Duguépéroux vers la sortie
Jacky Duguépéroux : la défaite à Lille aura été celle de trop. (Photo DNA-Laurent Réa)
La défaite concédée à Lille hier (Lire en page Sports 24) aura été celle de trop pour Jacky Duguépéroux. L´entraîneur strasbourgeois devrait se voir retirer la responsabilité de l´équipe dans les heures ou les jours qui viennent.
Parce qu´un entraîneur ne peut résister à ça, Jacky Duguépéroux n´y résistera pas.
Quatorze matches de championnat pour aucune victoire et cinq misérables buts inscrits, une place de bon dernier en L1 avec sept points de retard sur le premier non relégable... Non, un entraîneur ne peut décidément résister à ça. Jacky Duguépéroux n´y résistera donc pas.
Treize mois jour pour jour ou peu s´en faut après son retour à la tête de l´équipe qu´il avait menée à la victoire en coupe de la Ligue en 1997, l´ancien capitaine des champions de France quittera le survêtement d´entraîneur siglé à son nom.
Le club aussi ? Trop tôt pour le dire, même si c´est probable puisque lorsque son contrat avait été signé en juin, il avait annoncé qu´il ne retournerait ni à la formation ni à la cellule recrutement une fois sa mission achevée. Mais de ça, on a largement le temps de reparler.
Déjà en L2 ?
Car l´actualité de ce matin, c´est bien le limogeage annoncé du coach alsacien. Comme en 1998, son parcours européen n´aura pas réussi à le sauver. Il est vrai que les victoires contre Graz, Bâle ou Tromsö sont de bien peu de poids face à cette débâcle qui s´accélère en championnat et à ce naufrage qui guette.
Journée après journée, le Racing s´enfonce. Joue de moins en moins bien ou par sursauts. Ne peut plus se cacher derrière une espèce de malédiction comme il le fait depuis le début de saison avec une trop grande complaisance. Il coule en silence.
Le voilà aux portes de la L2, c´est tout ce qui reste. Il y a déjà un pied et c´est hallucinant quand on observe la richesse de son effectif, les noms qui le composent. Le jeu qu´il lui arrive de déployer aussi.
Résigné et touché
Alors, ce matin, à 11 h, Marc Keller rencontrera Egon Gindorf pour arrêter une décision qui est déjà prise parce que les choses ne peuvent continuer en l´état et qu´à défaut de pouvoir changer les joueurs, ils changeront d´entraîneur. Ils en feront part en début d´après-midi aux actionnaires du club et la communiqueront à leur futur ex-coach. Aujourd´hui ou demain.
Hier soir, personne ne voulait s´exprimer sur le sujet et encore moins confirmer l´information, mais il n´y a que peu de surprises à attendre. Après 14 matches sans victoire, il ne peut y en avoir.
Jacky Duguépéroux le sait mieux que personne. A l´issue de la défaite face à Lille il est d´ailleurs, pour la première fois, apparu résigné et touché. Sans solution.
Absence de solution
En fait, c´est cela qui aura définitivement convaincu les dirigeants strasbourgeois de la nécessité de remplacer leur entraîneur : cette impression de déliquescence vue à chaque fin de cycle.
Depuis le début de saison, Duguépéroux a en effet tout essayé. Avec le même insuccès.
Au fil des semaines, il a tapé du poing sur la table. Emmené ses joueurs en stage. Sorti de l´équipe des cadres coupables de manquement à la discipline ou de productions largement insuffisantes répétées (Boka, Pontus Farnerud, Johansen). Lancé des jeunes en pagaille (Bellaïd, Faty, Carlier, Krebs). Rien n´y a fait.
Keller fragilisé ?
Alors que lui reprocher ? Rien. Si ce n´est de n´avoir réussi à faire de ces joueurs, qu´il a en grande majorité choisis il ne faut pas l´oublier, une équipe. De ne pas avoir retrouvé cette flamme de la saison passée. L´essentiel donc.
Jacky Duguépéroux n´est évidemment pas le seul responsable, ni peut-être même le principal. Les circonstances (blessures de Keita, fiasco du recrutement, notamment offensif) y sont pour quelque chose. Et les joueurs bien plus encore en ne lui rendant pas toujours sa confiance.
Mais la responsabilité va plus loin. Si l´entraîneur alsacien a composé l´équipe qu´il souhaitait à peu de choses près, il l´a composée avec son président et son manager.
Ce matin, Egon Gindorf et Marc Keller ont donc aussi leur part dans cette histoire. A un mois et demi de la passation de pouvoir entre Gindorf et Keller, l´affaire tombe mal c´est peu de le dire.
Après la guérilla interne qui a opposé le manager du club à Philippe Ginestet, c´est un coup dur. Et un futur pouvoir déjà fragilisé ? Il sera temps de reparler de ça aussi, mais il faudra bien en reparler.
Poussières d´Europe
Arrivé dans la peau du sauveur un soir d´octobre 2004 alors que le club était déjà dernier du championnat (mais après 9 journées et avec seulement 3 points de retard sur le premier non relégable), Jacky Duguépéroux partira en tout cas la tête haute. Après huit mois extraordinaire avant ce dénouement assez imprévisible.
Car en huit mois, il avait redonné une âme et du coeur à une équipe à la dérive. Aligné les succès en championnat (12 victoires, 7 nuls et 9 défaites) pour mener l´équipe à la 11e place. Lui avait permis de retrouver l´Europe un samedi 30 avril au Stade de France après une victoire en coupe de la Ligue.
C´était il y a six mois. C´était dans une autre vie. De tout cela, il ne reste plus que des poussières d´Europe. Des poussières.
Quel successeur ?
Lacombe en pole
Une liste d´entraîneurs susceptibles de remplacer Jacky Duguépéroux circule depuis la défaite face à Saint-Étienne. Guy Lacombe y occuperait une place de choix. La première ?
Puisqu´officiellement la décision de se séparer de Jacky Duguépéroux n´a pas été prise, le nom de son successeur n´est pas d´actualité. Logique.
Reste que le milieu du foot - qui aime bien bruire et n´en a guère eu l´occasion jusqu´ici puisqu´aucun entraîneur n´a été licencié en L1(*) -, s´en donne à coeur joie depuis la semaine dernière et la défaite face à Saint-Étienne. Il est alors apparu que seul un miracle pouvait sauver Duguépéroux et que c´est à Lille, pas face à Tromsö, que ce miracle devait avoir lieu. On connaît la suite.
Gress ? Improbable
Comme toujours en pareil cas, une liste de noms circule donc. On y retrouve tous les entraîneurs plus ou moins libres et plus ou moins intéressés. Forcément quelques pistes totalement farfelues.
Inutile en effet d´imaginer Deschamps, Le Guen ou Guy Roux débarquant à la Meinau pour jouer les pompiers de service. Le club strasbourgeois n´a ni les finances ni la réputation pour se le permettre et encore moins en susciter l´envie chez les principaux intéressés.
Pour une fois, le nom de Raymond Domenech, actuellement au soleil et pris par les occupations que l´on sait, ne reviendra pas sur la table. A la différence de celui de Gilbert Gress évidemment qui resurgira tant que la Meinau sera à la même place et que les cigognes passeront au-dessus.
Ses échecs répétés à Metz, au Sturm Graz et au FC Sion (D2 suisse) n´ont en effet pas entamé sa cote chez une frange d´irréductibles nostalgiques. Chez les dirigeants du Racing aussi ? C´est beaucoup plus improbable, surtout depuis le rendez-vous manqué d´il y a trois ans. La crispation semble réelle et définitive.
Hasek est libre
De crispation en revanche il n´y a pas avec Ivan Hasek. Au contraire. Il y a trois ans justement, le Tchèque avait décidé de quitter le club pour raisons personnelles.
Depuis, il s´est présenté à deux reprises à la tête de la Fédération de son pays en brandissant la bannière d´un football propre dans un pays où il est fortement corrompu. Deux fois il a été battu par des alliances peu avouables et encore moins glorieuses.
Résultat, Ivan Hasek expliquait il y a quinze jours qu´il se verrait bien reprendre un club. A l´étranger de surcroît. Et il a toujours eu un faible pour le Racing où il n´a laissé que d´excellents souvenirs. En même temps qu´une réputation d´entraîneur intransigeant, charismatique et compétent.
Lacombe, le profil idéal
C´est d´ailleurs ce que va chercher le club strasbourgeois : un homme capable d´être écouté et qui saura faire preuve d´intransigeance. Comme il y a un an quand Duguépéroux avait été choisi pour ces mêmes raisons et avait suppléé Kombouaré.
Profil d´Hasek, donc. Mais aussi de Guy Lacombe. Parti de Sochaux en début de saison, il a toujours plu aux dirigeants strasbourgeois. Et lui a, dit-on, toujours été intéressé par l´idée de venir entraîner ici un jour. Le moment est peut-être venu.
De Cannes à Sochaux en passant par Guingamp ou Toulouse, Lacombe a en effet façonné une image d´entraîneur dur et inflexible. Aux idées tactiques innovantes aussi. Capable de colères homériques, de choix audacieux et de conflits ouverts quand le besoin s´en fait sentir.
Bazdarevic en outsider ?
A Sochaux, cette histoire-là avait fini en eau de boudin. Pagis s´en souvient forcément. Ses relations avec son entraîneur étaient en effet pour le moins tendues, au point que celui-ci ne le faisait quasiment plus jouer sur la fin pour des raisons qui échappaient à tout le monde.
Mais pas à Lacombe qui a mené deux années de suite son équipe à la 5e place et à la victoire en coupe de la Ligue. Comme quoi, quand on gagne on peut tout se permettre.
Lacombe représente donc l´une des pistes les plus plausibles. Reste à entamer des négociations qui n´ont pas démarré et qui pourraient achopper sur le registre financier.
A moins que, comme avec Kombouaré, un outsider ne vienne emporter l´adhésion des actionnaires du club. Ce pourrait être l´ancien Sochalien encore et ex-entraîneur d´Istres, Bazdarevic. Ou Jacky Bonnevay, il y a pas si loin élu meilleur entraîneur de D2 avec Beauvais et licencié d´Angers quelques mois plus tard.
En football, la roue tourne plus vite qu´ailleurs. Voir ci-dessus...
Voila tout est dis 