CHAPITRE 13 : Le Chevalier Azur
Le Chevalier Azur attendait.
L’agent qui se trouvait devant lui, agenouillé, se trémoussait, visiblement très mal à l’aise. Il fallait dire que son maître punissait sévèrement. Mais, en contrepartie, il récompensait encore mieux.
- Maître Nightmare, je suis sûr de moi, dit le twilien qui était à ses pieds. Je fais confiance à mon informateur.
L’autre ne répondit pas, laissant l’agent mariner dans sa peur. Comment s’appelait-il déjà ? Thatras, Shatras ? Ah oui, Arthas ! Un homme d’une trentaine d’année avec un visage portant des traîts délicats et entouré d’un rideau de cheveux blonds platines gras. Il était tout de noir vêtu et avait des yeux fuyants.
Arthas regardait avec une appréhension croissante son maître. Assis sur un trône, une gigantesque épée en travers des genoux, il était calfeutré dans une armure bleue azur. Sa voix ressemblait à un echo, ce qui lui donnait un ton encore plus inquiétant. Sa tête était surmontée d’un haume de chevalier. De plus, il dégageait une aura de force et de cruauté extraordinaire. Rien de bien rassurant…
- Maître Nightmare, répéta timidement Arthas.
- J’ai entendu ! répondit vivement l’autre. Je vais me rendre sur place. Et je vais en finir une bonne fois pour toute avec cette Midona. Ainsi qu’avec ce Jaime, ajouta-t-il d’un ton mauvais. Cela fait trop longtemps qu’il me barre la route.
Le Chevalier Azur se leva et saisit son épée. Puis, il l’approcha doucement de sa bouche et lui dit :
- Ne t’en fais pas Kotshito*, le sang va couler.
A ces mots, l’arme frémit dans la main de Nightmare. Content de voir sa lame satisfaite, il se dirigea vers la sortie. Il passa devant Arthas qui leva vers lui un regard implorant. Sans se retourner, le Chevalier Azur claqua des doigts.
Aussitôt, une pluie de joyaux tomba du plafond autour de l’agent.
- Si ton information s’avère vraie, tu en auras le double. Mais si tu m’as menti…
Arthas jeta un coup d’oeil furtif à son maître et ce qu’il vit le terrifia : un oeil s’était ouvert sur la lame de l’épée. Un oeil plein de haine, d’envie de meurtre et de sang. Mais surtout, un oeil qui semblait avoir une volonté propre. “L’oeil du Diable” pensa l’agent, horrifié.
Nightmare éclata de rire et se volatilisa dans une volute de fumée. Il y avait tant à faire…
- Kotshito vient de l’hylien et veut dire l’Oeil du Diable, Kot voulant dire l’oeil et Shito le Diable.
* * *
Jaime suivait Midona, Fantôme sur les talons. La reine les avait menés vers les sous-sol du Palais et elle se dirigeait à présent vers une double porte assez grande. Elle posa sa main sur le battant qui s’illumina d’une étrange lueur. La twilienne prononça quelques paroles inaudibles et, lentement, la porte s’ouvrit avec un grincement sinistre.
Le twilien pénètra à sa suite dans la vaste pièce circulaire qui s’offrait à sa vue. Les murs étaient décrépis, et des chaines pendaient au mur. Un table de bois qu’entouraient quelques chaises était placée au milieu de la salle. Le plafond auquel était accroché un lustre à moitié détruit était haut.
Midona invita le comte à s’asseoir sur une des chaises pleines de poussière dont le bois était rongé par les mittes et celui-ci obtempéra avec une grimace de dégoût. Ce n’était pas vraiment sa conception du confort.
- Alors, comte, vous vouliez m’entretenir d’affaires importantes disiez-vous ? commença tout de suite la reine.
- En effet, Majesté. Ce que j’ai à vous dire…
A ce moment, un bruit de bourrasque retentit dans la pièce, suivi de celui d’une explosion et de fumée. Les deux twiliens bondirent sur leurs pieds et tirèrent l’épée. La fumée se dissipa rapidement, laissant apparaître un homme revêtu d’une armure bleue azur. Une épée gigantesque était négligemment posée sur son épaule et il respirait le pouvoir.
- Nightmare, dit Jaime dans un souffle.
L’autre ne répondit rien et s’avança calmement vers les deux twiliens. Ceux-ci, le voyant approcher, se tinrent sur leurs gardes. La fabuleuse mémoire de Midona s’était mise en branle, et elle observait maintenant le nouveau venu avec terreur. Elle savait qui il était.
Nightmare… Un nom que craignait la plupart de la cour. Autrement appelé le Chevalier Azur, en référence à l’armure qu’il n’ôtait jamais.
Nightmare… Il était devenu l’un des hommes les plus craints du royaume en un laps de temps étonnamment court. Il avait démarré de chevalier errant et était à présent le plus grand seigneur du Crépuscule.
Nightmare… On ne savait pas d’où il venait. Midona se rappelait seulement que c’était un combattant d’exeption et qu’il était armé d’une épée gigantesque. Il avait tué à lui seul un régiment de vingt-cinq hommes à cheval !
Et à présent, il se tenait devant eux.
- Majesté, salua-til finalement avec un ton narquois. C’est un honneur.
- Chevalier Azur, rétorqua la reine en tentant de maîtriser le tremblement de sa voix, je vous arrête pour haute trahison !
Comme s’il trouvait ces propos désopilents, Nightmare éclata d’un rire sans joie, sec et bref, semblable à un aboiement. Puis il dit d’une voix glaciale :
- Nous verrons ce qu’il en est.
Aussitôt, la pièce fut plongée dans la pénombre et un frisson incontrolable traversa Midona. Elle le savait : c’était elle la cible.
Ele avait raison car, quelques instants plus tard, elle sentit une lame lui entailler tour à tour la bras, la jambe et le ventre, sans qu’elle eut même le temps d’avoir mal. Elle tomba à genoux, complètement désamparée. Elle ne pouvait rien faire face à un tel pouvoir ! Elle savait qu’une épée allait bientôt l’achever avec quelques coups savamment assénés dans la poitrine ou le cou. Oui, c’était fini…
- Assez ! tonna Jaime.
Une éblouissante lumière illumina la pièce et disparut aussi vite. L’éclairage était toujours faible, mais on voyait présent où on mettait les pieds. Midona leva les yeux et ce qu’elle vit la stupéfia : Jaime, devant elle, avait stoppé Nightmare. Le visage déformé par la haine, le comte avait paré le coup fatal que s’apprêtait à recevoir la reine, sans broncher. Etait-elle donc lâche à ce point pour toujours avoir besoin qu’on la sauve ? D’abord Link, maintenant Jaime… Non, c’en était fini. Elle devait prendre les choses en mains.
Les yeux éteincelants de colère, elle se redressa. Pendant ce temps, le twilien commençait à fléchir. Elle s’approcha donc vivement de son oreille et lui chuchota :
- Quand je vous dirai de vous écarter, faîtes-le !
Puis elle se recula et joignit ses mains, comme pour prier. Elle démarra alors une sorte de psaume. Parlant de plus en plus vite, la reine sentait son coeur battre toujours plus rapidement. Dans le même temps, une boule noire avait cru ente ses mains.
- Jaime, maintenant ! cria-t-elle.
Aussitôt, le comte s’écarta avec un soupir. Il n’aurait pas pu tenir plus longtemps de toute façon. Se ressaisissant, il porta à nouveau son regard sur Nightmare.
Le Chevalier Azur fonçait sur la twilienne sans se préoccuper de la boule qui grossissait à vue d’oeil entre ses mains. Quand il ne fut plus qu’à quelques mètres d’elle, un jet de lumière noire le percuta de plein fouet.
Tout de suite après, ce qu’on pouvait appeler des lianes sortirent du sol et immobilisèrent Nightmare. Il eut beau se débattre, les liens tennaient bon.
- Vite ! s’écria Jaime, il faut partir !
Sans mot dire, Midona approuva et le suivit en courant hors de la pièce. Arrivée derrière la porte, elle toucha le battant et murmura quelques mots. Il scintilla à nouveau et la reine hocha la tête, satisfaite.
- Ce sort ne le retiendra pas, fit remarquer le comte en reprenant sa course effrénée, mais c’était bien joué.
- Merci, répondit Midona avec un sombre sourire.
Les deux twiliens remontèrent peu à peu à l’air libre sans croiser âme qui vive. Les couloirs étaient déserts, tout le Palais semblait s’être endormi plus tôt qu’à l’accoutumée. Mais c’est en arrivant dans la cour qu’ils eurent un choc.
Une cinquantaine de créatures de l’ombre, gragouilles et autres monstres barraient le passage. Ils levèrent tous la tête au son des pas des deux twiliens et retroussèrent leurs babines. Du sang frais arrivait, enfin.
Jaime poussa un soupir et tira son épée. Midona l’imita, et tous deux se regardèrent.
- Je ne pense pas que nous puissions tous les battre.
- Je pense que si je me joins au combat, ça devrait aller, dit une voix rieuse et masculine.
- Et si je viens également, vous êtes sûrs de la victoire, ajouta une voix, de femme cette fois.
Deux silhouettes étaient apparues aux côtés de la twilienne qui sentit son coeur se gonfler d’espoir à leur vue. Son frère était là ! Jin !
Un homme athlétique d’une trentaine d’années, les cheveux sombres, les yeux couleur fauve, un long glaive à la main se tenait là. Il était accompagné d’une jeune fille qui ne devait pas avoir pus de vingt-cinq ans. Elle avait des cheveux orange coiffés en natte, des yeux d’un noir d’encre et une petite épée à la main.
- Alors, soeurette, on y va ? demanda Jin d’un ton narquois.
Midona lui répondit par un sourire eclatant et acquiesça d’un signe de tête.
- Natsumi n’aura qu’à aller avec le bel inconnu, ajouta le frère de la reine.
Et sans plus attendre, il fonça sur les monstres.
Ceux-ci, interloqués, furent surpris par cette violente attaque. Elle fut suivie de la charge de Jaime, rendu assez hargneux par l’arrivée de Jin. Il ne semblait pas apprécier le jeune homme, et l’occasion se présentait de décharger sa haine, haine que partageait Fantôme. Les deux twiliennes attaquèrent en dernier, finissant de décimer la moitié des rangs des monstres.
Alors que le comte venait de plonger sa gigantesque épée dans le ventre d’une gargouille, un cri de haine terrifiant s’éleva des profondeurs du Palais. Apparemment, Nightmare s’était délivré de ses liens et se heurtait à la porte. Le petit groupe n’avait que peu de temps. Il fallait fuir.
Jaime redoubla d’ardeur, de même que ses camarades. La cour fut bientôt nettoyée de tous les monstres et Midona mena le groupe à l’écurie pour prendre des chevaux. Quelques instants plus tard, tout le monde était monté et passait le portail du Palais. A ce moment, un second hurlement retentit, ainsi qu’un bruit d’explosion. Nightmare venait de passer la porte magique de la twilienne.
Celle-ci jeta un regard au comte et lui dit d’un ton froid :
- Je crois que vous avez de nombreuses choses à me dire, comte.
- En effet, répondit très calmement celui-ci. Mais nous devons avant tout couvrir le plus de distance possible.
Bien que brûlant d’entendre les révélations du comte, Midona fut forcée d’admettre qu’il avait raison. Ils n’avaient pas le temps de traîner. A l’heure qu’il était, Nightmare avait déjà dû lancer ses montres à leurs trousses.
Les quatre cavaliers s’éloignèrent vers le soleil couchant. Tous savaient qu’un long périple les attendait. Mais tous étaient prêts à l’affronter. Il leur fallait vaincre.
FIN DE LA PARTIE I