Voilà le fruit de mon ennui…Euuh, je dois vous avertir qu’il n’y a pas d’action là dedans donc ne lisez que si vous êtes insomniaque…ou alors que vous ne cherchez pas une histoire de brute épaisse quoi…
Je cours, je cours à en perdre haleine. Je saute sur une le capot d'une voiture accidentée, bondis sur son toit puis regagne le sol. Je manque mon atterrissage et tombe. Ils se rapprochent, j'entends le bruit de leurs pas trainants et leur respiration sifflante. Ils arrivent.
Je me redresse péniblement et, sans me retourner, je reprends ma course folle au travers de la ville dévastée. Je plonge dans une petite ruelle sombre et continue ma course. Un cul de sac. Un grillage d'au moins deux mètres m'empêche de fuir. Les grognements se rapprochent.
Sans réfléchir davantage, je m'élance et commence à escalader frénétiquement le grillage. Je bascule de l'autre côté et tombe lourdement au sol. Une terre meuble amortie ma chute mais j'ai le souffle coupé. Pendant quelques instants, je n'arrive plus à inspirer. La panique me gagne, je gesticule vainement. Mon souffle finit par me revenir mais j'ai les poumons en feu. Un râle me fait lever mon visage plein de terre. Collée au grillage, l'une de ces choses me regarde fixement. C'est un homme, ou plutôt c'en était un. Ses habits ne sont plus que des haillons et par les multiples déchirures de ses vêtements, je peux apercevoir une chaire noire, pourrie depuis des jours. Des lambeaux de chaire pendent lamentablement, certains manquent. Ses mains sont pleines d'un sang noir depuis longtemps et dont la provenance restait indéfinissable.
Le pire restait son visage, caricature humaine. Les traits tordus dans un rictus de haine, une joue déchiré dont les restes sanguinolents pendaient le long de d'une mâchoire brisée. Son coup portait des traces de morsures profondes et des croûtes noirâtres s'étaient formées en se mêlant à la crasse pour refermer les plaies encore suintante de pus. Son regard vide me fixe et il se met à hurler en tentant d'arracher le grillage qui nous sépare. Dans sa frénésie, il s'entaille les mains et bientôt, des morceaux de peau puis de chaire s'arrachent de ses mains flétries. Cela ne semble pas l'affecter et il continue de secouer le grillage, hurlant de plus en plus fort. D'autres de ces créatures s'amassent et sous leurs efforts conjugués, le grillage commence à céder. Je reste quelques instants encore, pétrifié par l'horreur, puis, reprenant mes esprits, je me remets à courir. Je traverse un terrain vague avant de m'engouffrer dans un petit pavillon en passant par la porte de derrière. Je rentre et ferme précipitamment la porte derrière moi avant de m'affaler au sol pour reprendre mon souffle. Je n'en peux plus.
Et si ces créatures sont également présentes ici ?
Aucune importance, qu'elles viennent, je n'ai ni la force ni même l'envie de fuir encore.
Néanmoins, après plusieurs minutes de repos, je trouve la force de jeter un œil à ce qui m'entoure. Une cuisine. Les murs sont d'un blanc sale, la vaisselle n'est pas faite... Je me redresse et me met lentement en marche. Je pousse une porte et me retrouve dans le salon. Trois cadavres y sont alignés.
Ca pue. Je m'approche. Il s'agit d'un homme, d'une femme et d'une fillette. Tout les trois ont une balle dans le crâne, les murs et la moquette sont tapissés de sang, de cervelle et de morceaux d'os... Encore une bande de désespérés me dis-je. Je me penche pour récupérer le flingue des mains de l'homme.
Son corps est froid et j'ai du mal à lui faire lâcher l'arme à cause de la rigidité cadavérique qui s'est emparée de lui. C'est un petit Smith & Wesson chromé, tout ce qu'il y a de plus ordinaire. J'ouvre le barillet, trois douilles sautent hors des chambres et vont rouler sur le lino plein de sang coagulé.
C'est un six coups, il reste donc trois balles dans le barillet. Je passe rapidement à l'étage car je n'ai pas envie de m'attarder davantage en la compagnie de ces trois cadavres putréfiés et de l'odeur de mort qu'ils dégagent. Je pénètre dans une chambre et, sans plus attendre, je m'allonge sur le lit et m'endors comme une masse.
Il est midi, voilà deux heures que je suis levé. J'ai trouvé de quoi manger dans le réfrigérateur de la cuisine et une petite boîte de balles dans un tiroir d'une commode. Je m'apprête à sortir. Pourquoi faire ? Pour aller où ? Je n'en sais rien, mais je n'ai aucune raison de m'attarder ici davantage.
Je m’aventure dans la rue déserte. Il fait beau. Nous sommes au milieu de l’automne et les arbres arborent de magnifiques couleurs allant du jaune au rouge en passant par le brun et l’orange. Je suis dans un quartier pavillonnaire comme il y en a beaucoup dans la partie sud de la ville. Le quartier autrefois tranquille est dans un triste état. Clôtures défoncées, voitures accidentées, route trouées, habitations dévastées… Et sur ce chaos règne un silence absolu rendant la scène irréelle. Je m’avance lentement dans la rue sans trop prêter attention à mon environnement. Après tout chaos et dévastation ne sont-ils pas mes compagnons depuis plus de deux semaines maintenant ?
Trois semaines sans revoir âme qui vive…c’est plutôt déprimant mais bon…je n’ai jamais eu de vrais amis alors cela n’a, finalement, pas vraiment d’importance.
Je continu ma route en marchant tranquillement entre les voitures qui encombrent la chaussée, silencieuses. Les vitrines sont brisées et le verre craque sous mes pas.
Je n’ai pas vraiment de but, où aller de toute façon ? Partir ? Pour où ? Et pour quoi faire ?
Le soir commence déjà à tomber et je me mets à chercher un abri pour la nuit. Je rentre dans un bel immeuble. Un hôtel quatre étoiles. J’adore aller passer du temps dans les quartiers riches et les beaux hôtels. Après tout, plus rien n’a de prix désormais n’est ce pas !?
Tout est silencieux dans le hall, je me dirige vers la réception et inscrit mon nom sur le registre avant de prendre la clé de la suite nuptiale. La grande classe en somme. Je monte tranquillement les escaliers jusqu’au cinquième étage et rentre dans la chambre. Beau lit…dommage que j’y sois seul. Bah, c’est sans importance.
Je m’allonge en travers du grand matelas, ni trop dur ni trop mou. Cette journée était vraiment tranquille, je n’ai pas croisé l’ombre d’un chat. Au bout de quelques minutes, mes yeux se ferment et je m’endors.
J’ai faim… Je viens de me réveiller et j’ai faim, très faim. Il doit bien y avoir de la nourriture dans le coin ! Lentement je me mets en marche, titubant. Les effets de l’inanition…
Me voilà dans les couloirs. Au hasard je rentre dans une chambre.
Là ! De la nourriture ! Celle-ci est étalée par terre, abandonnée. J’ai tellement faim…je ne vais pas faire le difficile ! Je me penche avec difficulté. Je ressens un petit tiraillement dans ma cuisse droite. Elle saigne !? Sans importance, je dois d’abord manger !
Je me retourne vers ma nourriture.
Ca y est, me voilà arrachant à pleine dents les intestins du cadavre étendu devant moi !
Quel délice !
…