Pour rien au monde - '''KEN FOLLETT
Je viens de lire Les faux-monnayeurs. C'était sympa. 
Commencé depuis 3 jours Accélération (Hartmut Rosa). Pas évident comme lecture mais plutôt court.
les rois maudits de Druon, pas mal de personnages par contre.
J'ai lu En Route (Huysmans). J'ai observé une pause peu avant la fin du premier livre, car Dieu sait que ça peinait à démarrer et qu'on errait entre l'érudition et le monologue intérieur, mais j'ai continué ensuite en trouvant rythme et satisfaction.
Le sujet de la conversion d'un homme mature m'intéressait. Le sérieux du projet, la découverte du monastère trappiste et du cheminement religieux, côtoient agréablement l'auto-dérision et la critique toujours acerbe des contemporains. Le fait que l'auteur ait le cul entre deux chaises et hésite quant à la forme à donner à sa vie, balancé entre dogmatisme et pragmatisme, s'interrogeant sur ce que son corps et son esprit peuvent décemment s'infliger, est bien rendu et donne de l'intérêt au livre au-delà des questions de foi et des convictions.
Huysmans se donne admirablement beaucoup de mal. Le mysticisme chrétien me parle a priori moins que ses équivalents musulmans ou taoïstes: la doctrine de la substitution par exemple ne fait aucun sens. Mais je dirais que le symbolisme liturgique et les finasseries sur les règles, oblats etc sont globalement exploités à bon escient, alors que ça aurait pu être rébarbatif et chiant.
Là j'ai commencé The Lathe of Heaven (Le Guin), son dernier classique que je n'ai pas encore lu je crois. La façon dont le paradoxe est posé est bien foutu. J'aime assez cette sci-fi "psychologique" axée sur le pouvoir de l'esprit à s'abuser, qui cadre bien avec mes dernières lectures du genre (Dying Inside de Silverberg / The Glamour de Priest).
La confession d'un enfant du siècle , Alfred de Musset
J'ai vraiment adoré , cela retranscrit parfaitement la personnalité et la vision de cet auteur atypique
Quelques lectures, plus brèves, continuées depuis le dernier roman dont j'ai parlé ici.
J'ai tapé une autre nouvelle de Yoko Ogawa, La Grossesse, qui évoque de manière paradoxale et comme toujours cruelle avec cette autrice, le bouleversement causé par cet événement chez deux soeurs aux caractères opposés. On est en terrain connu avec elle, c'est ambigu, volontairement flou et inquiétant, et au bout du couloir une forme de vide persiste toujours qui met mal à l'aise. J'ai beaucoup apprécié.
J'ai ré-exploré un peu la poésie stridentiste, une sorte de surréalisme mexicain des années 20 qui a pour ambition de constituer une espèce de synthèse entre les grandes avant-gardes expérimentales de son époque. Moyennement emballé comme souvent, c'est pas beaucoup mieux que du Breton.
Relu l'autobiographie poétique de William Cliff, que j'adore (le gars et son autobio). Il subvertit à la fois le genre et la forme du sonnet en racontant une de ces jeunesses populaires et banales, assez crado, des classes intermédiaires basses de la société européenne dans les années 50-60, son approche me parle toujours.
J'ai attaqué Queiroz de Eça avec un court roman fantastique d'une centaine de pages, Le Mandarin. J'aime pas du tout le fantastique XIXe d'ordinaire (à part Gautier pour ses techniques poétiques et Mérimée parce qu'il sait faire jouer le rationalisme contre lui-même avec beaucoup d'habileté) mais là le roman était très chouette, ça ouvre en plein milieu sur un récit d'aventures orientales désuet et lyrique à souhait, mais le réalisme façon Flaubert qui influence l'auteur le rattrape à la fin et culmine dans la dernière page.
Plutôt cool ces temps-ci en gros.
Son excellence le comte d'Abranhos de Eça de Queirós c'est excellent comme biographie ironique et cynique flaubertienne.
Je suis sur Le Cousin Bazilio là, quelle régalade.
Oué c'est sympa. Y a des paragraphes de temps à autres qui ont l'air directement tiré de l'Éducation dans celui que j'ai lu, et l'approche de la peinture de la Chine fait beaucoup penser à Salammbô.
Je vais continuer à le creuser le bonhomme.
Ouais je suis dedans parce que j'avais commencé par Le Mandarin y a deux ans aussi et j'avais trouvé ça bon mais ça a une autre ampleur Son excellence et Le Cousin Bazilio.
Meilleure découverte 2024 pour moi pour le moment
+ les couv sont belles chez Chandeigne
Yes c'est plutôt stylé, c'est l'objet livre qui m'a attiré notamment la fnac avait claqué un petit display littérature portos.
Les marins ne savent pas nager, I (Dominique Scali). Etrange découpage en 2 tomes pour la version poche...
Je fini L'anneau du pêcheur de Jean Raspail, c'est un régal. Plongée dans le schisme du XIII-XIVe siècles, cadre provençal
Les voleurs d'innocence (Sarai Walker).
Je viens de terminer Konbini (La fille de la supérette) de Sayaka Murata.
Le bouquin avait été récompensé du Prix Akutagawa en 2016, l'équivalent du Goncourt au Japon.
Je reste un peu sur ma faim... Beaucoup trop de longueurs pour un si petit livre de 140 pages, qui m'a pris, plusieurs jours à lire car le sommeil me guettait durant ma lecture.
Le récit raconte le quotidien d'une femme de trente-six ans, qui travaille dans une petite supérette depuis dix-huit ans. Elle n'a guère envie de quitter sa petite routine malgré les inquiétudes de ses proches...
Ne sachant pas lire le japonais, j'ai bien évidemment opté pour une traduction. Peut-être que la version originale envoyait du lourd!
Finito L'Oeuvre au noir de Yourcenar, qui aura été une surprenante et assez fascinante lecture.
Je m'attendais à une narration plus classique, tout bêtement à suivre le parcours d'un jeune alchimiste dans sa recherche de la pierre philosophale, mais on ne s'attardera en fait jamais sur son travail en la matière, qui dans la narration sera sommairement ramassé en même temps qu'une large partie de sa vie. Et cependant le thème de la "phase au noir", celle de la calcination, de la décomposition, transparaît dans tout le roman, en ce que celui-ci nous présente une époque déchirée entre les différentes pensées religieuses et sociopolitiques, où les idées et les mœurs sont surveillées et où le feu menace de dévorer les corps, ainsi qu'à travers des esprits travaillés par le doute et l'angoisse existentielle. Le monde apparaît comme une prison pleine de fausses pistes et de tourments où il est question de la possibilité d'exercer sa liberté.
L'écriture de Yourcenar est efficace dans sa sobriété, et même si le contexte historique ne m'était pas des plus familiers il est bien distillé et le texte demeure accueillant et non rébarbatif. Possible que je relise certains chapitres.
J'ai Les Mémoires d'Hadrien de côté pour le jour où j'aurais envie de retâter de son style et de son érudition.
Ensuite un petit Molière avec Les Précieuses ridicules, la première de ses pièces imprimées, en un acte ; pas l'une de ses plus grandes, dans tous les sens du terme, mais le Molière est toujours plaisant à lire
Maintenant je n'ai pas décidé de ma prochaine lecture ; j'ai quelques options achetées d'occaz il y a peu, comme Mars de Zorn, La Porte de Szabó... Le Général de l'armée morte de Kadaré que j'ai depuis un moment. J'ai quelques pavés de côté aussi. Je verrai.
J'ai retapé un peu d'Hadrien récemment parce que je voulais en découper une page pour en faire un sujet de commentaire de texte pour certains de mes premières.
Autant j'apprécie l'Œuvre au noir mais le H c'est une perfection. Il y a une manière de taper des pages extrêmement denses et massives qui vont ensuite être fauchées par une seule phrase de clausule en autodérision méditative triste, quand t'ouvres le bouquin tu as l'impression de loin que c'est un tas de pavés sans aucune aération mais la maîtrise de la période néo-classique à l'intérieur est folle.
Personnellement j'ai tapé des lectures courtes là. Z comme Zombie, un pamphlet anti-Poutine d'un écrivain franco-russe. Je pensais que ce serait de la daube mais j'aime bien les bouquins qui réactualisent des figures mythiques (d'ailleurs j'aime bien le Zombi Child de Bonello qui est pourtant un film très mineur). Comme tous les pamphlets écrits à chaud, deux ans après sa rédaction il est déjà ringardisé par l'actualité (ça me fait penser au débat sur l'histoire et l'actualité dans les Fleurs bleues de Queneau), et c'est un livre torché de toute façon. Le parallèle avec le zombie c'est un gimmick et encore ça se tient même pas complètement.
J'ai lu une courte pièce de Sarraute, Pour un oui ou pour un non, qui est au nouveau programme du bac pour le théâtre. Deux personnages, H1 et H2 entrent dans un conflit qui semble profond pour une cause dérisoire. La pièce consiste en une explication laborieuse entre les deux, d'une quinzaine ou d'une vingtaine de pages, qui essentialise la mécanique psychologique des disputes modernes au sein de situations d'intimité (amoureuses ou affectives). Une faille s'immisce sans que l'on sente ou sache bien précisément pourquoi, et les mots ne s'avèrent pas d'un secours efficace pour donner du sens au problème existentiel que l'on éprouve. C'est pas très CNV. J'aime bien parce que l'abstraction de la mécanique psychologique qui est exhibée me semble assez vraie, et ça s'en prend quelque peu au mythe de la rationalité qui voudrait qu'il suffise de se parler et d'échanger calmement pour que tout retombe toujours dans un ordre mécanique et vertueux (idéalisme béat sur le langage que j'ai détesté dans le jeu Chants of Sennaar, un anti-Babel merdique). Mais la pièce est courte, volontairement désincarnée, très sèche et peut-être trop simple.
J'ai relu Le Diable au corps toujours pour le taf, puisque j'en ai choisi également une page à faire étudier à mes élèves pour le bac et parce que je le fais lire à mes secondes dans la foulée. Un bouquin toujours aussi stressant à lire pour moi, il me cause un véritable malaise dans la manière dont les personnages sombrent dans des perversions inconscientes face à l'impossibilité de comprendre leurs sentiments et les fluctuations de ces derniers. Une lecture que j'adore toujours mais qui me déprime aussi. Je me souviens que quand j'avais 17 ans il m'avait beaucoup marqué et au bac une examinatrice s'était indignée, car quand elle m'avait demandé quel était selon moi le roman le plus immoral entre les Liaisons dangereuses et le Diable au corps, j'avais répondu le deuxième sans hésiter.
Je vais mettre en pause Horcynus Orca de d'Arrigo, je pense que c'est un monument mais dans sa réécriture croisée de l'Odyssée et de Moby Dick façon sicilienne deuxième guerre mondiale c'est beaucoup trop dense et référentiel, je suis trop crevé en ce moment. Je suis à la fois sur plusieurs trucs, Le Menteur de Corneille toujours pour le taf, un peu de Terremer pour détendre l'esprit, je voudrais me relire la Pitié dangereuse de Zweig aussi. Ca part dans tous les sens.
Relu Les Liaisons dangereuses et j'arrive toujours pas à savoir si Laclos excuse Merteuil et Valmont par une sorte de déterminisme psychologique, et donc par une certaine critique de la morale chrétienne (comme productrice tragique de frustrations pathogènes). Y a cet aspect qui m'a frappé mais peut-être que je projette et qu'il y a des endroits qui disent le contraire dans le livre.
Des avis experts sur ce classique ?
Je n'ai pas d'avis expert sur le bouquin, je ne l'ai pas tapé depuis longtemps alors que fut un temps je le claquais dans mon top 10.
Ce que j'en garde comme idée quand j'y repense maintenant, c'est que Valmont et Merteuil bénéficient d'un traitement diamétralement opposés par la structure de l'histoire, par sa fin notamment mais pas que.
Valmont est ultimement sauvé par le fait que c'est un personnage toujours tourné vers la prospection ; il entreprend, il machine, quand il analyse c'est plutôt a posteriori de ses impulsions et dans le système forcément un peu traditionnel est viriliste qui est celui d'un auteur appartenant à la muette, le personnage est sauvé à la fin en ayant droit d'accéder à la mort héroïque du chevalier. Et ce qui demeure quand même très chrétien chez le personnage, c'est qu'il est récupéré par là où se situe sa faiblesse ; il a la faiblesse au milieu de sa perversité d'être capable de tomber dans le piège de l'amour.
Merteuil est un personnage que son statut de femme ayant déjà quelque peu vieilli met nécessairement sur la touche, bien qu'elle aie encore un ou deux tours de piste à claquer ; elle analyse et regarde depuis les marges, elle a toujours des coups d'avance et en punition de ce machiavélisme, l'auteur décide de la conserver en vie mais humiliée, disgraciée, précisément par là où on peut blesser une femme le plus cruellement à l'époque. Sa destinée de fin c'est la destruction symbolique de son visage par la maladie. Alors certes il y a la fameuse lettre 80, et on a écrit depuis des romans et des pavés sur la manière dont celle-ci présentait le personnage comme quasi pré-féministe en lutte nécessaire pour son autodétermination, afin de conjurer les désavantages de son sexe. Mais dans le cadre de l'époque, c'est une liberté qui a quelque chose de satanique, elle ne me paraît pas valorisée par la narration.
Après, ce qui est génial dans les Liaisons, et difficile quand on veut faire de l'épistolaire, c'est que le geste de l'auteur, s'il est réussi, doit se sentir dans le montage des lettres, tandis que dans leur contenu en elles-mêmes elles sont supposées réussir à nous faire croire à l'existence de plusieurs voix qui s'ignorent en partie - et donc cela dilue considérablement ce que l'on peut tirer de jugement de la voix narrative.
Laclos a su bien faire ça à mon avis, le lecteur a un puzzle face à lui, orienté par la disposition des pièces proposées mais tout de même, et l'ambiguïté dont tu parles nait, heureusement de ça.
Merci pour cet avis.
Effectivement mon interrogation se fondait en partie sur l'émancipation sexuelle de Merteuil décrite par elle dans la lettre 81, lue avec d'autres lunettes que celles de l'époque (pas vraiment les féministes, mais disons vaguement psychanalytiques).
Pour le reste, quand tu évoques ce que les personnages ne savent pas, ça m'a aussi beaucoup remué. Merteuil orchestre la dépravation de Cécile et condamne l'amour de Valmont pour Tourvel, mais le Valmont pervers et complaisant me semble affreux aussi, et je supposais que son salut final s'expliquait par une relative ignorance de Danceny et Rosemonde d'une partie des lettres du vicomte à la marquise. Je supposais qu'ils l'auraient condamné autrement, et donc que le lecteur est appelé à le condamner, par l'avance qu'il a sur les personnages, dupés d'une certaine manière par Valmont.
Mais maintenant, je me dis que c'est un peu forcé et que la narration suppose l'intégralité des lettres retrouvée.