Paranoïa : Prologue
« Les ténèbres cachent l'événement futur. »
| A ce moment, un hurlement perçant déchira le silence de la nuit |
J'utilisai toutes les forces habitant mon corps afin de me relever. Abasourdi, je regardai avec panique autour de moi, et cherchai l'origine de ce hurlement.
Le hurlement venait des bois , à l'endroit où je venais d'apercevoir une ombre dansant à la lumière lunaire.
De peur que le hurlement vienne de ma mère, je m' enfonçai dans le sentier menant au coeur de la forêt à vive allure. Je scrutai les horizons, à l'affût d'une quelconque information et continuai mon exploration, l'esprit débordant d'idées, de visions et de terreur.
Aucun animal ne croisa ma route durant les dix premières minutes de mon avancée et, soudain, une masse de rongeurs de toutes sortes passa vivement entre mes jambes, et tout autour de moi.
Ils venaient de la direction même où je me rendais. Instinctivement, une foule de pensées me traversa l'esprit.
Et si le hurlement venait de ma mère ? Et si ces animaux fuyaient quelque chose ? Et si la chose que fuyaient les rongeurs était ce qui avait provoqué la terreur de ma mère ?
Empli de peur et de désarroi, je continuai ma route au pas de course. Je courais, encore et encore. Sans m'arrêter. Sans même savoir où j'allais. Tout ce que je savais, c'est que ma mère était en danger, et je ne pouvais pas rester les bras croisés, elle avait besoin de mon aide.
Plus je progressais au coeur de cette masse d'arbres aux branches épaisses et touffues, plus l'obscurité se faisait dense. Les pâles rayons lunaires se cachèrent derrière les nuages, et l'atmosphère devenait oppressante. J'avais du mal à respirer. L'obscurité corrompait mon jugement et ma perception de la réalité.
Soudain, je crus apercevoir une silhouette masculine, cachée derrière un arbre, tournée vers moi. Lorsque je m'approchai de cette silhouette en appelant, cherchant à la faire réagir, une douzaine d'autres silhouettes semblables apparurent, derrière des arbres, des rochers, des arbustes, des haies. Toutes le regard dirigé vers moi.
Je m'arrêtai net, et une peur panique me foudroya. Ils restaient immobiles, tout comme moi.
Je plissai les yeux afin d'essayer de mieux voir mes opposants, mais je ne vis rien. Seulement ces formes longilignes, hautes, sombres et courbées. Je me retournai, et couru comme un fou en revenant sur mes pas. Je jetai un coup d'oeil en arrière, et toutes les silhouettes se mirent à me suivre, en courant sur mes pas, et en poussant des cris stridents. Des cris semblables à celui que je croyais venir de ma mère.
La peur contrôlait chacun de mes mouvements, et provoqua une force incommensurable, dont je n'avais jamais été témoin auparavant. Je courais aussi vite que je le pouvais.
Je regardai à nouveau par dessus mon épaule, et vis que mes assaillants continuaient, et de plus en plus vite. Ils gagnaient du terrain. Ils allaient m'avoir. Tout était fini.
Je trébuchai sur une branche et failli tomber, mais une branche épaisse m'aida à reprendre l'équilibre. Je vis au loin que les arbres s' espaçaient, et que la lumière filtrait à nouveau. C'était mon unique chance de survie : Sortir de cette forêt, et courir comme un dératé jusqu'à chez moi.
Les grognements et cris déments se faisaient de plus en plus forts et aigus, et je manquai de tomber à maintes reprises.
Une fois sorti de la forêt, je remarquai que l'électricité n'avait toujours pas été rétablie dans le quartier. Je regardai derrière moi. Les silhouettes ne me suivaient plus. Il n'y avait rien derrière moi, à part les feuilles des arbres portées par le vent, qui sifflait comme jamais.
Etait-ce qu'un délire ? Une hallucination ? Serais- je entrain de délirer, ou de rêver ?
Des dizaines de questions plus folles les unes que les autres traversèrent mon esprit. Je rentrai chez moi, et cherchai mon beau-père.
-Cédric ?
-...
-Allô ? T'es dans la maison ?
Je regardai partout dans la maison, dans chaque pièce. Absolument rien.
Je le cherchai dans le jardin, dans la cour, et dans la rue.
-CEEEEEDRIIIIIIIIC ?!
Il avait disparu, lui aussi.