Me voilà de retour.
Après m'être un peu reposé, je viens de me remettre à l'écriture. Pour combien de temps, je sais pas trop. En tout cas, pour reprendre en douceur, je commence par une nouvelle mettant en scène des personnages que certains connaissent déjà. Bon, ça fait deux ans que j'ai quasiment pas écrit, donc je sais pas si c'est bon, mais en tout cas voici le début :
PIEGE DE GLACE
- Voilà, c’est ici.
Caderem Surmak planta une dernière fois son bâton dans la neige et s’arrêta à deux pas du précipice. Bien que le froid fût mordant, c’est la peur qui fit courir un frisson glacé dans son dos lorsque son regard sonda le gouffre. On eût dit qu’une hache géante avait frappé le flanc de la montagne, ouvrant une brèche de ténèbres dans le paysage jusqu’alors immaculé. Aux alentours, tout semblait paisible : la neige scintillait au soleil, le vent agitait doucement les aiguilles des pins qui se dressaient non loin, de la fumée s’élevait lentement depuis les cheminées du petit village en contrebas tandis que, bien plus haut, les sommets majestueux se dardaient fièrement vers le ciel.
Mais en dépit de ce calme, Caderem savait qu’une tragédie se jouait sous ses pieds.
Et qu’il n’avait pas de temps à perdre.
Se retournant vers les deux hommes qui l’accompagnaient, il leur désigna un pieu fiché dans le sol, à trois mètres de la crevasse, depuis lequel une longue corde s’enfonçait dans les profondeurs. Assis au bord du gouffre, Hans Lomar, un solide gaillard au visage buriné par le vent, guettait le moindre mouvement dans les ombres. Si quelqu’un devait apparaître, il était prêt à l’aider à remonter et à prendre soin de lui : un grand panier renfermant vivres et couvertures reposait à côté de lui.
- C’est là qu’elles sont tombées, reprit Caderem. C’est là aussi que les hommes sont descendus. Ca fait quatre jours, maintenant.
Le vieux berger et chef du village ne se souvenait que trop bien des événements. Gina Alman et sa fille Ana étaient allées ramasser du bois mort dans la forêt. Elles revenaient vers le village quand la terre avait tremblé. Le séisme, effroyable par sa violence et sa soudaineté, avait ébranlé toute la montagne ; Caderem, qui se réchauffait alors devant sa cheminée, avait bien cru que sa dernière heure était arrivée, que le monde allait s’effondrer sur lui-même. Mais il n’en avait pas été ainsi. Par miracle, le village n’avait pratiquement pas souffert : à peine quelques fissures dans le mortier qui maintenait les maisons. Caderem ne pouvait y voir autre chose que l’intervention de son dieu protecteur, Kârn.
Cependant, la bienveillance de Kârn n’avait pas suffi à sauver Gina et Ana. Lorsque la montagne s’était déchirée, la femme et la fillette avaient été englouties, avec une masse de neige colossale, dans la crevasse béante qui venait de s’ouvrir. Avalées par la terre.
Dès que le sol avait cessé de bouger, les villageois s’étaient précipités à leur secours, bien qu’il n’y eût pas grand-chose à espérer. Quand, du haut du précipice, ils avaient appelé les victimes, ils ne s’attendaient pas à une réponse. Le gouffre était incroyablement profond. La chute ne pouvait qu’être mortelle.
Pourtant, la fillette au moins avait survécu. Entendant les cris des villageois, elle les avait appelé au secours.
Caderem se secoua, tentant de chasser l’anxiété qui nouait ses entrailles. Puis il se pencha vers la faille et tendit le bras.
- Sa voix venait de là-bas, dit-il aux deux hommes qu’il avait guidés. Vous voyez, on distingue une ouverture dans la paroi, environ trente mètres en-dessous de nous. J’imagine que la neige l’y a poussée et a amorti sa chute. Ca lui a sauvé la vie.
Le plus grand des deux hommes hocha la tête puis s’accroupit au bord du gouffre, sans marquer la moindre inquiétude, parfaitement sûr de ne pas tomber. Son compagnon l’imita et, comme lui, détailla la roche et la cavité dans laquelle ils allaient devoir s’engager.
Caderem espérait de tout cœur qu’ils avaient une chance d’en ressortir.
Il frissonna de nouveau en se rappelant ce qui s’était produit quatre jours plus tôt. Rhôlj Alman, l’époux de Gina, était descendu dans le gouffre pour aller chercher sa fille. Mais lorsqu’il avait atteint l’ouverture, Ana n’y était plus. Il avait alors constaté qu’il s’agissait de l’entrée d’une grotte, qui s’enfonçait en pente raide et glissante dans les entrailles de la terre. La fillette avait probablement chuté et glissé dans les profondeurs du boyau.
En homme avisé, Rhôlj était remonté à la surface pour se munir de cordes, de piolets et de torches puis, accompagné de ses deux frères, il s’était engagé dans la grotte.
On ne les avait plus revus depuis.
Deux jours après leur disparition, Caderem avait ressenti un malaise plus profond que l’inquiétude qu’il éprouvait jusque-là. Il avait soudain acquis la conviction que, malgré les prières incessantes des villageois à Kârn, personne ne ressortirait du précipice sans aide. Au même moment, la certitude qu’une autre équipe de secours n’aurait pas plus de chances que la première s’était imposée à lui, implacable.
Caderem était le chef du village depuis huit ans. Jusque-là, il avait toujours pris les bonnes décisions pour protéger ses gens. Il avait su prévenir leurs biens des tempêtes et des brigands, défendre leurs moutons contre les maladies et les loups, mener chaque année une partie du troupeau à la ville et négocier habilement la vente de la laine et du bétail. Certes, il n’avait jamais dû faire face à une telle situation. Mais jamais, jusque-là, ses intuitions ne l’avaient trompé.
C’est pourquoi il avait contacté les Paladins Noirs.
Dès qu’ils étaient arrivés au village, Caderem s’était senti écrasé par leur simple présence. Ils étaient plus qu’impressionnants : il se dégageait d’une telle impression de force, d’adresse et d’efficacité qu’il était impossible de douter d’eux. Tous les villageois avaient immédiatement compris que s’il existait des gens capables de les aider, c’étaient eux.
Le plus grand avait dit s’appeler Alkion. Elancé, souple, son visage d’une pâleur mortelle contrastant avec le noir ébène de sa longue chevelure et le rouge flamboyant de ses yeux, il avait la beauté sauvage et glaciale qui caractérisait sa race : les Elfes Noirs, peuple mystérieux issu des confins du monde connu. L’autre, Olaf, était un homme d’une carrure impressionnante, à l’aube de la trentaine, les cheveux blonds, tout comme la barbe soigneusement taillée qui encadrait sa large mâchoire.
Tous deux étaient lourdement équipés. Leur armure complète, dont ils n’avaient retirés que les casques, protégeait parfaitement chaque partie de leur corps. En plus de l’équipement nécessaire à l’exploration de la grotte, ils portaient des armes menaçantes : une longue épée à la garde argentée et un élégant arc d’if pour Alkion, une hache et un sabre pour son compagnon.
Caderem, malgré son âge, était encore un bon marcheur. Cependant, après avoir conduit le plus vite possible les deux Paladins jusqu’au gouffre, il avait mal aux cuisses et peinait à retrouver son souffle, alors que les guerriers donnaient l’impression de n’avoir fourni aucun effort. Plus lents, les autres villageois commençaient à peine à les rejoindre.
Ayant terminé son examen de la paroi, Alkion se redressa et se tourna vers Caderem.
- Nous allons descendre. Je vous promets de faire tout mon possible pour retrouver vos gens.
Il se rapprocha du chef du village et lui parla sur un ton plus bas, afin de n’être entendu que par lui seul :
- Je ne sais pas ce qui nous attend là-dessous. Si jamais nous ne revenons pas, nous non plus, notre organisation enverra peut-être une autre équipe, peut-être pas. Quoi qu’il en soit, vous n’aurez pas à nous payer si nous échouons.
Caderem lui fut reconnaissant d’avoir baissé la voix : il ne voulait pas que les autres s’inquiètent davantage.
- Merci d’être venus, répondit-il. Et bonne chance.
Déjà Olaf avait vérifié les nœuds de la corde. Alkion la saisit en premier et, en quelques mouvements précis et assurés, gagna sans encombre l’entrée du boyau. Olaf descendit à sa suite, à peine plus lent que lui.
Puis les deux Paladins disparurent à la vue des villageois.
« Bonne chance, répéta mentalement Caderem. Que Kârn vous protège. »
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Première fois que je lis un texte DU KaiM
Et j'dois dire que c'est très prenant pour l'instant. Niveau scénar', j'peux pas trop me prononcer, forcément. Mais stylistiquement parlant, je vois que les éloges à ton égard ne sont pas infondées.
Je dirais donc tout simplement : sweet ? ![]()
Le style est toujours aussi bon, et tu réussis déjà à placer le début d'une intrigue dans ce début de texte... et je suis également bien content de voir Alkion. Je suppose par contre qu'il ne s'agit pas de la Guerre du Tigre mais plutôt d'une sorte de flash-black centré sur Olaf et le père de Nâmaric ?
Un défaut, tout de même : c'est bien trop court !
(comment ça, on sent le fanboy ?)
Comme toujours lorsque je lis du Kaim, je suis fan ! Je ne sais pas quoi dire d'autre tant ça sent le réchauffé que l'on t'as déja dit 100 fois mais encore une fois bravo.
Dis moi tu étais en MP c'est ça ?
Première réaction quand même : DU KAIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIM!!!!!
\o/ ![]()
Désolé, le fanboy qui ressort. ![]()
Maintenant, le "commentaire" :
P'tain, avec le temps, j'ai reconnu personne! \o/ Enfin, je sais que les noms d'Alkion et peut-être d'Olaf me sont pas étrangers, mais si t'avais pas parlé de Paladins...j'm'en s'rais p'têt pas souvenu.
A part ça...seems tu as encore progressé dans les descriptions, les ambiances...ce qui augure du meilleur concernant la Guerre du Tigre.
(du meilleur au sens où y'aura pas que les combats qui roxxeront à mort)
Mais bon, évidemment, on t'attend au tournant pour Ze marque de fabrique de tes textes : les combats qui ne manqueront pas d'arriver. ![]()
"(du meilleur au sens où y'aura pas que les combats qui roxxeront à mort)"
Faux fan.
Non pour moi dans le cycle d'Alexandre il y avait déjà tout, mais des choses qui pourraient être approfondies (notamment niveau description du monde, même s'il y avait déjà eu du progrès depuis les Bracelets (un point de vue habillage/style je parle, on pourrait critiquer la relative tendance au grosbillisme des personnages, par exemple également)).
Et ne pas se souvenir d'Alkion et d'Olaf, franchement, c'est moche.
Mais...t'es qui toi, au fait? ![]()
Un lecteur. Je ne m'étais jamais inscrit sur ce forum parce qu'à l'époque je n'écrivais rien qui soit suffisement bien pour être posté, et je me voyais mal juste commenter. J'ai commencé à traîner ici au début du siège de Dümrist, et j'ai un peu déserté à un moment... à l'époque, on voyait ApoloJ, Amir/Unknowlegde et ses 50340 autres pseudonymes, un certain Snake, la Salle des Duels avait été uppée, Negatum venait plus ou moins d'arriver il me semble, et je suis revenu, principalement parce que les 2 ans de classe prépa de KaiM étaient écoulés.
Ah ok, je suis donc pas complètement sénile quand je sais pas qui t'es. \o/
Bon, stop flood, c'est un topic du Maître quand même.
Fluide, quoiqu'il y ait deux trois répétitions et lourdeurs du genre.
Question scénario, c'est une mise en bouche très apéritif, mais j'imagine que ça va mal tourner avec des combats et tout ça, la seule chose que j'espère c'est ça finira en bourrin du genre Namâric style "r'gardez, j'kill trois trolls en même temps les yeux fermer avec un cure-dent" =/
Enfin bon, j'attends la suite aussi. (genre j'ai le choix)
wha, j'ai enfin lu du Kaim
Et la rumeure est belle et bien fondée
. C'est vraiment un régal de te lire, aussi bien sur le fond que la forme. Une mise en bouche vraiment agréable, si bien que j'ai que deux mots sur les lèvres :
bravo
!
et suite ![]()
Et ben moi j'aime pas... quand un gars poste son texte et a de suite trente milliards de commentaires >_<
En même temps, ce doit être ce truc qu'on appelle le talent ^^
Honnêtement, c'est la première fois sur ce forum que j'ai l'impression de lire un écrit de fantasy qui n'a pas cet arrière goût amer d'amateurisme. Tu m'as l'air bien rôdé en ce qui concerne ce genre, et ton style est, ma foi, assez irréprochable (=blabla habituel sur la fluidité et l'efficacité indispensables à un tout récit de fantasy qui se tient).
Un petit problème, par contre : je suis obligé de me taper l'intégralité de ton oeuvre pour comprendre la suite de l'Histoire ?
Nan, c'est juste une nouvelle annexe. Bon tu sais pas qui sont les Paladins mais je doute que ce soit vraiment gênant. ![]()
Ceci dit, lire le Cycle ne peut absolument pas te faire du mal. ![]()
Manque de temps...
Merci de me rassurer en tout cas^^
Sauf si tes yeux explosent parce que lire huit cents pages sur un écran d'ordi, ça fait mal si on essaie de le faire en un coup.
Bah, ça dépend des gens, hein. ![]()
Moi ça m'avait pas explosé de faire les Bracelets plus la moitié (ou les deux tiers? C't'ait pas fini à l'époque) de la Cathédrale d'une traite. ![]()
Bon, le Cycle entier, j'avoue que...ça doit se faire sur trois jours, quatre si on lambin ou fragile des noenoeils. ![]()
Avec ou sans pause sandwichs?
(ça me ferait bien marrer de voir dans le journal: "Un geek retrouvé mort devant son pc:il a oublié de se nourrir tellement il était pris dans une fiction trouvé sur le net."
)
Avais lu Bracelets + Cathédrale + moitié du Siège d'un coup.
Bah ouais, j't'ais allé manger quand même vu que j'avais commencé vers 11 heures.
Mais j'avais dû y passer toute l'aprèm' ou quelque chose du genre^^ \o/
Eh ben, je pensais pas obtenir autant de commentaires aussi vite. Ca fait plaisir.
Zangetsu
A priori, pas besoin d'avoir lu le Cycle pour comprendre cette nouvelle.
Bref, content que ça plaise, et merci à tous. La suite au prochain post. ![]()