C'est probablement la référence de tous les HOTAS depuis 2010. Vous savez, ces ensembles joystick plus manette des gaz dont le but est de garder les mains là où il faut, tout le temps. Quinze ans plus tard, Thrustmaster dégaine une nouvelle version, sobrement intitulée MKII, de son ensemble plébiscité par tous les passionnés de simulation. Je l'ai testée dans DCS World, IL-2 Korea et Flight Simulator, tout en ayant la première version sous la main, et voilà ce que j'en pense un mois après.
Thrustmaster est une marque américaine née en 1990, dont Guillemot a racheté la division périphériques en 1999 pour en faire l'un des plus gros fabricants de matériel de simulation au monde. Sa spécialité, c'est la réplique sous licence militaire, avec le HOTAS Cougar au début des années 2000 puis le HOTAS Warthog en 2010, qui a décroché le prix de l'innovation au CES 2011 et s'est installé pour quinze ans comme le manche que l'on recommande par défaut. Depuis, la marque a surtout élargi son catalogue vers le bas et vers le côté, avec la gamme TCA pour l'aviation civile et les grips Sol-R pour la science-fiction. Le haut de gamme militaire, lui, attendait toujours son tour.

Le communiqué du MKII parle d'évolution significative, de nouvelle génération et de mouvements plus fluides au centre. Thrustmaster nous dit dans le même temps que 90 % du produit reste identique à l'original. Alors qu'est-ce qui a changé sous la coque, exactement ? Le grip Viper apporte-t-il autre chose qu'un nouveau lettrage sur l'ancien grip ? Et ce centre, celui que la communauté reproche au Warthog depuis sa sortie, est-il corrigé ou simplement raconté ? J'ai monté le même grip sur les deux bases, branché les deux sur la même machine, et je suis allé voir ce que Windows en dit avant de décoller.
- Réplique sous licence U.S. Air Force, grip Viper intégralement métallique à l'échelle 1:1
- Nouvelle base à roulements à billes, 8 axes déclarés et jusqu'à 128 boutons gérés
- Double manette des gaz de l'A-10C et panneau de contrôle, 55 boutons programmables au total
Spécifications techniques
| HOTAS Warthog (2010) | HOTAS Warthog MKII (2026) | |
| Plateforme | PC uniquement, USB | PC uniquement, USB |
| Grip fourni | Grip A-10C, sans lettrage | Grip Viper, lettrage imprimé, allégé (valeur non communiquée) |
| Structure du grip | 100 % métal, détachable | 100 % métal, détachable |
| Commandes du manche | 19 boutons + chapeau 8 directions | 19 boutons + chapeau 8 directions |
| Capteurs du manche | H.E.A.R.T. effet Hall, 16 bits (65 536 x 65 536 valeurs) | H.E.A.R.T. effet Hall, 16 bits |
| Mécanisme de la base | Système à cardan, rappel central par ressorts | Mécanisme revu, roulements à billes anti-stiction annoncés |
| Connecteur de grip | Non communiqué | 6 pins |
| Axes déclarés par la base | 2 (X, Y), relevé sur notre exemplaire | 8 (X, Y, Z, rotations X, Y, Z, cadran, curseur), relevé sur notre exemplaire |
| Boutons gérés par la base | Non communiqué | Jusqu'à 128 |
| Compatibilité grips Sol-R | Warthog Converter à 39,99 euros requis, axe Z et axe de molette indisponibles | Native, axe Z présent, vérifié sur notre exemplaire |
| Manette des gaz | Double levier, 17 boutons, capteurs magnétiques 14 bits (16 384 valeurs par levier) | Même modèle, résolution non communiquée |
| Panneau de contrôle | 15 boutons + molette de trim rétroéclairée | Identique |
| Total boutons programmables | 55 | 55 |
| Dureté du rappel | Non ajustable | Non ajustable |
| Connectique | USB, câbles fixes | Base en USB-C détachable, manette des gaz à câble fixe |
| Poids de l'ensemble | Plus de 14 lb annoncés, soit environ 6,35 kg | 6 560 g |
| Dimensions | Non communiqué | 320 x 260 x 440 mm |
| Logiciel T.A.R.G.E.T | Détecté, firmware 12 sur notre exemplaire | Non détecté en version 3.0.25.127 au 15 septembre 2026 |
Exemplaire de presse testé avant la sortie commerciale, avec plusieurs vérifications impossibles à mener. Au 15 septembre 2026, le logiciel T.A.R.G.E.T de Thrustmaster, en version 3.0.25.127, ne détecte pas la base MKII, ce qui nous a interdit l'accès à ses réglages internes et à sa configuration d'usine. Le produit fonctionne très bien sans ce logiciel, Windows et les jeux le reconnaissant normalement. Nous n'avons pu vérifier ni la compatibilité du nouveau connecteur avec les rallonges de grip tierces, ni la reprise de profils T.A.R.G.E.T existants, ni le fonctionnement des grips Thrustmaster autres que le Viper, l'A-10C et le Sol-R, faute de les posséder. Notre comparaison oppose enfin notre propre Warthog de première génération, rodé par des années d'usage, à une base MKII sortie du carton, un écart qui joue en faveur de l'ancien modèle. Nous ne disposons que d'un seul exemplaire, testé sur PC, seule plateforme supportée.
Un produit identique à 90%, vraiment ?
Commençons par ce qui n'a pas changé, puisque c'est l'essentiel du produit. Thrustmaster nous confirme que 90 % de l'ensemble reste identique à la version originale et parle d'une V2 plutôt que d'un nouveau produit. C'est la marque qui le dit, pas moi, et après vérification elle a raison.

J'ai posé le grip du MKII à côté de celui de mon Warthog de 2010 et j'ai cherché la différence. Le moulage, la peinture, la finition et l'emplacement des vis sont identiques, avec 19 boutons et un chapeau huit directions de part et d'autre. Deux écarts, pas plus. Le grip du MKII est plus léger, ce que Thrustmaster confirme sans donner de valeur et qui se sent dès qu'on prend les deux en main. Et il porte le lettrage du Viper, ces WPN REL et TRIM imprimés sur le flanc là où le grip d'origine est nu. Ce lettrage n'est pas une nouveauté du MKII pour autant, Thrustmaster vendant ce grip Viper séparément depuis des années.
Le nouveau grip arbore des marquages imprimés, WPN REL et TRIM, absents du grip livré en 2010

Un mot sur la manette des gaz, puisqu'elle représente un tiers du pack et qu'elle n'a rien reçu. C'est toujours ce bloc de deux leviers indépendants copié sur celui de l'A-10C, avec son verrou pour les solidariser ou les dissocier selon l'appareil, ses crans de ralenti et de post-combustion, sa friction réglable et ses 17 boutons, posé sur un panneau de contrôle qui en ajoute 15 avec sa molette de trim rétroéclairée. Ces 55 commandes au total ne sont pas un gadget, dans un simulateur militaire chacune remplace un interrupteur du cockpit et évite de lâcher le manche pour aller chercher le clavier.

C'est un excellent bloc, il l'était déjà en 2010, et c'est exactement celui de 2010. Les deux exemplaires posés l'un contre l'autre sont indiscernables, et son câble reste attaché, quand la base du MKII passe elle à l'USB-C détachable. La liste du contenu de la boîte le confirme à sa façon, le seul élément estampillé MKII étant la base, la manette des gaz et le grip y figurant sous le nom de produits déjà au catalogue. Sur la fiche de l'original, ces leviers sont donnés pour des capteurs magnétiques 14 bits. Thrustmaster ne communique aucune résolution pour ceux du MKII.

Quant au H.E.A.R.T. et à ses 16 bits que le communiqué met en avant, le Warthog de 2010 les annonçait déjà, et l'historique officiel de Thrustmaster fait remonter cette technologie à 2009, sur le joystick T.16000M. Elle est donc antérieure au Warthog lui-même. Il faut bien que les quelques pour cent restants soient allés quelque part.
Toute la nouveauté du MKII tient dans une seule pièce
Ils sont tous dans la base. Thrustmaster y annonce des pièces internes en métal, des roulements à billes anti-stiction dans le gimbal, le mécanisme articulé qui porte le manche, et une électronique refaite autour d'un connecteur 6 pins gérant jusqu'à 128 boutons et 8 axes. Elle gagne aussi un câble USB-C détachable, que le communiqué oublie de mentionner. Je n'ai pas démonté un exemplaire de presse, donc je ne dirai rien des pièces internes, sinon que rien ne fait moins bien fini qu'avant.
L'électronique, elle, se vérifie sans tournevis. Les deux bases branchées en même temps sur la même machine, le même grip monté successivement sur chacune, et Windows tranche. L'ancienne apparaît sous un nom figé, Joystick - HOTAS Warthog, et ne déclare que deux axes. La MKII apparaît sous le nom Dragonfly [R] Viper et en déclare huit. Exactement le chiffre du communiqué, la première de ses promesses à se vérifier au chiffre près, et au passage la preuve que la nouvelle base identifie le grip qu'on lui monte là où l'ancienne se contente d'un libellé figé.
La base MKII déclare huit axes et annonce le grip monté dans son nom

Le bénéfice se voit avec un autre grip. Mon Sol-R fonctionne directement sur la base MKII, axe Z compris, quand l'ancienne réclame un Warthog Converter vendu 39,99 euros, qui rehausse au passage le manche de 5 centimètres et laisse malgré tout de côté l'axe Z, le clic du ministick et l'axe de la molette. La rétro-compatibilité marche dans les deux sens, mon vieux grip A-10C tourne sur la MKII et l'inverse aussi, donc personne n'est mis dehors. Seul agacement, la base déclarant ses huit axes quoi qu'on lui monte, les menus d'assignation de DCS se remplissent d'axes fantômes qu'aucun capteur n'alimente.
Un grip Sol-R sur une base Warthog, sans adaptateur. Sur l'ancienne, il fallait un Warthog Converter à 39,99 euros

- Le grip est celui de 2010, avec un lettrage Viper et quelques grammes de moins
- La manette des gaz et son panneau de contrôle sont strictement inchangés, câble fixe compris
- Les capteurs du manche sont les mêmes qu'en 2010, du H.E.A.R.T. 16 bits apparu en 2009
- Le compte de boutons est identique, 55 commandes programmables
- La base est la seule vraie nouveauté, avec ses roulements à billes, son connecteur 6 pins, ses huit axes déclarés et son câble USB-C
Tout cela se compte. Le reste se mesure, et c'est là que le test se complique.
Une fois en main, ça donne quoi ?
Je préviens tout de suite, ce que je décris dans ce chapitre ne se retrouve pas en vol. Mais c'est l'argument central du MKII, donc il faut le regarder de près. Le communiqué promet des mouvements plus fluides au centre grâce aux roulements à billes anti-stiction. Le défaut visé est connu de longue date, ce frottement parasite au neutre qui oblige à forcer avant que le manche décolle et qui rend les micro-corrections pénibles.

Même machine, même grip, même main, la fenêtre de test de Windows ouverte sur la croix X et Y, et une poussée aussi lente que possible depuis le neutre. Sur mon Warthog de 2010, la croix part au premier appui et suit le mouvement sans seuil à franchir. Sur le MKII, rien pendant les trois à quatre premiers millimètres de course. La croix reste immobile, puis se met à bouger. Il faut aussi un peu plus de force pour décoller du neutre, alors que le reste du débattement est plus souple que sur l'ancien. Le retour au centre après un petit débattement est propre sur les deux bases.

Deux choses se superposent d'ailleurs, et il faut les distinguer. La force supplémentaire nécessaire pour quitter le neutre est mécanique, elle vient du ressort ou du frottement. L'absence de variation des valeurs X et Y sur les premiers millimètres est électronique, elle vient du firmware ou de l'étalonnage. La première relève du caractère du manche, la seconde est une vraie zone morte. Sur mon exemplaire, le centre du MKII répond donc moins finement que celui du modèle qu'il remplace. C'est l'inverse de ce qui est annoncé.
Une précaution s'impose. Mon Warthog de 2010 est rodé par des années d'usage quand le MKII sort du carton, et le frottement mécanique s'atténue avec les heures, donc l'écart joue en faveur de l'ancien. Mais une zone morte n'est pas du frottement, et elle ne s'use pas.

D'où vient-elle ? Thrustmaster expose une zone morte matérielle réglable depuis son logiciel T.A.R.G.E.T, et sur mon ancienne base elle est bien là, désactivée. Impossible de savoir ce qu'il en est sur le MKII, la version 3.0.25.127 de T.A.R.G.E.T ne détectant pas cette base. Si elle est activée d'usine, une case à cocher suffirait à la faire disparaître. En l'état elle est là et rien ne permet d'y toucher. J'ai posé la question à Thrustmaster avant publication et j'ajouterai sa réponse ici dès réception.
T.A.R.G.E.T reconnaît l'ancienne base et son réglage de zone morte, ici désactivé. Pas la MKII.

Comment se comporte le MKII en vol sur DCS, IL-2 Korea et Flight Simulator ?
La zone morte est bien là, je la vois chaque fois que j'ouvre le panneau de calibrage de Windows. Aux commandes, je ne la trouve pas. Je l'ai cherchée sur le F/A-18C Hornet, le F-16 et l'A-10C, y compris lors d'un ravitaillement en vol, l'exercice le plus exigeant qui soit sur les petits débattements. Aucune difficulté particulière à me tenir au panier.
Autant être précis sur le pourquoi, parce que l'explication a ses limites. Sur DCS, j'applique une courbe de progression sur les deux axes principaux, qui adoucit les premiers degrés de débattement et amplifie le mouvement vers l'extérieur. Une courbe logicielle ne supprime évidemment pas une zone morte matérielle, elle ne peut pas inventer une information que le manche n'envoie pas. Mais elle désensibilise déjà la zone centrale, si bien qu'on n'attend aucune réaction immédiate à cet endroit. Et surtout, on ne pilote pas en regardant le manche, on corrige jusqu'à ce que l'avion réponde. Trois ou quatre millimètres se noient dans cette boucle.
Le ressenti joue en faveur du MKII. La friction plus faible rend le manche plus maniable, et le grip allégé y contribue sans doute en réduisant l'inertie de l'ensemble. Sur deux heures de vol, il fatigue moins que mon Warthog de 2010.

Ce jugement épouse mes goûts, autant le dire. Sur mes bases concurrentes, je monte systématiquement les ressorts les plus souples disponibles, parce que j'aime un manche qui ne résiste pas. Ceux qui préfèrent un rappel ferme, avec un repère physique net au neutre, trouveront ce MKII trop mou. Et contrairement à ces concurrents, le Warthog ne permet pas de changer la dureté du rappel, donc ce caractère n'est pas ajustable.
Faut-il acheter le HOTAS Warthog MKII ?
Tout dépend de ce que vous avez déjà sur le bureau. Si vous n'avez pas de HOTAS et que vous savez déjà que vous volerez régulièrement, c'est un très bon achat, et la meilleure version de ce produit depuis quinze ans. Si vous débutez en revanche, un T.16000M ou un TCA vous coûtera plusieurs fois moins cher et vous dira si la simulation de vol vous accroche vraiment avant d'engager cette somme.

Si vous possédez déjà un Warthog en bon état, c'est une autre affaire. 549,99 euros pour un pack dont un seul élément sur trois a été revu, avec une manette des gaz et un grip que vous avez déjà, cela fait cher le gimbal. La vraie question est de savoir si Thrustmaster vendra cette base séparément, à quel prix et quand, et la marque ne communique rien là-dessus à ce jour. À titre de repère, le Flight Stick de première génération, base et grip sans manette des gaz, est affiché à 299,99 dollars au catalogue américain. Si l'équivalent MKII sort dans cette zone, l'arbitrage devient évident. En attendant, votre Warthog vole toujours très bien.
Et si vous visez le haut de gamme sans attachement particulier à la marque, Virpil et VKB sont depuis des années réputés dans la communauté comme des valeurs sûres. Thrustmaster garde pour lui la licence officielle, la réplique à l'échelle, la robustesse tout métal et un écosystème de grips que personne d'autre n'aligne.
Tout le travail est dans la base, et c'est une bonne nouvelle
Points forts
- Plus agréable et moins fatigant que le Warthog de 2010 sur une longue session
- La friction plus faible rend le manche nettement plus maniable
- La nouvelle base déclare huit axes à Windows contre deux sur celle de 2010
- Elle identifie le grip monté, ce que l'ancienne ne faisait pas
- Un grip Sol-R fonctionne nativement avec son axe Z, sans adaptateur et sans fonction perdue
- La rétro-compatibilité marche dans les deux sens, aucun ancien grip n'est mis dehors
- Enfin un câble USB-C détachable sur la base
- Un grip allégé, et la différence se sent immédiatement en main
- Une fabrication toujours intégralement métallique
Points faibles
- 549,99 euros pour un pack dont un seul élément sur trois a été revu
- Une petite zone morte au centre, absente sur le modèle de 2010
- La dureté du rappel n'est pas ajustable, quand les concurrents laissent changer les ressorts
- T.A.R.G.E.T ne détecte pas encore la base, donc aucun réglage interne accessible
- La manette des gaz est strictement celle de 2010, câble fixe compris
- Des axes fantômes qui encombrent les menus d'assignation
Note de la rédaction
Le MKII n'est pas une nouvelle génération, c'est une nouvelle base emballée avec deux produits déjà au catalogue, et Thrustmaster l'admet en parlant de 90 % du produit inchangé. Cette base mérite le détour, avec ses huit axes déclarés à Windows contre deux, sa reconnaissance du grip monté et un Sol-R qui fonctionne enfin sans adaptateur ni fonction perdue. Aux commandes, la friction plus faible et le grip allégé rendent l'ensemble plus maniable et moins fatigant, et c'est ce qui compte en vol. Notre exemplaire présente bien une petite zone morte au centre que le modèle de 2010 n'a pas, mesurable dans Windows mais introuvable manche en main. Reste le prix. Qui n'a pas de HOTAS peut y aller. Qui possède déjà un Warthog en bon état ferait mieux d'attendre de savoir si cette base sera vendue seule.



