Dur de croire que ce titre a 20 ans, sorti à une époque où Ubisoft produisait régulièrement des jeux fantastiques. La jouabilité et l'IA ont sans aucun doute un peu vieillie, mais à part ça... C'était une vraie tuerie graphique pour son époque, offrant de somptueux jeux de reflets, d'ombre et de lumière. Appréhender tous les mouvements du héros demande un temps d'apprentissage, mais celui-ci répond parfaitement aux commandes.
Le scénario reste très (trop) manichéen, du Tom Clancy pur jus, ça passe encore plus mal de nos jours. Mais ça reste une toile de fond pour le jeu et on peut facilement en faire abstraction tant le gameplay est excellent. L'autre défaut du jeu vient du doublage des divers troufions qu'on croise, parlant avec un accent cliché invraisemblable (asiatique ou hispanique suivant le stage) digne d'un nanar de série Z.
Heureusement le doublage des protagonistes est bien meilleur, surtout celui de notre héros auquel l'excellent Daniel Berreta prête sa voix, elle se marrie à merveille avec l'humour noir/sarcastique dont fait preuve notre agent secret lorsqu'il interroge les malheureux se trouvant sur sa route. Chaos Theory est le seul épisode de la série où on trouve cet humour au second degré, on se demande bien pourquoi. En tout cas entendre Fisher balancer de la punchline est un régal.
Le jeu joue à fond la carte de l'infiltration, bien entendu la luminosité et le son sont pris en compte, même s'il est tout à fait possible de jouer en mode gros bourrin, surtout quand le fusil à pompe et de sniper perforant commencent à être proposés. Toutefois une fusillade sera toujours synonyme de grosse tension, Fisher n'est pas un surhomme et ça peut très vite mal tourner. C'est ce qui fait qu'opérer en silence dans l'ombre est si addictif. De plus, le jeu n'est pas vraiment conçu pour l'action, comme le montre la scène crispante et trop scriptée à la fin du sauna face à des ennemis un peu trop réactifs.
Rarement l'infiltration a été aussi jubilatoire: observer les gardes, planifier son approche, préparer un piège, passer à l'action de façon fulgurante ou se faufiler telle une ombre, le joueur est toujours libre quant à la façon d'opérer, et il en a les moyens entre les différents mouvements de Sam et son équipement, divers types de grenades, pistolet silencieux, son astucieux fusil couplé à divers gadgets (la caméra glue, géniale) et bien entendu les emblématiques lunettes à vision nocturne/thermique/électromagnétiques. A cela vient s'ajouter l'apparition du couteau dans cet opus, qui enrichie de façon pertinente le gameplay: casser une serrure, percer un réservoir...ou poignarder un mec si la situation l'exige.
Tous les niveaux sont réussis, avec toujours une ambiance hyper soignée, un sound design aux petits oignons, offrant nombre de situations variées et mémorables, certains sont de véritables bijoux de level design (le cargo, la banque, le penthouse). On a une belle montée en puissance de la tension et du challenge à l'image du magnifique niveau à Seoul où Fisher se retrouve à devoir faire son taf d'agent secret en pleine guerre entre 2 lignes de front, une merveille!
Enfin, cerise sur le gâteau, les musiques d'Amon Tobin confèrent une atmosphère à nulle autre pareil à cet opus, là encore Chaos Theory est le seul jeu de la licence pouvant se targuer d'une OST emblématique, comme si les étoiles s'étaient alignées pour celui qui demeure de très loin le meilleur épisode de la série.