Paranoïa : La chute
"Il y a plus d' héroisme à souffrir longtemps qu'à mourir vite."
« Je m'appelle Gabriel, et il est arrivé quelque chose de grave. Je sais pas ce qu'il se passe, je comprends rien putain. Il fait nuit depuis au moins trente heures, pas un seul rayon de soleil, et aucun signe de ma famille, ni des voisins, ni de qui que ce soit ! Pas d'électricité. RIEN.
Je sais pas quoi faire, j'suis terrorisé. Je sais même pas pourquoi j'parle à une machine à écrire pourrie. Si j'trouve pas de solution rapidement, j'ai bien peur de devoir en finir. J'en peux déjà plus, je comprends rien à ce qui nous arrive. Ni ce qu'on a pas encore vu. »
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Musique d'ambiance : http://www.youtube.com/watch?v=cJiBtaGM9gM
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Je séchai mes larmes et me relevai. Je n'avais pas pu trouver le sommeil à cause de la disparition de ma mère. En me levant, je tournai ma tête vers la fenêtre, regardant l'obscurité dominante en dehors de ces murs. La perdition. Il pleuvait toujours aussi densément. La tristesse laissa rapidement place à la rage. Je retirai violemment l'armoire barricadant la porte et emportai un sac à dos avec la machine à écrire, et une bouteille d'eau.
Je fis de même avec l'armoire bloquant l'entrée de la maison : je l'envoyai rageusement contre le mur. J'attrapai au passage ma lampe à huile, et retournai sous la pluie et l'obscurité à la recherche de ma mère. Je n'arrêterais jamais.
Je retournai vers les bois où j'avais fait ma première rencontre avec ces silhouettes, avec au fond de moi la certitude que j'y trouverai les réponses à mes questions.
J'arrivai rapidement sur le lieu de la rencontre et ne vis rien du tout. Aucune silhouette, aucune ombre. Juste l'obscurité ambiante, toujours aussi compacte. Seule la lumière de ma lampe éclairait mes pas. Je suivis le sentier principal, qui, plus je m'enfonçais dans les ténèbres, plus les lieux étaient élaborés. Le sol était pavé, solide, et aussi robuste que ma détermination. Malgré la douleur, mes blessures, mes jambes incapables de me porter efficacement , et mon état mental, le désespoir ne m'avait pas encore gagné. Je devais la retrouver. Malgré la difficulté, je ne pouvais pas la laisser.
Je ne trouvai rien nulle part. Mais je n'abandonnais pas. Je continuais de chercher, encore et encore, sans même oser penser à ce que je trouverai au bout du tunnel.
Je choisis une dizaine de directions différentes. Rien ne croisa ma route, aucune menace, sinon quelques ombres curieuses, virevoltant au bout des rayons de ma lampe.
Je parcourus toutes les directions choisies, mais ne trouvai rien. Il ne me restait plus qu'une solution, le tunnel passant sous la forêt, à une dizaine de mètres sous le sol. Le seul moyen de passer de l'autre côté de la colline rapidement.
J'entrepris donc ce trajet, avec une montée de stress et d'adrénaline telle que je n'en avais jamais connue.
Je m'arrêtai net. Les silhouettes menaçantes m'observaient. Ils étaient aux abords du tunnel, derrière les colonnes espacées. Ils ne faisaient que me suivre. Je devinai rapidement qu'ils me suivaient depuis le départ de chez moi. Ils attendent quelque chose de moi.
Je pressai de plus en plus le pas. J'aperçus le bout du tunnel, malgré le manque de lumière, et tâchai de courir jusqu'à cette sortie.
J'entendis un énième hurlement strident qui me fit sursauter. A cause du choc, je trébuchai sur quelque chose, et me cognai la tête sur le bord d'un pavé.
Trou noir.
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Mes membres étaient engourdis et trempés. Mes muscles me faisaient souffrir et je ne pouvais plus bouger. J'ouvris difficilement les yeux et vis que ma lampe était au sol, brisée en mille morceaux.
Pris de panique, je repris ma route. Ma jambe gauche me faisait souffrir, mon jean était déchiré, et des éclats de verre étaient plantés dans ma chair.
Je sortis péniblement du tunnel et débouchai sur un autre sentier inexploré, bordé de pavés et de statuettes étranges.
Les arbres s'espaçaient au fur et à mesure de ma route. J'arrivai à une place circulaire avec une chapelle au centre.
Soudain, une vision me glaça le sang. Mon coeur se déchira. Mon mental s'effondra. Mes jambes suivirent, et je me retrouvai vite à genoux dans la boue. Ma respiration devint difficile, tellement la réalité était dure, et meurtrière. Ma vie s'effondrait. Je chutais. Mes forces me quittèrent, tout comme l'amour maternel, et le sentiment de sécurité que j'avais éprouvé jusqu'ici.
Ma mère se tenait devant moi, les bras tendus horizontalement, les jambes pendues. Crucifiée à la paroi de la chapelle. Elle était coupée et écorchée partout, elle était sale et mouillée, et un rictus malsain éclairait son visage blanchâtre. Ses vêtements étaient lacérés et déchirés, et l'idée de ce qui avait pu lui arriver me fit vomir mes tripes.
J'étais anéanti, paralysé par la frayeur et la haine. Tout s'effondrait autour de moi.