CHAPITRE 2 : L’Ombre éternelle
Nightmare avançait dans le sombre souloir. Sa grande épée était accrochée dans son dos et il la sentait s’agiter. Et d’un côté, cela l’effrayait quelque peu.
Néanmoins, il devait chasser la peur de son esprit en cet instant présent. Il allait le voir, et tout son courage ne serait pas de trop pour affronter son humeur capricieuse. Etrangement, il eut à ce moment précis une pensée pour son frère, prisonnier de son cachot obscur. Il fallait qu’il se dépêche d’en terminer avec son maître pour s’occuper de Jaime au plus vite. Il lui tardait…
Il s’arrêta devant une grande porte marquée d’un étrange symbole : un oeil finement ouvragé inscrit dans un triangle. Sans qu’il sache pourquoi, le Chevalier Azur était mal à l’aise chaque fois qu’il se trouvait devant ce signe. Les deux gardes qui se trouvaient devant la porte le saluèrent militairement en faisant claquer le talon de leurs bottes sur le dallage. Ils étaient vêtus de capes noires et dégageaient une aura de menace indicible.
Ils ouvrirent la porte devant le passage de Nightmare qui la franchit d’un pas vif. Il arriva dans une vaste salle faiblement éclairée et dont les recoins étaient plongés dans la pénombre. Des gémissements semblaient s’échapper du sol, des murs, du plafond. Celui-ci était d’ailleurs indistinct, ne laissant apparaitre qu’un noir de jais. Une seule fenêtre laissait filtrer la lumière orangée du Crépuscule qui donnait aux dalles une teinte rouge sang. Enfin, au fond de la salle se trouvait un grand trône de granit noir. Une silhouette sombre était assise dessus. Il était impossible de la mesurer à vue d’oeil, mais elle devait être gigantesque au vu de la corpulence des bras qui s’échappaient de sa cape.
Arrivé au milieu de la salle, le Chevalier se laissa tomber à deux genoux et s’inclina profondément.
- Maître, murmura-t-il.
- Relève-toi, Nightmare, prononça la chose dans un râle. A ce que m’ont dit mes agents, tu as finalement capturé ton frère…
Ce n’était pas une question, et le Chevalier savait qu’il était impossible de mentir.
- Effectivement, Maître.
Un court silence, puis :
- Je recouvre mes forces, dit la silhouette d’un ton doucereux. Bientôt, je n’aurai plus besoin de déléguer les tâches les plus importantes à d’autres que moi. Bientôt, je pourrai enfin trouver moi-même cette princesse traitresse à son peuple et le fils de celui qu’on appelait le Héros du Temps.
La chose s’arrêta, sa respiration semblant plus bruyante que jamais dans le silence oppressant de la salle. Nightmare se sentait de plus en plus angoissé.
- Maître, fit-il dans un souffle, est-ce vraiment nécessaire de le faire revenir alors ? Je veux dire…
- Assez ! Cette question incessante m’ennuie au plus au point, Chevalier. Je t’ai déjà dit que je voulais le voir à nouveau dans son corps. Et vite ! C’est la raison pour laquelle je t’ai fait venir ici.
La silhouette se tut, semblant attendre une quelconque réaction de Nightmare, mais celui-ci eut assez de bon sens pour se taire.
- Je vais t’en dire plus sur la façon dont nous allons le faire revenir, reprit la chose. Cela va demander un rituel extrêmement complexe. Déjà, nous avons besoin du sang de la fille. Ce sera le plus dur à obtenir. Ensuite, il nous faut un sorcier compétent. Un homme qui saura utiliser les anciennes formules comme il se doit, un homme qui se fera notre voix dans le vide total… Et cet homme, nous l’avons trouvé.
- Qui est-ce, Maître ? demanda le Chevalier avec avidité.
- Ton frère, répondit calmement la silhouette.
Les mots du Maître laissèrent Nightmare stupéfait. Non, c’était impossible !
- Maître, dit-il, ni mon frère, ni moi n’avons été initiés aux anciennes coutumes…
- Je sais ce qu’il convient de faire, le coupa séchement la chose. Mais là n’est pas le plus important. Ce qui nous intéresse, c’est la fille.
- La Gerudo ?
- Exactement. Sa fille…
Un silence suivit cette déclaration qui ne laissa aucun doute au Chevalier. Il allait devoir s’en charger…
- Vous voulez que je parte au royaume de la Lumière, au désert Gerudo ?
- Oui, fit le Maître. Et je veux que tu partes immédiatement. Mais avant, donne les ordres nécessaires pour que ton frère soit amené ici le plus vite possible. Inutile de discuter ! Et dépêche-toi de revenir avec la fille. Je veux le voir revivre le plus vite possible…
Nightmare s’inclina jusqu’à terre et sortit. Un sentiment de haine l’avait saisi et refusait de s’en aller. Pour qui se prenait-il donc, pour lui donner ainsi des ordres ? Il avait eu envie de lui planter son épée dans le ventre, une envie presque irrépressible. Seulement, il se serait fait arrêter par un contingent de gardes s’il avait tenté cela, et il n’était même pas sûr qu’une épée puis tuer le Maître. Non, il allait devoir agir de façons plus discrète. Après tout ce temps passé à chercher son frère, il ne se laisserait pas voler sa proie. Pas question…
Et lorsque Nightmare quitta la Tour, un plan commençait déjà à germer dans son esprit.