J'attaque Le Médecin de campagne de saint Balzac.
Je vais commencer Le Vagabond Solitaire de Kerouac et Black Boy de Richard Wright
Finito Le Général de l'armée morte que j'ai bien apprécié.
Avec cette idée que le général, chargé d'aller récupérer les restes de ses compatriotes tués en Albanie vingt ans plus tôt, vit sa guerre à lui par procuration, en différé, dans le sillage de la figure du colonel Z dont il est une sorte de double tout s'en distançant avec un sentiment de supériorité. Là où le colonel a échoué, il aurait vaincu ; là où il a disparu, il aurait triomphé. Dès avant son départ, une étrange confusion se crée entre le temps de la guerre et le présent. Face à la topographie étrangère, le général invente à rebours des tactiques militaires, et s'imagine une armée avec les ossements déterrés. Dans ces conditions, la paix réelle, tout au moins la compréhension et la bonne attitude, est compromise. C’est lors d’une noce à laquelle il s'invite, profitant de la primauté de la loi d'hospitalité en ces lieux, que la rencontre et la déchirure auront raison de ce mirage : une vieille veuve retrouve en lui l’ombre du colonel Z, le général fait face aux restes du mort ; la confrontation avec le passé dans ce qu’il a de plus immonde, avec la haine et la douleur ravivées, a lieu. Le général souhaite se désolidariser franchement de la figure du monstre mais il est embourbé. S'il jette les os du mort longtemps cherché à la rivière, s’il perd ses listes de disparus, s'il part à vau-l'eau c’est dirait-on qu’il ne peut finalement pas faire face et assumer le fardeau de l’horreur. L'espèce de jeu de rivalité qui servait son fantasme d'héroïsme ne tient plus et la réalité, complexe et dégoûtante, prend le pas.
Après Avril brisé, le seul Kadaré que j'avais lu jusqu'ici, j'ai retrouvé cette économie dans l’écriture, justement dosée, dépassionnée, la difficulté de compréhension entre les mondes, le décalage entre le spectacle que l’on souhaite donner et la cruauté du réel, et le soupçon d'étrangeté qui vient imprégner la narration. Très intéressant à lire.
Ensuite j'ai lu L'Héritage d'Esther de Sándor Márai, mon premier de cet auteur me semble-t-il. Je l'ai lu d'une traite (il est assez court), je l'ai trouvé captivant, non tant du point de vue du style en soi que du traitement des personnages, dont un côté relativement stéréotypé, téléphoné, recèle une dimension énigmatique qui touche à ce que le comportement humain peut avoir de mystérieux, de fatal, de complexe. Petit roman qui interroge et qui me donne envie d'en découvrir d'autres du même auteur.
Maintenant tout de suite je ne sais pas encore quoi lire ; j'ai des poèmes d'Emily Brontë, je me ferais bien aussi une petite relecture, Balzac ou autre, bref je verrai.
Jamais lu de Kadaré mais ça me hype.
Lu La véritable histoire de Ah Q de Lu Xun. C'est très court et pessimiste. Un petit village de Chine abrite un tas de personnages vaguement prototypiques, parmi lesquels Ah Q, un ouvrier illettré et détesté de ses voisins. La révolution qui va éclater sera plus une occasion de le broyer que de lui trouver une dignité.
C'est un classique que certains ont sûrement lu ici. C'est sympa dans la perspective de la littérature chinoise, que je connais très peu. Le texte met très clairement le doigt sur des enjeux importants de la société chinoise, enjeux qu'on comprend encore mieux à la lecture d'une petite notice scientifique en regard. Après, en lui-même, le texte est court et bien fait sans casser trois pattes à un canard (laqué).
Après avoir fini le livre d'articles sur la réception de Barrès publié par Compagnon pour le centenaire de sa mort, j'ai continué mes lectures heurtées du moment que sont As I lay diying (je ne sais pas comment il a été traduit en français) et une relecture de La Pitié dangereuse de Zweig. J'ai lâché temporairement Horcynus Orca, trop dense et je suis trop cassé.
Une collègue m'a appris par contre hier qu'on avait retrouvé un "inédit" de Genet qui venait d'être publié, l'information m'avait échappé ou je l'avais oublié. Par chance ils l'avaient dans ma Fnac de quartier, je l'ai donc acheté et lu dans la foulée.
Alors il ne s'agit pas d'un texte réellement perdu puisqu'il est question ici de son Héliogabale, une courte pièce écrite à Fresnes en 42 en parallèle de quelques tentatives de poésie et de Notre-Dame des Fleurs ; mais il est vrai que ce texte, bien que connu et parfois cité dans plusieurs travaux critiques, dormait dans les papiers d'un fond américain ou anglais, je ne sais plus, sans avoir été transcrit-corrigé et réédité en propre.
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C'était très bien, bien entendu. Rien de fondamentalement neuf par rapport à la période, qui a déjà lu du nouveau théâtre sera en terrain conquis et le langage s'y fait franchement plus simple que ce à quoi on est accoutumé chez le Genet romancier - mais c'est déjà le cas dans son théâtre consacré, on fait lire les Bonnes ou les Nègres à des jeunes et ça ne pose pas de problème de compréhension.
En une quarantaine de pages, à la louche, Genet fait une sorte de condensé insolent de ce qu'est la grande tragédie romaine (au sens classique, pas antique) ; on a un acte d'exposition des conspirateurs où le personnage titre se fait attendre, l'exposition retardée ensuite du personnage qui va polariser la problématique de la pièce, un nœud et une résolution. Il se dispense des toujours inutiles actes III ou IV, suivant la pièce, avec le redoublement du problème. Mais à cette structure simple il impose un traitement impertinent, mythisant quand on évoque le caractère de dieu solaire et capricieux d'Hélio, sardonique et noir qui a énormément de caractère malgré l'aspect un poil ébauche du texte.
On voit déjà le goût de Genet pour l'exhibition des mécaniques du théâtre, avec une utilisation méta très cool des retournements de situation, et la confrontation entre Héliogabale et le vrai personnage principal qu'est peut-être sa grand-mère forme un confit que je ne m'attendais pas à voir si efficace au vu de la brièveté et du caractère de coup d'essai du texte. C'est à la fois un conflit de générations, de passions, de tempérament ou de température, de sexes, et le tout tient extrêmement bien.
La patte Genet en plus qui permet de réellement attraper la botte, c'est le fait que cette structure en miniature et condensée est recouverte de merde (assez littérale aux actes III et IV) et d'une grosse bite noire, comme une sorte d'aérolithe, qui permet l'un des meilleurs dialogues de la pièce sur la substitution facile des dieux par les hommes.
Difficile de ne pas évoquer même en glissant Artaud, qui n'a certes pas choisi de traiter la figure de façon dramatique mais qui est l'un de ses principaux façonneurs en littérature ; le drame de Genet est plus Artaud que ce qu'a produit Artaud lui-même, dont l'excellente théorie dramatique ne s'est jamais traduite en un théâtre de qualité satisfaisante. Toute prototypique qu'elle puisse être, la Hélio de Genet tabasse les Cenci d'Artaud.
Bref, malgré une comm' toujours un peu putassière de Gallimard sur les papiers qui ont l'air d'être retrouvés par miracle et malgré l'aspect forcément condensé de la chose (c'est ce qui fait sa qualité pour moi mais ça ne plaît pas à tout le monde), je vous recommande l'achat / lecture.
J'ai vu l'Héliogabale en librairie en bonne place, et tu me donnes envie de le prendre. Là je vais attendre j'ai plus de sous (feria) et j'ai de quoi faire.
La fin d'un roman de famille (Péter Nadas).
Lu Motl en Amérique de Sholem-Aleikhem (1916). Un jeune juif russe fuit avec sa famille les pogroms pour débarquer en Amérique. Une sorte de réécriture du Pentateuque, où une famille juive cherche à s'enraciner dans une nouvelle terre promise. La promesse ici, c'est celle du rêve américain, que les juifs essaient de s'approprier depuis ce qu'ils sont. La prose orale et naïve du jeune narrateur amplifie le comique de situation et parvient à être drôle malgré le drame en toile de fond.
Y a plein de bonnes idées dedans. Les personnages sont comiques et obéissent à des types qui les enferment nécessairement dans un même schéma d'action. La forme a les défauts de ses qualités, nécessairement répétitive, et le roman a parfois l'air d'une déclinaison d'un même schéma narratif, même s'il y a une progression linéaire intéressante. Au-delà du propos sociologique (la famille de Motl renvoyant par métonymie à la communauté juive de New-York des années 1900-1910), le thème transversal est celui de la construction d'une identité hybride par le récit, celui d'un enfant qui se construit par l'écriture, qui configure un monde et une langue à lui, juif et américain, yiddish et anglophone. Ça annonce d'une certaine manière l'oeuvre de Philp Roth.
C'est aux éditions de l'Antilope, spécialisée dans l'expression juive du monde entier, et qui fait très sérieusement son travail (exhumation des textes, traduction, éclairage liminaire, maquette, etc.)
Dans un genre approchant mais de la génération d'après, je te conseille Mordechaï Richler à l'occase.
Son Barney est top, intelligent, construit, avec une fin qui prend à l'estomac, et ça tabasse Roth.
Merci pour la ref, je prends avidement.
Les carcasses de Federman
Les bêtises (Jacques Laurent). Prix Goncourt 1971.
J'essaye de finir la Médiocratie d'Alain Deneault (Politique de l'extrême-centre et Gouvernance, inclus - Ed.Lux).
Pour l'instant, j'ai apprécié le rappel de la complicité historique entre le centre et l'extrême-droite (sous l'Allemagne nazie notamment). Le passage sur l'esprit colonialiste canadien était oubliable. Pour l'instant, j'ai lu une analyse des années 2010, pas anachronique, toujours actuelle mais topique, sur les bords (par exemple la médiocratie en entreprise, qui aurait pu être un peu plus développé).
Edit: J'ai oublié d'ajouter qu'à la décharge d'A.Deneault, si le contenu est moins instructif qu'attendu, la langue est riche, agréable, vivante. Il est aussi bon à l'oral qu'à l'écrit. C'est agréable de voir un canadien d'origine être plus à l'aise à l'oral (et plus complet à l'écrit) qu'un journaliste francais (ou intellectuel).
Y a rien de plus bête que dire "le centre est historiquement complice de l'extrême droite". Ça veut rien dire, et c'est une manière de se dispenser de penser pour flatter une petite sensibilité gauchiste qui cherche constamment à salir ses adversaires pour se faire valoir. De la petite politique ordinaire.
Et pourquoi serait-il agréable de voir un canadien mieux parler qu'un français ?
Rien compris à ton post.
Dans le cas de la République de Weimar c'est réel, ils pensaient contrôler le NSDAP ; mais il y a que Chapoutot qui commence à devenir un peu flippé de la situation politique en France et dans le monde qui l'extrapole (depuis quelques mois on dirait un militant dépressif de Révolution Permanente).
Enfin, toute cette histoire d'extrême-centre c'est pas bien défini.
Tout de même. C'est en gros une manière de re-convoquer la notion de parti radical de la Troisième pour montrer la continuité depuis environ un siècle, un siècle et demi, d'une gouvernance globalement libérale qui sait faire feu de beaucoup de bois idéologiques opposés avec l'appui d'une partie identifiée de la bourgeoisie plutôt d'affaires.
On voit quand même de quoi on parle même si les étiquettes sont toujours à nuancer et les liens entre cette bourgeoisie et une pensée plutôt conservatrice (en France) sont visibles.
L'idée derrière tout ça - et notamment derrière la notion d'extrême centre - c'est surtout je crois d'arrêter de vouloir considérer ces partis de gouvernance opportuns comme un standard neutre et apolitique contre lequel des propositions de sociétés différentes se dresseraient en marginalisés dangereuses ou suspectes.
L'arc Républicain, tu l'aimes ou tu le quittes oui ![]()
J'entends la logique, mais c'est plus un projet global de faire société qu'un projet purement politique aujourd'hui.
C'est partout (monde de l'emploi, transformation des centre-villes, des campagnes) et Macron est plus une conséquence qu'une cause.