Paranoïa : Introduction.
Je courais. Il faisait nuit, je venais de descendre du bus m'ayant reconduit à un kilomètre de chez moi, et je courais, jusqu'à mon domicile.
L'orage pavanait sur ma tête, la pluie et le vent me frappaient le visage. Les branches traînant sur ma route m'écorchaient le corps entier.
Les larmes coulaient, solitaires, libertines. La rage explosait dans mon corps entier, j'étais en feu.
Cette rage me fit courir, à grandes enjambées, un kilomètre entier.
Lorsque j'arrivai enfin dans mon quartier, je vis que toutes les maisons étaient privées d'électricité. Aucune lumière n'émanait de nulle part, la rue entière était plongée dans l'obscurité. Seuls les pâles rayons lunaires éclairaient mes pas, en produisant une multitude d'ombres menaçantes.
J'atteignis finalement ma cour, et vis quelques silhouettes affalées sur un banc proche de l'entrée.
Quelques mètres plus près, je reconnus Cédric, mon beau père, et Greg, son meilleur ami.
-J'ai fait aussi vite que j'ai pu, vous l'avez retrouvée ?!
-Non, on a pas la moindre idée d'où elle a bien pu aller.. Me répondit Cédric.
-C'est impossible, tout allait bien pour elle, elle n'a pas pu s'enfuir, je suis sur qu'il lui est arrivé quelque chose !
-On a fouillé tout le quartier, les bois et villages avoisinants avec l'aide du voisinage et de la police, rien. Absolument aucune trace, s'est comme..volatilisée. Personne ne l'a vue partir. De plus, son téléphone est éteint, impossible de la joindre.
Je ne répondis plus rien. Il me serra dans ses bras, et tâcha de me rassurer.
Cédric était grand, aux bras larges et aux épaules carrées. Il avait une barbe mal rasée et irrégulière. Des cernes lui pendaient des yeux à cause des événements d'aujourd'hui. Je ne l'avais jamais vu aussi réduit.
Pendant que les larmes me coulaient sur la joue, je sortis une cigarette, et en proposai une à Cédric, qu'il accepta avec un sourire forcé. Nous l'allumâmes en canon, et je jetai un oeil vers les bois à l'horizon en aspirant une bouffée de fumée.
-Vous avez fouillé les bois là-bas ?
-Non, pas moyen de passer, il n'y a que des rochers aiguisés et des pentes impraticables, un humain lambda ne pourrait pas passer par ce genre de sentiers, même Paul, le fameux chasseur du coin s'y est tué récemment.
Ta mère n'aurait pas pu passer par cet endroit..
Soudain, je crus voir une ombre inquiétante bouger au loin, et, profitant de l'excuse de la cigarette, je décidai d'y aller voir de plus près, en disant que j'allais faire un tour.
Subitement, je sentis en moi un grand épuisement, mes membres ne répondaient plus, j'étais accroupi, une main au sol, l'autre sur ma poitrine, incapable du moindre mouvement coordonné. Á ce moment, un hurlement perçant déchira le silence de la nuit.