Pour un premier jet, Ember Lab nous régale avec un jeu à l'aura magnifique. Mais, malgré son enrobage aguicheur, Kena manque encore de substance pour pouvoir s'asseoir à la table des plus grands. Vous l'avez compris, c'est à moitié conquis que j'écris ces lignes.
Tous d'abord, rappelons que le studio à l'origine de ce projet, Ember Lab, en est à son coup d'essai. A l'origine, il est spécialisé dans l'animation, et non la conception de jeux vidéo. Il est très important de garder cela à l'esprit, car pour un studio déjà étrenné, certaines erreurs de game design n'auraient pas été pardonnées.
Kena nous projette dans un univers somptueux. La direction artistique envoie du gros. Nous contrôlons donc Kena, une jeune fille dont la mission, transmise de parent à enfant, est d'aider les esprits des morts à trouver la paix, et partir vers l'au delà. C'est une approche assez prometteuse, qui peut permettre d'aborder des thèmes tels que le deuil, malheureusement c'est ici que le bat blesse.
Dès le début du jeu, vous êtes lâché dans la nature, avec pour objectif de vaincre la corruption de la forêt pour lui redonner sa véritable forme. Pas de blabla, pas de chichis, c'est parti. Même si on peut saluer la non surabondance de cinématiques qui endort le joueur, c'est bien trop bref, à tel point que je me suis demandé si je n'avais pas sauté un morceau du jeu.
Les qualités nous sautent alors aux yeux :
Les graphismes sont majustueux, à mi chemin entre les studio Ghibli et Pixar. Vraiment, on ne peut pas le nier, ça fourmille de détails, c'est beau, enchanteur. Là.
Le gameplay est plutôt bien foutu, Kena répond bien, les différentes capacités sont simples mais bien gérées, ça donne une profondeur bienvenue aux combats. Malheureusement ça s'étoffe assez peu finalement et on arrive trop vite au bout de l'"arbre de compétences"
Les affrontements de boss sont vraiment bien gérés, nous demandant d'utiliser toutes nos capacités. Les affrontements sont dynamiques et jouissifs.
Et puis voilà ! Oui, c'est à peu près tout ce qu'il y a de bon dans ce jeu. Je vais faire un tour des points qui font vraiment pâle figure avant de conclure.
Le scénario n'est tout simplement pas bien traité. On pourrait attendre bien mieux au vu des thèmes abordés. Là, on survole vraiment les choses et ça rend le tout un peu creux...
Les personnages ne sont pas moins touchés. Kena la première, le manque d’interaction, de dialogues, d'origin story, les rend tous vides. Ils ne sont pas aidés par des doublages sans âmes. Nôtre héroïne n'a aucune personnalité, aucune émotion, pourtant il y aurait tellement à dire d'elle qui doit accompagner les morts sur le chemin de l'au delà ! Psychologiquement, je veux dire ! Mais non, rien de tout ça, et on n'en saura pas plus sur son histoire...
Le bestiaire est ridicule. Y a quoi, 10 ennemis différents ? un peu plus peut être ? C'est anecdotique, ce qui est dommage car le gameplay lui est au rdv. Les boss sont épiques mais il y en a genre 5 dans le jeu...
L'exploration est très mal récompensée. Tout le système de jeu l'est d'ailleurs. On débloque des chapeaux pour les petites bêtes qui nous suivent, et des sous pour acheter ces chapeaux... Rien pour Kena, pas un skin de baton, as une tenue, rien, 0. Un peu d'xp pour débloquer des capacités mais c'est encore une fois anecdotique...
La difficulté est à côté de la plaque. En normal c'est un Soul-like punitif complètement hors sujet avec l'univers du jeu "conte de fée", en facile c'est ridiculement simple, les ennemis n'attaquent quasiment pas et ne font presque pas de dégats. Je trouve ça très mal géré, on passe d'un Die and retry à un jeu pour enfant...
Le jeu est également ridiculement court. 7 à 10h suffisent pour en voir le bout, et l'exploration pour les complétionistes est tellement mal récompensée que ça ne donne pas envie de tourner en rond pour trouver les coffres restants...
On a donc un jeu inégal, magnifique, mais creux, qui a du mal à savoir à qui il s'adresse. Entre une difficulté pensée pour joueurs chevronnés et un univers presque enfantin par moments, je ne sais pas quel public est supposément visé. Le développement des personnages et les doublages ridicules n'aident pas à se plonger dedans, et malgré l'univers enchanteur, on a du mal à se sentir transporté dedans...
On peut toutefois saluer le studio, car pour un premier jet, c'est prometteur. Une suite plus aboutie serait la bienvenue, par exemple.