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News débat et opinion Soldes, bundles, quelle valeur pour les jeux à prix cassés ?
Profil de Dinowan,  Jeuxvideo.com
Dinowan - Journaliste jeuxvideo.com

A trop casser les prix, les soldes Steam nous ont rendus pingres. Mais si avoir des oursins dans les poches est le lot de chacun, quelle valeur accordons-nous à ces jeux achetés une misère qui gonflent nos ludothèques ?

Soldes, bundles, quelle valeur pour les jeux à prix cassés ?

Parmi les nombreuses choses, bonnes ou mauvaises, que la dématérialisation a pu rendre possible, les ventes discounts massives et régulières trônent certainement dans le top 3. Institutionnalisées par Steam et reprises par GoG, Origin et les autres plates-formes, les vagues de promotions événementielles sont autant de rendez-vous que les joueurs attendent fiévreusement, de même que les Humble Bundles, packs qui ont l'avantage de contenir de nombreux titres et d'adoucir la conscience du joueur qui peut se faire plaisir au prix qu'il souhaite tout en donnant dans la charité.

Wouhou, c'est la rentrée ! Wouhou, c'est Pâques ! Wouhou c'est la Saint Bernard

Soldes, bundles, quelle valeur pour les jeux à prix cassés ?

Soldes d'été, d'automne, d'hiver, de Pâques, opérations spéciales week-end, l'année est parsemée de rabais courant de - 50% à - 90%. Qui n'a jamais voulu se mettre une grande claque pour avoir acheté un jeu le mercredi et découvrir le vendredi qu'il était proposé à moitié prix ? A moins d'être follement impatient, acheter un jeu PC au prix fort est devenu une hérésie, aujourd'hui on attend, on prend le temps de la bonne affaire, en particulier quand il est question de jeux indépendants. Car si même les "vieux" AAA voient souvent leur prix s'effondrer à une poignée d'euros après une bonne rentabilisation, seuls les jeux indépendants sont sujets aux remises les plus colossales dès leurs premiers mois d'existence, les "grosses" sorties récentes profitant de soldes plus raisonnables. Des titres déjà vendus à petits prix qui se voient bradés à 5, 3 voire 1 euro. Le pli est pris, tous, nous sommes tous accoutumés au cycle des rabais et à considérer que le prix "normal" ne l'est pas. Et, après tout, on se voit mal conspuer les joueurs parce qu'ils cherchent à faire de bonnes affaires.

Attentisme et opportunisme sont les deux mamelles des soldes

Moralité, l'une des phrases qu'il est le plus courant d'entendre ou de lire autour des caisses virtuelles est "c'est trop cher, je vais attendre". Un véritable réflexe qui pousse à trouver que 10 euros, c'est encore trop élevé. Face aux promesses d'économies, les joueurs se scindent en deux catégories : ceux qui décident de repousser l'achat d'un jeu désiré en attendant qu'il affiche un tarif considéré aujourd'hui comme acceptable et qui savent pertinenement qu'il baissera de prix sous peu, et ceux qui achètent ce même jeu au hasard en écumant la liste des promos et sans même savoir ce qu'il contient. Dans un cas, c'est une vente à plein tarif perdue, dans l'autre, c'est sans doute un acheteur de plus et quelques centimes de gagnés, attentisme contre opportunisme... dans les deux cas, c'est le signe que la valeur financière du jeu indépendant a dramatiquement chuté aux yeux des joueurs.

La valeur financière du jeu indépendant a dramatiquement chuté aux yeux des joueurs.

De la valeur des choses

Soldes, bundles, quelle valeur pour les jeux à prix cassés ?

Or, dans une belle société de consommation bien organisée, la valeur qualitative d'un produit est souvent associée, dans l'esprit du consommateur, à celle affichée sur son étiquette. D'ailleurs - et c'est là encore une des nombreuses particularités du jeu vidéo - dans le "vrai monde", il est assez rare qu'un produit récent soit sacrifié en soldes, à moins d'avoir fait un four retentissant et que l'on souhaite vider ses stocks au plus vite. On ne casse pas le prix d'un objet récent pour éviter d'en dévaluer l'image, on cherche juste à l'adoucir un peu pour stimuler l'acte d'achat et compenser l'amaigrissement de la marge en misant sur des ventes plus nombreuses. Sauf, apparemment, si l'objet en question est un jeu indépendant. Si on devait faire une analogie un peu tirée par les cheveux, le jeu indé devrait plus ou moins s'apparenter à l'objet d'artisan fait à la main avec amour et qui vaut bien le prix qu'on le paie, opposé aux produits d'usine. C'est en tout cas souvent comme cela qu'il est traité. Mais dans les faits, le rapport qu’entretiennent de nombreux joueurs avec l'étiquette en euros d'un jeu indépendant le rapproche plus du jouet chinois sans marque attrapé sans plus d'égard dans un grand bac de bidules en vrac et jeté dans le caddy. Pour diverses raisons, à commencer par une très mauvaise habitude liée à la fréquence et à l'intensité des soldes, le jeu indé doit accepter de se vendre au rabais pour son propre bien.

Achats compulsifs et syndrome de l’écureuil

Soldes, bundles, quelle valeur pour les jeux à prix cassés ?
Pas infaillible, Steam Calculator vous donnera toutefois un bon aperçu de la pertinence de vos achats.

Les soldes et remises ont pour effet bénéfique d'offrir à certains titres méconnus une belle exposition qu'il leur est assez difficile d'obtenir en temps normal. Se retrouver en tête de gondole de la boutique Steam entre deux AAA, ça ne refuse pas et, pour beaucoup, le seul moyen de trôner en haut de l'affiche, c'est de se plier au jeu du rabais. L'un des premiers effets pervers de ces prix fracassés, c'est l'achat non engagé. A moins de 5 euros, on achète un peu tout et n'importe quoi et rares sont les habitués des bonnes affaires qui n'ont jamais fait d'achat en étant à peu sûrs qu'ils ne toucheraient jamais à certaines de leurs acquisitions. A 2 euros, on prend, on stocke et on gonfle sa bibliothèque Steam. Il en va de même avec les Humble Bundles qui permettent d'amasser les jeux sans se poser de questions. Le phénomène est connu, et Ars Technica s'était même risqué à estimer que 37% des jeux achetés sur Steam ne sont jamais lancés par leurs propriétaires. D'une manière générale, on accorde moins de valeur à ce que l'on achète à un prix dérisoire. Les joueurs picorent des "petits" jeux mais mesurent un peu plus leurs dépenses quand ils profitent d'une remise sur un gros hit sorti dans les deux mois. Si durant les soldes d'hiver, vous avez craqué pour un jeu de l'été, bradé à 30 euros et 4 autres jeux indépendants sortis en novembre à 2 euros pièce, quand il faudra choisir à quoi jouer, lequel aura la priorité ? La tendance naturelle est souvent de chercher à rentabiliser l'achat le plus cher en lui consacrant le temps dont on dispose, parce que mieux vaut avoir dépensé 8 euros pour rien que 30.

A 2 euros, on est facilement tenté de jeter l'éponge à la première contrariété.

Le manque d'engagement et la dévalorisation du jeu se ressentent tout autant dans l'investissement en temps et en effort. A 30 euros, on ne lâche pas l'affaire au moindre problème, à 2 euros, on est facilement tenté de jeter l'éponge à la première contrariété, à la première énigme un peu trop dure, au premier saut millimétré, face à un background qui ne nous séduit pas immédiatement, bref au moindre effort que rien ne justifie vraiment de fournir... On s'en fout, on l'a pas payé cher et on a plein d'autres trucs à faire. Combien d'excellents titres n'ont été joués que quelques minutes ? On sait que le joueur est volage et les outils utilisés par éditeurs et développeurs ont déjà prouvé que même les hits achetés plein tarif ne sont pas terminés par les joueurs. On achète du jeu indé par kilos, tout en défendant leurs mérites ludiques et artistiques, mais comme des pommes de terre en promo dont une bonne partie finira par germer au fond du garde-manger.

En 2013, Jason Rohrer essaie de ne plus participer aux soldes...

Soldes, bundles, quelle valeur pour les jeux à prix cassés ?

Une situation qui commence d'ailleurs à faire réagir certains développeurs qui s'inquiètent du peu de valeur que l'on attribue à leurs productions, à l'image de Cliff Harris de Positech (Democracy), Caspian Prince de Puppy Games (Revenge of the Titans) ou encore Jason Rohrer (The Castle Doctrine) qui ont chacun exprimé colère ou regret à l'égard de cette "spirale de l'érosion du prix" dans laquelle les développeurs se sont laissé embarquer. Rohrer avait d'ailleurs en janvier publié quelques données démontrant à la fois l'effet bénéfique des soldes sur un jeu méconnu, provoquant de réels pics de ventes... opposés aux périodes de ventes à plein tarif en tracé plat. Fort à propos, le studio français Seaven vient lui aussi de faire la preuve de cette relation complexe entre les développeurs, les joueurs et les soldes / bundles dans un billet posté sur son site officiel.

Il y a le client, puis il y a Valve, le Humble Bundle et tous les autres, nous avons tous fait en sorte d'entrer dans cette spirale de l'érosion du prix (Caspian Prince).

Quand le studio français a lancé son jeu de plates-formes / puzzle, Ethan Meteor Hunter, pas irréprochable mais bien loin d'être mauvais, il a purement et simplement fait un four avec moins de 200 ventes, en dépit d'un prix de vente inférieur à 10 euros pour une réalisation qui les valait bien, la faute à un manque de couverture et sans doute à un aspect visuel qui n'a pas su attirer le regard, c'est en tout cas ce que Seaven avance. Un an plus tard, le studio a finalement pu retomber sur ses pattes et dépasser les 100.000 ventes, en s'appuyant sur des sorties consoles et une hausse des ventes PC ou Steam et les bundles représentent à la fois le plus gros volume de ventes, devant les versions PS3 et Vita, mais seulement la seconde source de profit. La raison est simple : 91% des ventes proviennent de discounts ou de bundles (88%), dont faisait partie Ethan. Des ventes sur lesquelles un studio ne touche que quelques centimes et qui sont des packages qui ne signifient pas qu'on a cherché à acheter votre jeu, mais qu'il se trouvait dans le même lot que d'autres.

{{jv:article_maj|texte=Petite précision apportée par Olivier Penot, co-fondateur de Seaven, dans sa globallité (Steam, bundles, ventes directes), le PC représente 57% du CA du jeu. La version PS3 a toutefois bien rapporté plus d'argent avec 4000 unités que les 93.000 exemplaires vendus en bundle. Steam pèse pour sa part 32%.}

Répartition des ventes et du chiffre d'affaires d'Ethan Meteor Hunter par support. L'impact des bundles est frappant.

Unités% du chiffre d'affaires
PC (Steam / Bundle / Achat direct)105.76457%
PS34.05026%
PS Vita2.76317%
Classement par nmbre d'exemplaires vendus
  1. Bundles
  2. Steam
  3. PS3
  4. PS Vita
Classement par revenus générés
  1. PS3
  2. Bundles
  3. Steam
  4. PS Vita

Plus précisément, les 4.050 exemplaires vendus sur PS3 ont produit un chiffre d'affaires supérieur aux 93.000 unités vendues en bundle. Seaven fournit d'ailleurs quelques statistiques qui mettent là encore en lumière ce problème d'engagement. La moitié des joueurs possédant la version PC d'Ethan Meteor Hunter et qui ont terminé le tutoriel n'ont pas dépassé le troisième niveau du jeu (qui en compte 50). Le coup de grâce ? 16% seulement des joueurs ont terminé le tutoriel et 7% sont parvenus au début du second monde (sur 3). Certes, Ethan n'est pas un jeu facile et plusieurs phases délicates ont de quoi vous faire arrêter net avant la moitié du jeu, et le troisième monde peut vous coûter un écran, mais ces pics de difficulté ou de frustration, on ne les rencontre pas au bout du troisième niveau. Seulement, l'engagement est comme souvent à la hauteur de l'investissement. On reconnaît que l'exemple de Meteor Hunter est un peu à la marge, le jeu avait connu un mauvais démarrage pour des raisons diverses, mais sa situtation n'est pas unique. Il existe une tyranie du prix cassé.

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Se solder pour exister

Evidemment, il n'est pas question de réclamer la tête des soldes. Les baisses de prix font vendre, c'est indubitable, elles fournissent de l'exposition en mettant les jeux sur le devant de la scène, elles sont même un excellent moyen de redonner un second souffle à de vieilles créations qui renouent avec les ventes et goûtent aux joies de la longue traîne plutôt réservées aux gros hits qui se relancent à coups de DLC ou de versions GOTY. Mieux, en ravivant les titres par phases, les soldes font mentir cet argument commercial qui veut que l'on puisse prédire le succès futur d'un jeu en extrapolant ses ventes Day One. D'ailleurs, tous les développeurs ne s'en plaignent pas, bien au contraire, nombreux sont ceux qui apprécient de voir leurs ventes quintupler, voire plus, et le bilan comptable de quantité de jeux dit un grand merci à une opération - 75% qui a permis d'écouler subitement 600.000 pièces. The Chinese Room, par exemple, a atteint, en janvier dernier, le million d'unités de Dear Esther dont 120.000 au cours de son premier mois d'exploitation, puis 450.000 via le Humble Bundle, le reste revenant aux promotions Steam. Qui s'en plaindrait ?

Soldes, bundles, quelle valeur pour les jeux à prix cassés ?

Tout irait bien si le passage par les soldes à - 75%, n'était pas devenu une quasi-obligation. Et le problème ne se résume pas à l'attentisme économe des joueurs qui en soi ne laisse déjà pas beaucoup de choix aux développeurs. De mois en mois, le marché PC accueille de plus en plus de titres, reproduisant la saturation déjà rencontrée sur l'App Store. Gamasutra a constaté au printemps que durant les 20 premières semaines de 2014, Steam avait déjà ajouté plus de jeux à son catalogue que sur l'ensemble de l'année 2013. Une affluence de titres qui se font de l'ombre les uns aux autres, mélangeant, cela va de soi, des qualités de production très inégales, laissant se côtoyer les petites perles invisibles et les clones sans âme. En prime, avec des ventes qui s'éparpillent dans le temps, le bouche à oreille fonctionne moins bien, les communautés ont du mal à se former autour des jeux profitant le moins, voire pas, de couverture médiatique. Steam devient une véritable jungle dans laquelle un développeur peut difficilement dire non à toute forme de mise en avant et où les joueurs hésitent à risquer leurs deniers sur un simple pitch. Alors que, paradoxalement, ils ne redoutent pas de payer le prix fort pour des early access sans plus de garanties.

Tout contribue à tirer les prix vers le bas et, sans même se poser la question des profits enregistrés par les développeurs, c'est avant tout l'image du jeu indépendant qui risque de souffrir, ou plutôt la perception de sa valeur. Déjà souvent affublé de l'adjectif "petit", le jeu indé se doit à présent d'afficher un prix à l'avenant, un "petit" jeu indé à "petit" prix, et qu'importe si le jeu en question que l'on refuse catégoriquement de payer 15 euros profite d'une direction artistique, d'une durée de vie, d'un intérêt ou d'une originalité qui n'ont rien à envier à ses gros concurrents. Bien sûr, tous les joueurs n'ont pas des oursins dans les poches, l'achat au lancement et à plein tarif existe... mais il n'est plus la règle et semble mal parti pour le redevenir. Et de façon plus bassement terre à terre, les indépendants sont-ils condamnés à brader leurs jeux pour se faire une vraie place ?

Peut-on faire machine arrière ?

Changer la donne risque d'être particulièrement ardu. On peut difficilement reprocher au public de profiter des offres qu'on lui fait et il est encore plus difficile de changer ses habitudes. Comment revaloriser des jeux quand on a si soigneusement appris aux acheteurs que 8 euros représentent une folie. Sans doute en rappelant un fait assez simple : si profiter d'un rabais n'est pas aussi insensé que, disons précommander un jeu les yeux fermés, éparpiller son argent pour acquérir 10 jeux à un euro dont la moitié ne nous intéresse pas n'est pas vraiment ce qu'on appelle se comporter en consommateur averti. Les soldes Steam sont comme toutes les opérations promotionnelles, et sont là pour faire vendre, y compris des choses dont on n'a pas forcément besoin. Comme tous les soldes, ventes flash et autres promos immanquables (et pour le coup elles le sont), les remises Steam obéissent à un fonctionnement qui favorise l'achat compulsif maquillé en achat raisonnable. Les offres sont mises à jour à une heure précise sont limitées dans le temps et parviennent encore à se donner des airs de promos exceptionnelles alors qu'elles seront reconduites ad vitam.

Soldes, bundles, quelle valeur pour les jeux à prix cassés ?

Est-ce qu'il est préférable de perdre quelques euros sur des titres qui nous évoquent vaguement un a priori positif mais qui au final nous occuperont 10 minutes, ou d'investir 10 euros sur un titre pour lequel on ressent un véritable attrait mais dont on a décidé de repousser l'achat ? Et dont, accessoirement on aimerait assurer la pérennité des créateurs et redonner un peu de valeur à leur travail ?

Valve Analyse Indépendant Business
Commentaires
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josebovetr0d4rk josebovetr0d4rk
MP
le 15 janv. 2015 à 22:42

Avant j'étais un énorme addict aux soldes steam, mais (depuis que j'ai découvert les humble bundle) ça c'était avant :hap:

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