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Suite chapitre 6:
Quinze bonnes minutes furent utiles à Jeff pour parvenir au coin de l´avenue où se trouvait sa maison. Ce dernier, à moitié courbé par la fatigue, ne s´arrêtait de courir, trébuchant à maintes reprises sur les cadavres de rats qu´il écrasait dans sa course folle. Le vent, particulièrement glacial, ne cessait quant à lui de se lancer contre son corps exténué, comme s´il avait voulu le retenir, l´empêcher d´avancer, d´aller là-bas au loin, vers son destin. Mais Jeff ne comptait pas se laisser faire cette fois-ci. Non, la situation n´avait jamais été aussi grave qu´en cet instant. Il lui fallait faire vite...il devait en avoir le coeur net!
C´est ainsi que, à bout de souffle, il parvint finalement face à sa maison, ne cessant de courir le long du trottoir qui avait fini par lui sembler sans fin. Le ciel, plus sombre que jamais, laissa alors résonner un orage qui gronda longuement au sein de la masse noire, à mesure que Jeff, la main droite appuyée contre le ventre, traversait le jardin pour finalement arriver devant la porte d´entrée. Trempé des pieds à la tête, il propulsa cette dernière avec une telle force qu´elle faillit se détacher de ses gons. Un silence total régnait au sein du hall d´entrée, plus sombre que jamais. Jeff, tout en essayant de calmer sa respiration, marcha d´un pas vif jusqu´au salon, tout aussi silencieux et obscure que le reste de la maison.
- I...Il y a quelqu´un?! cria ce dernier, le souffle coupé.
Aucune réponse ne lui parvint.
- S´il vous plaît, faites que j´arrive pas trop tard! pensa Jeff en serrant les dents.
Celui-ci, tout en jetant de vifs coups d´oeil par-ci, par-là, se précipita jusqu´à l´escalier puis le dévala comme il ne l´avait encore jamais fait auparavant, la panique s´emparant de lui. Arrivé à l´étage, il observa le couloir plongé dans un noir quasi total.
- Y a quelqu´un?! Répondez bon sang!! Marianne?! Max!?
Les appels de Jeff s´étouffèrent lentement alors que, dans un grincement aigu, la porte de la chambre d´Eric s´ouvrait peu à peu dans son dos, laissant pénétrer une douce lueur sur le couloir jusqu´alors sombre et silencieux. Jeff, tout en fronçant les sourcils, observa un instant cette soudaine petite ouverture que la porte lui avait faite. Une atmosphère véritablement troublante et dérangeante hantait désormais la maison. Jeff, sentant son coeur battre en sa poitrine, avança de quelques pas, sans faire le moindre bruit. Arrivé finalement face à la porte en question, celui-ci, respirant violemment, s´apprêta à la repousser d´avantage, mais la pendule du salon retentissant au même instant le fit sursauter sur lui-même.
- Ahhhh, s´énerva ce dernier mentalement. Décidément, il en faut vraiment peu pour te mettre dans un sale état de panique mon pauvre.
Légèrement rassuré, Jeff poussa la porte qui s´ouvrit toute grande dans un nouveau grincement, laissant une puissante lueur s´écraser sur lui. Ce dernier, la main droite levée en l´air afin de se protéger les yeux, avança alors à l´intérieur de la chambre silencieuse. Personne. Comme pour tout le reste de la maison, Jeff comprit immédiatement en y entrant que personne ne s´y trouvait. Sans un mot, celui-ci se dirigea lentement jusqu´au petit bureau qui se tenait devant la fenêtre. Peut être pourrait-il trouver ce qu´il était venu vérifier après tout. Fouillant du regard le désordre qui occupait ce dernier, Jeff n´eût pas le temps de ramasser la moindre feuille que la porte claquait violemment dans son dos. Une arme à feu se chargea alors d´un coup sec. Jeff, dont le corps tout entier se glaçait d´un seul trait, ferma peu à peu les yeux, sans même se retourner, immobile, toute son existence lui paraissant s´écrouler en une fraction de seconde. Une image de son fils et de sa femme défila alors subitement dans son esprit, des larmes de colère et d´impuissance gagnant au même instant ses paupières tremblotantes.
- Jeff, Jeff, Jeff...marmonna alors calmement la voix d´Eric dans son dos. Je crois que vous n´aurez jamais idée à quel point cette situation peut être embêtante autant pour moi que pour vous... Eh oui Jeff, je sais tout! enfin, excusez-moi...
Eric, tout en maintenant son arme dressée en avant de sa main gauche, sortit une petite photo de la poche de sa veste qu´il lança alors au pied de l´homme resté silencieux devant le bureau.
- . ..Ou plutôt devrais-je dire, professeur Jeff! lui lança Eric d´un ton de vainqueur. Aussi ironique que cela puisse paraître, je vous connais presque plus que votre propre fils au fond, non? ajouta ce dernier en souriant.
Jeff ne répondit rien, demeurant dos tourné, face à la fenêtre.
- Tout de même, reprit Eric...je me dis des fois que le destin se joue de nous! vous n´en avez pas l´impression vous aussi? J´arrive dans cette ville en total inconnu, et je réussis sans même le savoir à faire en sorte de louer une chambre chez un des hommes que je suis sensé abattre...c´est tout de même un peu gros vous ne trouvez pas?
- Vous n´êtes qu´un pauvre fou! cria subitement Jeff tout en se retournant vivement face au jeune homme souriant et habillé de noir. Mais quoiqu´il en soit, vous non plus n´en aurez plus pour longtemps ne vous en faites pas...cette ville saura se charger de vous...et cela bien plus tôt que vous ne pouvez l´imaginer!
Eric, un air de nervosité s´emparant soudainement de son visage jusqu´alors rayonnant, vira sur un ton plus agressif.
- Vous osez me dire ça, alors que vous vous trouvez en cet instant même entre la vie et la mort!! Je crois décidément qu´avoir passé tant d´années assis sur une chaise au fin fond d´un laboratoire sombre et humide, à pratiquer je ne sais trop quelles expérience louches, a finit par vous faire perdre les pédales mon pauvre ami...
Le visage de Jeff, souillé de larmes, bascula soudainement dans un rire nerveux.
- Ne...ne me dites pas que la personne qui vous a engagée pour cette mission ne vous a même pas mis en garde par rapport à ce que nous faisions exactement dans nos locos?! Vous vous moquez de moi!
Eric lui afficha un regard sombre, braquant d´avantage son arme en avant.
- Et dites moi au juste pendant que nous y sommes, Mr Draven, reprit Jeff tout en sentant la colère gagner à nouveau son esprit. Quelle est exactement la raison pour laquelle je ne sais quel fou furieux vous a envoyé ici? hein!? dites le moi sincèrement! On a certainement du vous promettre une sacré somme d´argent pour que vous acceptiez ainsi de vous lancer dans une mission sans retour!
- Ne jouez pas au plus fin avec moi Jeff, lui lança le jeune homme d´un ton sec. Vous ne serez pas la première personne que je tue vous savez...
Eric, tout en se levant lentement de la chaise cachée derrière la porte où il était resté assis, se déplaça calmement en face de cette dernière.
- Mais ne vous en faites pas, reprit lentement le jeune homme. Ce monde est cruel, et je peux vous assurer en avoir assez fais les frais au cour de ma vie pour être en mesure d´en parler ainsi. Au contraire de la plupart des gens de ce monde, je sais me priver de l´être lorsque j´en ai la possibilité...
Eric, appuyé contre le bois blanc de la porte, leva son regard sur Jeff.
- . ..Je ferai personnellement en sorte que votre femme et votre fils ne souffrent pas...
- Quoi!!?? s´écria celui-ci. Vous...Vous n´allez quant même pas les...??!!!
- Je suis sincèrement désolé Jeff, surtout après tout ce que vous avez fait pour moi. Mais voilà, le monde est ainsi fait, un échiquier géant où tous les coups sont permis, rien de plus! Et ce n´est pas moi qui parviendrai à changer cela, croyez moi. Allez, il est temps à présent...je me tarde de quitter cette maudite ville, alors finissons-en sans plus attendre...
Eric, tout en redressant son bras droit, pressa peu à peu la détente. Jeff, les deux mains appuyées contre le bois du bureau, serra les poings, prêt à bondir, mais la porte de la chambre s´ouvrit au même instant, laissant entrevoir la tête d´une petite femme.
- Marianne!! hurla Jeff stupéfait. Sauve toi!!
- Mais qu´est-ce que...bredouilla Eric alors que ses yeux se posaient sur la petite femme qui se mit à crier en apercevant l´arme braquée sur son mari.
Jeff, dans une montée d´adrénaline, se lança en avant et attrapa Eric qui, partant à la renverse, appuya sur la détente. Le coup partit contre le miroir qui explosa en morceau.
- Sauve toi Marianne ! ! Vite ! ! hurla Jeff à nouveau tout en retenant le bras droite d´Eric qui, couché à terre, tentait d´empoigner son arme. Jeff, ayant maîtrisé ce dernier, tenta à son tour d´attraper cette dernière mais Eric lui envoya violemment son coude dans la figure. Tout en roulant sur le sol pour aller s´immobiliser contre le pied du lit, Jeff, le nez en sang, attrapa à la volée le pied de son adversaire et, tout en le tirant avec rage, le fit buter sur la moquette. Eric se retournant sur lui même, para d´un réflexe le coup de poing que lui envoyait Jeff et répliqua par deux coups dans le ventre de ce dernier qui s´écroula à terre, le souffle coupé. Eric, s´étend redressé, plaqua sa chaussure noire sur le visage ensanglanté de Jeff qui se mit à hurler de douleur.
- Pauvre fou...marmonna le jeune homme.
Tout en se penchant en avant et en relevant le bas de son pantalon noir, Eric en retira brusquement un long couteau fin.
- Ils ne souffriront pas, murmura ce dernier. J´y vieillerai personnellement...
Eric s´apprêtait à frapper, quant Jeff d´un réflexe, sortit une seringue vide qui traînait encore dans sa poche et la lui planta violemment dans la jambe. Tout en se redressant, il empoigna alors les deux jambes d´Eric et se jeta contre les restes du miroir qui tenaient encore debout.
- Marianne sauve toi vite ! ! hurla une dernière fois celui-ci tout en se retournant sur lui-même, puis il traversa la chambre en courant et se jeta à travers la fenêtre qui éclata en morceaux. Retombant avec violence sur la pelouse, parmi les débris de verres, Jeff, vautré à terre tout en crachant du sang, se releva tant bien que mal.
Eric, étant revenu entre temps à la hauteur de la fenêtre, son arme en main, pointa cette dernière en direction du fugitif puis vida littéralement son chargeur sur l´avenue silencieuse, plus enragé que jamais. Jeff, sans se retourner, ne cessa de courir, les éclats de balles se produisant tout autour de lui, faisant éclaté certains rats qui traînaient encore sur la route. Le dernier coup de feu qu´il entendit lui toucha le haut de l´épaule dans un effleurement. Courbé, il disparut finalement au fond de l´avenue, laissant derrière lui son agresseur en proie à une folie furieuse.
- Oh, vous aurez beau courir Jeff, je finirai bien par vous rattraper! s´exclama Eric tout en se lançant sans plus attendre en direction de la porte de la chambre. Un animal blessé ne s´enfuit jamais bien loin...
Tout en sortant un nouveau chargeur de la poche intérieur de sa veste noire, Eric se dirigea le long du couloir sombre puis dévala l´escalier. Arrivé dans le salon silenecieux, il s´arrêta brusquement sur lui-même, des murmures lui semblant venir de la cuisine. Calmement, il se retourna, puis, marchant sans faire le moindre bruit, il poussa d´avantage la porte entrouverte. Là, il surprit avec stupéfaction Marianne, assise sur le sol, en plein appel avec la police de la ville. Cette dernière, l´apercevant, lacha le téléphone et se mit à hurler.
- Non!!! Je..Je vous en prie!! supplia-t-elle en se relevant lentement, la main dressée en avant. Ne faites rien à mon fils je vous en supplie!!
Un sentiment de confusion totale se lisait sur les traits de son visage terrorisé. Ce qui leur arrivait si subitement n´avait décidément pas de sens. Pourquoi cela?
Marianne, tel un animal affolé, se retourna soudainement sur elle-même puis se mit à courir de façon désespérée en direction de l´autre porte. Eric, son couteau toujours en main, leva vivement son bras droit puis lança ce dernier qui se planta violemment dans le dos de la petite femme. Celle-ci, le visage soudainement dressé vers le plafond, se laissa tomber calmement contre les rideaux blancs de la petite fenêtre, puis, sans le moindre soupir, s´affaissa sur le parquet, morte. Un orage gronda brusquement dans le ciel noir, faisant vibrer les carreaux de la vitre, contre lesquelles se mirent peu à peu à tomber de petite gouttes de pluie. Eric, désormais seul au centre de cette cuisine sombre, se baissa calmement en avant pour empoigner le téléphone resté sur le sol, duquel ne cessait de résonner une voix d´homme. Il amena alors ce dernier contre son oreille.
- Il n´y a aucun problème finalement, lança celui-ci d´une voix calme. C´était une simple erreur, ma femme est très nerveuse depuis quelques temps vous savez, avec tout ce qui se passe en ville...Veuillez m´excuser pour le dérangement monsieur, au revoir.
Eric coupa la ligne puis, se redressant sur lui-même, brisa l´appareil contre l´une des armoires de la cuisine. Cela fait, son regard se posa lentement sur le corps immobile qui gisait encore sur le sol. Sur ce visage à jamais figé...
- Elle qui déguageait une telle joie de vivre...enfin...
Eric avança calmement jusqu´à cette dernière, sans le moindre mot, puis, se penchant en avant, retira le couteau d´un coup sec.
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la suite tout bientôt 