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Votre avis...

Mac-Artist
Mac-Artist
Niveau 10
22 février 2004 à 16:44:49

Puisque mes mains m´abandonnent, j´ai résolu de m´essayer à la rédaction d´un livre sur mon métier. Mais je ne veux pas le faire comme une longue succession de descriptions du travail et j´ai décidé de romancer un peu. J´aimerais avoir votre avis sur les premières lignes que j´ai déjà couchées sur le papier...
Je n´ai pas encore défini le titre mais ce devrait être: Voyage au coeur d´un violon, ou quelque chose d´approchant....
J´ai à dessein cité plusieurs fois dans la même phrase le mot Maître, car vous allez le voir, c´est un personnage clé de mon histoire...

Chapitre 1

An de Grace 1741.

Le Maître avait envoyé Antonio-Giuseppe, son apprenti, chercher le vernis chez l’apothicaire, ce vernis qui devait servir plus tard à embellir les violons du Maître. Tout en marchant, Antonio-Giuseppe se prit à rêver… Comme il aimerait bien lui aussi, pouvoir faire de beaux violons comme ceux du Maître. Personne ne pouvait rivaliser avec le Maître. Il connaissait tout, les arbres, le bois, la musique... Et ses mains!.. Elles étaient partout à la fois ses mains... Comme magiques, et les planchettes de bois se mettaient à chanter sous les caresses des outils. Oui, c’était cela, le Maître savait caresser le bois avec amour, respect… Ah ! Antonio-Giuseppe aimerait bien savoir caresser le bois comme le Maître, et aussi caresser la belle Maria-Amelina, la flle de la lavandière, si jolie dans son cotillon bleu et sa blouse blanche qui modelait sa jeune poitrine, et qu’Antonio-Giuseppe regardait à la dérobée à travers la fenêtre de l’atelier du Maître quand elle passait dans la venelle pour se rendre au lavoir.

Maria-Amelina jouait du violon, lorsque les travaux ménagers achevés, le soir, elle profitait de moments de loisirs, plutôt que d’aller traîner en ville et être la cible des garçons entreprenants. Antonio-Giuseppe l’avait vue et entendue répéter, par sa fenêtre ouverte, alors qu’il déambulait un soir par les rues, un peu à l’écart de la bourgade, et que ses pas le menaient souvent à proximité de la demeure de la jeune fille. Depuis, il avait pris l’habitude de se promener dans le quartier et, à moitié dissimulé par une haie d’arbustes, il écoutait avec ravissement les mélodies si bien jouées par Maria-Amelina. Il savait qu’elle n’avait qu’un instrument de médiocre qualité, aussi, se jura-t-il un soir alors qu’il se laissait bercer par la douce musique, de lui offrir son premier violon quand le Maître lui aurait enfin permis d’en fabriquer un.

Antonio-Giuseppe n’était pas vraiment un beau garçon. De taille moyenne, il n’avait pas l’allure du bellâtre Luciano, son rival, qui tournait toujours autour de Maria-Amelina en riant bêtement, il n’était pas musclé comme Faustino, le fils du forgeron-maréchal-ferrand, qui frappait toute la journée du marteau sur l’enclume en compagnie de son père. D’ailleurs Antonio-Giuseppe avait un peu peur de Faustino et de sa face tannée par la chaleur du foyer et il ne s’avanturait jamais de son plein gré dans les parages de la forge, l’atmosphère qui s’en dégageait ainsi que cette odeur de feu le mettaient mal à l’aise. Il n’était pas chétif mais il donnait une impression de fragilité malgré une démarche lourde, gauche, lente, comme fatiguée.

Antonio-Giuseppe n’était pas originaire de la ville. Agé d’environ dix huit ou dix neuf ans, il était orphelin et il semblait ne pas très bien savoir depuis quand, comme si la perte de ses parents avait occulté certaines de ses facultés, provoqué une sorte d’amnésie. Cela le rendait discret sur lui-même. On savait seulement qu’il était tout enfant lorsque s’était produit le drame et qu’il avait été recueilli par les religieux de l’abbaye de San Bernardo, voisine de son village natal, lui-même à quelque distance de la petite ville où il habitait maintenant. Le Maître, homme brave et bon lui avait aménagé en chambrette confortable le réduit inoccupé situé entre l’appentis et le fond de l’atelier, où était entreposé le bois à sécher. Ainsi, Antonio-Giuseppe était souvent le premier à ouvrir les volets et la porte de l’échoppe, et il humait avec plaisir les parfums mélangés que dégageaient les planchettes de sapin, d’érable, d’ébène et même de palissandre, que certains ébénistes appelaient également le bois de rose.
Il avait gardé de son séjour forcé chez les religieux la soif d’apprendre, que lui avait dispensé le père Anselmo. Antonio-Giuseppe avait beaucoup aimé et aimait toujours énormément le père Anselmo. Ce dernier lui avait appris à lire, compter et écrire, avec fermeté, mais avec une douceur et une patience qui avait forcé l’admiration du garçonnet. Depuis, Antonio-Giuseppe entretenait soigneusement ce savoir tombé miraculeusement du ciel, passant le reste de ses soirées, après sa promenade, à lire des livres qu’il empruntait au bibliothécaire de la ville, ou a remplir des pages d’écriture, assis à sa petite table. Le père Anselmo lui avait également enseigné l’art de la calligraphie, s’étant aperçu très vite des dons manuels du garçon. L’écriture d’Antonio-Giuseppe, admirablement dessinée, pure, légèrement penchée, était d’une très grande beauté. Elle plaisait au Maître. En revanche, il n’avait pas retenu grand chose de la théologie, qu’il avait dû étudier sous la direction du père-prieur Domenico, et il avait perdu l’habitude de réciter ses prières le soir avant de se coucher. D’ailleurs, il ne faisait plus attention au petit crucifix pendu au mur au dessus de sa couche.

Il arriva chez l’apothicaire et entra dans l’officine.
—Bonjour Antonio-Giuseppe, dit l’apothicaire. Quel bon vent t’amène ? Ah, mais je vois, tu viens chercher du vernis pour ton maître n’est-ce pas? ajouta-t-il en apercevant dans la main du jeune homme le flacon marbré des veines rougeâtres du vernis desséché.
—Bonjour Signore Adolfo, dit Antonio-Giuseppe, oui, je viens chercher du vernis pour le Maître. Le pot est-il ouvert depuis longtemps, Signore Adolfo?
—Non, tu n’es que le deuxième à venir prendre du vernis, pourquoi Antonio-Giuseppe?
—Parce que le Maître m’a bien recommandé de prendre garde à ce que vous ne me donnassiez point le fond du pot, répondit timidement Antonio-Giuseppe en baissant le front et en rougissant légèrement.
—Hé, crois-tu que j’eusse donné ainsi le fond du pot à ton Maître, lui qui fait les plus beaux instruments de musique de toute la ville, répondit Adolfo d’un air offusqué. Allons, je vais verser lentement devant toi, ainsi tu pourras dire au Maître que tu m’as surveillé.
Et l’apothicaire se mit à verser avec soin le vernis épais, qui coulait sans bruit dans le flacon, comme de l’huile.
—Merci Signore Adolfo, dit Antonio-Giuseppe lorsque son flacon fut rempli. Pourrai-je en avoir moi aussi quand je ferai des violons comme le Maître?
—Ha ha! répondit en riant l’apothicaire, il te faudra faire de beaux violons avant d’avoir droit à du beau vernis. Apporte-moi ton travail quand tu en auras fini un, et, s’il me plaît, je te donnerai du vernis, c’est juré.
Antonio-Giuseppe repartit tout content vers l’échope de son maître, raillé au passage par ce bellâtre de Luciano, qui lissait d’un air supérieur, le duvet qu’il prenait pompeusement pour une moustache.
—Tu en as mis du temps, dit le Maître, penché sur son établi, tournant le dos à la porte ouverte, étonnant Antonio-Giuseppe qui pourtant était entré sans bruit dans l’échope. Tu as bien vérifié que l’apothicaire, ce vieux filou, ne t’a point donné le fond du pot?
—Oui Maître, j’ai bien surveillé, et j’étais le deuxième à être servi. Mais... Maître, pourquoi le Signore Adolfo est-il un filou?
—Parce qu’il essaie toujours de vider le pot jusqu’au bout bougonna le Maître. Et au fond du pot, il y a les scories et les déchets de la pâte, et je ne veux pas voir cela sur mes instruments. Voilà pourquoi Adolfo est un vieux filou. Bon! Cessons là cette conversation et viens ici regarder comment je tiens la varlope, puis le rabot pour aplanir cette table de mon prochain violon car tu vas m’aider...

Les deux hommes se penchèrent sur l’établi et Antonio-Giuseppe apprit ainsi à manier la varlope et le rabot. Il connaissait déjà le travail à l’aide du canif, il lui restait à apprendre le façonnage des voûtes à l’aide de la gouge et des petits rabots, ainsi que la sculpture du coquillon de tête avec les dix gouges fines. Il était fasciné par ces petits rabots qui couraient sur les voûtes en crachant leurs cheveux de bois. Les lames de certains d’entre eux étaient dentées pour éviter au beau bois d’érable qui deviendrait le dos du violon, d’éclater sous la morsure du fer.
Bientôt, le Maître l’avait promis, il pourrait utiliser ces petits rabots lui aussi. Antonio-Giuseppe se mit à rêver. Il allait fabriquer les plus beaux violons... Après ceux du Maître, et son premier serait pour Maria-Amelina.

Kytiara
Kytiara
Niveau 10
22 février 2004 à 17:06:46

Excellente idée le bouquin!
Et zut pour tes mains!

Bon, j´ai lu le début et ça me donne envie de connaitre la suite!
Quelques remarques:
- le héros à un prénom long, les gens de son entourrage devaient surement lui donner un surnom ( Toni, Peppe, . ..) Surnom que tu pourras utiliser dans les dialogues.
- le héros je le voit un poil plus jeune. Je lui donnerai plutot 16-17 ans, sur tout par rapport à l´époque choisie.
- prévoit déjà un lexique pour les ignards comme moi... varlope=?

Rien d´autre à signaler pour le moment.
Bonne chance pour la suite!

zobinator
zobinator
Niveau 10
22 février 2004 à 17:58:12

oula : a la fin ca devient technique :)

bon jai trouvé ca vraiment bien , tres agreable a lire , tres léger , aucun anachronisme facheux , l´atmosphère temporelle si jose dire :/ semble bien retranscrite ( cf les allusion aux abbayes , aux nombreux métiers manuels av les apprentis ) , la théologie . On se sent vraiment plongé ds l´ambiance et fraîche d´un village paisible , ou les femmes vont au lavoir , ou les amours sont timides et les contacts chaleureux .

Et je dois dire ke cette idée de romancer une étude est sans doute un bon parti pris , une bonne manière de nous ouvrir les portes d´un monde qui pourrait nous effrayer ds sa forme la plus brute .

zobinator
zobinator
Niveau 10
22 février 2004 à 18:02:29

juste une ptite remarque de forme :
" donnassiez" " j’eusse"

bon d´accord le gars a ptet acquis certains usages de la cour et des " bonnes gens " à travers ses études , mais bon on est kan mem ds le salon de Louis 15 . . Meme si ce langage courtois s´étend au delà de la cour , ca me parait assez peu plausible de l´entendre sortir de ce contexte a travers ces personnages. Enfin perso ca m´a fait tilter :)

zobinator
zobinator
Niveau 10
22 février 2004 à 18:03:14

" mais bon on est kan mem ds le salon de Louis 15 . . "

jai oublié le " pas "

Skyz07
Skyz07
Niveau 10
22 février 2004 à 18:04:20

Coucou Mac.

Geniale l´idee du livre !

Alors, et bien le style, j´aime bien, et l´histoire traite d´un sujet que je ne connais que peu, et qui donc, m´interresse.

Les seuls trucs que je pourrais dire c´est bonne chance, et explique nous comment tu vois ca, je veux dire, comment tu veux monter le recit.

En tout cas excellante initiative Mac :ok:

Tiens nous au courant :)

Mac-Artist
Mac-Artist
Niveau 10
22 février 2004 à 18:30:05

Eh bien merci à vous deux pour votre appréciation, qui me donne envie de continuer... En réalité j´ai déjà rédigé une bonne trentaine de pages. Mais je retiens l´idée d´un vocabulaire en fin de récit.
Kyt, au départ, j´avais aussi pensé donner 16-17 ans à mon héros, cependant je crois que son âge actuel passera mieux avec la suite du récit. Je ne peux pas encore tout dévoiler.
Zobi, merci pour ton appréciation sur le style. J´essaie de ne pas être trop fouillis car le sujet n´est pas simple...
Le prénom est une addition des prénoms de Stradivarius et de Guarnerius, reportez-vous à mon site... Mais je vais voir effectivement si un diminutif peut passer, car souvent à cette époque, les prénoms étaient prononcés complètement, comme j´ai pu le lire dans un livre consacré à la famille Guarneri. C´est donc à étudier...

Mac-Artist
Mac-Artist
Niveau 10
22 février 2004 à 18:41:05

Merci skyz... Si cela plait, je continue... Promis!

Zobi, j´ai aussi pensé à cet aspect du langage, et, aussi paradoxal que ça puisse paraître, les petites gens maniaient parfois mieux la langue que la noblesse de cour, cela aussije l´ai trouvé dans le livre sur la famille Guarneri. Il ne faut pas oublier que certains luthiers travaillaient pour des cours, des rois, des princes et autres nobles, et qu´ils sortaient souvent des mains des jésuites qui les avaient éduqués...

Masterbow
Masterbow
Niveau 11
22 février 2004 à 19:49:08

:salut:

Je trouve l´idée d´exposer ton métier au travers d´un roman vraiment pas mal ; )
Je ne suis pas vieux ici, mais je me suis aperçu que tu adorais ton métier... :hap:
:ok:

Pour le texte, j´ai fortement apprécié, léger, fluide, avec pour seuls obstacles les noms un peu long et un vocabulaire qui me dépasse :/

Disons aussi que ce n´est que le début, et que même si c´est bien écrit, j´attend la suite pour me faire une meilleure opinion :hap:

:ok:

Kytiara
Kytiara
Niveau 10
22 février 2004 à 21:13:03

Mac, si tu le publie, je voudrai une dédicace! :ok:

Link-shading
Link-shading
Niveau 10
22 février 2004 à 21:46:04

Oui, c´est vrai Mac, c´est une très bonne idée et un bon début. :ok:

A quand le livre ? :)

Mac-Artist
Mac-Artist
Niveau 10
22 février 2004 à 22:53:03

Bon ben j´ai compris!!!

Bonjour les nuits blanches...

En gros, la trame est la suivante: un jeune apprenti fabrique, en dehors de son travail, un seul et unique violon et meurt, ou disparaît, laissant son Maître anéanti, l´histoire est donc simple. Mais on va suivre la création de l´instrument, la description des outils tout au long des pages, et je vais essayer de faire passer l´émotion qui se forge lors de la fabrication, comme le fait que le Maître a cette faculté de faire chanter le bois sous l´outil, dans ma première page.
La deuxième partie est encore floue dans ma tête. Je voudrais donner au violon de ce jeune apprenti une sorte de pouvoir magique qui donne à celui qui le joue, une telle virtuosité que l´instrument finit par transcender l´interprète et l´oeuvre jouée...
Voilà en gros ce que je pense faire...

Mac-Artist
Mac-Artist
Niveau 10
22 février 2004 à 23:26:43

J´ai oublié de mentionner que dans un souci de recherche d´authenticité, j´ai refait toutes les translations de centimètres en pouces et lignes, mesures en vigueur à l´époque. Sachez qu´un pied valait 30.4 cm, le pouce 2.54 cm et la ligne un douzième de pouce... A vos règles à calcul!!! Gné gné...

:-d

Skyz07
Skyz07
Niveau 10
23 février 2004 à 09:02:39

Dans la deuxieme partie ca pourrait etre interressant de voir le violon perdurer, au travers de ses divers proprietaires, et a chaque fois le montrer avec son epoque...
Un histoire de la musique en suivant le parcours d´un violon a l´histoire tragique :)

( Ceci n´est evidemment qu´une simple idee, fait comme bon te semble Mac ; ) )

Et Mac, si t´es publie, dedicace le nous :-)

Je vois bien le truc : Je dedie ce livre a ma femme, mes amis, et au forums livres sur jv.com :rire:

Mac-Artist
Mac-Artist
Niveau 10
23 février 2004 à 10:42:09

Bonjour à tous...
Voici un autre passage de mon récit, mais ce n´en n´est pas la suite directe... Si je vous divulgue tout ici je perdrai des clients...
Faut bien vivre hein?...

:-)

( ...)
Le soir approchait. Alors que le Maître commençait à ranger les derniers outils utilisés, Antonio-Giuseppe lui demanda s’il l’autorisait, avant de monter diner, à aller faire une courte promenade. Sur un signe affirmatif, le jeune homme sortit rapidement et se dirigea vers la maison du charpentier.
—Eh bonsoir, fit le charpentier Vittorio souriant. Aurais-tu l’intention de quitter le Maître pour venir travailler chez moi?
—Bonsoir Signore Vittorio!... Oh non, je suis si bien chez le Maître, il est si bon pour moi, je ne veux pas le quitter. Je viens juste voir si vous avez quelques restants de planches de chêne ou de hêtre que vous utilisez pour votre travail.
—C’est pour le Maître? demanda innocemment Vittorio.
—Non Signore Vittorio, c’est pour moi. Je voudrais me faire un moule pour mon premier violon, mais je voudrais que le Maître ne soit pas mis au courant, je voudrais lui faire la surprise et poser un jour devant lui mon violon fini.
—Bon, d’accord Antonio-Giuseppe, regarde dans ce coin là-bas, il me semble que tu vas trouver ton bonheur, c’est du bois ancien, très dur, ton moule ne gauchira pas et ton violon sera très beau.
Antonio-Giuseppe s’en fut vers l’endroit indiqué et se mit à fureter au milieu des morceaux de bois de toutes tailles et de toutes essences. Il trouva finalement ce qui lui convenait, sous la forme d’une planchette de chêne dont il jugea immédiatement la taille comme étant bonne et revint vers Vittorio. Le charpentier était occupé à réaliser une grosse maquette d’un faîtage et Antonio-Giuseppe admiratif le regardait assembler les éléments uniquement fixés par des chevilles, et qui venaient parfaitement s’imbriquer les uns dans les autres. Il hésitait à rompre le charme en s’adressant à Vittorio, mais celui-ci releva la tête.
—Tu as trouvé de quoi te satisfaire, à ce que je vois. Montre-moi cette planche, dit Vittorio en tendant la main. Il examina la planchette et la rendit à Antonio-Giuseppe.
—Signore Vittorio, commença Antonio-Giuseppe, pardonnez-moi, mais je n’ai pas apporté de quoi vous payer. Voulez-vous me la mettre de côté, je reviendrai demain...
—Allons allons, le coupa Vittorio, je sais que le Maître ne te paie encore que comme apprenti, et que ton pécule ne doit pas être bien épais, ensuite, si tu n’avais pas pris cette planchette, elle aurait probablement fini dans l’âtre d’un ami, du forgeron ou de ma propre maison. Va, et fais-nous un beau violon, pour faire honneur à l’enseignement du Maître.
—Merci Signore Vittorio, répondit Antonio-Giuseppe, je vous promets de faire de mon mieux. Et il rentra à l’atelier, rangea sa planche et monta prendre sa place à la table pour le souper.
Le Maître, lorsqu’il avait décidé d’enseigner le métier de luthier à Antonio-Giuseppe, avait très vite jugé des capacités physiques et intellectuelles du garçonnet qu’il était alors, à peine âgé de treize ans. Cet enfant, orphelin qui avait été recueilli par des religieux dévoués, lui ayant inculqué d’excellentes bases, était pour lui, même s’il cherchait à s’en défendre, un peu comme un fils que le ciel lui aurait envoyé pour le consoler de ne point avoir de descendance directe. Aussi, avait-il décidé qu’Antonio-Giuseppe prendrait ses repas à la table familiale et serait traité comme un fils. Le Maître appréciait l’affection que lui portait le garçon et, sous son éternel aspect bourru, il la lui rendait bien. Il appréciait aussi énormément qu’Antonio-Giuseppe l’appelât “Maître”, conservant par là-même une certaine marque de respect malgré son attachement.
—Comment s’est déroulé cette promenade? demanda le Maître d’un air innocent?
—Fort bien Maître, répondit le jeune homme. Je suis allé rendre visite au signore Vittorio, je me suis choisi une planchette de chêne pour le moule du violon que je ferai un jour, et j’ai admiré la maquette d’un faîtage qu’il était occupé à monter.
Le Maître fut secrètement très satisfait de constater qu’Antonio-Giuseppe avait spontanément répondu et dit la vérité, l’ayant aperçu par sa fenêtre, se dirigeant vers l’atelier, sa planchette à moitié dissimulée sous son bras.
Le repas terminé, Antonio-Giuseppe, après avoir aidé à serrer les ustensiles et la vaisselle dans le dressoir, s’en retourna marcher un moment et ses pas le menèrent comme d’habitude près de chez Maria-Amelina. Il entendait déjà, de loin le chant du violon de la jeune fille qui se mettait en doigts en exécutant une série de gammes. Antonio-Giuseppe pensait déjà à la manière dont il allait traiter les voûtes, donner à son violon le timbre idéal et le son en parfaite osmose avec la personnalité de la jeune fille. Son esprit mettait en place tous les éléments devant aboutir à un succès, et il se mit à sourire dans l’ombre, en pensant à Vittorio penché sur sa maquette, assemblant les pièces de son faîtage. Oui pensait-il, tout se regroupait dans sa tête avant même que le bois soit travaillé. Il sentait ce violon d’une façon tellement intense que cela lui en devenait presque douloureux physiquement. Il resta encore un moment, puis entendant sonner dix heures du soir, il reprit le chemin de l’atelier et y pénétra par la porte du jardinet à côté de l’appentis. Il sortit son dessin et se mit immédiatement au travail, jugeant les yeux mi-clos, de la forme de son violon, puis il recommença à dessiner, amenant une retouche par ci, une nouvelle courbe par là. Deux heures sonnèrent au clocher de l’église lorsqu’Antonio-Giuseppe se redressa totalement épuisé mais heureux. Il venait d’achever son dessin et le regardait maintenant de loin, approuvant les rondeurs et les formes. Sur le papier, le violon prenait une allure hardie, les courbes étaient pleines, les CC très ouverts et les coins assez courts. Le modèle était relativement large et un peu plus petit que la moyenne, n’excédant pas 13 pouces et presque onze lignes, lui conférant un aspect très charpenté. Les ouïes ressemblaient à deux traits presque droits se terminant cependant par des courbes d’une grande délicatesse, donnant à leur forme un air décidé. La volute était pleine de hadiesse, volontaire, bien plantée au bout d’un cheviller large aux courbes pleines, onctueuses. Il remisa soigneusement les affaires à leur place et alla se coucher.

Vilain_ti_canar
Vilain_ti_canar
Niveau 10
23 février 2004 à 21:26:46

Me voilà pour feuilleter les 1eres pages de ton livre . ..

Je trouve ce début tres bon et tres prometteur . Tu nous plonges dans cet univers moyenâgeux des luthiers à l´époque de l´amour du travail bien fait , et on y rentre tres volontiers :-)) D´emblée , le personnage est attachant et on souhaite impatiemment connaître sa destinée . ..tragique :)

L´odeur des essences exotiques , des vernis savamment preparés affleure à nos sens , ce qui n´est pas sans rappeler " Le Parfum" de Süskind , ( livre que j´ai adoré :))
Franchement , je trouve cela vraiment tres bien et dejà je suis attaché à cet Antonio-Guiseppe ! :-))) Je ne peux que t´encourager vivement à poursuivre ce recit et à le publier !
Je repasse ce soir , plus tard pour lire le 2eme chapitre et en parler plus longuement !

PS: " Il hésitait à rompre le charme . .." j´ai trouvé la metaphore osée dans un atelier ou il y´a beaucoup de bois LOL ! A plus Mac !

Mac-Artist
Mac-Artist
Niveau 10
23 février 2004 à 23:06:56

Bonsoir Vilain_ti_Canar...
C´est toujours un grand plaisisr de dialoguer avec toi...
Ton appréciation est flatteuse et me donne vraiment envie de continuer la rédaction. Mon plan de l´ouvrage est maintenant arrêté et le canevas posé, je vais pouvoir un peu broder...
Pour que tu te fasses une idée visuelle du travail, va donc faire un tour sur ce site:
http://macartist.free.fr
L´époque a changé mais les méthodes restent ancestrales...

Mac-Artist
Mac-Artist
Niveau 10
23 février 2004 à 23:40:40

Voici encore deux autres extraits sans suite logique...
En fait je vous fais mariner...
Et je donne quelques explications sur l´outillage...
Chère Kyt, la varlope est un rabot pouvant mesurer jusqu´à 2 mètres et peser plusieurs dizaines de kilos. Ces très grands outils ont été remplacés par les dégauchisseuses électriques qu´on appelle aussi raboteuses, et dont le bruit caractéristique, dans les grandes menuiseries industrielles, met les nerfs à rude épreuve...

Allez... Bonne lecture...

Il fallait de la force pour manipuler cet énorme rabot qu’était la varlope. Certaines atteignaient six, parfois même huit pieds de long et pouvaient peser jusqu’à trois boisseaux!... Les plus petites, mesurant cinq pieds, servaient à aplanir grossièrement les dos et tables fraichement tranchés à la hache. En effet, les vrais luthiers tranchaient le bois dans le fil, c’est à dire qu’ils laissaient le bois se fendre selon la direction de ses fibres. Les faiseurs de violon de la basse classe, eux, sciaient le bois par soucid’économie ou par avarice, sans tenir compte du fil et la matérieau ainsi traité ne donnait pas de bonne sonorité. Les plus grosses varlopes étaient surtout utilisées pour dégauchir les billots de bois dont on tirerait plus tards les garnitures servant à la construction des instruments de musique. Antonio-Giuseppe connaissait déjà le travail à l’aide du canif et du ciseau à bois.
Le ciseau était une lame d’acier trempé très dure, dont le tranchant plat variait de taille, environ un pouce de large pour les plus gros et trois lignes pour certains très fins, destinés à la sculpture.
Le bédane était, lui, une lame plus épaisse que large et servait à creuser des gorges à angle vif, comme pour les filets de décoration.
Un bédane pouvait être large de d’une demi ligne jusqu’à six ou sept lignes de large. Le tranchant d’un bédane était plus abrupt que celui d’un ciseau, leur fonction étant très différente.
Il restait au garçon à apprendre le façonnage des voûtes à l’aide de la gouge et des petits rabots, ainsi que la sculpture du coquillon de tête avec les dix gouges fines.
La gouge était une sorte de ciseau dont le tranchant était courbe. Il y avait de nombreuses sortes de gouges.
La gouge à coins qui servait à la découpe de ces quatre petis blocs de bois placés comme leur nom l’indiquait, aux quatre coins du violon ou des instrument de sa famille, avait un tranchant à l’intérieur de la courbure. La partie externe de la gouge étant rectiligne permettait de tailler le coin bien droit.
La gouge à voûtes était très large, un pouce et quatre lignes, parfois plus pour le violoncelle avait une courbure assez peu prononcée et le tranchant en était à lextérieur. Elle était destinée à dégrossir les dos et les tables et ébaucher les voûtes.
La gouge à ragrayure servait, lorsque les filets de décoration avaient été posées dans leur gorge, à égaliser la naissance de la voûte au niveau de ces filets. L’opération était délicate car il ne fallait pas arracher les décorations.
Enfin, les dix gouges fines dont le tranchant externe, courbe, se refermait imperceptiblement à mesure que la taille de celles-ci se faisait plus étroite, servaient à la sculpture du coquillon et de la volute de la tête.
( ...)
L’échope du Maître, située à l’angle de la piazza San Giovani et de la via Severina, était très vaste. A l’étage, se trouvaient les appartements du Maître et de sa femme. Ils avaient eu trois enfants, morts prématurément, et avaient alors renoncé, persuadés que le Bon Dieu ne voulait pas leur accorder de descendance. Le Maître avait aménagé ses appartements de manière à ce qu’aucun bruit ne vienne de l’atelier, perturber le calme que réclamait l’état de sa femme.
Le Maître était un homme de haute stature, taillé comme un athlète, Il devait certainement mesurer six pieds et quatre pouces, avait de larges épaules, des bras aux muscles enormes, apparents et très puissants, un torse large et un ventre plat, musclé, il était bien campé, sur des jambes tout en puissance. Il était d’une force telle qu’il était capable de coller un joint de fond de violon et le serrer à main nues pendant plusieurs minutes sans fatigue apparente. Ses cheveux toujours bien arrangés formaient une impressionnante crinière d’une belle couleur vif-argent, il avait des traits très fins, d’une grande noblesse, le menton volontaire, et ses yeux acérés, bleus comme des saphirs étaient capables de vous paralyser, de vous transpercer, mais aussi de vous communiquer une grande tendresse. C’était un très bel homme au caractère bien trempé, d’une grande gentillesse sous des dehors bourrus, presque sévères même, mais également capable de colères redoutables d’autant qu’elles étaient froides, sans jamais d’éclat, mais dans ces moments-là, chaque mot ou regard devenait une arme mortelle.
Le Maître avait choisi cette maison à l’époque de ses débuts de luthier reconnu, en raison de sa parfaite orientation au sud. En effet, la grande façade donnant sur la piazza, l’atelier était éclairé par le soleil pratiquement du matin jusqu’au soir, la lumière pénétrant par une très large fenêtre en arc légèrement bombé, par la porte, toujours grande ouverte, et aussi, dans une moindre mesure cependant, par la fenêtre donnant sur la via Severina, et par laquelle Antonio-Giuseppe voyait passer de temps en temps la jolie fille de la lavandière.
L’atelier occupait pratiquement tout le rez de chaussée de la bâtisse. Pas très loin de la grande fenêtre, trônait un immense établi carré de presque huit pieds de côté, permettant à deux personnes de travailler dessus sans gêne. Ses énormes pieds étaient enfoncés dans le sol, lui conférant une grande stabilité, et sa hauteur permettait d’y travailler debout. Il servait avant tout pour l’ébauche des voûtes à la gouge et pour tous les gros travaux à la varlope. Quatre trous permettaient d’y enfoncer les valets qui servaient à fixer solidement les pièces de bois à travailler. Chaque angle était équipé d’un gros étau à vis.
A son côté, une sorte de table, munie d’un énorme bloc de marbre noirà la surface parfaitement plate et luisante servait au dressage des formes finies. Le dressage consistait à aplanir parfaitement les deux côtés de la forme pour qu’au collage définitif du dos et de la table toutes les surfaces soient en parfait contact. La taille du marbre permetteait de dresser des formes de violoncelles, plus de deux fois plus longues et larges que celle d’un violon.
Contre le mur, sous la large fenêtre qui mesurait bien douze pieds de large, se trouvaient un autre établi, haut de presque trois pieds et environ deux pieds de large, et les deux tabourets, du Maître et d’Antonio-Giuseppe. Cet établi courait tout le long du mur, depuis la porte et se prolongeait à angle droit contre l’autre mur, passait sous la petite fenêtre de la via, et s’arrêtait contre la grosse armoire dans laquelle étaient rangés les flacons de vernis et les pigments sevant à colorer les bois et les boites contenant des cales et contreparties, ainsi que les happes, les presses et serre-joints
Contre le mur sur lequel venait se coincer la porte, il y avait un énorme meuble, comme une grosse commode grossièrement bâtie, sur lequel étaient posés des corps de violons attendant leur manche, et dans ses tiroirs se trouvaient les boyeaux servant aux cordes, ainsi que les petites plaquettes d’érable destinées à la découpe et à la taille des chevalets. Le Maître y rangeait aussi les chevilles de violons de moindre valeur, car il tournait lui-même ses chevilles pour les violons de prix, sur un tour à pied installé au fond de l’atelier, sous une fenêtre à coté de la porte du jardinet et de l’appentis. A côté du gros meuble, un âtre de belle taille dispensait une douce chaleur pendant les journées froides d’hiver. D’énormes poutres ornaient le plafond et le Maître y avait fait installer une double épaisseur de planchettes de chêne pour bien insonoriser la pièce. A ces poutres étaient fixés des crochets auxquels pendaient des violons finis, encore blancs, en attente d’être vernis, et se balançant mollement sous la caresse de l’air. Un coin du fond de l’atelier était occupé par la réserve de bois à côté de la porte de la chambre d’Antonio-Giuseppe et celle menant aux appartements du Maître, à l’étage. Enfin près de l’établi central, un brasero à charbon solidement posé sur trois énormes et lourds pieds évasés servait à chauffer au feu les fers à plier les éclisses et leurs contreforts internes appelés contréclisses. Afin d’économiser le charbon, le Maître commençait toujours plusieurs violons en même temps en vue de n’avoir qu’une seule séance de pliage de toutes les éclisses et de leurs contreforts.

Kytiara
Kytiara
Niveau 10
24 février 2004 à 08:10:50

Salut Mac!
Ton bouquin devient vraiment interressant. C´est vrai que ton personnage est attachant. Avant de mourir il aura droit à un baiser de la belle lavandière?
Les descriptions " technique" sont très bien, moi l´ignarde, je comprends!
Je sais pas si tu l´a fait, mais si tu pouvais décrire les differentes essences de bois ( couleur, texture et surtout odeur) ça serai bien. Je crois que le violon ne s´en ferai que plus vivant.
Sinon, il me semble que le prénom de notre jeune ami reviens un peu trop souvent. Il faudrai utiliser des mots comme: le jeune homme, l´apprenti luthier, l´orphelin,...

En tout cas, accroche-toi et ne laisse pas tomber ce projet, il a de l´avenir!

Mac-Artist
Mac-Artist
Niveau 10
24 février 2004 à 08:57:56

Bonjour bonjour...

Merci Kyt, tes réactions me touchent beaucoup et chacune de tes remarques m´amène à retoucher, relire attentivement pour trouver le moyen d´adapter, comme tu le dis à tout type de lecteur...
Je vais faire une description dont tu parles et je vous la soumets aussitôt...
Si j´ai la chance de me voir publier, promis, vous aurez droit à la dédicace...

:-)

Skyz,
Ton idée d´une histoire succinte de la musique avait en partie fait son chemin dans mon scénario... J´entrevoyais quelque chose de ce genre. Je vais fouiller dans cette direction, d´autant que je ne suis pas pauvre en bouquins traitant de ces sujets...

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