Un jeu d'ambiance psychologique/horrifique à vocation narrative, enfin je suppose, difficile de définir un titre quand ce dernier se contente de rester en surface dans tout ce qu'il propose. On incarne une jeune femme, Marianne, capable de voir le plan des esprits et de s'y déplacer. La subtilité étant que parfois elle ne quitte pas le monde réel, elle est dans les 2 réalités en même temps (d'où l'écran splitté), elle peut également faire sortir temporairement son âme de son corps dans le monde spirituel, et ce sont autant de bonnes idées.
Hélas le jeu les exploite à minima, le gameplay en est resté au stade d'échantillon avec des énigmes simples, peu inspirées et le minimum syndical d'interaction. L'ensemble est très dirigiste, le passage se referme derrière nous ou le perso refuse de faire marche arrière, il est quasi-impossible de se tromper de chemin. Malgré ça le jeu réussit l'exploit d'avoir par moment des objectifs peu clairs, c'est à dire qu'on comprend ce qu'il faut faire, on comprend où aller, mais on n'y arrive pas car on ne comprend pas comment le jeu veut qu'on le fasse.
The Medium est gangréné de soucis de game design, par exemple inutile d'avoir compris une énigme si Marianne elle-même ne l'a pas comprise, c'est à dire qu'il faut qu'elle ait observé tout ce que le jeu a prévu pour que le script suivant s'enclenche et que l'interaction menant à la résolution apparaisse...engendrant d'ailleurs des allers-retours visiblement voulus par les développeurs, le jeu n'avait vraiment pas besoin de ça. Dans le même ordre d'idée, l’héroïne refusera d'aller de l'avant si elle n'a pas lu tous les documents ou vu tous les objets prévus, même les plus inutiles. Je trouve ça aberrant, de véritables erreurs de débutant, mais apparemment je suis le seul, alors passons.
Le jeu aborde des thèmes matures et parfois assez graves, mais toujours de la façon la plus détournée possible, ne disant jamais les choses clairement. Même en partant du principe que c'est essentiellement narratif, est-ce que le cahier des charges précisait d'instaurer un rythme de grabataire? Les cinématiques sont surannées, la mise en scène date du XIXème siècle, et toujours avec cette mollesse inhérente au titre. Les persos sont constamment apathiques, parlent par bribes de phrases, expriment des émotions violentes de façon amorphe. Rien vu d'aussi catastrophique depuis des années, et à la lenteur de l’ensemble vient se coupler une redondance dans les actions réalisées ou les séquences offertes, tout est fait pour que le joueur décroche.
Le jeu est en 3D mais se déroule en plans semi-fixes, la grosse référence serait donc Silent Hill 2 dont on sent l’inspiration, avec la même jouabilité d'ailleurs. Sauf que même en terme d'ambiance, Silent Hill 2 défonce The Medium alors qu'il a 20 ans de plus. Ici la direction artistique est à peine correcte, ok c'est inspiré des œuvres de Zdzisław Beksiński, mais est-ce que les dévs ont vraiment étudié ses peintures, où se sont-ils comme moi contentés de faire une recherche rapide? Si vous voulez faire un jeu artistique, OK, mais dans ce cas lâchez-vous dans le morbide, faites des plans cinématographiques grandioses. Rien vu de tout ça, à part les teintes ocres et les tentacules ressemblant à des étrons. Autre souci, la caméra est souvent trop éloignée et avec un écran séparé en 2 on ne comprend pas ce qu'on regarde.
Un titre gourmand sur PC, des temps de chargements 2 fois plus longs qu'un open-world, des baisses de frame-rate, et clairement aucune optimisation, une cinquantaine de Go pour ça??? Techniquement le jeu est assez daté, et même sur le souci du détail il se foire. Exemple, pour Dieu sait quelle raison les dévs ont donné une grande importance au coupe-boulon, c'est l'item fétiche de Marianne, elle s'en sert régulièrement. Or, lorsqu'on coupe une chaine, au lieu de glisser et tomber, celle-ci disparait comme par magie. Est-ce que vous trouvez cet effet réussi? Pour un soft reposant sur son atmosphère, n'est-ce pas contre-productif?
Bref, avec son packaging old-school The Medium se trompe d'époque, et c'est encore plus drôle quand on pense qu'il s'agit d'un jeu next-gen. Après 8h d'ennui vous n'aurez même pas le loisir de connaitre le fin mot de ce bin's, je vous laisse le "plaisir" de découvrir pourquoi. Chiant et dénué de fun, l'art en jeu vidéo est-il à ce prix?