Zélos quant à lui, avait laissé son amie à Mizuho, avait volé à tire-d’aile à Meltokio, puis avait rejoint l’extrémité Sud-Est du continent de Thésséha’lla. Il était devant l’abbaye qui était silencieuse, hormis une petite lumière qui vacillait à la fenêtre du premier étage. Serrant un paquet dans ses bras, il entra dans le lieu de recueillement et fut accueilli par un prêtre de garde.
« Elu, murmura-t-il, que faites-vous ici à cette heure.
- Je viens la voir, répondit-il.
- Ah oui, bien sûr, elle est là-haut.
- Merci mon père.
Zélos gravit les quelques marches d’escalier et entra dans une chambre. Une petite fille aux cheveux rouges étaient à la fenêtre, éclairée par une chandelle posée sur le bord en pierre. Elle était en chemise de nuit et tenait un ours en peluche passablement abîmé.
- Zélos…grand-frère c’est toi ? questionna-t-elle en se retournant.
L’Elu fut touché en plein cœur par ces derniers mots. Il s’attendait à un tout autre comportement, sachant qu’elle ne l’avait guère aimé.
- Oui, est-ce que tu vas bien petite sœur ?
- J’ai eu froid, avoua-t-elle, je me suis cachée avec les prêtres dans les sous-sols, à cause de la neige. Et Hiro a été blessé, car je l’avais oublié dans ma chambre.
Elle lui montra sa peluche. Zélos sourit, il s’approcha et lui tendit son paquet.
- Voilà qui pourra le remplacer avantageusement, assura-t-il.
- C’est…c’est pour moi ?
- Oui, joyeux noël…
Les main fébriles de Sélès déchirèrent le cadeau. Dévoilant une belle couverture chaude blanche, brodée de fleurs, et un ours en peluche tout neuf.
- Et dès demain, je te fais sortir de cette abbaye, tu rentreras à la maison…
- Merci Zélos, je ne pensais pas que tu ferais ça un jour…
- Hey, tu es ma petite sœur, et tu es sacrée ! s’exclama-t-il.
La petite rouquine se mit à rire.
- Hiro à une nouvelle figure, ria-t-elle en posant sa vieille peluche sur une chaise, et en serrant l’autre.
- J’étais inquiet pour toi, j’avais peur que toi aussi tu sois blessée, dit son frère.
- Je vais bien, mais j’ai froid, dit-elle en éternuant.
Voyant qu’elle grelottait, Zélos la prit contre lui et la serra dans ses bras.
- Il ne faut pas que tu tombes malade, aller va te coucher.
Sélès lui sourit à nouveau et alla se glisser dans son lit. L’Elu enleva l’ancienne couverture et mit la nouvelle.
- Tu restes avec moi ce soir ? interrogea-t-elle.
- Oui, bien sûr, je veux veiller à ce que tu dormes bien.
Zélos ranima le feu qui commençait à s’éteindre et souffla sur la bougie. Il était plus qu’heureux, tout se passait au-delà du mieux de ses attentes. Il pensait se faire à nouveau repousser, mais sa sœur, qui visiblement avait été affectée par l’ère glaciaire de Froz, l’avait accueilli à bras ouverts. Son frère devait lui manquer plus qu’elle ne voulait le faire croire. Zélos se pelotonna sous l’édredon avec sa sœur qui câlinait son nouvel Hiro.
- Bonne nuit grand-frère.
- Bonne nuit petite sœur. »
Le calme était retombé sur toute la planète, qui avait été si secouée ces derniers jours. Un calme qui touchait tout le monde…enfin presque, il semblerait que quelqu’un ne soit pas totalement en paix ce soir…
Yuan cligna des yeux. Où était-il ? Il connaissait bien cet endroit, sans pourtant y avoir mit les pieds. Il regarda autours de lui, il était dans un couloir entièrement fait de glace. Par la fenêtre, un paysage blanc s’étendait.
« Les fjords de Flanoir, reconnut-il aussitôt, mais alors je suis dans…
Son estomac se contracta violemment. Il marcha un peu le long du couloir, et l’horrible vérité surgit d’un seul coup : le château de Froz. Le silence fut soudain rompu par des cris, gémissements et pleurs. Une voix suppliante résonnait dans tout le couloir. Une voix… celle de… Il se mit à courir comme un fou dans le couloir, le cœur à cent à l’heure, des gouttes de sueur froide perlant sur son front. Le boyau lui parut interminable, quand enfin il déboucha dans une salle. Essoufflé, il vit quelqu’un dans la pièce…une jeune fille agenouillée, enchaînée et qui pleurait. Elle releva la tête vers l’arrivant…
- Kira !! ! s’écria-t-il.
- Yuan, je t’en prie, aide-moi, supplia-t-elle.
- Mais qu’est-ce que tu…
Un rire glacial retentit du fond de la pièce. La jeune fille pleura de plus belle. Un homme sortit de l’ombre.
- Haru ? Qu’est-ce que…bafouilla le chef des Renégats, comment est-ce possible !
- Je suis là pour accomplir ma vengeance, regarde bien !! vociféra-t-il.
Froz saisit Kira par la chaîne qui lui liait les poignets.
- Laisse-là !! ! ordonna Yuan, elle n’a rien à voir là-dedans !!
- Yuan…aide-moi, répéta la jeune fille.
- Oh si, au contraire, poursuivit l’homme à la hallebarde, elle est l’instrument de ta perte…si je la tue, tu n’es plus rien…
- Yuan….
Celui-ci ne savait plus quoi faire, il était incapable de faire le moindre mouvement. Son cœur cognait tellement fort, qu’il en avait mal à la poitrine.
- Haru, s’il te plaît laisse-là !! s’exclama l’ange, c’est moi que tu veux !!
- Oh non, ce serait beaucoup moins amusant de te tuer plutôt que de te voir souffrir, ricana Froz.
Il arma son gwandao au-dessus de la jeune fille qui pleurait encore.
- Yuan, sauve-moi, je t’en prie !!
- Haru non !! Ne fais pas ça !! ! supplia Yuan.
- Adieu…
Le demi-elfe de glace abattit son arme sur elle.
- Kiraaaaaaaaaaaaaaaaaa !! !!!!!!!!!!! hurla-t-il. »
Le nom avait résonné dans toute la chambre, l’homme se réveilla en sursaut. Il était en sueur, essoufflé et avait le teint très pâle.
« Kira…murmura-t-il.
Il regarda autour de lui, il était bien dans sa chambre de la base de Flanoir. Par la fenêtre, il pouvait voir le ciel étoilé entrecoupé de flocons de neige. Il s’assit sur le bord du lit et enfouit sa tête dans ses mains
- Oh, bon sang quel cauchemar…comment est-ce que je peux rêver d’une chose pareil…
Il releva la tête.
- Hum…cauchemar….. »
Il se leva, réajusta son pantalon qui lui servait d’unique vêtement, et sortit de sa chambre. Les couloirs étaient silencieux. Il traversa la base et, presque sans s’en rendre compte, il se retrouva devant la porte de la chambre de Kira. Il avala sa salive avec difficulté. Lorsqu’il était rentré, il n’avait pas voulu la déranger dans son sommeil, mais là…il ne pouvait plus attendre de la revoir… Il posa sa main sur la poignée de la porte et entra sans frapper. Il la vit… Kira était assise sur lit, et lisait à la lueur d’une chandelle. Qu’est-ce qu’elle était belle, se disait le Renégat. Elle portait une robe de nuit courte d’un bleu nuit, assortie à ses magnifiques cheveux qu’elle avait détachée. Elle releva la tête et fut très surprise.
« Yuan ? Mais qu’est-ce que tu fais là ? demanda –t-elle.
Son ami ne répondit rien. Voyant qu’il ne faisait pas bonne figure, elle referma son livre et le posa avec sa chandelle sur le guéridon. Puis elle se leva, alla fermer la porte et l’invita à s’asseoir. Yuan la suivit presque comme un automate…il était là, il ne pouvait plus reculer. Il s’assit sur le bord du lit à baldaquins, elle s’agenouilla sur le matelas à côté de lui et le regarda d’un drôle d’air.
- Hey, qu’est-ce qu’il se passe? Tu as fait un cauchemar ? interrogea-t-elle.
L’ange lui jeta un coup d’œil et rosit légèrement. Puis il acquiesça.
- Raconte, incita-t-elle.
- Hé bien…je rêvais… que nous étions tous les deux avec Haru…dans son château de glace, expliqua-t-il l’air hésitant, et il te tenait prisonnière et allait te…tuer sous mes yeux…
Un silence suivit ces paroles. Kira soupira et lui posa sa main sur son épaule. Le contact donna des frissons à Yuan sur toute l’échine.
- Haru n’est plus et moi je suis toujours là, rappela-t-elle en souriant.
Le Renégat baissa la tête. La jeune fille la releva presque instantanément.
- Et je ne partirai pas, assura-t-elle.
La demi-elfe fit glisser sa main qui tenait le menton de Yuan, sur la joue de celui-ci. Puis, elle continua son mouvement sur le front de son ami et descendit sa main sur ses lèvres, qu’elle entreprit de caresser. Yuan se laissa faire, fermant les yeux, respirant le parfum de la jeune femme. Soudain, elle secoua la tête, comme si elle sortait d’une sorte de transe.
- Je… je suis désolée…bredouilla-t-elle en retirant vivement sa main, je ne sais pas ce qui m’a pris.
Cette fois, l’ex-séraphins s’en empara et lui embrassa le creux de la paume.
- Non, ne t’éloigne pas… tu resteras toujours avec moi, n’est-ce pas ?
Il avait prononcé cette phrase en la regardant droit dans les yeux. La fille aux cheveux bleus déglutit avec difficulté. Elle ne pensait pas…. Que ça arriverai si vite… Pourtant, que ressentait-elle lorsqu’il était à ses côtés ? Qu’éprouvait-elle pour cet homme en face d’elle ? Etait-ce ce sentiment qu’elle avait tenté de refouler pendant longtemps, et qui, malgré elle, remontait à la surface et débordait. Son cœur était secoué…elle en était sûre…
- Je… je ne partirai jamais, sois-en sûr, dit-elle en se rapprochant de lui.
Elle en était sûre…elle l’aimait…elle l’aimait plus que tout. Elle adorait tout chez lui : sa voix, ses yeux, son corps, son caractère, sa posture, son ombre… Yuan tremblait légèrement, les sursauts de son cœur lui faisait presque mal.
- Non vraiment, c’est impossible…continua-t-elle en se rapprochant de plus en plus.
Il n’y avait à présent que très peu d’espace entre les deux amants. Plus rien ne comptait… ils n’étaient plus dans cette chambre, ni dans la base, ni sur Flanoir, ni sur Sylvaha’lla, ni même dans cet univers. Ils formaient à présent un petit monde à part, où ils en étaient les seuls maîtres et habitants.
- Je ne pourrai jamais m’en aller car, je t’aime beaucoup trop pour ça, avoua-t-elle.
Elle pencha la tête et l’embrassa. Une chaleur bienfaisante s’empara du jeune couple. Yuan avait tellement espéré ce moment, qu’il reçu les lèvres de sa bien-aimée avec tendresse et donna généreusement les siennes. Sa main droite se glissa à la taille de Kira, et l’autre vint s’emmêler dans sa chevelure abondante, la serrant contre lui. Ce baiser dura quelques minutes, mais elles parurent aussi longues que des existences angéliques ; quand Yuan détacha ses lèvres des siennes et colla son front contre celui de son amante.
- Je t’aime, souffla-t-il, je t’aime plus que ma vie. »
Il l’embrassa à nouveau, doucement au début, puis plus pressant ensuite. Dévorant chaque parcelle des lèvres de la jeune fille, comme si sa vie en dépendait, comme si elle était sa seule source de vie. Il la tenait enfin dans ses bras…celle qu’il aimait. Yuan caressait délicatement son dos, faisant tomber une à une, les bretelles de la robe de Kira. Puis il se pencha un peu en avant. N’offrant guère de résistance, elle bascula en arrière sur le lit. Tout en tombant, Yuan heurta le guéridon. La chandelle qui s’y trouvait, tomba, et la flamme s’éteignit au contact du sol.
