Sale gosse !
L’enfant terrible du football français fait encore parler de lui. Nicolas Anelka veut des excuses de la part de Jacques Santini. Un triste exemple pour l’ensemble de la communauté football où le respect des éducateurs est fondamental. Le gamin de Trappes s’illustre encore. Et pas face au but.
Par Fred Bailly.
" Qu´il s´agenouille devant moi, s´excuse d´abord et après je réfléchirai ! ". La phrase est lâchée dans les colonnes de Paris – Match. Pas de l’Equipe ou de France Football, de « Match », hebdomadaire populaire à sensation. Anelka parle bien sûr de Jacques Santini. L’attaquant avait refusé d’intégrer le groupe France, face à la Yougoslavie, en novembre dernier. Et aujourd’hui, l’ex joueur du PSG déballe et règle ses comptes. Même si la phrase, ponctuée d’un sourire – selon le journaliste qui a réalisé l’entrevue – est sortie d’un contexte général moins agressif, le joueur opte pour le style racaille.
" Je persiste à affirmer qu´on m´a manqué de respect ( ...). Le système m´écoeure ( ...). Ma décision de claquer la porte était mûrement réfléchie. Je n´ai pas besoin de l´équipe de France. Le travail accompli avec Manchester City me comble. Dans ma tête, j´ai déjà fait une croix sur l´Euro 2004. Mais comme je vous dis, je fais mon chemin sans l´équipe de France. Au fond, je remercie aussi son prédécesseur ( NDLR: Roger Lemerre) de ne pas m´avoir sélectionné pour le Mondial en Asie, vu la catastrophe qui s´est produite. J´ai au moins évité ça" explique celui qui se considère, du haut de ses six buts en 28 sélections nationales comme l’un des meilleurs attaquants au monde. " … Je me considère comme l´un des meilleurs attaquant au monde, le plus fort restant à mes yeux, et depuis longtemps, Ronaldo". Dont acte.
Rebelle et pas malin
Pourtant, Anelka, enfant des cités et particulièrement celle de Trappes où il se plaisait à déambuler en Ferrari, n’a pas l’étoffe de son copain Thierry Henry. Et l’on souhaite à beaucoup de connaître le parcours qu’il a eu. Formé au Paris SG dès 1995, à 16 ans, il restera au Camp des Loges deux saisons, ne disputant en tout et pour tout que 10 rencontres pour un but. Transféré ensuite à Arsenal notamment en raison des tensions qu’il entretient avec Luis Fernandez, Anelka remporte le titre de champion d’Angleterre en 2000 avec les Gunners. Il restera à Londres jusqu’en 1999. Il fêtera ses vingt ans à Madrid, après avoir brillé à Wembley le 11 février face à l’Angleterre. Les deux buts qu’il inscrit alors restent son plus gros coup d’éclat sportif. Des gros coups, Anelka les affectionne aussi dans un autre registre puisqu’il refuse, en mars 2000, de s’entraîner deux jours avec le Real Madrid. Sanctionné immédiatement de quarante jours de suspension de salaire et de terrain, le joueur joue la carte du scandale. Ses excuses ne changeront rien.
Parfois belliqueux, toujours rebelle, Anelka cultive l’art du clash et de la provocation. L’épisode castillan terminé, il retourne deux ans à Paris avant de rejoindre Liverpool une saison où son rendement de quatre buts en vingt matches n’est pas du goût des fans des Reds. La saison dernière, il rejoint Manchester. Le « petit » Manchester, pas United. Avec City, il plante 15 buts en 38 rencontres, et réalise une bonne saison. Toujours titulaire, Kevin Keegan ne tarit pas d’éloges sur son joueur et visiblement, tout laissait à penser que le sale gosse semblait s’assagir. Si les tabloids britanniques ne rapportent plus ses frasques et l’entente avec le coach semble accomplie, Anelka vient de franchir un nouveau palier avec cette déclaration fracassante. Même le sulfureux Cantona, écarté des Bleus par Aimé Jacquet pour des « raisons sportives » avait eu l’intelligence de son humilité et de sa discrétion.
Le précédent créé par Anelka n’est qu’un triste exemple donné aux gamins qui vont taper la balle en club. Et si leur éducateur ne les fait pas jouer, ils trouveront grâce à Nico, une pathétique repartie de circonstance.