Special D. Drogba : Joueur de l´année ( 2/2) 08/06/2004
Deuxième et dernière partie de notre «Spécial Drogba». Au menu, la fin de l’interview de France Football et les trente-deux buts du canonnier réunis dans un clip vidéo de plus de sept minutes.
DROGBA : " SANS CESSE, IL FAUT INNOVER" ( deuxième partie)
France Football : Au niveau de la frappe, quelle est la surface de contact que tu préfères utiliser ?
Didier Drogba : C´est une zone qui part du coup de pied mais qui déborde un peu sur l´intérieur. ça donne une trajectoire un peu flottante au ballon. Si je suis bien équilibré et que le ballon part où je veux, je n´ai parfois même pas besoin de trop regarder car je sens que la balle ira au fond, à moins d´un exploit du gardien.
France Football : Existe-t-il des situations dans lesquelles tu te sens nettement moins à l´aise ?
Didier Drogba : Sur les ballons aériens, j´ai souvent des difficultés à enchaîner amorti de la poitrine-course en avant. A chaque fois que je me retrouve dans ces situations, je n´arrive jamais à en profiter. Je suis presque obligé de m´arrêter avant de repartir. Malheureusement, avec un match tous les trois jours cette saison, ce n´est pas toujours évident de trouver un moment pour corriger ses défauts et répéter les gestes. Il y a aussi le jeu dos au but. J´éprouve encore des difficultés dans cette position. Il faudrait que je gagne en aisance.
En écoutant beaucoup les conseils, ceux de mes entraîneurs mais surtout ceux de Dagui Bakari en sélection ivoirienne je peux encore progresser. C´est son registre à lui qui évolue souvent en pivot. Il m´a donc donné quelques trucs. Et surtout conseillé d´éviter de vouloir me retourner à chaque fois pour essayer de repartir car c´est trop difficile dans cette position. Mieux vaut remiser ou s´appuyer sur un partenaire, ne pas toujours foncer vers l´avant dans ces cas-là mais conserver le ballon pour trouver une situation ou une position plus avantageuses. Mais il existe de nombreux secteurs de jeu que je dois améliorer si je veux espérer un jour atteindre le très haut niveau. Pour l´instant, malgré mes énormes progrès, je suis encore très très loin de joueurs tels que Henry, Ronaldo ou Trezeguet. Je ne leur arrive toujours pas à la cheville.
France Football : Où se situe la réussite d´un bon jeu de tête ?
Didier Drogba : Dans le timing. Ça ne sert à rien de sauter très haut si tu retombes au moment de frapper le ballon. Certains joueurs maîtrisent ça à merveille, comme Pagis. Lui, il possède un jeu de tête génial. On le sent à l´aise dans les airs. Il est élégant, ne donne jamais l´impression de s´arracher. Moi, j´aime bien plonger et couper au premier poteau. C´est là où je me sens le plus à l´aise.
France Football : Dans quelle configuration tactique te sens-tu le plus à l´aise, seul en pointe ou accompagné d´un joueur ?
Didier Drogba : J´ai longtemps été habitué à évoluer en 4-4-2 au Mans, où j´étais associé à Stéphane Samson ou à Daniel Cousin. A Guingamp, c´était un peu différent puisque l´on était en 4-2-3-1. Ca fonctionnait plutôt bien un peu comme m’a fait jouer José à son arrivée. J´ai sans doute accompli mon meilleur mois à ce moment-là en marquant cinq fois de suite en Championnat J´apprécie ce genre d´organisation car ça me laisse des espaces. Mais comme j´ai remarqué que c´est dans ces schémas que je me créais le plus d´occasions, il doit bien y avoir un rapport.
France Football : Tes entraîneurs successifs louent ta lecture du jeu. Il s´agit selon toi d´un paramètre essentiel à maîtriser pour dominer encore mieux son sujet ?
Didier Drogba : Quand on ne peut pas faire la différence avec ses " cannes " , il faut aussi savoir se servir de sa tête. Lorsqu´il y a des temps morts dans une rencontre, je m´en sers pour aller discuter avec mes coéquipiers des éventuelles modifications à apporter sur le placement, les services ou les appels. C´est en côtoyant des techniciens comme Guy Lacombe ou Alain Perrin que j´ai appris à mieux visualiser le terrain.
France Football : Quel but aurais-tu rêvé de marquer ?
Didier Drogba : Sans hésiter, celui inscrit par Marco Van Basten en finale du Championnat d´Europe. Je rêve de claquer le même. J´essaie d´ailleurs de temps en temps cette reprise de volée en angle fermé à l´entraînement. Sauf que moi ce sera sans doute de l´autre côté car bizarrement je n´arrive pas à effectuer ce genre de reprise du droit, seulement du gauche. Je m´en contenterai...
France Football : Comment se faire oublier par les défenseurs lorsque on est l’un des meilleurs buteurs de L1 ?
Didier Drogba : Si tu te sens bien, tu sais que tu auras forcément des opportunités. Peu importe le défenseur à la limite. Je sais qu´en moyenne j´arrive à me créer quatre occasions par match. A moi de me montrer réaliste. C´est une lutte et un jeu permanents. C´est à celui qui craquera ou qui abandonnera le premier. Au moment où il croit que tu es cuit, tu surgis. C´est notamment ce qui s´est passé à Montpellier avec Djozic. Il a gagné tous ses duels pendant la première période. Mais là, il n´y avait rien de programmé car j´étais vraiment cuit. Il a sans doute pensé que j´étais résigné et j´en ai profité pour marquer en seconde mi-temps.
France Football : Quel type de rapports entretient-tu avec les défenseurs ?
Didier Drogba : Comme cela fait maintenant trois saisons que j´évolue en Ligue 1, je commence à connaître pratiquement tous les défenseurs. A partir de là, il y a beaucoup d´intox pour essayer de surprendre son vis à vis. C´est même souvent un jeu avec les défenseurs adverses. Je me souviens par exemple de Yepes qui est parvenu à couper toutes mes courses car il lisait parfaitement mes déplacements et mes appels. Lui, il est vraiment très fort. C´est d´ailleurs celui qui m´a posé le plus de problèmes cette saison car il est très intelligent. Mais j´aime ce genre de combat car il est loyal. J´aime sentir qu´il existe un rapport de force direct. Là, personne ne triche, c´est d´homme à homme. Malgré tout, j´essaie de ne pas tomber systématiquement dans ce genre de contact pour diversifier un peu. Je n´ai pas envie d´être catalogué comme simplement une brute qui détruit tout sur son passage. Je pense avoir aussi d´autres arguments comme la finesse. C´est ce qu´il y a de plus agréable et en plus c´est ce qui vient en premier chez moi. Dans le rapport de force, tu ne passes qu´une fois sur deux si tu n´es pas nettement au-dessus de ton vis à vis. Avec un drible ou une feinte, tu augmentes tes chances car il y a l´effet de surprise qui joue en ta faveur. Comme c´est toi qui décides, tu as un temps d´avance sur ton défenseur.
France Football : Quels sont les secrets pour effacer un défenseur ?
Didier Drogba : Je me base souvent sur les qualités de mes adversaires. Si je sais que j´ai en face de moi quelqu´un qui va vite, j´évite de le provoquer à la course et je me mets plutôt dans la zone d´un joueur plus lent. Un joueur comme " Boum " ( Boumsong) par exemple, je n´ai jamais réussi à le prendre de vitesse. A chaque fois que j´ai engagé un rapport de force et de vitesse avec lui, ça n´a jamais marché. Dans ces cas-là, on peut décrocher de façon à arriver lancé face à son adversaire et le prendre ainsi plus facilement en défaut.
Interview extraite du n°3026 de France Football
France Football : Est-il encore possible d´inventer des feintes ou des dribles ?
Didier Drogba : Bien sûr ! Il faut juste avoir le culot de le tenter en match. Mais quand on voit un mec comme Ronaldinho, ça donne envie d´oser. Lui, on a l´impression qu´il ne joue pas avec le même ballon que nous. On croirait presque que le sien est rond et lui colle aux pieds et que le nôtre est ovale et nous échappe un peu trop. C´est dingue ce qu´il arrive à faire. Et beau. A l´entraînement, j´essaie parfois des trucs, des petits gris-gris, rien de bien méchant, à base de râteau et d´enchaînement. Et quand je suis en confiance, eh bien je les reproduis en match.
France Football : As-tu noté une évolution au niveau du comportement des défenseurs à ton égard depuis cette saison ?
Didier Drogba : Ah oui alors ! ça n´a plus rien à voir. Je prends nettement plus de coups qu´avant. Si à Guingamp je terminais souvent les rencontres épuisé à cause de mes nombreuses courses, désormais je finis dans le même état mais souvent en raison de la répétition des coups. Généralement, c´est souvent au démarrage de mes actions que l´on me met en l´air. Ce n´est jamais trop méchant, mais ça suffit à couper ton élan. Mais je pars du principe que lorsque un défenseur agit comme ça, c´est qu´il se trouve en position de faiblesse et que je suis en train de prendre le dessus. Quant à l´intimidation, je n´ai jamais vraiment connu ça. Sauf en région parisienne lorsque je jouais chez les jeunes et que le terrain se trouvait entre quatre tours avec des mecs sur le bord du terrain qui tenaient des chiens prêts à bondir et qui te disaient " toi tu arrêtes de toucher le ballon sinon on les lâche ! " . A côté de ça, la Ligue 1 est finalement très gentille.
France Football : Toi qui passe ton temps à les martyriser, as-tu des copains gardiens de but ?
Didier Drogba : Ouais, Gérard Gnangnouan, que j´ai connu à Guingamp et qui est en sélection avec moi. C´est le seul qui supporte de me voir ( rires)... avec peut-être Ulrich Ramé car je n´ai jamais réussi à lui inscrire de but. A l´inverse, je crois qu´à chaque fois que j´ai joué face à Penneteau, j´ai marqué. Mais il n´y a là aucune explication.
Propos recueillis par Pascal Ferré ( France Football)