Il avait passé l’âge, depuis que sa mère, morte lorsqu’ il avait 6 ans l’avait laissé seul sous la responsabilité de son père. C’était un homme cruel et froid, qui rentrait tous les soirs ivre, et qui frappait, frappait. C’est le seul souvenir qu’il retint de lui. A 8 ans, il en avait eu marre, et avait décidé de mettre fin à cette torture. Il avait placé de l’ ‘‘ambre mortelle’’ dans la soupe de son père. Il l’avait aussi regardé, les yeux vides de tout sentiment, lorsqu’il se tordait de douleur, en implorant son aide, et lorsqu’il avait expiré. Il était ensuite parti de la maison, sans remords. Son esprit commençait à prendre les pensées d’un assassin. Il avait vécu dans la rue depuis cette période sinistre qu’il laissait maintenant en arrière. Depuis trois ans, il avait égorgé de sang-froid plus d’un homme adulte, et avait appris à chaque nouveau crime. Cette soirée lui avait enseigné, qu’il devait essayer de provoquer une mort silencieuse. Cela lui ferait gagner quelques minutes supplémentaires.
La douleur lancinante dans ses poignets le fit revenir à la réalité : il se trouvait enfermé dans une caverne. Décidé à ne pas se laisser faire, il tenta de se défaire des cordes qui le maintenaient lié. Mais il n’y parvint pas. Le nœud était trop fermement attaché et ses tentatives désespérées pour se détacher ne faisaient qu’augmenter sa douleur.
Un bruit de rocher râpant le sol retentit soudain dans les profondeurs ténébreuses de la caverne, et des bruits de pas se firent entendre. Des voix s’élevèrent en contre-bas, derrière Anourian, ils étaient trois, d’après ce qu’il avait entendu.
« C’est lui Aymeric : un certain Anourian. Nous l’avons capturé hier, alors qu’il marchait. » La voix qui avait prononcé ces paroles était assez fluette, et lorsqu’ Anourian tourna la tête dans leur direction, ce qu’il vit le surpris : Trois jeunes enfants, accoutrés presque comme lui, de haillons, de bouts de tissus, bruns et gris le regardaient avec admiration. Un des trois, celui du milieu, s’approcha de lui. En le regardant plus attentivement Anourian remarqua qu’il avait des bracelets et était un peu mieux habillé que ses deux compagnons,
« Salut ! Moi c’est Aymeric, j’ai 12 ans, et je te présente Artarion et Graboc. » L’elfe Artarion inclina légèrement la tête, et Graboc l’imita. « Nous nous sommes rencontrés dans la rue, cela va faire bientôt un an que nous nous connaissons. Nous avons trouvé plus facile de vivre ensemble, nous trouvons plus de nourritures à trois, et le temps passe plus vite ! Si tu veux, tu peux te joindre à nous, nous avons entendu beaucoup de bien à ton sujet. Enfin, beaucoup de choses pas vraiment bien, mais intéressantes pour nous ! Alors, qu’en dis-tu ? »
Les mots avaient retentit dans l’esprit d’Anourian comme une libération. Mais il ne s’accrocha pas à l’espoir que tout jeune garçon de son âge aurait nourrit, et ne sauta pas tout de suite sur l’occasion. Qui lui assurait qu’il n’y avait pas de ruse, ou pas de piège ?
« Je voudrais d’abord savoir dans quel but vous m’avez attaché. Si vous pouvez m’enlever cette attache, nous pourrions discuter d’égal à égal. »
« Ho, oui, bien sur. Graboc, enlève lui cette corde, et va chercher des chaises Artarion. » Le jeune orc se mit à la tâche, pendant que l’elfe partait chercher les sièges. Il apprit plus tard qu’Aymeric les avait sauvé tous les deux, alors que des gardes royaux s’apprêtaient a les jeter en prison pour vol. C’est pour cela qu’ils lui obéissaient aveuglement se dit Anourian, bien qu’il n’arrivait pas à saisir complètement pourquoi ils se laissaient aussi facilement soumettre. Lui n’aurait pas pu le supporter, en tout cas !
Ses cordes venaient d’être coupées. Ils s’assirent tous autour d’un rocher plat qui servait sans doute de table. Ils commencèrent à discuter affaires. Ces choses normalement réservées aux adultes avaient pourtant la plus grande importance pour eux, car ils n’avaient jamais eu de modèle, et ils étaient seuls pour se débrouiller. C’est donc en connaisseurs qu’ils s’assirent tous autour de la pierre. Une lanterne avait également été apportée, et sa lumière pâle diffusait un vague rayon jaunâtre dans la pièce. Les ténèbres environnantes avaient disparu avec une simple lanterne. Finalement, s’il l’on y pensait plus simplement, l’obscurité, qu’est-ce que c’était, sinon l’absence de lumière…
« Qu’est-ce que vous me proposez de façon concrète, Aymeric ? » interrogea-t-il
« Voilà, c’est très simple, nous vivrons à 4, dans cette caverne, à l’abri des gardes – Je sais qu’ils vous recherchent activement, n’est-ce pas ? Nous mettrons en commun notre butin, et nous utiliserons l’argent pour acheter nourriture, boissons, et exceptionnellement divertissements. Nous ne sommes que des gamins, et je suis sûr que toi aussi tu recherches les plaisirs simples. Ai-je tort ? »
« Non, tu as raison, et c’est pour cela que je vais faire un trait sur le coup de massue sur la tête, et sur mon emprisonnement. Je pourrais tous vous tuer sans même que vous vous rendiez compte de ce qui se passe, mais votre attitude me plait. » Il parlait comme un homme mûri par l’expérience, il n’en était pas moins un. En si peu d’années, il avait réussi à amasser plus de connaissances sur les points faibles du corps, sur la fabrication des poisons, que bien d’autres hommes en une vie entière. Un silence un peu gêné s’abattit sur les 4 garçons. Le rire d’Anourian vint le rompre, lorsqu’il ajouta sur le ton de la plaisanterie : « Mais j’accepte votre proposition, je ne suis pas si cruel, a une condition cependant : il faudra me tutoyer ! Je ne vous ai pas fait peur au moins ? » Il ponctua sa déclaration par un clin d’œil.