En fait, ça vient de revenir !
Chapitre 35 : Aqua magna est
- Drake ! hurla Ike.
Malgré la pénombre, le jeune homme avait aperçu le visage de son ami se faire immerger. Il brassa les flots sombres quelques instants, cherchant à se repérer.
- Laisse, grogna Likan.
Il psalmodia une formule qui couvrit sa bouche d’un voile luminescent, puis plongea dans la masse aquatique. Ike retint son souffle, imité par Rodan. Seul Marth semblait ne pas s’inquiéter de la situation. Il flottait sur le dos en jouant avec une petite flamme qu’il faisait passer d’un doigt à l’autre, éclairant ainsi d’une douce lueur son visage. Il souriait, le regard triste. Soudainement, il se redressa et plongea la main dans l’eau. Au lieu de s’éteindre, l’étincelle sur son index doubla de volume.
- Pour éclairer Likan, murmura-t-il machinalement.
La petite flammèche prit bientôt l’allure d’une boule de feu que le Knig s’empressa de séparer en deux. De sa main gauche, il projeta un des morceaux dans les profondeurs. De la droite, il souleva sa création et la jeta au-dessus de sa tête, permettant ainsi à ses compagnons de contempler la grotte dans laquelle ils avaient atterri. La salle rocheuse était plus petite qu’ils ne l’auraient cru au premier abord. Les murs carrés qui la délimitaient étaient recouverts de symboles cabalistiques rappelant des serpents enroulés sur eux-mêmes. Dans un coin, un long boyau étrangement luisant semblait mener ailleurs.
- Charmant endroit. J’ignorais qu’il existait pareil lieu sous notre District, fit remarquer Ike.
- Et pourtant... S’il s’agit bien d’un passage vers les Ruines de Lumpo, il est ici depuis plus de cinq mille ans.
- Je sais bien ce qu’est Lumpo. On raconte que la cité était rattachée à Zaël et Mako.
- En effet. Selon les livres d’histoire que nous possédons au Palais, les Lumposias avaient bâti leur lieu de villégiature sur un promontoire géant s’élevant par-dessus les flots. À l’extrémité de cette avancée sur la mer se dressait le fier Château des Mages et Soldats, habitat des guerriers de l’époque.
Rodan interrompit soudain la conversation en criant :
- Regardez ! C’est Likan !
En effet, la sphère enflammée de Marth située sous l’eau laissait apercevoir une forme remonter des profondeurs. Alors que la masse de cheveux blonds de Likan crevait la surface, un juron retentit.
- Il n’est nulle part. Vraiment désolé...
Ike laissa échapper un grognement désapprobateur.
- Jusque où as-tu plongé ? Il n’a pas pu disparaitre !
- De toute façon, si il n’a pas trouvé un moyen de respirer depuis tout à l’heure, il est mort. Il faut avancer si on veut continuer.
Le jeune homme à l’épée d’or resta interdit un moment. Il avait beau savoir que le Knig avait raison, il ne parvenait pas à se résoudre à quitter l’endroit. Sans un mot de plus, il commença à nager en direction de la sortie, suivi par Rodan. Likan s’avança dans son sillage, mais fut retenu par Marth.
- Que se passe-t-il là-bas ? Je sais très bien que tu ne renoncerais pas ainsi d’habitude. À l’instant même où tu as mis la tête sous l’eau, j’ai compris que quelque chose n’allait pas.
- Nelya.
- Elle est revenue d’Hellenyos ?
- Oui, et en mauvais état... C’est elle qui a emmené Drake, aucun souci à se faire de ce côté-là, donc. Par contre... Quelque chose m’ennuie fortement.
- C’est-à-dire ?
- J’ai bien peur qu’elle ne demande à Drake de lui amener de quoi se soigner.
- Quel est le problème ?
Likan lui fit signe d’avancer avant de murmurer :
- Ardence Divine.
Le blond s’éloigna alors. Marth écarquilla les yeux en comprenant ce qui inquiétait tant son frère d’armes. Puis il éteignit ses orbes irisées et rattrapa le groupe dans le tunnel sous-marin, où Rodan s’émerveillait de la lumière qui régnait.
- C’est génial ces trucs ! dit-il en montrant les murs.
De la mousse fluorescente semblait respirer au gré du léger courant qui animait l’eau. À chaque inspiration, la lueur redoublait d’intensité.
- On dirait que c’est vivant !
- Ça l’est, appuya Marth. Ces organismes rejettent un gaz différent de celui que nous expirons. Au contact de l’air, une barrière lumineuse se forme autour de la plante. Pour peu que ça respire, c’est vivant.
- Génial !
Ike nageait en tête, son épée d’or attachée dans le dos. Il n’écoutait plus que sa propre respiration et le clapotis de l’eau dans laquelle il nageait. Le jeune homme n’était pas dupe, il avait tout de suite compris que quelque chose clochait dans l’attitude de Likan. Pourquoi n’avait-il pas cherché plus longtemps alors qu’il en avait les capacités ? Il soupira et commença à prendre conscience que le boyau s’étrécissait. Un mauvais pressentiment l’emplit alors. Son intuition ne le trompait pas. Bientôt, il se retrouva face à face avec un cul-de-sac.
- Venez voir ça. On est bloqués.
Rodan nagea plus rapidement vers le jeune homme et observa la paroi qui leur bloquait le passage. Il tenta de plonger pour trouver un passage sous l’eau, mais il se heurta au sol sablonneux de la grotte.
- Même par en bas, ça ne passe pas...
- Cherchons un mécanisme, suggéra Likan.
Les cinq compères se répartirent alors dans le tunnel. Chacun passa de longues et infructueuses minutes à chercher quelque chose d’anormal dans la roche. Alors qu’ils commençaient à désespérer, Rodan poussa un cri de victoire.
- Regardez, trois chaînes !
Tous se rapprochèrent pour contempler la découverte du jeune garçon. Il tenait dans la main trois anneaux reliés à la pierre.
- Je propose qu’on prenne celui du milieu, suggéra Ike.
- Pourquoi pas... murmura Likan.
Rodan, excité comme jamais, tira de toutes ses forces sur le lien. Un claquement se fit entendre, suivi d’un bruit sec.
- Que...
Un carreau d’arbalète vint se ficher dans le roc, à quelques centimètres de l’oreille gauche du cadet.
- À couvert !
Tous plongèrent pour se cacher de la pluie mortelle qui tombait à la surface. Lorsque le besoin d’air se fit ressentir et que les claquements cessèrent, Rodan revint prendre sa respiration, haletant.
- Vraiment... désolé...
- Tu peux bien ! cracha Likan.
Un trait avait atteint son épaule gauche. Il brisa la hampe de la flèche et posa la main sur le morceau restant.
- Tu ne devrais peut-être pas... commença Ike, revenu à la surface.
Mais un hurlement de douleur vint couvrir la fin de sa phrase.