis longtemps immobiles. Seule ma main caresse son sein. Nous échangeons un regard qui dure depuis de longues minutes.
« C'est comme ça que je veux mourir. » Dit-elle.
Sa tête est appuyée contre mon épaule et j'attends encore un long moment avant de répondre :
« Je sais. »
« Je veux m'endormir avec toi. »
Et sur cette déclaration la décision est prise. On n'attendra pas que le jour se lève, que la Terre éclate, on partira ensemble, ici, ce soir. Je ne me relève que pour aller chercher les somnifères. Ne rien voir, s'endormir et ne plus se réveiller, c'est ce qu'elle veut, et je crois que c'est ce que je veux aussi. Nos deux visages se font face tandis qu'on avale les comprimés. S'ensuit un silence qu'aucun mot ne veut troubler, nos deux corps partageant ce moment à la fois sublime et dramatique.

Des derniers jours nous sommes passés aux dernières heures. Des dernières heures nous passons aux derniers instants. Nos baisers ne s'arrêtent plus, nos regards nous dévoilent plus de choses qu'aucune parole n'a pu révéler avant cela, et on se serre avec encore plus d'entrain. Je murmure alors, avant qu'une image floue déforme son visage :
« C'était parfait. »
« Je sais. » Répond-t-elle.

Un rêve n'aurait pu être aussi fulgurant que cette nuit, une vie entière aurait été incapable de capter ces instants avec tant de justesse, rien n'aurait pu être aussi pur que tous les moments passés en sa compagnie. Le temps n'aura pas été un ennemi, mais au contraire un allié, qui aura formé entre ses courbes secrètes une ligne qui sera éternelle.

[...]

Merci d'avance à ceux qui lisent & commentent. :)
Je trouve ce chapitre très beau et j'étais très ému en l'écrivant, je me suis laissé porter par la relation entre les deux personnages qui a littéralement manipulée la plume. Ce sont eux qui ont écrit ces lignes, pas moi, et c'est ce que j'apprécie.

Le chapitre 14 demain soir. :)

_dexter75_
_dexter75_
Niveau 10
14 juin 2012 à 11:17:09

un très très bon bon chapitre qui se place dans tes trois meilleurs:

- la rencontre entre les deux personnage
- le parc d'attraction
- celui ci :-p

fluide, bien décris et émouvant :bravo: une scène d'amour décrite à la fois avec justesse et avec retenu ( par sur de ce mot, mais je n'en trouve pas d'autre) qui ne rentre pas dans le "porno ou le sale". ce qui est généralement assez difficile à faire.

j'ai déjà essayer d'inclure une tel scène dans une de mes histoire ou il y avait une relation amoureuse mais j'ai du abandonner. soit elle ne faisait pas crédible et immature, soit trop "sale". en clair c'est un exercice difficile que tu as réussi avec brio de mon point de vu.

j'aime beaucoup la mise en scène de ce chapitre, et le jeu des personnage encore une fois très bon. le refus du narrateur de coucher avec elle mais qui n'a plus l'envie ou le courage de la repousser. l'abandon des personnages qui s’enchaîne parfaitement après tant de chapitre ( c'était calculé non ? ). bref, j'aime beaucoup ( oui oui mais commentaire sont toujours bien construit et utile :doute: :rouge: )

la fin est proche mais j'ai pas envie que ça se termine, j'ai hâte de voir la suite :bave:

la petite critique que je pourrai faire en général, c'est que tes chapitres sur Paris sont bien meilleur que ceux du vaisseau, en tout cas moi je les préfère. je sais pas vraiment pourquoi mais tu réussi à faire passer plus de truc avec le couple narrateur/jeanne que narrateur/ marc.

évidement ça ne veux pas dire que les passages sur vega sont mauvais, juste moins bon pour moi

best-07
best-07
Niveau 7
14 juin 2012 à 18:53:26

Merci à toi pour ton retour. :)

Ça fait plaisir de voir que tu arrives à saisir ce que je veux retranscrire de la relation entre les deux personnages. Sinon il est vrai que les passages parisiens doivent être plus enthousiasmants pour un lecteur. :)

La suite demain soir je pense.

best-07
best-07
Niveau 7
16 juin 2012 à 09:19:41

Le chapitre 14 :

Vaisseau Vega.

Marc souffre depuis plusieurs minutes. Il ne veut pas me montrer sa blessure, dissimulant l'entaille en restant allongé sur le ventre. L'homme de l'équipage se moque de lui en descendant coupe de champagne après coupe de champagne. Son état s'est aussi aggravé, il tousse entre deux gorgées, du sang affluant sur le sol. Ils sont dans une situation déplorable.
« J'te parie une bouteille que t'y restes avant moi ! » Lance-t-il à Marc en arborant un sourire ensanglanté.
Marc ricane à son tour, remuant sur le sol, partagé entre la douleur et l'amusement.
« La seule chose que tu peux avaler c'est ton propre sang ! »
L'homme vient s'agenouiller à ses côtés, lui tapant sur le dos d'une tape amicale, presque fraternelle.
« Si on était sur terre j'irais te payer un coup à boire. » Lui dit-il.
« Si on était sur terre j'irais baiser ta femme. » Répond Marc d'un ton cinglant.
Et ils éclatent encore de rire dans une agonie fantasque qui me rend nerveux. Ils ont abandonnés tout espoir, débitant les mots avec l'insouciance des blessés qui se savent condamnés.

Ne pouvant supporter ce spectacle plus longtemps je détourne la tête. J'observe l'espace qui s'étend devant moi. Ce noir absolu, qui sera bientôt un souvenir ancien. Une nuit achevée, un cauchemar oublié, une partie de ma vie à mettre définitivement de côté. Le sentiment que ce voyage interminable touche à sa fin me libère d'un poids. Les kilomètres qui nous restent à parcourir, les heures qui nous restent à attendre, ils n'ont plus d'importance, car je sais que ce sont les derniers. Le dôme qui me maintient entre la vie et la mort depuis tant d'années est prêt à s'ouvrir à nouveau. Un second souffle m'attend, et je respire alors lentement, profitant de cette tranquilité soudaine, celle de se savoir aux portes de la Terre, aux portes du bonheur. Malgré les incertitudes, les difficultés, les épreuves, j'y suis arrivé.

Ils toussent à nouveau à côté de moi, hilares de manière incompréhensible. Pourquoi abandonnent-ils aussi facilement ?
« Laisse-moi te soigner Marc. » Dis-je en me retournant vers lui.
« Je ne peux pas être soigné. » Répond-t-il.
« Il ne peut pas être soigné. » Ajoute l'homme en reprenant sa place derrière le cube, les mains sur les genoux. J'insiste alors :
« Si seulement tu me laissais regarder. »
J'entends encore son rire.
« Je t'assure, tu ne veux pas voir ça. »
« Tu veux vraiment finir ta vie dans ce putain de vaisseau ?! » Dis-je pour essayer de le secouer. Mais ça ne change rien, il continue de rire. Un rire crispé, ironique.
« Ce n'est pas le verbe vouloir qui compte, mais pouvoir. » Finit-il par déclarer.
« Joli. » Rétorque l'autre en crachant un énième filet de sang.
« Demain on sera sur terre Marc, on peut encore te sauver. On peut encore réussir. »

Mes mots ne le convainc pas. Pire, ils l'amusent.
« Tu penses toujours pouvoir rentrer chez toi ? »
« Ne joue pas à ça. » Dis-je lassé.
« Jouer à quoi ? » Dit-il, feignant l'innocence.
« À celui qui sait quelque chose que je ne sais pas. »
« Ce n'est pas compliqué, tu ne sais rien. » Déclare-t-il, et un nouveau fou rire les secouent.
« Vous êtes pathétiques. »
Je n'arrive pas à comprendre le comportement insensé de Marc, il n'a plus rien à voir avec celui qui est resté avec moi pendant six ans. J'ai l'impression de ne l'avoir jamais connu, et, dans un élan de frustration, je me rue sur lui. Je le retourne sur le dos et je découvre sa blessure, qui me fige sur place.
« Content ? » Demande-t-il.

Un trou béant est creusé où il devrait y avoir sa chair, ses organes, son corps. Il y a en lieu et place un entrelacement de fils de toutes les couleurs qui s'encombrent à l'intérieur.
« Qui es-tu ?! Où est Marc ?! » Dis-je en le secouant.
Son sourire s'efface alors, son regard devient plus sérieux et il me fixe de longs instants avant de répondre d'un ton grave :
« Je suis Marc. »
Je me recule, le laissant retombé sur le sol brutalement.
« Ce n'est pas possible. Tu n'es pas un putain d'automate. » Dis-je d'une voix incertaine, comme si j'essayais de me convaincre moi-même.
L'homme s'approche de nous et agite les doigts en soufflant :
« Ouh, la grande révélation ! »
« Ta gueule. » Dit Marc.
Il continue de me regarder profondément et nous échangeons ce même regard pendant un temps considérable.
« Pourquoi n'avoir rien dit ? Pourquoi avoir fait semblant toutes ces années ? » Je demande, incapable d'accepter ce qui se veut pourtant évident.
Il soupire.
« Pour les mêmes raisons que toi. »
« Je n'ai rien à cacher ! » Je hurle à présent.
Marc s'énerve, haussant la voix à son tour :
« Mais bordel tu crois que t'es qui ?! T'es qu'un pantin comme moi ! »
Il a tort. Je sais qu'il a tort. Il ne peut pas avoir raison.
« J'ai une femme, j'ai une fille, je sais qui je suis. » Dis-je plus doucement tout en gardant une voix agitée, le corps secoué de légers spasmes, cédant place à la panique.
« Mais quelle femme, quelle fille, quelle vie ?! » Continue-t-il tandis que des fils commencent à tomber de son ventre, se détachant des blocs incrustés en profondeur.
« Ma vie ! » Je réponds en hurlant à nouveau. Je commence à trembler, dégouté par son corps qui n'en est pas un, par ses vérités qui ne peuvent pas en être.
« Et comment tu t'appelles ?! »
J'ouvre la bouche mais je ne peux pas répondre. Je ne sais pas. Je ne peux pas ne pas savoir. J'essaie encore. Je ne peux pas savoir. Je ne sais pas.

Un silence glacial s'instaure alors, seulement perturbé par les rires étouffés de l'homme de l'équipage. Marc est à l'agonie sur le sol, des traînées de fils derrière lui. Je suis pâle, muet, incapable de prononcer le moindre mot. Il a raison. Tout ça n'a aucun intérêt. Je ne suis personne et je ne serai jamais personne. Je n'ai pas de cœur qui bat, pas de mère, pas de Dieu, pas de vie. La prise de conscience est encore plus brutale que je ne l'aurais pensé. Un éléctrochoc qui me sort de ma torpeur, qui me ramène à la réalité, une réalité qui n'est faite que d'images, d'illusions et de futilités.
« Ouvre les yeux, regarde autour de toi, tu n'es personne. » Dit Marc en cognant son poing contre le sol.
« J'ai une fille... » Je finis par murmurer.
Il rétorque alors, d'une voix qui n'en est plus une, un simple grincement robotique :
« Tu n'as pas de fille.»
« Mais ma cabine, mes photos... » Dis-je en essayant de me raccrocher à un désir perdu, des larmes se mettant à rouler d'elles-mêmes sur mes joues. Non, je ne pleure pas. Je ne peux pas pleurer.
« Des fantasmes, cette cabine n'était pas à toi, ces photos n'étaient pas les tiennes. »
« C'est impossible... »
« L'isolement, l'oubli, l'envie d'exister. Rien de tout ça n'est vrai. »
« Depuis quand le sais-tu ? »
« Depuis qu'ils sont arrivés. On ne marche pas comme eux, on ne parle pas comme eux, ils nous regardent avec dégout. Nous ne sommes rien pour eux. Nous ne sommes rien pour personne. » Débite sa voix éreintée.
« Tout ce qu'on a vécu, toutes nos discussions, toutes nos pensées, c'était quoi ? »
J'essaie de trouver une logique à ce qui n'en a pas, j'essaie de savoir qui j'étais, qui je suis, et qui je serai, mais la seule chose à comprendre est que je ne suis personne.
« Des mensonges, des dialogues. Nous ne sommes rien de plus que des jouets, des personnages qui récitent leurs lignes sagement. »
Les silences rythment notre discussion, qui n'est qu'un assemblage de cris désespérés et de questions imprécises.
« Qu'est-ce qu'on est censés faire ? »
Mon corps est affalé contre le mur, le dépit s'en emparant, asphyxiant mes pensées, serrant mes muscles.
« Il n'y a rien à faire. Si tu vas sur Terre tu redeviendras un objet, si tu restes ici tu seras un objet qui prétend exister. Dans les deux cas tu n'es rien. »
La carte, le vaisseau, l'espace, l'équipage, la Terre, tout cela prend soudain une dimension secondaire, comme un lointain souvenir. Ça n'a pas de sens, rien n'en a jamais eu et mon seul combat est celui que je mène contre moi-même. Qu'importe les questions, la réponse est toujours la même : nous avons notre place au cœur du néant car nous ne sommes que des néants sans cœurs. L'acceptation est pire que la prise de conscience. Accepter c'est renoncer, renoncer c'est cesser d'exister.

« J'aurais préféré être un singe. »
Ce furent ses dernières paroles. Je regarde depuis de longues minutes sa carcasse immobile. L'homme resté silencieux jusqu'ici se remet à ricaner :
« Tu pensais vraiment être un homme ? Sérieusement, regarde ta gueule. »
J'éclate de rire, un rire froid, insensible, claquant des dents sans raison. Un singe. Pire.

Des minutes passent, peut-être des heures, l'homme est à présent recroquevillé près d'une machine, ne bougeant plus depuis un long moment. Je me relève et vais me replacer derrière la carte.
« On va sur Terre ? »
« Mais quelle importance ? Répond-t-il, je vais mourir et toi tu n'es qu'un machin en plastique.»
« Est-ce qu'on va sur Terre ? »
« On ne peut pas aller sur Terre. On est pas là pour ça. »
« Qui es-tu ? Pourquoi vous êtes venu ? Où va-t-on ? » Dis-je en insistant. Je me suis résolu à accepter qui j'étais, mais je ne peux pas abandonner mes illusions sans réponses. Du moins c'est ce que je me force à croire. L'homme soupire.
« Qu'est-ce que ça change ? »
« Réponds-moi ! »
Il hausse les épaules et reprend :
« La compagnie Omega. Ce vaisseau les intéresse. »
« Il n'y a pas de compagnie Omega. » Dis-je en grinçant des dents.
« Il y en a une. Delta a disparu depuis vingt cinq ans. » Déclare-t-il.
« C'est impossible, nous sommes partis il y a six ans. »
« Il y a dix minutes tu pensais être humain, ne m'en veut pas de douter. » Dit-il amusé.
Je me tais. Comment suis-je censé trouver des réponses si mon savoir n'est qu'un concept révolu.

Lassé, épuisé, je m'agenouille en face de lui et je l'implore :
« Qu'est-ce qui se passe ? Je veux juste savoir ce qui se passe. »
« Le passage Alpha. » Rétorque-t-il en relevant la tête.
« Quoi ? »
« Le délire d'un fou. Il aurait été ouvert récemment, sur ce vaisseau. »
« Qu'est-ce que c'est ? »
Il ouvre la bouche pour sourire et des flots de sang en dégoulinent. Avant de s'écrouler sur moi, m'arrosant le visage, il murmure :
« Je n'en sais rien. »

Des années entières passées à croire, à espérer, à mentir. Pour rien. La vie m'a appris beaucoup de choses. On ne peut pas tricher avec les règles. Nous sommes les esclaves d'un jeu où nous n'avons aucun pouvoir, aussi inutiles que des pions qu'on déplacerait à notre guise. Rien ne sert de croire en ce qui nous entoure, de regarder, de demander, de comprendre. La seule vérité étant que nous sommes seuls et que nous avons toujours été seuls. Je ne cherchais pas à retrouver ma vie, je cherchais à trouver une vie. Mais je n'en fais pas partie, les hommes ne sont rien de plus que des idéaux auxquels je ne pourrais jamais ressembler. Ce sont des Dieux dont je vénère les moindres recoins sans pouvoir en apprécier un seul.

Le vaisseau file dans l'espace, il n'y a pas de point sur la carte, pas d'étoiles, pas de galaxies. Juste cet écran blanc qui se dresse comme un cadre géant et qui m'avale dans ses profondeurs. Je crois pouvoir entendre son cœur qui bat, elle appelle papa, les cloches retentissent, les voix aussi, mais mon esprit les fuit, car je ne suis personne. Les cloches et les voix se transforment en une mélodie funèbre. Chopin, Adagio.

[...]

Merci d'avance à ceux qui lisent & commentent. :)
Un chapitre, hum, étrange.

La suite demain. :)

_dexter75_
_dexter75_
Niveau 10
16 juin 2012 à 17:55:19

un très bon chapitre comme toujours. là j'ai vraiment aimé ce passage dans Vega, le plus réussit de tous selon moi ( pour ce que ça vaut :noel: )

des révélations, un suspense encore plus prenant et tout ce qui fait de tes chapitres des " chef-d'oeuvre " ( j'exagère peut être un peu, mais à mon niveau je ne suis pas le meilleur pour critiquer).

je sens que la fin est toute proche et la tension est à son comble avec les deux narrateurs. j'attends beaucoup du final qui va arrivé et je sens que tu ne décevras pas tes lecteurs :-) )

_dexter75_
_dexter75_
Niveau 10
16 juin 2012 à 17:56:37

juste une précision " le plus réussit des passage sur vega", mes chapitre préféré reste avec l'autre narrateur, même si celui ci ce place dans mon top quatre :oui:

best-07
best-07
Niveau 7
16 juin 2012 à 19:49:02

Merci pour ton retour. :)
Content qu'il t'ai plu davantage que les autres du Vaisseau Vega. :)

best-07
best-07
Niveau 7
19 juin 2012 à 05:52:23

Le chapitre 15 :

Paris.

Je me suis réveillé alors que je n'étais plus censé le faire. Ce sommeil devait être éternel et pourtant mes paupières se sont agitées, avant que ce soient mes pensées qui reprennent leur cours. Je croyais que des secondes seulement avaient passé, qu'en ouvrant les yeux j'allais revoir son visage, et j'étais soulagé à l'idée de pouvoir la contempler une dernière fois. Mais quand j'ai ouvert les yeux il n'y avait rien d'autre qu'un coussin sans tête. Les draps étaient froids et des rayons lumineux filtraient des stores vénitiens.

Le soleil régnait au dehors alors qu'il aurait du s'éteindre à jamais. Une nouvelle journée avait commencée alors que la dernière venait de se terminer. J'entendais des rires, des télévisions, des voitures, j'entendais la vie. Elle était là, au-delà des quatre murs de cette chambre, plus fière que jamais. J'avais passé de longues minutes à écouter mon cœur battre, à palper mon corps comme si je le découvrais pour la première fois. Alors que je m'habituais à cette renaissance inespérée la raison m'avait rattrapé. Pendant un instant je m'étais cru au paradis, hilare en pensant que Dieu existait bel et bien. Mais le décor n'avait rien d'un paradis. Il avait tout du monde que j'avais laissé, la mort en moins. Je m'étais dressé sur le balcon et toute la nature était là, chantant son existence avec insouciance. J'avais allumé la télévision et les petits personnages occupaient le cadre comme ils l'ont toujours fait. Aucune allusion à un quelconque sauvetage de dernière minute, aucune indication sur ce qui s'était passé durant la nuit, et surtout, pas de Jeanne.

L'exaltation qu'avait provoqué en moi le fait d'être encore en vie avait soudain disparue. Où étais-je vraiment et que s'était-il passé ? Rien de tout cela ne devait plus exister et pourtant tout était si vivant. J'étais descendu dans la rue pour aller à l'encontre de cette vie. Tous marchaient comme si de rien n'était. J'avais secoué quelques personnes pour essayer de comprendre, les gens m'avaient regardé comme ils regarderaient un fou. Je ne m'arrêtais plus de courir, j'étais remonté jusqu'à chez moi et j'avais tourné en rond dans l'appartement. Plus que la crainte de ce qui s'était passé c'était la crainte de ce qui allait se passer qui me rongeait. Personne ne semblait être au courant des évènements des trois dernières semaines, comme si tout s'était évaporé pendant la nuit, la réalité ayant laissé place à un retour à la normale invraisemblable. Je m'étais résolu à disparaître, à faire mes adieux, en reprenant vie j'avais alors l'impression de ne pas être à ma place. Le désordre se voulait de plus en plus insistant dans mon esprit. Toutes mes questions me ramenaient au même point de départ, à une seule personne, la seule capable de me répondre : Jeanne.

C'est dans l'incertitude la plus complète que j'ai plongé dans ma voiture, roulant à toute vitesse jusqu'à cette maison faites de dalles et de pierres devant laquelle j'avais déposé Jeanne la veille. Il n'y avait plus de débris sur la route, plus de cadavres entassés, aucune trace de la déchéance passée. Cette renaissance contextuelle ne m'apportait que des angoisses, et ce n'était pas un œil enchanté qui se posait dessus mais un œil désabusé, qu'on aurait dupé et qui ne croirait plus en rien. C'est avec l'image curieuse d'un œil enfermé dans un bocal que j'ai pressé la sonnette. Je n'avais pas peur, j'étais terrifié.

J'attends depuis plusieurs minutes et je presse à nouveau la sonnette quand la poignée se tourne enfin. L'homme qui ouvre la porte, que je suppose être le père de Jeanne, me jette un regard contrarié :
« C'est pour quoi ? Grogne-t-il, si c'est encore cette histoire de calendrier à la con vous pouvez déguerpir. »
J'essaie de sourire mais mes lèvres se transforment davantage en une grimace ridicule, ce qui accentue son air renfrogné.
« Non pas du tout. Je viens voir Jeanne. » Je réponds.
Il commence alors à fermer la porte en murmurant qu'il n'y a pas de Jeanne ici.
« Non, pas Jeanne, j'ajoute en l'empêchant de la fermer complètement, votre fille. Je viens voir votre fille. »
Son regard devient suspicieux, ce qui n'est pas vraiment mieux, et il demande :
« Pourquoi vous me dites que vous voulez voir Jeanne si vous voulez voir ma fille ? »
Je m'en veux de me rendre la tâche si compliqué alors j'improvise :
« Je me suis trompé de nom. »
« Vous êtes qui ? Un professeur ? » Suggère-t-il en gardant son air méfiant.
« Exact. » Dis-je satisfait qu'il m'offre une aide involontaire.
« Et vous connaissez pas le nom de vos élèves ? » Ironise-t-il.
« C'est une longue histoire. »

Il hausse les sourcils mais je n'ai pas à me justifier de ma réponse puisque j'aperçois une silhouette marcher en notre direction depuis la pénombre de la maison. Je reconnais son corps fin, flottant presque sur le sol, et le soulagement est tel que je me mets à éclater de rire.
« Qu'est-ce qui se passe ? » Dit-elle en arrivant près de son père.
« Ton professeur est là. » Lui dit-il avec un léger reproche dans la voix.
Quand elle passe à son tour l'entrebâillement de la porte je me rue vers elle pour la prendre dans mes bras.
« Jeanne ! »
Son père me repousse aussitôt tandis qu'elle fait un pas de recul.
« Je vous ai dit qu'elle s'appelle pas Jeanne ! » Beugle son père en se dressant entre elle et moi. Mais je ne lui prête pas attention, trop occupé à la regarder elle. Mon enthousiasme se dissipe aussi vite qu'il est apparu. Elle me regarde froidement, ayant fait un nouveau pas de recul après avoir été séparée de mon étreinte.
« Jeanne, c'est moi ! » Je lui dis, hilare.
Elle fait semblant de ne pas me reconnaître, insensible à ma joie, presque effrayée.
« Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?! » Lui demande son père faisant toujours office d'obstacle humain.
« Je sais pas. » Répond sa petite voix mal assurée.
« Comment ça tu sais pas, pourquoi ton prof t'appelles Jeanne ?! »
« C'est pas mon prof, assure-t-elle, je le connais pas. »

Il m'est difficile de comprendre ce que je ressens après qu'elle ait prononcée ces mots. Un sentiment d'incompréhension qui atteint son paroxysme, incapable de comprendre pourquoi elle feint de ne m'avoir jamais vu.

Son père m'écarte brutalement du bras :
« Qu'est-ce que tu veux à ma fille ?! » Demande-t-il d'un ton devenu menaçant.
Je ne peux pas répondre à cette question et je ne veux de toute manière pas y répondre. Je me défait de son emprise et je plonge sur Jeanne, à genoux devant elle, prenant sa taille entre mes mains, je bégaie :
« Pourquoi tu fais ça ?! »
Elle fait un bond en arrière tandis que son père revient à la charge en m'infligeant un violent coup de poing dans la tempe. Je m'étale sur le côté, les oreilles bourdonnantes, et alors qu'il s'accroupit près de moi et que Jeanne se recule davantage je hurle :
« Je sais pour tes marques ! »
Elle s'arrête, son père hésite un instant, elle s'enfuit vers l'intérieur de la maison en courant et son père me donne un second coup. Il me relève et me pousse jusqu'au trottoir en me vociférant de ne plus jamais m'approcher d'ici. Je crois qu'il me menace de mort, de police, me traite de pervers, de pédophile, et j'encaisse les coups et les insultes sans rien dire. La seule véritable douleur que je ressens est celle de l'avoir vue tourner les talons, disparaître sans un mot, comme si je n'existais pas.

Dans la voiture, entre gémissements et hurlements, j'en prends soudain conscience : Je n'existe pas. Dans un monde qui renaît de ses cendres, qui ne s'est jamais aussi bien porté, je n'existe pas. Je ne suis qu'un personnage de la mort qui ne trouve pas sa place dans la vie. Le monde tel que je le connaissais n'est plus là, et ceux qui en faisaient partis non plus. Il ne me reste qu'un monde imparfait au sein duquel je suis de nouveau seul. Elle m'a regardé comme si j'étais un étranger. Elle ne connaissait même pas mon prénom, et désormais elle ne me connaît plus du tout. Essayer de comprendre pourquoi me semble vain, et mon état sur le trajet du retour se dégrade au fil des minutes. Je finis par arrêter la voiture au coin de ma rue, incapable de la traîner jusqu'au parking. J'ouvre la portière fébrilement et je titube à l'extérieur. Je rabâche alors cette vérité dans ma tête, dépité :
« J'ai tout perdu, sauf la vie. »

Je reste penché, les mains sur les genoux, pendant ce qui me semble être des heures. Le soleil abat ses couches brûlantes sur ma peau, les passants filant à mes côtés sans que je n'y fasse attention. Quand je relève la tête la rue est presque vide, le soleil bientôt couché, le ciel composé de teintes orangées qui se déversent sur Paris. Je le vois alors, près de la porte de mon immeuble, l'homme du métro.

Je fonce vers lui et quand il m'aperçoit il sourit gracieusement. Quand j'arrive à sa hauteur je le secoue :
« Qu'est-ce qui se passe ?! »
« Tu es là ! » Répond-t-il en continuant de sourire.
« Qu'est-ce qui se passe ?! » Je répète en le secouant à nouveau.
« Je te cherchais. On m'a dit que tu vivais ici mais j'étais pas sûr. » S'enthousiasme-t-il.
« Réponds-moi ! Tu sais ce qui se passe ?! »
Son sourire disparaît, il hésite quelques instants, puis sa gueule s'ouvre encore, d'un nouveau sourire :
« Ça me fait plaisir de te voir frangin ! »

Je remarque qu'il possède sa barbe, ses vêtements miteux, et, interloqué, je l'interroge :
« Qu'est-ce que tu racontes ? »
Il ne semble pas réaliser mon incompréhension, restant toujours aussi béat :
« Ça fait combien de temps ? Cinq ans ?»
« Je ne suis pas ton frère crétin, on s'est vu dans le métro l'autre jour, et au Texas, tu étais avec cette gamine, tu te rappelles ?! »
Il hausse les sourcils :
« Qu'est-ce que t'es allé faire au Texas ? Faut pas aller là-bas, c'est dangereux frérot. » Chuchote-t-il en me regardant avec bienveillance.
« Je ne suis pas ton frère ! » Je hurle en sortant le pistolet.

Je l'ai auprès de moi depuis ce matin. Je ne sais pas pourquoi je l'ai pris, mais je le brandis à présent dans sa direction. Le canon pointé sur son visage, il arrête de sourire et murmure :
« Qu'est-ce que tu fais ? »
« Réponds à mes questions ! Que s'est-il passé ?! Pourquoi tout le monde fait comme si tout allait bien ?! »
Il s'agenouille devant moi en m'implorant de baisser mon arme mais je continue de le viser. Il balbutie alors :
« Je sais pas de quoi tu parles, je voulais juste te voir, arrête ça. »
Impatient, je m'exclame :
« Pourquoi la Terre n'a pas explosé ?! »
Horrifié, il répond :
« Pourquoi tu veux que la Terre explose ?! »
Je ne dis rien. Nous restons dans cette position pendant un long moment, lui à genoux, se protégeant la tête, moi debout, les mains tremblantes, me demandant pourquoi je le menace avec mon arme. Finalement je l'abaisse et je la lui donne. C'est à mon tour de tomber à genoux, sauf que je ne l'implore pas de m'épargner mais de me tuer.

Je veux m'en aller comme ça aurait du être le cas, je ne veux pas vivre ici, pas comme ça. Et je me balance vers le sol, lui gémissant de me tirer une balle dans la tête. Il est perdu, le pistolet entre les mains, quant à moi je détourne les yeux, fixant le trottoir.
« Je veux partir. » Dis-je en collant à présent mon front contre le goudron.
« Il y a une réponse à toutes tes questions. » Déclare-t-il. Sa voix n'est plus gémissante, elle est froide, presque fataliste.
« Quoi ? »
Et il répète :
« Il y a une réponse à toutes tes questions. »

Je relève la tête vers lui et je découvre son visage, aveuglé par quelques rayons de soleil. Ses traits sont neutres, il me regarde du même regard froid que celui de Jeanne, puis son regard se porte quelque part derrière moi. J'entends alors des pas qui avancent en notre direction, des talons qui se cognent contre le sol. Les bruits s'estompent, je crois sentir son parfum, entendre sa respiration, et je murmure, incertain :
« Sara, c'est toi ? »

[...]

Merci d'avance à ceux qui lisent & commentent. :)

Je tiens à dire que ce fut un véritable plaisir de partager cette nouvelle avec vous jour après jour (ou presque). Deux semaines intenses où sans être trop obnubilé j'ai vu naître, grandir et évoluer ces personnages. Je peux comprendre que la fin puisse en frustrer beaucoup, tant d'incertitudes parsèment le récit, tant de point d'interrogations restent fixes une fois l'histoire terminée. Mais c'est volontaire, je désire créer cette incertitude, ces multiples regards possible, pour favoriser la complicité avec les lecteurs. Je ne saurais mieux le dire que mon personnage : "Il y a une réponse à toutes vos questions" ; à vous de les trouver.

Toujours est-il que je suis satisfait d'être arrivé au bout du chemin, je vais pouvoir me déporter sur la lecture à présent. Des modifications (beaucoup mineures, certaines majeures) seront apportées à l'histoire, mais la forme "premier jet" ici présente restera celle qui m'est la plus chère car la plus authentique, qu'importe les maladresses ; je n'écris pas pour être parfait, publié ou apprécié, mais pour me libérer de mes propres démons.

Je reviendrais probablement en fin d'été avec une nouvelle dans un style complètement différent.

Pour ce qui est de Désillusions, je planche depuis quelques jours sur une suite, les idées sont nombreuses et j'ai déjà de très sérieuses pistes, il est fort possible qu'une nouvelle se déroulant dans le même univers voit le jour, indirectement liée ou non à ces personnages. Mais je n'en dis pas plus, le projet serait réalisé de toute façon dans plusieurs mois, d'autres ont la priorité.

MERCI.

24bits
24bits
Niveau 14
19 juin 2012 à 09:14:43

Bon et bien il est temps que je m'y mette :)

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
19 juin 2012 à 10:09:02

Pareillement :hap: ...

_dexter75_
_dexter75_
Niveau 10
19 juin 2012 à 13:21:00

sale racl... :-(( :fete:
il n'y a rien de pire qu'une fin ouverte :snif2:

je plaisante évidement c'est une très bonne fin, mais très frustrante aussi :-) tout le jeu des personnages et dialogues, mise en scène est tout le tintouin sont toujours aussi excellent :oui: et c'est très bon final qui, même si frustrant, coïncide bien avec l'ensemble de ta nouvelle :bravo:

j'ai plein d'hypothèse sur la fin mais je bug sur un truc, pourrais-tu simplement me redire qui était Sarah car la j'ai véritablement un trou :(

best-07
best-07
Niveau 7
19 juin 2012 à 15:30:57

Merci pour ton retour. :)
Ça fait plaisir d'avoir eu un lecteur aussi assidu du début à la fin, c'est super sympa. :hap:
Je te réponds par mp.

PS : j'attends vos retours alors 24bits et crazymarty. :)

_dexter75_
_dexter75_
Niveau 10
19 juin 2012 à 15:50:10

ton histoire le mérite vraiment :ok: je pense meme sue tu pourrais essayer de la publier après une relecture complète, et peut être l'amélioration du chapitre un peu moins bon sur vega :rire:

_dexter75_
_dexter75_
Niveau 10
19 juin 2012 à 15:50:37

fail par :rire: mais :oui:

best-07
best-07
Niveau 7
19 juin 2012 à 23:39:18

La publication est le dernier de mes soucis, j'ai jamais été attiré par le monde de l'édition, je n'écris pas pour ça. Mais c'est gentil de considérer à ce point mon texte, ça prouve au moins que je ne suis pas le seul à l'apprécier. :)

Pour les nouveaux lecteurs, tant qu'à faire, vous ne voulez pas la version director's cut (oui, oui, ça n'a rien à voir, mais j'avais envie d'utiliser ce terme) ?

Des modif's mineures et d'autres majeures, qui pourraient vous faciliter la lecture. :)

24bits
24bits
Niveau 14
19 juin 2012 à 23:41:33

Moi je veux bien un lien. (Par MP de préférence :) )

best-07
best-07
Niveau 7
19 juin 2012 à 23:44:14

Je vais créer un blog bidon pour mettre les chapitres (c'est utile pour ça) avec une mise en page perso plus agréable. Je t'enverrai ça en mp dans les jours à venir du coup. :)

_dexter75_
_dexter75_
Niveau 10
19 juin 2012 à 23:54:35

et moi j'attend toujours ma réponse sur Sarah :sournois: :o))

_dexter75_
_dexter75_
Niveau 10
20 juin 2012 à 00:01:36

dsl du double post, mais pour revenir à cette histoire de publication, je pense qu'affiné elle mériterait d’être partagé. en tout cas elle en vaut le coup. évidemment c'est tes écrits et tu es seul juge de ce que tu en feras. je veux pas te forcer la main :-)

24bits
24bits
Niveau 14
20 juin 2012 à 00:15:48

Je pense que le plus simple est de créer un google doc accessible à tous ou à ceux à qui tu donnes le lien. Moi j'utilise souvent ça, c'est assez pratique pour partager des documents avec d'autres gens tout en le mettant à jour régulièrement.

Voilà pour la petite page pub :)

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