Une nouvelle fiction, dans le bon vieux genre du fantastique. Elle n'est pas encore terminée, mais elle devrait être composée de cinq arcs, chacun de cinq chapitres, et d'un épilogue à part.
Ce topic sera sans doute extrêmement brouillon (enfin plus que d'habitude), vous aurez sans doute droit à un rythme de parution peu élevé (j'essaierai de fournir au moins un message par semaine, mais c'est pas assuré), à des remodelages de parties, voir de chapitres,...
Mais l'important, c'est que c'est ton avis, à toi, magnifique lecteur, qui compte. Dis-moi ce que tu aimes, dis-moi ce que tu détestes, fais-moi rêver avec tes commentaires
.
Bref, le premier chapitre, qui fait moins de deux pages:
Arc Premier : Incontrôlable
Chapitre premier : La fin et le commencement.
Il y a certaines choses qui peuvent être qualifiées d’incontrôlables. Une balle filant vers votre gorge par exemple.
Je m’effondre dans une giclée vermeille. Mon corps décrit une ridicule pirouette, comme un pantin désarticulé. Il s’écrase en un claquement sur le sol de marbre. Souffrance.
Je relève la tête et, dans un gargouillis ensanglanté, j’appelle :
« Zoriak ? »
Zoriak ne répond pas. Zoriak est comme une balle : il est incontrôlable.
Pourtant, il est le seul en qui je peux avoir confiance. Il sait que je peux l’aider, je sais qu’il peut m’aider. Lorsque l’on baigne dans son propre sang, on a besoin.
Je l’entends. Son petit rire suraigu me glace.
« Qui aurait cru que ça se passerait ainsi ?
- C…C’est la fin ? »
Je me rappelle le jour de notre rencontre.
Je venais de rentrer chez moi. J’allai dans ma chambre. Je me jetai dans mon lit. Je pensai.
C’était la merveilleuse époque de mes dix-sept ans, où personne ne savait qui j’étais, où personne ne connaissait Dante et Darwin, où personne n’était encore mort pour étancher ma soif de pouvoir.
Zoriak était là, assis sur mon bureau. Et c'est ce jour là que tout s'est joué.
« La fin ? J’aimerais, j’aimerais. Mais tu as transgressé la première règle. Je ne peux pas te laisser mourir si facilement. »
Je crache un peu de sang, qui s’ajoute à la flaque déjà formée.
Et c’est à cet instant que je pense que tout ceci est plus ou moins lié à une autre prise d’otages, il y a environ un an.
Un hamburger est un savant mélange de pain, de viande, de fromage, de légumes, et d’anti-vomitif. Ce simili de nourriture à dix dollars contribue à une alimentation équilibrée à moindre prix. Il peut également servir de décorations pour les murs de votre fast-food préféré, au cas où un preneur d’otage aussi incontrôlable que Zoriak ferait son apparition.
Armé d’un colt 45, le scélérat susnommé tira d’abord en l’air, afin de s’assurer l’attention de la populace, et beugla des ordres. Tous au fond, assis, laissez votre argent et vos bijoux sur la table. J’obéis. Je vais m’asseoir. J’attends.
Je suis calme. Il ne faut pas paniquer. Fais ce qu’on te dit, et tout ira bien.
Je suis apeuré. Je ne dois pas. Si je reste passif, il ne m’arrivera rien.
Je suis en colère. Je maudis l’impuissance de ma situation.
Calme, peur, et colère, une somme, un résultat : la haine.
Je me tourne vers cet homme encagoulé. Je m’interroge sur ses motivations, sur sa vie, sur ses pensées…
Je veux le comprendre. Je veux savoir comment on peut en arriver là.
Il m’a vu. Je détourne les yeux. Trop tard. Cris apeurés. Vociférations.
Il me frappe du pied. Sa botte ornée de métal m’arrache une dent et un crachat de sang qui s’en va entacher le mur. Art abstrait. Impuissance. Haine. Inconscience.
« Est-ce que vous m’entendez, monsieur ? »
Je suis assis. Le regard vide, la bouche entrouverte et les réflexes amoindris par l’anesthésiant .
Je l’entends.
« Comment vous appelez-vous ? »
Alexandre.
Je reprends connaissance. Je suis dans une ambulance. On me soigne. J’ai mal à la tête.
« Qu’est-ce… qu’il s’est passé ?
- Vous avez été blessé au front. »
Je regarde dans la vitre affublée du logo médical classique, et j’aperçois cette blessure : une longue estafilade passant entre les deux sourcils, garnies de sutures bleues.
Je rentre chez moi, monte dans ma chambre, m’allonge sur mon lit, pense.
En allumant la télévision, j’apprends qu’un hold-up dans un fast-food, où les clients n’ont, heureusement, subi aucune violence, a eu lieu, plus tôt dans l’après-midi, et que le voleur est toujours en fuite, avec son butin.
J’éteins et me remets à penser. Je plonge dans un sommeil songeur. Ni pleinement conscient, ni pleinement inconscient. Perdu dans un univers de fiction et de réalité, je dérive.
Un grognement inhumain me tire de ce rêve. Je me redresse sur mon lit, dans l’obscurité complète de la nuit, et tends l’oreille. Un petit rire effrayant s’élève, ténu. Lentement, le cœur affolé, je cherche l’interrupteur de l’applique murale. J’appuie.
Et ce fut ainsi que se passa ma première rencontre avec Zoriak : moi, le front brûlant, allongé sur mon lit, lui, ricanant sans joie, assis sur mon bureau.
![]()
==Signature==
J'ai essayé de me suicider en sautant du haut de mon égo... J'ai toujours pas atterri.
Plutôt intéressant et bien construit. Tu postes quand la suite ?
Merci de ta lecture. La suite mercredi, normalement.
==Signature==
J'ai essayé de me suicider en sautant du haut de mon égo... J'ai toujours pas atterri.
Désolé du retard, voilà la suite:
Chapitre deuxième : Illusion et réalité.
Une illusion : ce voile qui s’étend sur ma vision.
Une réalité : cette balle qui m’a transpercé la gorge et sectionné l’artère.
Une réalité au goût d’illusion : Zoriak, assis sur mon bureau, balançant ses petites jambes d’avant en arrière. Aussi réel que moi.
« Bonsoir. »
Sous son aspect terrifiant, il cachait une voix limpide et harmonieuse, bien qu’effroyablement aigue.
Zoriak n’avait absolument rien d’humain : haut d’une trentaine de centimètre, vert comme un lézard et le torse recouvert de poils blancs, il ressemblait vaguement à une de ces peluches que les enfants ont pour faire paraître les plus belles encore plus merveilleuses.
« Surpris ? »
Une anesthésie trop forte pouvait-elle entraîné ce genre d’hallucination ?
« M’eeenteeennds-tu ? »
Ce qui entretenait davantage cette impression d’illusion était sans doute sa tête, plus que son corps qui semblait si frêle. Triangulaire et disproportionnée, elle s’étirait étrangement en avant, grâce à son imposant menton, et son nez crochu. Ses deux grandes oreilles pointues étaient presque aussi longues que ses cornes brunes et striées (dont une cassée aujourd’hui), le tout formant une monstruosité plus hideuse que le reste.
« Q…Qui êtes-vous ?
- Zoriak. Enchanté de te rencontrer, Alexandre. »
Ce filet de sueur froide qui coule le long de votre dos, ce bouchon de salive coincé dans votre gorge, ce reflet de votre regard apeuré dans ces yeux jaunes et globuleux,…
« As-tu peur ?
- La raison voudrait que je rejette ce que je vois… »
Ce cœur qui danse dans votre cage thoracique, cette respiration qui cherche une bouffée d’oxygène, ces picotements dans vos membres,…
« Qu’est-ce que vous êtes? »
Cette délivrance, dans votre esprit, d’avoir poser cette question qui vous brûlait les lèvres.
Et maintenant, la réponse.
« Je suis un envoyé de Dieu. Je suis un démon. »
Je m’étais levé sans m’apercevoir. A mon approche, Zoriak rétracta ses jambes, prêt à bondir. Il m’évoquait vaguement un gros crapaud repoussant. Son regard vide se posa sur moi.
« Je suis venu t’offrir un pouvoir incommensurable. »
A cet instant, la pièce se mit étrangement à tourner, et le sol à tanguer. Je m’effondrai sur mon lit en poussant un gémissement. L’œil gauche de Zoriak s’agrandit, le droit se rétrécit, dans une mimique d’étonnement.
« Que t’arrive-t-il ? »
Une migraine m’assaillit aussitôt. Je plaquais mes mains sur mon crâne, en priant pour la fin de cette souffrance lancinante. Je serrai les dents, tellement fort que leur grincement me vrilla les tympans. Mon crâne, prêt à exploser, était brûlant, comme les flammes de l’enfer.
Ce supplice, incontrôlable comme un preneur d’otages, s’accentua encore. Zoriak prit enfin conscience de ma torture, et eut un petit rire amusé.
« Tu dois vraiment être quelqu’un de spécial. » Dit-il d’une voix distante.
Tout s’arrêta. Mon tourment se stoppa, et je savais que c’était par l’action de cet être informe devant moi.
« Je disais donc : Je suis venu t’offrir un pouvoir incommensurable.
- Qu’est-ce… que c’était ?
- Rien. Enfin, rien d’important. Acceptes-tu mon offre ? »
Je pris un temps de pause, afin de reprendre mon souffle balayé par ma géhenne.
« Vous avez dit être… un démon ?
- Tutoies-moi. Je hais ces civilités. Et oui, je suis un démon… un diablotin pour être exacte. »
Un long moment de silence passa, jusqu’au moment où il s’exclama :
« Oh ! Il y avait une question implicite ?
- Oui.
- Voyons voyons. Je te dirai simplement que nous, les démons, sommes des êtres hautement supérieurs à vous, les humains. Nous sommes parmi vous, nous vous suivons, nous veillons à ce que vous agissiez selon nos désirs. En de rares occasions, nous décidons de venir jusqu’à vous pour vous proposer ce genre de pacte. »
Il dut lire mon incrédulité sur mon visage, puisqu’il rajouta :
« Tu ne me crois pas ? Ou plus exactement, tu ne me crois pas réel ? »
Il ferma les yeux, se concentra.
Un battement de paupière, et la ville s’étendit à mes pieds.
Nous nous trouvions en haut d’un immeuble, Zoriak et moi. En dessous, les lumières, les routes, les voitures, et les millions de tonnes de béton qui forment notre société, s’offraient à nous. Une magnifique nuit.
« Bon, parlons peu, mais parlons bien. » Entonna le diablotin. « Soit je suis une illusion et tu ne te trouves pas vraiment en haut de cet immeuble, soit je suis réel et tu ne vas pas apprécier ce que je vais faire. »
Je ressentis une poussée, et basculai en avant.
Le vent surpuissant sur votre visage, vos yeux qui se plissent contre ce froid soudain, vos membres qui s’agitent en tout sens, le bitume qui se rapproche,… détails extérieurs résultant sur les détails intérieurs : l’impossibilité de respirer, la panique et la peur de la mort croissantes, vos organes qui se contractent,…
Lorsque vous chutez, votre vitesse de descente est de dix mètres par seconde carrée, sans prendre en compte la résistance de l’air. Ainsi, en quelques instants, vous devenez une sorte de poids morts : vous ne pouvez ni parler, ni respirer. De plus, les quelques gestes que vous pouvez faire sont limités à ce que l’on peut appeler le « minimum syndicale ». La force nécessaire pour remuer les bras peut être multipliée par plusieurs dizaines, en fonction des cas de chute. Tout ça pour vous faire comprendre le caractère particulier de cette chute, incontrôlable comme un supplice.
L’atterrissage fut moins violent que ce que je pensais. Je heurtai le sol, mais très mollement, au lieu d’éclater en une pluie d’organes divers, comme je m’y attendais. Je gémis, et, en me relevant, je passai une main sur la route : elle n’était pas faite de bitume, mais de lino. Et je m’aperçus que j’étais dans ma chambre, Zoriak me regardant toujours du haut de mon bureau :
« Une illusion très réaliste n’est-ce pas ? »
Je me rassis sur mon lit, et toussotai.
« Revenons à nos affaires, si tu le veux bien. Mon offre est très simple : je te propose de devenir un démoniste, et de t’élever au-dessus de la masse des humains normaux par tes aptitudes.
- En quoi est-ce que ça consiste ? » Demandais-je en me passant une main sous le nez : du sang en coulait.
« Comme vous êtes faibles… » Marmonna le diablotin à mi-voix, plus pour lui-même, avant de revenir au sujet principal : « Il y a divers avantages qui devraient te plaire. Ils plaisent toujours aux humains. Je ne veux pas entrer dans les détails techniques, mais disons seulement que tu seras supérieur en tout point à tous les autres, que ce soit en force, en agilité, ou en intelligence.
- Pourquoi… est-ce que tu viens me faire cette proposition ?
- Erh… Très bonne question. »
Il semblait vaguement mal à l’aise, comme si je m’attaquais à un sujet épineux.
« Comprends ceci : si je dois absolument tout te dire sur nos motivations et nos intentions, il faut que tu acceptes. »
Je me plongeai dans le mutisme. Finalement, ma curiosité l’emporta sur ma prudence, et je déclarai :
« D’accord, j’accepte.
- Parfait. »
Et d’un coup, sans que je comprenne comment, ni pourquoi, je revis distinctement le visage de ce preneur d’otage, et je sombrai dans un profond sommeil.
==Signature==
J'ai essayé de me suicider en sautant du haut de mon égo... J'ai toujours pas atterri.
ha ha j'ai l'image en tête du démon qui s'assoie tranquillement dans son fauteuil, se grillant une blonde et philosophant gaiement avec un mec qu'il a presque tué de ses mains il y a à peine une quinzaine de lignes.
Jolie métaphore qu'est celle du hamburgeur au chapitre 1, sourire en coin et pouce-en-l'air-atoiresque soutien de ma part tu as. (avoue que cette phrase n'en n'était pas vraiment une
)
La lecture est facile, le style fluide, quelques fautes d'orthographe à réviser peut-être, mais rien de bien méchant.
La suiiiiiiiiite!
(parti hurler avec les loups)
B'soar!
Merci beaucoup de ta lecture Charly ![]()
==Signature==
J'ai essayé de me suicider en sautant du haut de mon égo... J'ai toujours pas atterri.
Comme je suis pas très doué pour faire de grands commentaires je vais aller à l'essentiel : Je trouve l'histoire très intéressante et le texte vraiment bien écrit.
J'attends la suite ![]()
Merci de vos lectures ^^
Le type de narrateur à la Jack de Fight Club ne me semble pas convenir pour ma part. Je le trouve trop passif au début du film pour être un bon exemple.
Bref, la suite (qui est bof, il ne se passe rien, mais c'est juste pour faire avancer l'histoire)
Chapitre 3 : Ellipses.
Ce sont ces moments que l’on ne vous montre pas. Ces moments où l’on sait ce qu’il s’est passé, mais qu’on ne vous révèle pas, car ils sont sans importance. Est-il vraiment nécessaire de savoir quelle bêtise l’acteur Y aura roucoulé à l’actrice X pour qu’ils finissent ensemble à la fin du film ?
De la même façon, est-il nécessaire de connaître chaque étape de mon raisonnement qui m’a permis, en à peine deux heures, de retrouver le preneur d’otage de cet après-midi, de le défenestrer du haut de son appartement minable du vingt-deuxième étage de l’immonde immense immeuble, et de retourner dormir du sommeil du juste ?
Prendre une vie tient en quelques lignes, en quelques pensées. Aujourd’hui, c’est la mienne qui est prise. Tant mieux.
Cette nuit-là, j’étais un héros intemporel et seul juge. Le matin suivant, j’étais redevenu cet étudiant de dix-sept ans. Juché sur mon siège, j’écoutais à peine la voix monocorde de mon professeur, qui tentait vainement de nous faire comprendre ce qu’était le cyclotron.
J’ai menti. En fait, cette nuit-là, je n’avais pas dormi. J’avais essayé de reconstituer ce qui se cachait derrière cette ellipse. Mes souvenirs s’étaient embrouillés, pour ne laisser qu’une pelote de mystères dont j’étais incapable d’extraire la vérité.
Tous les détails me revenaient d’un bloc, puis ils disparaissaient avant que je ne puisse me saisir d’un. J’avais fouillé dans mes souvenirs, et je m’étais rappelé certaines odeurs, certaines marques spécifiques,… Ces petits éléments qui font l’originalité de chaque lieu. De la marque de curry de votre voisin pakistanais à la petite pellicule de votre vendeur d’alcool juif, ces choses que l’on ne remarque pas directement, mais qu’on finit par analyser avec une circonspection inhabituelle lorsque l’on vous pousse à le faire.
« Comment as-tu trouvé où j’habitais ?
- J’ai suivi les signes. »
Il était salement amoché. La lèvre en sang, un œil clos violet, le nez tordu,…
« Qu’est-ce qui s’est passé ? »
Il ne répondit pas : il empestait l’alcool par tous les pores de sa peau. Un tube d’aspirine vide gisait quelques mètres plus loin, sur une tache encore brune de la moquette désormais verte. Ce n’était peut-être pas le cocktail le plus approprié lorsqu’on saignait autant.
« Comment êtes-vous entré chez moi ?
- Je ne sais pas. Vous avez dû m’ouvrir.
- Vraiment ? Je n’en ai pas le souvenir. »
Horrible impression de déjà-vu. Je l’ai saisi, violemment. Et je l’ai lancé vers la fenêtre, violemment.
« Ca va ? »
Je m’extirpai de mes souvenirs, et constatai que tout le monde rangeait ses affaires, ramassait ses cahiers et livres. La sonnerie avait sonné sans que je m’en aperçoive.
« Oui, oui. Juste un peu fatigué. » Répondis-je en imitant mes camarades.
Elle me sourit, puis se joignit à la masse qui sortait en ce moment même.
Une fois hors de l’amphithéâtre, Elle réapparut, et se plaça à côté de moi.
« Tu as compris ce qu’il vient de nous expliquer ?
- Comme l’année dernière : pas du tout. »
J’avais été recalé l’année dernière sur le cyclotron. Et cette nouvelle année ne me permettrait sans doute pas d’apprendre de mes erreurs.
« Comme on a pas cours cet aprèms, on pourrait aller faire les boutiques ensemble, non ? »
Je m’arrêtai devant mon casier, entrai le code à trois chiffres, et y déposai mes livres.
« Ouais, ça fait longtemps qu’on a plus parlé. »
Laissez-moi ouvrir une parenthèse à propos d’Elle. Si vous ne voulez pas, vous n’êtes pas libre d’arrêter de m’écouter.
Affublée d’un nom aux origines douteuses, Elle ne connut jamais la joie prolongée qu’éprouve tout enfant au contact régulier d’une relation stable provoqué par un sentiment quelconque en rapport avec un objet ou un être. De son jouet piano qu’elle cassa en trébuchant dessus à l’âge de trois ans au poussin qui ne s’envola pas lorsqu’elle le lâcha du deuxième étage de sa maison à l’âge de six, sa maladresse se chargea de briser tout lien affectif d’origine matériel. Peut-être serait-on en droit de penser que cette grande fille aux cheveux mi-châtains mi-blonds serait plus habile lorsqu’elle arriverait à l’adolescence ?
L’environnement dans lequel grandit un individu conditionne sa façon de penser une fois adulte. Dans le cas d’Elle, sa forte personnalité fut étouffée par une absence totale d’attention. Comme il fallait s’y attendre, elle parvint toutefois à l’exorciser son malaise via diverses formes d’expression : dessin, peinture, écriture, musique… Son esprit se fit toutefois la promesse de n’être jamais oublié. Elle entra donc dans la puberté à sa façon : hauts bariolés de petites têtes de mort, jeans déchirés, pendentif en forme de guitare, et joli minois, elle devint vite la vedette de nombreux archétypes d’étudiants. Coqueluche pourtant adulée, elle se sentait seule. Une solitude qui découlait du fait qu’elle se trouvait trop mêlée à la masse populaire inintéressante, aux êtres « communs », qu’aucun n’était capable de saisir l’entièreté de son esprit. Et puis un nom, auréolé de mérite : Alexandre.
« Tu es Alexandre ?
- Oui. »
Un instant de silence.
« Je ne t’avais jamais vu auparavant.
- Je n’ai pas l’habitude de sortir avec des gens des autres écoles. En fait, je n’ai pas l’habitude de sortir tout court. »
Mais qu’est-ce que je faisais dans cette soirée justement ?
« Tu es une année au-dessus de moi… Mais… tu as un an en moins que moi. »
Elle l’avait dit très lentement, comme une réalité difficile à avouer.
Depuis, nous étions presque toujours ensemble. Nous suivions les mêmes cours, nous mangions au même endroit. C’était plus que de l’amitié à proprement parlé : ce contact nous était bénéfique dans le sens que l’un permettait à l’autre de trouver ce qu’il cherchait chez les gens. Je ne pense pas que l’on pouvait appeler ça de l’amour, nous n’avons jamais cherché à aller plus loin. Mais peut-être que c’est justement ça, l’amour.
Cette parenthèse aurait pu être une ellipse. Mais je pense qu’elle est importante. Ou pas. Mes pensées s’embrouillent, combien de litres de sang ai-je perdu ? Et le preneur d’otage, en a-t-il perdu lorsqu’il s’est écrasé comme une crêpe qu’on retourne sur le bitume ?
Un grondement en provenance de la rue en contrebas m’interpella. J’avançai jusqu’à une des nombreuses fenêtres du couloir et je vis passer un convoi militaire : plusieurs camions pleins à craquer de jeunes soldats.
« Qu’est-ce qu’il se passe ? »
Elle s’approcha, regarda avec une forme de dégoûts dans ses yeux gris-clair, et dit :
« Hier, ils ont annoncé aux infos que la criminalité avait atteint un seuil record dans la ville.
- Alors ils ont envoyé l’armée pour assainir la situation dans les quartiers préoccupants ? »
Elle opina. Nous restâmes quelques instants à regarder la rue déserte. Puis je lançai :
« Bon, on va les faire, ces boutiques ? »
Up
Lfr ^^
C'est pas mal du tout.
Il y a juste des phrases un peu bizares ^^ :
" De la même façon, est-il nécessaire de connaître chaque étape de mon raisonnement qui m’a permis, en à peine deux heures, de retrouver le preneur d’otage de cet après-midi, de le défenestrer du haut de son appartement minable du vingt-deuxième étage de l’immonde immense immeuble, et de retourner dormir du sommeil du juste ? "
J'ai trouvé que y avait beaucoup de mots dans une seule phrase. Je sais pas comment dire mais j'ai trouvé que ça allait pas.
" Il ne répondit pas : il empestait l’alcool par tous les pores de sa peau. "
Je ne pense pas qu'il était nécessaire de rajouter " de sa peau ", car les pores font partis de la peau. C'est un peu comme si on disait : " Je marche avec pieds " ^^
" Je m’extirpai de mes souvenirs, et constatai que tout le monde rangeait ses affaires, ramassait ses cahiers et livres. "
Je pense que " ramassait ses cahier et ses livres " pourrait être enlevé.
Sinon ça va, c'est bien écrit, y a du bon potentiel, et tout ça et tout ça.
Je lirai la suite.
Bonne continuation.
Franchement j'aime bien (encore un comalacon).
Juste un truc: je sais qu'il ne faut pas préférer la quantité à la qualité, mais tu publie peu et lentement... Après c'est toi l'écrivain, n'empêche qu'un chapitre en deux mois... ^^
Merci de vos lectures ^^
Pour le rythme de parution, je fais ce que je peux, mais bon, les études c'est mal, tout le monde le sait :'(
Bah sinon, John, pour la phrase " Il ne répondit pas : il empestait l’alcool par tous les pores de sa peau. " Le côté pseudo-allitération des P en fin de phrase donne un certain rythme. Après, c'est peut-être moi qui me fait des idées aussi. Mais bon, je prends note de la remarque et la range soigneusement en bas de page ^^.
Et maintenant... La suiiiite:
Chapitre 4 : Changement.
Un café avec un nuage de lait et une coupe de glace vanille. Ce que nous prenions toujours lorsque nous nous arrêtions à la terrasse intérieure de ce restaurant du centre commercial. Un endroit où on avait une vue sur les escalators, les diverses boutiques de vêtements ou d’accessoires en tout genre, et, en haut, surplombant les quatre étages de dévotion au capitalisme et de culte à la consommation, le toit en verre filtrant une légère lumière automnale. Le carrelage bleuté du centre faisait subitement place à du bois, légèrement sombre, et à la forêt de chaises et de tables, modérément occupée par des jeunes profitant d’une pause dans leur cours – ou non, les étudiants étant connus pour leur horaire flexible à leur volonté.
Elle parlait, comme à l’accoutumée, de ses envies de liberté que je connaissais presque par cœur : Son projet de voyage en Europe, pour parfaire ses connaissances linguistiques, son désir d’apprendre à jouer de la guitare électrique, qu’elle avait contemplée pendant vingt minutes dans une boutique au nom obscur, sa passion pour Nirvana et Kurt Cobain,…
Les baffles du restaurant se mirent à cracher « Smells Like Teen Spirit »…
Je me sentais étrangement distant ce jour-là. Les banalités triviales de son quotidien me semblaient dénuées d’intérêt. J’essayais de répondre via des locutions polies et faussement intéressées, honteux de ne pas trouver de meilleure répartie. Elle dut le remarquer, puisque qu’elle finit par se taire en me souriant, gentiment.
« Tu m’as toujours pas dit…
- De quoi ? »
Elle pointa mon visage avec son index.
« Quoi, j’ai de la chantilly sur le nez ? »
Elle rit légèrement, en découvrant ses dents d’un blanc immaculé.
« Non, je parle de ton bandage. »
Je levai la main et touchai le carré de tissu blanc sur mon front. J’avais oublié.
« Je me suis cogné contre une table chez moi, pas de quoi en faire un plat.
- Vraiment ? »
Il restait encore une trace de son rire, au moment où elle prenait sa tasse et avalait une lapée de café.
« Tu mens ; je t’ai vu au infos. »
Ma cuillère tinta contre le verre de ma coupe.
« Et tu n’en menais pas large lors de ton interview…
- J’ai été interviewé moi ?
- Quel effet ça fait de devenir un héros ?
- Un héros ? »
Tout se passa très vite : un instant auparavant je ne savais pas de quoi elle me parlait, le moment d’après, tout était clair. La magie de l’ellipse. Je plaquai mes mains contre mes tempes, au moment où la douleur et un flot de souvenirs incontrôlable comme une chute libre du haut d’un immeuble apparaissaient dans ma tête.
Le preneur d’otage me frappe du pied. Sa botte ornée de métal m’arrache une dent et un crachat de sang qui s’en va entacher le mur. Art abstrait. Impuissance. Haine. Inconscience.
Conscience. Je me relève, détourne l’arme d’une manchette. Elle tombe en produisant un lourd clac-clac presque humoristique. Ma haine croise sa surprise. Au premier qui réagira.
C’est moi. Mon poing frappe, puissant, plus que jamais. Son nez se brise, il n’a pas le temps de souffrir, un autre coup l’atteint. Fureur, bestialité, brutalité, tout se mêle, choc après choc. On n’entend plus que le bruit de la chair contre la chair, des os qui grincent. Je ne me contrôle plus. Haine. Ou plus ?
Il tombe à terre. Je n’ai pas fini. Je m’accroupis pour continuer mon massacre. Il se saisit d’un couteau, frappe au hasard. M’érafle entre les deux yeux. Inconscience.
Je fuis la caméra. Je ne veux pas la regarder en face. Je me contente de répéter : « J’ai fait ce que j’avais à faire. »
J’entendis à peine Elle quand elle me demanda si ça allait.
« Oui, oui, je dois juste… »
Elle se retourna soudainement : une poubelle de l’autre côté du hall venait de s’écrouler en produisant un fracas métallique.
« … je dois juste aller aux toilettes une minute. »
Le battant battit l’air encombrée d’odeurs de chlore et de produits d’entretien. Je fis bien attention de laisser la porte ouverte un instant, avant de pénétrer dans cette espace d’intimité définitivement trop bleu. Toilettes océan, carrelage saphir, papier peint azur, avec de petites volutes plus claires pour donner une impression nuageuse,… Et le détail magique : le caillou de désinfection dans l’urinoir rappelant le bleu sombre des couchers de soleil hivernaux… Et estivaux, en fait.
Je m’arrêtai devant le miroir, posai mes mains sur le rebord du lavabo –bleu- et regardai vers le sol.
« J’ai senti que tu étais là avant de te voir. »
Zoriak apparut presque immédiatement, tenant à la main le butin volé aux poubelles : un emballage d’hamburger encore gras. Il mordit dans le papier plastique, imita le mâchonnement grossier des humains, et avala.
« Votre nourriture est vraiment surprenante… Mauvaise, mais surprenante. »
Je le regardai jeter son trésor dans la poubelle associée aux morceaux de scotex.
Il sauta sur le lavabo, fit couler un peu d’eau pour se laver les mains. Ce geste anodin prenait une dimension à la fois effrayante et amusante une fois exécuté par le diablotin.
« Alors, tu t’amuses bien avec tes nouveaux pouvoirs ?
- Où étais-tu passé ?
- Je m’occupais… d’une autre mission. »
Je faillis lui demander de quelle mission il s’agissait, mais décidai que ce n’était pas important.
« J’ai besoin… d’explications à propos de ce qui se passe.
- Déjà ? Tu ne préférerais pas attendre ?
- Attendre quoi ? »
Zoriak ne répondit pas, ses yeux jaunes et inexpressifs me fixant. Seul un sourire s’élargissant –s’enlaidissant- trahit ses pensées.
« C’est plus rapide. Te sens-tu différent ? Ressens-tu la différence ?
- De quoi tu parles ?
- Le pacte qui unit le démon à l’humain, le démoniste, transforme celui-ci. Tu vas changer. Tu as changé.
- Je n’ai pas changé. »
Je fis un léger geste de la main pour renforcer mon opinion. Le visage du démon devint encore plus repoussant.
« Tu montres encore des signes d’humanité. C’est normal, ça ne fait pas très longtemps que tu es un démoniste. Mais ne ressens-tu pas une forme de lassitude ? N’en as-tu pas assez du quotidien que tu connais ? »
Un ange passa, le démon le laissa faire.
« C’est vrai… que certaines choses… me semblent plus futiles aujourd’hui. Mais c’est sans importance. Parle-moi des ellipses. Dis-moi pourquoi je ne me rappelle pas de ce qui s’est passé. »
Sans transition, le visage du diablotin devint surprise, son œil droit s’agrandissant dans une mimique d’incrédulité, de doute, et de toute la suspicion qui s’en suit.
« Des ellipses, de quelle sorte ?
- J’oublie certains événements, certains sentiments, et quand j’essaie de me souvenir… c’est comme si j’essayais de retenir de l’eau dans mes mains. »
Un voile tomba sur Zoriak, comme s’il était perdu dans ses pensées. Puis il se reprit.
« Je creuserai ça. Ne t’en fais pas. Par contre, il va falloir qu’on parle sérieusement de tes nouvelles… responsabilités.
- Responsabilités ? »
Ses oreilles fines et pointues se dressèrent, répondant sans doute à un signal inaudible pour les humains.
« Plus tard. »
Et il s’effaça.
Je poussai un soupir, puis me décidai à retourner parler à Elle.
Je up. C'est mal. Ne le faites pas chez vous.
Bon allez, je boucle l'arc premier. Goooo!
Chapitre 5: Sympathy for the devil.
Il était neuf heure lorsque je rentrai chez moi. Dehors, la nuit étendait lentement ses griffes sur la ville, drapée de nuages noirs et menaçants. Une ambiance qui s’accordait parfaitement aux révélations qu’on s’apprêtait à me faire.
Je m’allongeai sur mon lit, sans prendre le temps de le défaire. Je laissai vaquer mon esprit, à des rêves qui me parurent insignifiants, mais agréables. Sans doute ce à quoi rêvent toutes les personnes qui n’ont pas rencontré de démon un soir…
Puis l’allégresse dans laquelle j’étais plongé depuis l’après-midi se dissipa. Un poids tomba sur mon cœur, entravant ma respiration, et ma tête devint plus lourde. Je crus retomber dans une autre ellipse, avant que je ne comprenne que ce n’était pas moi mais la pièce qui changeait. Les ténèbres s’épaissirent, et de l’intérieur même de l’obscurité, je sentis un regard se poser sur moi.
« Alors c’est toi. »
La voix grave et résonnante, presque métallique, me fit frémir, et je sentis mes poils se hérisser sur mon dos.
« Dis-moi… »
Je me levai, à la recherche de celui qui me parlait. Dehors, un nuage cacha la lune.
Il jaillit du mur, se précipita sur moi, s’arrêta à quelques centimètres de mon visage, là où les rubis qui lui servait d’yeux épouvantaient le plus.
« …es-tu effrayé ? »
Je reculai, me pris les pieds dans mon lit, et basculai par-dessus. Je me relevai le plus rapidement possible, tentant de mettre le plus de distance possible entre lui et moi.
« Qui êtes-vous ? »
Ba’grond. Je le sus avant même qu’il ne le prononce.
« Enchanté de te rencontrer, Alexandre. »
Cette discussion avait un horrible goût de déjà-vu.
« Vous êtes… tu es un démon ? »
Redressé, il devait sans doute dépasser les deux mètres. Mais sa physiologie semblait s’être adapter à être trapue, comme quelqu’un attendant son heure dans les ténèbres. Son corps ne semblait ni solide, ni gazeux, il était plutôt constitué d’une forme sombre transitoire entre les deux, et se confondait avec l’obscurité alentour. Son buste était aussi large que lui était haut, et ses deux immenses bras se terminant par des griffes sombres, garnies de deux bracelets où des joyaux brillaient comme mille feux, même sans lumière, tombaient presque au sol. Il n’avait pas de jambes, ou quoi que ce soit qui puisse le maintenir. Son bas n’était qu’un mince fil qui s’amenuisait pour disparaître dans le plancher et les nuages qu’il dégageait.
Ses yeux, dans lesquels couvait la haine comme les flammes couvent dans les forêts, illuminaient sa tête, très petite, posée sur un cou tendu en avant, comme si la créature était bossue.
« Où est Zoriak ?
- En chemin. Le passage entre les deux mondes n’est pas facile. Même pour les diablotins.»
Je fus sur le point de lui demander de quel passage il parlait, avant de réaliser que je ne savais rien des démons, ni d’où il vivait.
« Qu’est-ce que tu me veux ?
- Les choses… doivent s’accélérer. »
Sa voix me donnait l’impression d’être toujours à court de souffle. Mon cœur battait de plus en plus fort et de plus en plus difficilement.
« Je vais l’attendre avec toi. Il ne sera plus très long. »
Un silence de mort s’établit. J’étais toujours tendu comme une corde de guitare, et lui me fixait, sa lueur sanglante braquée sur moi.
Finalement, je sentis l’air autour de moi s’alléger, et tournai la tête vers mon bureau, au moment où une terrible odeur de souffre envahissait ma chambre.
« Pouah, alors où en étions-nous ? »
L’affreux sourire de Zoriak s’effaça pour faire à nouveau place à cette mimique de surprise.
« Ba’grond. Ça faisait longtemps.
- En effet. »
L’atmosphère se fit encore plus pesante.
« Zoriak, qu’est-ce que tu voulais me dire ? »
J’avais pris le parti d’ignorer le nouveau démon. Le diablotin fit de même avec moi.
« Il n’est pas encore prêt pour un génie du vide.
- Pas le temps. Le bateleur est… là. » La voix s’amenuisait, comme si cela lui coûtait de parler.
Je n’y comprenais rien, mais Zoriak émit un cri aigu et bondit sur mon lit, pour se rapprocher de Ba’grond.
« Combien de temps ?
- Ca dépend de Lui. Fais en sorte qu’il soit prêt. »
Après avoir prononcé ces paroles, le nouveau démon disparut, et l’air redevint respirable. Le nuage qui voilait la lune disparut.
« Je n’apprécie pas d’être traité de cette façon.
- Habitue-y toi, certains d’entre nous ne seront pas aussi sympathique que Ba’grond. »
Ma panique ne s’était pas encore dissipée que Zoriak l’avivait à nouveau.
« Le bateleur, qui est-ce ? »
Pour toute réponse, le diablotin retourna sur mon bureau.
« Chaque chose en son temps. Pour l’heure, tu dois payer.
-P…Payer ?
- Tu ne pensais tout de même pas que tu pourrais bénéficier des pouvoirs des démons sans rien avoir à nous donner en contrepartie. »
La colère m’envahit.
« Quels pouvoirs ?! Pour l’instant, ça ne m’a rien attiré d’autres que des problèmes !
- Mais ils sont là. Tu ne les maîtrises pas encore, mais ils attendent que ta volonté les fasse se libérer. »
J’en restai bouche bée : il demeurait calme et froid.
« Quel est le prix ? Et pourquoi ne pas me l’avoir dit avant que je n’accepte ? »
Il croisa ses bras ténus, prenant patience.
« Vous, les humains, êtes tous pareil. Quand vous ne me chassez pas, vous voulez que je fasse de vous des héros. Je ne compte plus le nombre de personnes qui ont passé le pacte sans demander comment. Et quand je leur annonce le prix, c’est toujours la même chose : « Pourquoi pas avant ? ». Et bien c’est simple : vous êtes trop bon. De tous les êtres de toute la Création, vous êtes les seuls qui privilégient votre précieuse société à votre survie. Et pourtant, vous êtes les premiers à la bafouer.
« Tu veux savoir pourquoi pas avant ? Parce que vous êtes trop lâche. Trop lâche pour avouer que tuer quelqu’un serait trop difficile. »
Je mis un instant pour comprendre.
« Que… Tuer quelqu’un ? Zoriak, je ne dois pas…
- Si. Chaque semaine, tu devras tuer un humain. Et si tu ne le fais pas… »
Il eut un petit rire exempt de joie.
« Un humain… n’importe lequel ?
- En fait, nous avons une prédilection pour les adolescents dépressifs. La noirceur de leur âme leur donne un petit goût sucré.
- Que… Vous… mangez les âmes ?
- Bien sûr. »
Il me regarda comme si cette idée n’était absolument pas effroyable, mais parfaitement normal.
« Il n’y a rien de… choquant à ça. Vous êtes là pour ça.
« Tu ne t’es jamais demandé comment, ou pourquoi ? Comment et pourquoi les humains vivent ? Et ben maintenant tu connais la réponse.
- C’est impossible. »
Imaginez vos idéaux. Et piétinez-les.
« Tout remonte à quelques millions d’années, selon le calendrier humain. Nous-mêmes, les démons, ne savons pas comment c’est arriver. Mais c’est arrivé, c’est un fait : nous nous sommes installé sur cette planète. Certains disent que nous venions du cosmos distordu sur un grand rocher de flammes, mais peu y croit. Quoiqu’il en soit, nous avons trouvé ici une source de nourriture qui nous semblait inépuisable. Grâce à nos pouvoirs ancestraux, nous extirpions l’âme des créatures avec lesquels nous cohabitions, en prenant toujours plus pour satisfaire notre faim inextinguible. Et puis nous avons trouvé une race d’êtres nous ressemblant. Les humains. Leur âme avait un goût tel que toutes les autres nous parussent alors dépourvues de saveur, fade, infâme comme la terre.
- Es-tu en train de me dire que je ne suis pour toi que de la nourriture sur patte ? Et quand je ne remettrai pas les âmes de mes victimes, qu’est-ce que tu feras, tu me boufferas comme les autres ?
- Ne pense pas être le plus civilisé de nous deux. Tu es peut-être moins bestial que tes ancêtres de l’époque l’étaient, mais ça n’empêche pas que nous sommes moins prompts à nous entretuer que certains d’entre vous.
- Et si vous êtes tellement supérieurs, pourquoi ne pas faire votre sale travail vous-même ?
- J’y viens.
« Nous avions noté que votre espèce était séparée en deux races distinctes, que vous nommez maintenant Neandertal et Homo Sapiens. Notre propre culture nous avait toujours enseigné de consommer sans tenter d’économiser quoi que ce soit. Le résultat, tu le connais : de deux races, vous êtes passée à une. Notre faim avait suffit à exterminer plus de la moitié de votre espèce. Notre Maître a donc pris des mesures. Nous nous sommes exilés de notre propre patrie, et de loin, nous avons veillé à la sûreté et à la prolifération de vos bâtards, nous avons garanti votre croissance. Tout au long de ces dizaines de milliers d’années, nous attendions, vivions de nos frêles réserves. Et puis, le Maître a instauré le système de la démonologie. Dont tu seras un des maillons essentiels.
- Alors, si je comprends bien, nous sommes des sortes d’épis de blé.
- Non. Les humains sont des épis, toi tu es le moissonneur. »
Il tenta de me gratifier de ce qui devait être un sourire rassurant. Insuffisant, ma sympathie naissante pour le diablotin venait de mourir.
C'est bon, je peux balancer une suite par-dessus, ou pas?
J'imagine que c'est non. :x
J'ai lu et je trouve ça toujours intéressant et bien écrit.
J'ai pas cherché les fautes, mais je n'en ai pas reperé en lisant.
Je lirai la suite.
J'ai lu les deux premières parties pour l'instant, c'est plutôt sympa, ça fait un peu penser à du Chuck Palahniuk, en moins fouillé ptête, mais ça reste assez rigolo, quoi que ptête pas toujours tout à fait naturel.
Un truc que j'avais pas saisi au début, j'ai du y revenir par la suite :
"au cas où un preneur d’otage aussi incontrôlable que Zoriak ferait son apparition.
Armé d’un colt 45, le scélérat susnommé tira d’abord en l’air, "
Le "susnommé" laisse à penser qu'il s'agit de Zoriak, or visiblement ce n'est pas Zoriak qui effectue la prise d'otage... Ca m'a gêné pendant la lecture...
Sinon, je tiens à préciser qu'une vitesse ne s'exprime pas en mètres par seconde carrée, mais en mètres par seconde, et que les 10 mètres par seconde carrée, c'est l'accélération de pesanteur, par lesquels il faut multiplier la masse du corps en chute libre pour avoir une approximation (supérieure) de la vitesse maximale de chute.
Merci de vos lectures ^^
Pour ce qui est de Palaniuk, bah, c'est totalement fortuit comme ressemblance puisque la seule chose que je connais de lui c'est l'adaptation cinématographique de Fight Club.
Correction faite pour la vitesse de chute, en me demandant comment j'ai pu balancer une telle ânerie Oo enfni bref, merci ^^
Bon, allez, l'arc deux qui commence, let's gooo!
Arc 2 : Rêve.
Chapitre 1 : Darwin.
On rêve. On rêve de gloire, d’espoir, d’amour, de feux, de mort…On rêve de changement. Et puis ça arrive ; le rêve devient réalité. Et là…le cauchemar peut commencer.
La détonation faillit m’arracher un cri. Je me retins, juste pour étendre mon supplice, que ma peur de le voir mourir nourrissait. Plongée dans le noir, comme un condamné à mort, je tremblais. Et puis, après un moment qui me parut interminable, j’entendis sa voix, autrefois si douce et pleine d’une charmante mélancolie, aujourd’hui rauque et brûlée par le feu de sa propre haine : « Zoriak ? ».
« Alex ! Alexandre ! »
J’attendis sa réponse, j’espérais qu’il entendit encore ma voix. Alexandre, réponds-moi, je t’en supplie.
« C’est la fin ? »
Il ne m’entendait plus. Ou alors il m’ignorait. Je l’avais peut-être mérité.
Mon bandeau sombre s’humidifia, puis une longue et lente larme chaude s’étendit sur ma joue. Mon rêve était en train de mourir, et je ne pouvais même pas le contempler.
Et puis je me souviens. Je me souviens du premier jour où j’ai vu… Darwin.
« On approche de la 75th. Tu tiens le coup, Elle ?
- Bien sûr. La 75th c’est là où se trouve le musée des arts modernes ?
- Non, ça c’est dans la 53rd, ici, c’est le musée Whitney. » Répondit son collègue.
J’affichai un léger sourire. Être à l’arrière d’une voiture de police, parler tranquillement de tout et de rien avec des gens qui vous ont arrêté, c’est un privilège dont tout le monde ne peut pas jouir.
« Ah, ça n’arrêtera donc jamais ce soir ! » S’écria celui qui conduisait, Sanders, un officier à la mine revêche et peu souriant. Filiforme et constamment en rogne, il était d’avis de tout de suite m’emmener au poste, et l’aurait sans doute fait si M. Dirpe ne l’avait pas informé de qui avait été mon père.
La radio continua son crachement ininterrompu de code policier ésotérique. Le gyrophare s’alluma d’une seule pression, projetant ses lumières bleues et rouges, qui se mêlèrent au ton jaunâtre des lampadaires de la ville. Tout ça réfléchit par les vitres et les voitures briquées, dans un arc-en-ciel tricolore où se mêlèrent la beauté et la joie. Comme si un peintre avait fait tombé sa palette sur cette ville de sombre désespoir.
« Mon Dieu ! » S’écria Sanders en freinant un grand coup et en levant la tête.
Je fis de même, en me penchant un peu plus pour être sûr de l’apercevoir.
Je fis plus que cela. Dés que j’aperçus son corps, qui s’arrêtait dans les airs, défaisait toutes ses attaches avec le monde tangible, et se laissait porter par le vent, à peine conscient de sa chute, je fus sous le charme. J’essayais de me représenter ce qu’il devait ressentir, et quelque chose me disait que ça ne devait pas être loin de ce que les anges éprouvent, lorsqu’ils déploient leurs ailes immaculées et se laissent porter par les cieux.
Son manteau noire à capuchon, rabattu sur son visage, ne tremblait même pas lors de cet arrêt du temps. Gelé dans les airs, son corps exécutait une lente acrobatie, et je sentais sa sérénité m’envahir. C’était beaucoup plus qu’une joie intense, ou une sensation complète de liberté… ça allait au-delà de ça, ça ne pouvait même pas s’exprimer par des morts…
Puis la magie se brisa : il tendit la main vers un immeuble, et une de ces longues chaînes sombres apparut, jaillissant on ne sait comment de sa main, prenant prise sur les toits, et le portant loin de ma vue. Il s’éleva dans les airs, dans les étoiles, jusqu’à ne plus devenir qu’une vague ombre à peine mouvante.
« Ah l’enfoiré, il nous nargue !
- Il est… magnifique. »
Sanders pesta encore plus, et je suis persuadée qu’il m’aurait giflée si Dirpe n’avait pas été là.
« Evite de complimenter les criminels dans son genre, s’il te plaît.
- Je sais que la police a l’ordre de l’arrêter, mais c’est…
- Tu dis un « Héros », tu t’en prends une.
- Sanders, un peu de calme. Ecoute, c’est peut-être quelqu’un de bien, enfin, qui ne pense pas à mal, mais il fait du mal.
- Il arrête des criminels, qu’est-ce que ça peut faire ?
- Il en tue aussi, ce fils de…
- Certains policiers aussi. »
Sanders donna un grand coup sur le tableau de bord.
« Tu nous compares à cette pourriture ?!
- Je pense que cette conversation devrait s’arrêter. »
Dirpe conclut ainsi. L’ambiance, sur la fin du trajet, était électrique. Je fulminais contre Sanders d’avoir ainsi insulter ce nouveau héros, et lui devait m’en vouloir de l’admirer.
Nous arrivâmes à destination, et je sortis du véhicule.
« Passe le bonjour à ton père. » Me lança Dirpe alors que je m’éloignais. « Et tiens-toi à carreau. »
Je me glissai dans la maison, sans bruit, et montai directement dans ma chambre.
C’était un peu une sorte de débarras informe, où traînaient encore divers coussins aux couleurs guimauves et criardes, rejet de ma période pré-pubère, où, d’après Alexandre, j’étais encore une fille bien.
Les murs, qui avaient été d’un papier peint aux couleurs pastel, se cachaient derrière d’innombrables posters, comme un enfant qui joue à cache-cache. De temps en temps, ils reparaissaient, faisaient un clin d’œil, s’en allaient à nouveau pour revenir me narguer avec toute la force de leurs singuliers tons, et, avant que mon regard n’ait pu capter l’endroit d’où ils émergeaient, ils disparaissaient derrière les arbres, les posters. La chambre semblait vivante de ces teintes sombres et lumineuses qui se mêlaient, comme dans une forêt en été. Sur ce point, la jungle urbaine n’est peut-être pas si différente de celle rurale. Du moins du point de vue des peintres.
Mais, entre toutes ces preuves de passions télévisuelles, musicales, et littéraires, il y avait une piste. Elle se faufilait, s’amenuisait, était invisible pour les yeux non-initiés. Quelque chose sur le chemin, comme disait Cobain, faisait penser qu’on ne pouvait comprendre si on n’avait pas vécu ces dix dernières années dans le plus profond dégoût de soi-même. Là, un résultat d’une dissertation, avec un petit post-it sur la note, pas très mirobolante pourtant : « J’ai battu Alex ! », ici des photos : chaque fois moi et Alex, à la terrasse d’un café, son éternel glace vanille noyée dans un océan de chocolat fondu, à une soirée où il avait enfilé d’énormes lunettes de soleil d’une façon comique, ou écroulés sur un comptoir après s’être ruinés en Bloody Mary. Et puis, la piste s’arrêtait, nette. Elle reprenait plus loin, à sa dernière étape. Sur le miroir. L’ultime photo d’Alexandre, concentré, les yeux fermés, allongé dans l’herbe et dans le rayon chaud d’un samedi estival. Simplement endormi ou plongé dans la plus profonde réflexion, je ne savais pas, mais c’était la seule photo où il avait l’air vraiment heureux. C’était aussi la seule photo où je n’apparaissais pas, mais le miroir comblait mon absence à chaque fois que j’entrais dans la pièce.
Il y avait aussi l’autre : collé juste en dessous de l’image paisible, un article, court, le genre qu’on retrouve dans les faits divers. Le sujet : Darwin.
Mes yeux s’attardèrent sur lui, et les mots que j’avais fluotés : « homme encapuchonné, en haut de l’immeuble, annonce une nouvelle ère, criminalité en baisse. » Et une invitation à consulter le site Internet du journal, afin de voir la vidéo de la scène décrite dans l’article.
J’étais là lorsque ça s’était passé. Je m’en souviens aussi. C’était deux semaines après le retrait de l’armée de la ville.
« Je m’appelle Darwin. »
Je relevai la tête, comme tout le monde sur la place. Je le vis, comme tout le monde sur la place.
Grand, encapuchonné, silhouette noire qui se détache dans les ombres du crépuscule.
« Certains d’entre vous me connaissent peut-être déjà, je les ai sauvés, je leur ai apporté de l’aide quand ils en avaient besoin. »
Il parlait, tout simplement, immobile, juste son long manteau claquant dans le vent. La voix qui nous parvenait semblait jaillir du profond de nous-mêmes, mais elle était apaisante comme le bruit d’une vague sur la plage.
« Vous l’avez sans doute remarqué, mais votre ville est plus calme. Autrefois, où la haine et la criminalité se tenaient, un espoir nouveau est né. J’en suis la cause. J’ai dû faire des choses dont je ne suis pas fier pour y arriver. Mais je les ai faites dans l’optique d’un monde meilleur, car j’y étais contraint. »
Quelque chose remua en moi. Je ne le savais pas encore, mais les graines d’une admiration sans borne venaient de se planter dans mon cœur.
« Aujourd’hui, une ère nouvelle va débuter. Cette ville sera le théâtre d’une lutte sans précédent, qui la laissera sans doute brisée. Si je vous l’annonce, c’est pour que vous compreniez que tout ce que vous avez connu va bientôt disparaître, mais que je ferai tout ce qui est dans mon pouvoir pour vous protéger. »
Je décollai mon regard de cet homme, vertueux et magnifique. Je vis quelqu’un qui tenait un portable, filmant cet illuminé comme on capture une scène d’Happy-Slaping, les yeux pleins d’incrédulité et de condescendance. « Qui était donc ce fou qui se croyait être le nouveau messie ? ». Darwin dut comprendre les réactions d’en bas, et agit pour rendre la vue à ces saint-thomas.
Il bondit du toit, gracieux, à la surprise de tous. Il parut planer, comme l’ange qu’il était, puis jeta une autre de ces chaînes vers un appui. Il se balança, disparut dans les cieux, à sa si belle manière, pleine d’une séraphine attitude.
En quelques instants, Darwin s’était fait un nom, qui se propagea comme une traînée de poudre. Parfois, on ne le nommait pas, comme si on n’osait pas, comme si il s’agissait plus d’une sorte de conscience instable qu’une vraie personne. Au fur et à mesure des jours, les théories sur sa personnalité se développaient. Au final, certains conclurent qu’il s’agissait d’une créature angélique déchue, apportant rédemption et calamité sur la race humaine. La police n’en tenait apparemment pas compte, et avait pris la décision de mettre la vague de meurtres de criminels notoires sur son dos. Depuis, c’était une sorte de jeu malsain qui s’était instauré entre les deux entités, Darwin se faisant toujours voir sur les lieux d’un crime qu’il avait empêché, avant d’échapper aux autorités en cabriolant dans les cieux.
Que ce soit son attitude dégagée, ses idéaux dans l’air du temps, où simplement sa pseudo-identité divine qui me touchait, Darwin prit une place importante dans ma vie. Il était devenu la deuxième raison qui me poussait à me lever, à me coiffer, à me maquiller… La première, c’était Alexandre.