Chapitre 30 : Miroir
Arang réussit à bloquer l’épée qui le menaçait mais l’impact fit glisser le Knig une dizaine de mètres en arrière. Il ouvrit des yeux ébahis sur son adversaire, qui lui ressemblait comme deux gouttes d’eau. La même tête de loup, une armure identique. Seul leur arme différait : le katana du double d’Arang était plus long et plus large. Sa couleur approchait celle du magma en fusion.
- Tu semblais plus réactif autrefois, ricana le sosie avec une voix identique à celle de l’ancien Knig. On peut sentir que l’amour, cette chose abjecte, a ramolli ton âme guerrière.
- Ne me fais pas rire. Trahir est bien pire qu’aimer, Spariock.
L’interlocuteur du combattant de Zaël dévoila ses crocs sur un sourire carnassier.
- Je n’en doute pas… Quitter le Palais sans l’accord du Maître et devenir un Renégat m’a fendu le coeur… Mais je ne suis pas mécontent d’avoir rejoint Solire. Les gens y sont si accueillants…
Arang soupira tout en fixant son adversaire dans les yeux.
- Nous ne sommes pas si différents dans notre conception de Salaach. Discuter de ce sujet avec toi serait édifiant mais il nous faut nous battre, tu ne crois pas ?
- Tu n’as pas tout à fait tort… Allons, je vais me battre sérieusement à partir de maintenant.. Fusion du Dernier Miroir ! Karuga’lan Brakios !
Les contours du corps du loup semblèrent vibrer un instant avant qu’un écran de fumée se matérialise tout autour. Arang grogna en comprenant qu’il se trouvait face à la Fusion de son adversaire. Ce dernier reparut, complètement transformé. Il était vêtu d’une cotte de maille couleur de sang et d’un casque étrange. En effet, à l’emplacement où aurait dû se trouver une ouverture, un miroir parfaitement rond trônait. L’épée du Renégat était devenue plus large et sa lame renvoyait à Arang son propre reflet. Une voix amplifiée par le couvre-chef de métal retentit :
- Prends garde, mon ancien ami... Spariock le Réflecteur est revenu au devant de la scène !
- Tu ne m’effraies pas le moins du monde...
- C’est ce que nous verrons.
Une image apparut alors dans la glace. Celle du visage d’un homme aux cheveux bleus, à l’allure féminine.
- Marth ? Mais que...
L’arme de Spariock se transforma une fois de plus pour devenir une épée plus fine à la garde incrustée d’un rubis. Un rire se fit entendre dans le dos d’Arang. Le sosie de son adversaire le regardait, la face une nouvelle fois transformée. Il s’agissait cette fois-ci d’une femme blonde tenant un fouet.
- Sylvia ?
Bientôt, le guerrier de Zael fut encerclé par six armures aux visage divers. Marth, Sylvia, Dankaï et deux Knigs ayant côtoyé Arang durant la première période de sa vie ... Mais le pire fut lorsque l’ancien Knig vit apparaitre le doux regard de Zelda.
- Que me veux-tu à la fin ? Pourquoi ne pas te battre tel un homme ? Tu n’es qu’un lâche !
D’une même voix, les pantins de Spariock répondirent :
- Question de relativité. Là où tu me juges lâche, je me dirais astucieux. Six têtes valent mieux qu’une n’est-ce pas ? Surtout quand ces têtes te sont familières...
Arang ne put retenir un hurlement et planta Kenogan dans le verre du miroir « Dankaï ». Le visage se brisa, laissant apercevoir un corps creux.
- Alors mon très cher ami, où suis-je ? Quel pantin m’abrite ? Sache que j’ai la faculté de voyager d’une armure à l’autre, sans que cela me fatigue. Détruire Dankaï n’a pas dû être difficile... Il était déjà à l’article de la mort.
- Comment...
- Tu comprends vite... Ce miroir donnait directement sur le coeur de notre vieux compagnon. Tu viens de lui asséner le coup de grâce. J’ai encore cinq corps, dont celui de ta femme. Tu vois maintenant en quoi l’amour est moins puissant que la réflexion. Tu te doutes bien que je possède un refuge imperméable à ta rage... Celui qu’est Zelda... J’ai tout prévu. Tu commenceras par l’assassinat de Zarock et Nako, puis tu passeras à Marth et enfin à Sylvia, ton ancienne équipière. Finalement, tu te tourneras vers moi, bien à l’abri et tu ne pourras te résoudre à frapper. Je suis le vainqueur, Arang. Tu es coincé mon ami.
Le combattant de Zael, comme dans un rêve, se vit briser les miroirs des Knigs qui furent ses amis autrefois. Puis il s’avança vers le pantin-Marth et leva son arme d’u bras dénué de toute raison de vivre. Il abattit Kenogan. Il marchait dans la direction de Sylvia, complètement hagard, l’esprit défait, quand une voix qui n’appartenait pas à Spariock vint naître dans son esprit.
- Je suis là... Je sais où il se trouve... Il n’est pas dans une armure, mais dans le corps de Falcon, son but est uniquement de te berner. Mais il a compté sans mes talents de télékinésiste. Je te dois encore une dette, Arang et je le sais. Utilise ma plume pour me contacter quand l’heure sera venue. Merci.
- C’est moi qui te remercie, Lania...
L’ancien Knig étira ses lèvres canines sur un sourire et fit mine d’attraper la créature au visage de Sylvia. Ses capacités guerrières lui étaient revenues rapidement dès lors qu’i avait compris le plan de son ennemi. Quand un souffle léger se fit entendre derrière lui, il était prêt. Le poing enflammé qui menaçait de l’assommer ne fit que passer au-dessus de son crâne. Arang saisit le bras qui avait failli lui ôter la vie et fit basculer violemment son propriétaire sur son épaule. Sans même le regarder, l’ex-Knig planta Kenogan dans le cadavre du défunt Capitaine Falcon. Le fracas du verre que l’on brise retentit au contact de la lame avec le corps et un morceau de miroir fut projeté un peu plus loin. Arang alla le ramasser sans plus prendre garde à sa victime et le fourra rapidement dans une poche. Alors que le bruit d’une corne de brume résonnait dans la plaine, annonçant la fin des Jeux Risqués, le combattant de Zaël sourit en entendant un cri à peine audible.
- Maintenant que tu as ceci, je te suis soumis, je suppose... J’aurais encore préféré que tu me tues !
- J’ai d’autres plans en tête, Spariock. Tu seras utile à notre rébellion.