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L’art vidéoludique n’a nul besoin de prix ou de note

News débat et opinion
L’art vidéoludique n’a nul besoin de prix ou de note
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Le jeu vidéo fêtera d’ici quelques dizaines d’années son premier siècle d’existence. Loisir “imaginé” pour la première fois en 1950 par Ralph Baer et démocratisé dès 1972 par le célèbre jeu Pong, ce dernier tente depuis lors de se détacher de cette notion de divertissement et de se hisser au rang d’art à part entière. Et pourtant, la note et le prix traduisent pour beaucoup d’entre nous la valeur intrinsèque d’une oeuvre vidéoludique au point d’en occulter les qualités et la dimension sensorielle. A tort cela va sans dire. Le jeu vidéo en tant qu’art ne peut se traduire en chiffres.

Débat et opinion
Cet article entrant dans la rubrique "Débat et opinion", il est par nature subjectif. L'avis de l'auteur est personnel et n'est pas représentatif de celui du reste de la rédaction de Jeuxvideo.com.

Art et Oeuvre d’Art

L’art vidéoludique n’a nul besoin de prix ou de note

Si le rire est le propre de l’Homme, il ne peut en être autrement pour l’art. Pilier de notre civilisation, forme d’expression pour toute une espèce, les arts dans leur ensemble traduisent une profonde envie d’échanger avant tout par les sens au-delà du dictat des mots. L’académie française s’accorde à dire que l’art est un “Ensemble des procédés, des connaissances et des règles intéressant l'exercice d'une activité ou d'une action quelconque”. Sans fonction pratique définie, à la différence de l'ingénierie par exemple, l’art s’adresse conjointement aux sens, aux émotions, au passé et au savoir. En résumé l’art est tout simplement une démarche artistique ayant pour finalité de concrétiser la vision d’un auteur et d’atteindre le beau sous toutes ses formes. De cette démarche créative naît l’oeuvre. Objet, système… l’oeuvre d’art est la résultante de procédés mis en oeuvre pour concrétiser une intuition, une perception, une envie.

Dans ces conditions, comment ne pas accorder au jeu vidéo ce titre ? De par leur seule nature, les arts vidéoludiques remplissent les conditions inhérentes au statut d’art. Certes jeune, le jeu vidéo transpose à l’écran la vision d’un ou plusieurs artistes et pousse les frontières du ressenti en s’appropriant une interactivité délaissée par les arts contemplatifs. Et la reconnaissance de ce loisir de masse ne saurait tarder.

Numéro 10 dans ma team

L’art vidéoludique n’a nul besoin de prix ou de note

L’architecture, la sculpture, les arts visuels (peinture et dessin), la musique, la littérature, les arts de la scène (théâtre, danse, cirque), le cinéma, les arts médiatiques (radio, télévision, photographie) et la bande-dessinée constituent les arts majeurs. Ce club sélecte, sans être hermétique aux nouveaux membres, ignorent bien trop souvent les appels du pied des arts considérés par nos “pairs” comme mineurs. Malgré tout, le jeu vidéo au même titre que les arts numériques, la gastronomie, la parfumerie… milite pour faire de ce Top 9 un Top 10. Le 10ème art est une appellation fourre-tout, un pot pourri d’expressions multiples. Sans véritable consensus encore à l’heure actuelle, le jeu vidéo revendique sa place au Panthéon des Arts fort de ces millions d’adeptes, de la créativité de ses artistes du pixel et d’une industrie en plein essor.

L’art vidéoludique n’a nul besoin de prix ou de note

Et le périple ne fut en aucun cas de tout repos. Conspué par les bien-pensants et autres freins à l’évolution naturelle, le jeu vidéo s'émancipa à mesure que les populations posèrent les mains sur une manette ou un clavier/souris. Décennie après décennie, les artistes vidéoludiques peaufinèrent leur art faisant croître la technologie et les interactions au sein des mondes virtuels imaginés pour l’occasion. A l’image du cinéma, le jeu vidéo puise dans la musique, la bande-dessinée, la mise en scène… Vu par certains comme le descendant du cinéma, tout comme le cinéma est l’enfant de la photographie, le jeu vidéo charme en ce début de XXIème siècle de par la qualité des oeuvres mises sur le marché, des innovations aussi bien visuelles qu’interactives et une plume désormais adulte à même d’émouvoir le public.

L’art vidéoludique n’a nul besoin de prix ou de note

Suivi par la presse spécialisée durant de nombreuses années, le jeu vidéo intéresse désormais les médias généralistes. Son aura auprès des jeunes générations et sa faculté à soulever les foules en font un met de choix. Allociné a ainsi créé la fiche du jeu Heavy Rain au même titre qu’un film prouvant ainsi la dimension grand public de l’oeuvre de Quantic Dream. Le New York Times lui-même s’empara du phénomène Beyond : Two Souls à sa sortie en octobre 2013 en tentant une approche cinématographique du titre et donc une critique occultant son statut de jeu vidéo. Le Monde, mastodonte de la presse écrite dans l’Hexagone, a de son côté ouvert une rubrique Pixels et engager des auteurs à même de couvrir des sujets aussi disparates que la culture web, les réseaux sociaux et le jeu vidéo.

L’art vidéoludique n’a nul besoin de prix ou de note

Au-delà des cérémonies singeant les Golden Globes ou le festival de Cannes telles que les Video Game Awards (VGX) ou encore les PING, le jeu vidéo vagabonde en terres étrangères s’arrogeant un espace dédié lors du festival international du film fantastique de Gerardmer avec The Darkness II ou encore la diffusion d’un Making of pour Heavy Rain lors de la FIMAC (Festival International des Médias Audiovisuels Corporate) et d’une bande-annonce de Beyond Two Souls lors du festival du film américain indépendant de Tribeca. Et les productions du studio parisien dirigé par David Cage eurent l’honneur d’être nominées par The British Academy of Film and Television Arts (BAFTA) en 2014 pour Beyond Two Souls dans les catégories suivantes : Best Artistic Achievement, Best Original Music et Best Performer.

Le jeu vidéo n’en est qu’à ses balbutiement en comparaison des arts ayant parcouru la surface de la Terre depuis des siècles. Par sa persévérance et l’intérêt grandissant du public, la jeune pousse vigoureuse qu’est le 10ème art a gagné ses chiffres de noblesse.

Diviser pour mieux régner

L’art vidéoludique n’a nul besoin de prix ou de note

Se dandinant désormais avec son statut de 10ème Art en bandoulière, le jeu vidéo n’en demeure pas moins une oeuvre de l’esprit et de ce fait se doit d’être protégé et dans ce domaine la législation française à elle seule traduit la complexité de création d’une oeuvre vidéoludique. Dimension logicielle, visuels, bande-originales, mise en scène… forment un puzzle où chaque pièce dépend d’une équipe de créatifs et d’un régime de protection approprié. Tandis que la partie logicielle du titre sera protégée par le régime spécifique applicable aux logiciels, la musique sera placée sous le régime de protection des oeuvres musicales. Ainsi, les composants d’un jeu se voient appliquer un statut juridique qui leur est propre. Et ce simple état de fait dénature l’essence même de ces oeuvres d’un genre nouveau.

L’art vidéoludique n’a nul besoin de prix ou de note

Protéger la création est un droit mais la décomposer de la sorte supprime à mon sens sa dimension sensorielle et autorise un jugement de valeur chiffré et chiffrable au même titre que les softwares de bureautique, au détriment de la démarche artistique ayant donné naissance à l’oeuvre. A aucun moment pinceaux, cadres, couleurs, formes et modèles d’un tableau ne seront séparés afin de répondre à l’appel du légal. Le jeu vidéo en tant qu’art ne peut être perçu comme un pot-pourri de savoir-faire, un mille-feuilles, sous peine de démanteler la vision des auteurs et de perdre de vue l’oeuvre dans son ensemble et donc son message.

Une note pour les gouverner tous

L’art vidéoludique n’a nul besoin de prix ou de note

A la différence du cinéma, de la peinture et toutes autres formes d’art, le jeu vidéo se teste et non se critique. Ce simple abus de langage révèle au grand jour ce changement de perception lorsqu’une oeuvre vidéoludique passe sous l’oeil avisé d’un journaliste (et non d’un critique). Le test est une forme industrialisée de la critique, régie par un cadre et des normes. Un jeu vidéo est un logiciel. En tant que tel, le test technique fait sens et suit un plan précis pour être mis à l’épreuve, à l’image des tests automobiles. Bugs, mises à jours et comportements attendus, une expérience vidéoludique ne peut être décorrélée de la technique. Aussi bonne soit la vision de l’auteur, une réalisation déplorable aura raison de ses intentions.

L’art vidéoludique n’a nul besoin de prix ou de note

Et pourtant, le ressenti fait partie intégrante de l’expérience. Sans cette dimension sensorielle, le test perd de vue ce statut d’oeuvre d’art. Atteindre le beau ne se résume pas à un code calibré ronronnant à la perfection. Un jeu vidéo sans âme aura autant d’intérêt qu’un tableur Excel pour le joueur souhaitant vivre pleinement une expérience. Par la plume, le visuel, le son, les interactions… une oeuvre vidéoludique s’exprime bien au-delà du logiciel donnant vie à tous ces éléments. La note, héritage des tests industriels, aussi réfléchie soit-elle traduit tant bien que mal deux notions aux antipodes, la technique et le ressenti. Entité paradoxale en définitive, ce nombre diverge d’un journaliste à l’autre et à raison. Là où les industriels dansent à l’unisson, les critiques ressentent, expérimentent pour des résultats bien souvent différents.

Pour cent briques t’as plus rien

Et cette volonté de quantifier le plaisir se retrouve dans le prix d’un jeu. Un film coûte 10€ en salle, 30€ en Blu-ray. Une bande-dessinée oscille entre 10 et 30€, un CD de musique 15€. Les prix sont connus, acceptés dans la majorité des cas ou bien boudés par le public. Mais la qualité de l’oeuvre n’est jamais remise en cause du fait d’un prix élevé. Un film restera excellent même si l’achat du DVD vous endette pour 10 ans. Il en va de même pour toutes les formes d’art à l’exception d’une seule, celle qui nous intéresse tout au long de cet article.

L’art vidéoludique n’a nul besoin de prix ou de note

Le 10ème art... De par ces 2 chiffres, le jeu vidéo espère se détacher de ce consensus où durée de vie et prix sont liés à la vie à la mort. Un film de 90 minutes est-il par essence moins bon qu’un film de 2 heures ? Un comic book de 50 pages à 10€ est-il moins pertinent qu’un manga de 100 pages à 7€ ? La réponse tient en un mot : NON ! Malgré tout, le public s’entête à unifier qualité, durée et prix. “Pour 10€ ça vaut le coût !”. “ça fait du 10€ de l’heure”... L’expérience sera-t-elle moins bonne si le jeu avait coûté le double ? L’expérience restera la même à n’en pas douter. L’aventure sera-t-elle aussi prenante avec une durée de vie décuplée ? Etirer un concept peut tout simplement le dénaturer. Nos limites financières personnelles et notre désir de quantité n’expliquent pas à elles seules ce changement de perception vis à vis d’un jeu. Notre manière de penser est en cause et alimente parfois ce manque de considération artistique dont est victime le jeu vidéo.

En considérant le 10ème art comme un banal produit de consommation, note et perception du prix s’imposent à nous. Mais j’aime à croire que l’art vidéoludique est en devenir et brisera les chaînes numéraires que nous lui imposons dans les décennies à venir. Le jeu vidéo ne peut rester éternellement le vilain petit canard des arts. Forme d’expression toujours prompte à innover et à repousser ses limites, le jeu vidéo mérite une considération d’ordre artistique.

Profil de Silent_Jay,  Jeuxvideo.com

COMMENTAIRES

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Wargeek83
Wargeek83
MP
28 déc. 2016, 09:34

Bon article !

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ptitteuf2006
ptitteuf2006
MP
05 déc. 2016, 10:46

Le jeu vidéo est avant tout un produit de consommation de masse.
Ensuite oui certain jeu sont des œuvres d'art.. Et mm la combinaison de plusieurs art.
Il est certain qu'il faut quand mm faire une purge (plus ou moins justifié) pour permettre à la communauté de ne pas s'égarer vers les navets qui pollue le marché..
Aprés voilà mais n'importe qu'elle domaine pourrait se lever contre le systéme des notations..et dire que c'est de l' art comme bouclier.
La cuisine ...la conception auto... tout les domaines de la vie en general.
On vit dans un système de notation dés le cour préparatoire.. Donc pas étonnant que l'on veux noté. Nous le faisons nous mm tout les jours inconsciemment en comparant telle ou telle fille physiquement, telle ou telle voiture, telle ou telle pizzaiolo, telle ou telle footballeur. Nous plaçons tout cela sur une échelle virtuelle dans notre imagination...

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lecingledenO
lecingledenO
MP
15 oct. 2016, 22:42

Ni l'un ni l'autre, en fait. En tant que "journaliste" vous devriez simplement informer les consommateurs sur le produit sans pour autant donner votre avis. Mais ce n'est que le mien d'avis. :)

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mecmehd
mecmehd
MP
06 sept. 2016, 23:58

J'avais choisi de ne pas lire cet article parce que je trouve généralement que les articles écrits par des journalistes du jeu vidéo sur sa place parmi les "grands" art sont très biaisés. Maintenant que j'ai finalement décidé de le faire, j'aimerais tout de même vous donner quelques conseils. Même si je doute que vous lirez ce commentaire.

Je ne suis pas du tout convaincu par ce papier. L'article part dans tous les sens et n'approfondit rien. Lorsque le titre est "l'art vidéoludique", alors vous partez du principe que le jeu vidéo est un art et dans ce cas vous n'avez pas besoin de chercher à le justifier sur plus de la moitié du texte : vous êtes là pour parler de ce qui en découle, pas pour défendre (encore...) votre passion. Surtout que vous ne donnez au final que très peu d'arguments pour justifier les prémisses de votre article. (Quels sont les éléments artistiques dans un jeu vidéo ? Le gameplay ? Mais pourquoi y a t-il de si bons jeux avec presque zéro gameplay ?Et si j'adore la musique d'un jeu doit-je créditer le super compositeur pour son travail si le jeu est moyen ? Mais alors dans ce cas, c'est uniquement la musique qui est une forme d'art... Etc...)

Ensuite ça ne tient qu'à moi, mais je trouve le ton employé assez lourd. Puis faut vraiment arrêter avec les phrases toutes faites du genre : "Si le rire est le propre de l’Homme, il ne peut en être autrement pour l’art." Déjà parce qu'elle n'est justifiée à aucun moment dans le texte puisqu'il n'y est ni question de rire, ni de nature humaine. Et d'autre part parce qu'on dirait un élève de terminal qui essaye de commencer sa dissertation de philo sans trop savoir où aller.

Il serait bien de signaler que d'après la définition de l'académie française (qui est toujours en retard sur la réalité linguistique), à peu près toutes les activités humaines seraient artistiques (de la natation à la plomberie). Un problème qui est de toute évidence relatif à l'étymologie elle-même du mot "art". Donc dans ce sens, il y a peu de doutes pour que OUI, le jeu vidéo soit un art. Il aurait fallu avant de vous lancer dans cet article que vous vous soyez interrogés au préalable sur les limites d'une telle définition et que vous ayez essayé d'en dresser une plus pertinente pour ce sujet. Il y a longtemps par exemple que plus personne n'affirme que l'art doit nécessairement viser le beau. Vous auriez pu parler de ces difficultés à justement appréhender l'essence de l'art pour produire une analyse plus construite.

Par ailleurs, la dimension économique n'est abordée que très brièvement, ce qui est tout de même un comble pour un article qui s'intitule "l'art vidéoludique n'a pas besoin de prix[...]". C'est dommage car je pense que c'est l'un des facteurs les plus importants quant au "débat" sur l'intronisation du jeu vidéo dans le rang des arts nobles (s'agit-il d'un produit de consommation ?).

La comparaison avec les autres arts est aussi trop faible. Quels types de films restent bons dans le temps ? Quels jeux restent bons ? Quel est le point commun ? Etc... Il y a moyen de creuser. Quant aux remarques sur le système de notation, elles manquent d'appui et sont abordées de façon assez brute... Bref j'abrège sur la fin de mon com' mais l'idée est là.

Enfin bon, c'est juste un pavé juste pour vous dire que je ne pense pas que vous fassiez honneur au jeu vidéo avec un article pareil. Ni à l'art.

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Commentaire édité 07 sept. 2016, 00:01 par mecmehd
[KOR]Evelynn
[KOR]Evelynn
MP
05 sept. 2016, 12:42

"Un film coûte 10€ en salle, 30€ en Blu-ray. Une bande-dessinée oscille entre 10 et 30€, un CD de musique 15€"

hé ben la vache heureusement que je tipiak tout ça parce que je serais ruiné en 1 mois :ouch2:

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Timorite
Timorite
MP
04 sept. 2016, 19:44

Je ne sais pas si Silent_Jay était la meilleure personne pour écrire cet article (sans vouloir l'offusquer :ange: ). Le style est intéressant mais la rhétorique est parfois un peu bizarre. Par exemple "En résumé l’art est tout simplement une démarche artistique ayant [...]" :d) On ne définit pas une expression par elle-même. Mais bon on comprend l'idée, et les arguments proposés sont plutôt valables.

Petite précision, ça n'a pas de sens d'appeler le jeu vidéo le "dixième" art (tout comme ça n'avait déjà pas de sens d'appeler le cinéma le septième art, et pareil pour les suivants de cette liste). Voir la classification des arts par Hegel pour plus de précisions, c'est l'origine de cette liste qui n'avait rien d'arbitraire ni de chronologique. Il existe largement plus de 10 disciplines artistiques différentes.

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_Loutron_
_Loutron_
MP
03 sept. 2016, 19:44

Si certains ont raison de dire que ce débat est vieux, et que l'article n'innove pas énormément, il a le mérite de faire une petite synthèse des arguments. Cependant je le trouve finalement assez peu profond.

Déjà parce que ce qu'il entend démontrer (que le jeu vidéo est un art) est finalement admis, ce qui permet de dérouler l'article.
La définition d'une œuvre d'art qui est donnée est tellement large qu'on peut y faire rentrer n'importe quoi : l'étymologie du mot (ars, artis, n. en latin) rend compliqué la tentative de définition ; le mot latin recouvre à la fois la production "artistique" (statue, peinture, littérature, etc.) et l'innovation technique (ce qu'on retrouve dans "art-ifice"), les moyens de la production, et, en règle générale, tout ce qui relève de l'artisanat.
Mais aujourd'hui, on fait bien une distinction entre l'art d'un côté et la technique de l'autre : négativement, on peut définir l'art comme ce qui n'obéit pas à l'impératif technique d’efficacité. Même si la production artistique est indissociable d'un savoir-faire technique : le peintre doit savoir peindre, le sculpteur sculpter, le développeur coder, etc.

La finalité de l'art, si tout le monde s'accorde à dire que ce n'est pas la finalité technique, a toujours fait débat, mais il aurait été intéressant de considérer le problème, de défendre une conception de cette finalité, et de voir si le jeu vidéo y répondait, ou serait amené à y répondre. Pour certains, le but de l'art est d'éveiller des émotions chez son public, en faisant appel à la sensibilité (définition commune) ; pour d'autres, il doit être porteur d'un message, qu'il transmettra sous une belle forme (Horace, Lucrèce...) ; il peut aussi être vu comme une manière d'échapper à l'insuffisance de l'existence, à nous détourner du vide du quotidien (Nieztsche) ; à nous faire vivre une expérience particulière, qui nous transporte parce qu'elle est la seule à nous faire éprouver le "libre jeu des facultés" (Kant) ; à nous décharger de pulsions dangereuses (Freud)...

Vous parlez "d'atteindre le beau sous toutes ses formes", ce qui est une autre définition commune (et facile). Mais est-ce que la plupart des jeux vidéos semblent poursuivre cet objectif ? Les productions AAA sont soumises avant tout à un impératif de rentabilité et pas d'esthétique. La démarche artistique est une démarche de proposition : une subjectivité individuelle (un auteur) conçoit une oeuvre d'art, qui est la projection de sa subjectivité ; elle est ensuite considérée par d'autres subjectivité individuelles (le public), qui entreront en résonance avec ce qu'il y a dans l'oeuvre ou pas. En théorie, l'artiste ne dirige pas directement son œuvre à un public déjà défini. Le jeu vidéo à tendance à "fidéliser une clientèle", à travers le fan service, à travers une volonté de donner au public exactement ce qu'il veut, en améliorant année après année une formule qui marche (Call of, Battlefield, PES, etc.). Innovations d'un épisode à l'autre ou pas, ces jeux-là admettent en quelque sorte leur incapacité à être des œuvres d'art : un seul épisode aurait suffit sinon.

Mais on comprend pourquoi ces éditeurs sortent des suites, des reboots, des remakes (en plus de la volonté de faire de l'argent) : un jeu vidéo vieillit. Or, en théorie, une oeuvre d'art ne vieillit pas, ou bien n'est pas censée perdre en qualité à travers le temps. Une statue classique grecque n'est pas moins bonne qu'une sculpture abstraite de Giacommetti (en tout cas pas parce qu'elle est plus vieille). S'il est plus difficile à lire aujourd'hui, Gargantua de Rabelais n'est pas moins qu'en 1534, etc. Au contraire, le jeu vidéo qui a des graphismes ou des mécaniques "dépassés" à tendance à être moins apprécié. On pourra me dire que les oldies, le rétro-gaming, les vieux jeux continuent à séduire beaucoup de joueurs ; mais ces intitulés sont bien la preuve qu'ils vieillissent : on parlent d'oldies pour des jeux qui ont vingt ans, on leur donne un statut différent alors qu'elles sont relativement récentes.

Le problème, c'est que le jeu vidéo est plus encore que les autres média lié à son support technique. Ce support étant en perpétuelle évolution, une évolution de plus en plus rapide (3D, VR, 4K, etc.), les éditeurs s'empressent de proposer une expérience toujours plus confortable et confortante au joueur, toujours plus "réaliste". Or l'art se doit de proposer tout l'inverse : une expérience déréalisante. C'est-à-dire que l'art mobilise tout un univers de symboles, un rapport signifiant-signifié, un univers mental pour devenir quelque chose de plus grand que ce qu'elle est physiquement et pour nous faire sortir du rapport immédiat au monde, et faire appel à notre subjectivité, notre sensibilité. Un livre n'est pas qu'un assemblage de feuilles de papiers couvertes d'encre, une chanson n'est pas qu'une superposition de bruits, un film n'est pas qu'une suite d'images... Et le jeu vidéo n'est pas qu'une suite de lignes de code.

Cette approche déréalisante permet la véritable appréciation de l’œuvre d'art : quand Baudelaire parle de son albatros, il ne faut pas y voir un simple albatros ; mais un symbole du poète dans sa quette de l'Idéal. La musique au début d'Echoes de Pink Floyd, la note répétée au clavier, la douceur du riff suggère le paysage marin dont il est question dans les paroles. Au contraire, quand le jeu vidéo se veut "réaliste" au possible (et c'est une très nette tendance), il ne peut pas prétendre au statut d'oeuvre d'art. Mais les romans dits réalistes du XIXème propose ce fonctionnement symbolique qui est le propre du fonctionnement artistique.

Pour beaucoup d'autres raisons, le jeu vidéo "en général" ne peut pas à mon sens prétendre à ce statut particulier. Vous remarquerez par contre que mon propos se concentre sur le jeu vidéo de masse. Certains titres, en particulier dans le domaine du jeu Indé, satisfont tous les critères que je donne (et ceux que je ne donne pas) de l'oeuvre d'art. Mais d'autres séries grand public, comme The Witcher ou MGS ont aussi une profondeur, un sens de l'esthétique et du symbolique énorme : Kojima est sans doute plus intéressé par l'expérience qu'il propose que par l'argent qu'il recevra (beaucoup de séquences des MGS sont désarçonnantes et ne semblent pas chercher à satisfaire le joueur), certains passages sont tout entier faits pour toucher la sensibilité, et les niveaux de lecture sont multiples.

J'aimerais m'étendre plus sur le sujet, parce qu'il m'intéresse beaucoup, mais je sais bien que peu de gens liront jusqu'ici, et qu'en écrivant à froid comme je le fais là je risque de devenir très confus et inintelligible (ce qui est peut-être déjà le cas) ^^
Ce que je voulais pointer avant tout, c'était le manque d'esprit critique de l'article, qui je trouve ne s'interroge pas assez sur la question de savoir si le jeu est ou n'est pas de l'art, mais plutôt sur les conséquences de son statut artistique (alors que majoritairement, les productions vidéoludiques ne sont à mon sens pas artistiques du tout, mais simplement divertissantes).

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HypeWaltz
HypeWaltz
MP
03 sept. 2016, 06:56

Très bon article! Néanmoins, le problème ne viens pas du 'consommateur' comme on peut le croire, Tout comme avec le cinéma, la peinture, l'écriture, nombres de gens s'accaparent le marché en voulant se remplir les poches. Ils délaissent la créativité au terme de la productivité. Et c'est là qu'on en perd toute la beauté artistique, car l'oeuvre devient un simple bien de consommation. Aussitôt que la réussite économique du produit en prouve le statut tant recherché, les cartes sont brouillées puisqu'il n'y a plus rien de vrai. L'art se perd car peu de personnes en font pour s'exprimer, communiquer, démontrer, s'extrapoler, mais bien seulement pour s'enrichir sur le dos des autres.

Mais, malgré tout, derrière ce marché qui ne fait que profiter de cette réussite, il y a du vrais dans certains studios. Pour eux, ce sont de grands passionnés qui travaillent jour et nuit pour nous offrir une expérience hors du commun. Voilà pourquoi je suis d'accord avec l'auteur. Il n'y a pas assez de considération artistique dans cet univers, parce que c'est de la passion que l'Art subsiste. Oubliez les classement, cela se fait partout et nulle part à la fois. Aucun besoin d'investisseur, ni de public, vous créez de l'art par le biais de chaque chose que vous aimez. :oui:

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Ps3ud0_Sw4g
Ps3ud0_Sw4g
MP
02 sept. 2016, 17:48

"En résumé l’art est tout simplement une démarche artistique" > Sérieusement ? :hap:

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AgentofFortune
AgentofFortune
MP
31 août 2016, 16:29

J'aime bien ce genre d'articles.

par contre je suis d'un avis différent concernant la dernière partie concernant le prix et la durée de vie. Au cinéma, un film qui dure moins de 90 minutes est relativement rare (par contre c'est vrai qu'ils peuvent être plus longs). Un épisode de série c'est 40 ou 20 minutes et même le nombre d'épisodes par saison est relativement standard. Une BD a aussi en général un nombre de pages assez standard. Idem pour une chanson ou un CD.

Pour moi c'est à cause de cette standardisation qu'on est moins regardant concernant la durée de vie et le prix en général normalisé des autres médias.

L'avantage (ou le désavantage du jeu vidéo), c'est qu'il existe une grande diversité entre les formats et les types de jeux, et donc entre des expériences qui peuvent beaucoup varier. Malheureusement on essaie d'imposer aussi des prix normalisés et c'est pour ça qu'on gueule si un jeu se plie en une demie après-midi alors que si on avait acheté la boite à côté on en aurait eu pour une semaine.

Pour finir, si il est évident qu'une oeuvre ne peut pas se juger à son prix ou sa durée de vie en tant qu'art, il n'en reste pas moins que les jeux vidéos en tant que biens font l'objet d'un calcul coût-bénéfice de la part des acheteurs qui ont des besoins infinis mais des moyens finis. C'est la raison pour laquelle je ne possède pas chez moi par exemple la joconde, peu importe la qualité exceptionnelle de l'oeuvre.

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Top commentaires
PX5
PX5
MP
29 août 2016, 09:48

Ridicule de croire que toute forme "d'art" n'est pas notable. Ne note-t-on pas le cinéma ? La littérature ? Il faut arrêter de faire passer le jeu vidéo pour une entité supérieure à ces domaines par exemple. Le fait de noter un jeu (de manière chiffrée ou non, c'est un autre débat) permet au consommateur de se faire une idée de sa qualité avant de dépenser de l'argent dedans.
C'est pareil pour l'achat de ticket de cinéma ou d'un livre. C'est totalement différent pour une peinture par exemple (pièces uniques, et on voit directement à quoi on a affaire).
La notion de prix et d'impossiblité à se faire un avis instantanément est justement ce qui justifie qu'une forme de notation soit utile et nécessaire. Aucun rapport avec le fait de le considérer comme un "art pur" ou non, c'est une question d'ordre pratique, du moins tant qu'il ne sera pas accessible gratuitement à tout un chacun.
Mais déblatérer des paragraphes entiers pour "démontrer" que le jeu vidéo est un art qu'on ne doit ô grand jamais juger et noter (parce que ça fait bien de dire que c'esz de l'art, m'voyez, je me rassure en me disant que je ne joue pas à un jeu mais participe à une Création artistique majeure) n'est autre que pure branlette intellectuelle.

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Commentaire édité 29 août 2016, 09:53 par PX5
sangpuissantpec
sangpuissantpec
MP
29 août 2016, 09:25

Non mais c'est facile à dire pour vous ça vu que vous ne payez pas vos jeux, ni même vos consoles d'ailleurs vu comment Sony a distribué la Vita comme des petits pains à sa sortie.
Par contre les joueurs eux, les douilles sans gameplay profond et sans rejouabilité ils les sentent passer. Est-ce que Panthaa aurait mis 16/20 à No Man Sky si il l'avait payé 60 euros? Permettez moi d'en douter.
Faudrait vous mettre un peu plus dans la peau du consommateur lambda plutôt que du gamin pourri gâté à qui maman offre tous les jeux.

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