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Super Démo

Zangetsu05
Zangetsu05
Niveau 10
25 juin 2008 à 13:57:45

Petite question : c'est abandonné ?

Moicesmoi
Moicesmoi
Niveau 10
26 juin 2008 à 18:25:29

Pas du tout, c'est juste que j'essaie de ne pas surcharger d'éventuels lecteurs. Et que au bout d'un moment, la flême de up. ^^

Zangetsu05
Zangetsu05
Niveau 10
26 juin 2008 à 19:30:15

Ok. Donc j'essaie de lire ça aujourd'hui.

Zangetsu05
Zangetsu05
Niveau 10
27 juin 2008 à 13:11:59

Bon, j'ai lu les deux premiers chapitres.

Je trouve que l'histoire, bien que le thème ait été maintes fois abordé, est très bien traitée. La focalisation est elle aussi très bien choisie : on saisit bien la psychologie d'Alexandre, bien que j'espère que cette dernière sera plus développé dans la suite. Le personnage de Zoriak est mystérieux à souhait, comme j'ai rarement vu cela sur ce forum, donc encore un point positif. Et puis je m'en fais une image très précise (son physique, sa voix...), donc l'immersion est quasi-totale.

Quelques fautes d'orthographe viennent entacher le tout, même si elles sont en nombre assez peu important pour que ça gêne vraiment. Ce sont surtout des fautes d'inattention, donc essaie de te relire plus attentivement. Aussi, j'espère que le personnage principal sera décrit physiquement dans la suite de l'histoire parce que là, je réussis pas à me le représenter.

Bon, c'est tout pour l'instant. Très prometteur, à la hauteur de mes espérances :ok:

Je lis la suite plus tard dans la journée^^

Moicesmoi
Moicesmoi
Niveau 10
29 juin 2008 à 00:17:43

Merci beaucoup de ta lecture et de ton commentaire :)

D'ailleurs, ça me permet de balancer la suite (oui enfin). Donc voila:

Chapitre 2 : Celui qui n’avait pas de coeur.

Les jeunes se couchent de plus en plus tard. C’est à se demander quand ils prennent le temps de récupérer ces heures perdues.
Pour ma part, je choisissais toujours le samedi. Pas de cours, on récupère de la semaine pour aborder un dur week-end de travail scolaire, tout en pensant au lundi, qui arrive toujours trop vite.
Dieu était contre moi cette semaine-ci : il m’envoya sa désapprobation sous forme d’un appel passé sur mon portable, toujours doté de son éternel humour. Même à moitié endormi, je voyais la marque de l’ironie divine d’être réveillée par Nirvana et son Lithium.
« Allô ? Mmmm… »
D’ordinaire, je l’aurais sans doute pris, mimé de le jeter contre le mur, avant de l’éteindre. Mais là c’était différent : c’était Alexandre qui appelait.
Il m’exposa la situation dans laquelle il se trouvait. Je lui dis que j’arrivais.

Alexandre, c’était un peu la nouvelle bague que vous aviez au doigt et que vous ne pouviez vous empêcher de triturer. La comparaison avec un objet n’est peut-être pas très reluisante, mais c’est la triste vérité. Avec moi, il fut d’abord froid comme du métal, cynique comme un chien, et puis, à mesure que l’anneau s’adaptait à mon doigt, que je m’habituai à lui, il devint un prolongement de moi-même. Je ne sais pas ce qui me surprenait le plus chez lui, son complet détachement du monde extérieur, sa façon bien à lui de refouler toutes émotions pour faire place à celles des autres, son oreille tendue à tous les problèmes que l’on rencontrait, ou simplement son allure, triste, mélancolique, pleine d’une beauté cachée. Peut-être était-ce ce doux mélange exotique qui m’attirait chez lui. Il était devenu une sorte de leitmotiv de ma vie d’étudiante, donnant de sa saveur à tout ce que je vivais sans lui. C’était un esprit qui revenait me hanter, en prenant un malin plaisir à choisir le moment le plus inconfortable. Je me demandais souvent quand il avait commencé cette vie, quand sa personnalité et son apparence s’étaient modifiés pour donner cet aspect austère qui faisait fuir les regards.
Sans doute ce triste matin gris et froid d’octobre, où les larmes du ciel dégoulinaient des parapluies, où ses oreilles s’étaient faites trop sourdes aux cornemuses. Là, petit enfant de six ans, drapé de noir, les cheveux proprement rabattu sur son crâne tremblant, il attendait que le déluge tourbillonnant dans son âme s’arrête… ou du moins disparaisse là où il ne pourrait plus l’entendre mugir.
Par la suite, il n’avait pas beaucoup vu sa mère, plongé dans une sorte de transe littéraire : les unes après les autres, ils s’étaient mis à dévorer des étagères entières de livres, peut-être en n’en comprenant pas toute la portée philosophique de certains. Ca me mettait un peu mal à l’aise de penser à lui ainsi, reclus chez lui, même enfant, mais je me dis que moi-même je n’étais pas particulièrement expressive à cette époque.
A l’âge de neuf ans, ses résultats scolaires frôlant le ridicule zéro, sa maîtresse de classe commanda une batterie de test à faire subir au cancre. Elle s’attendait qu’ils fassent ressortir qu’Alexandre n’était pas à sa place dans la prestigieuse école privée pour jeunes gentlemen de Nouvelle-Angleterre où il suivait ses cours. Ses craintes furent confirmées dans un sens, mais pas dans le bon. Ce fut cette année qu’Alexandre passait du statut de « cancre » à celui de « génie ». Ce changement d’épithète modifia sa vie, mais pas sa méthode de travail. Il sauta deux classes, sans que cela paraisse faire quelque chose à ses résultats se traînant lamentablement au sol.
Puis arrivée dans le second cycle, où ils remontèrent au sommet. C’était la période de sa vie qu’il aimait le moins partagé, et je me doutai que c’était également celle qui était à l’origine de son repli sur lui-même et sur son manque de confiance en lui.
« Tu vois un gamin de dix ans se ramener en classe, timide et avec les meilleurs résultats, tu fais quoi ? » J’avais été surprise par son ton, plus agressif que d’habitude.
« Je ne t’ai rien fait.
- Mais tu l’aurais fait… Et tu l’as certainement fait à quelqu’un.
- Oui. Mais je ne pense pas que ce soit si grave… »
Je me sentais honteuse, comme si le poids de mes actions passées m’avait rattrapée.
« Ouais, c’est ce qu’on se dit tous. Mais ça blesse, plus qu’on ne le pense. Les gens ont plus tendance à se moquer qu’à tendre une main.
- Plus enclin à t’appeler morveux qu’à te tendre un kleenex, c’est ça ? »
Nous sourîmes doucement de cette référence télévisuelle.
Finalement, il avait réussi à passer, pour arriver à sa première année d’université. Première première année.
Il était constamment éloigné des autres. Il ne s’ouvrait jamais. Et j’avais toujours peur de découvrir où sa gentille mélancolie pourrait le mener.

L’herbe était toujours plus verte dans cette partie de la ville, les immeubles plus rares également. Je poussai la grille déjà entrouverte et me dirigeai vers la petite butte où j’apercevais déjà la silhouette d’Alexandre. Il était assis en tailleur, fixant un point, au hasard.
Je n’étais qu’à un pas de lui qu’il voulut s’expliquer :
« Je suis passé devant. Et j’ai voulu venir ici. Ca fait longtemps que je ne suis pas venu ici. »
Je m’accroupis à côté de lui, tout en faisant attention à ce que mon jeans ne touche pas l’herbe.
« Tu veux qu’on parle de… ce qui ne va pas ? »
Je me rendis compte à quel point il semblait épuisé, ses cernes étaient devenus d’un noir complet, alors qu’auparavant ils étaient à peine plus prononcés que les miens. Ses cheveux semblaient plus ébouriffés, plus sombres aussi, et il était d’une pâleur cadavérique. Son corps était parcouru de petits tremblements hystériques, qui traduisaient une faiblesse se propageant en lui, et il semblait beaucoup plus maigre qu’auparavant, sa peau tirée sur ses os.
« Alex, qu’est-ce qui t’arrive ?
- Ca doit être le fait d’être ici… Les mauvais souvenirs refont surface. »
Ses yeux fixèrent la pierre tombale de son père, et je sentis monter en lui une envie de se frapper lui-même.
« On s’en va. »
Il se leva, péniblement, et j’aperçus à ce moment, sur sa main, la marque d’une brûlure récente.
« Qu’est-ce que…
- C’est rien, trois fois rien… »
Il se mit en route, vers le portail, en évitant de me regarder.
« Pourquoi est-ce que tu m’as demandée de venir ?
- Si tu n’en as pas envie, tu n’es pas obligé de rester.
- Non, c’est pas ça, j’aimerais juste comprendre… ce que tu attends de moi. »
Il eut un petit sourire entendu, comme si quelqu’un venait de lui dire quelque chose de drôle.
« Ne t’en fais pas, j’avais juste besoin d’aide dans ce moment de faiblesse, et tu es la seule qui pouvait m’aider.
- Tu n’as pas… d’autres amis avec qui partager ça ?
- Je ne suis pas du genre à partager… Et pour mes autres amis… ils ne sont pas du genre… à pouvoir comprendre.
- Tu ne penses pas qu’il serait temps de tourner la page ? »
Il ne répondit pas, s’arrêta au niveau de la grande chapelle qui se trouvait à côté de la barrière. Il jeta un regard à l’intérieur, et une bride de frayeur passa dans ses yeux noirs.
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
Mon portable sonna à ce moment, m’indiquant que j’avais un nouveau message.
« Oh, mon copain qui m’attend chez moi. »
Alexandre se tourna vers moi.
« Vas-y alors.
- Tu es sûr ?
- Oui, je suis désolé de t’avoir fait venir pour si peu, mais c’est vraiment important pour moi.
- Pas de problème, appelle-moi si jamais tu as encore besoin de moi. »
Je m’en allai, et lui adressai un petit sourire une fois à la grille. Il me le rendit, mais je le sentis crispé. Sans doute avait-il déjà entrevu sa rencontre prochaine avec la mort.

Negatum
Negatum
Niveau 10
30 juin 2008 à 15:45:24

J'ai lu la premiére partie:

Au niveau du style... ce serai un nouveau, je le dirai bon, mais vu que je suis difficile avec ceux qui ont de l'expérience, je dirais m'ouais. Disons que c'est fluide, mais parfois, tu va beaucoup trop vite, c'est beaucoup trop flou... Je suis okay pour le mystére, mais le premier chapitre, par exemple, il est très dur à suivre, même si c'est certainement voulu, et très dur à finir aussi :p) Le coté "éloigné, distancié" qui rapproche encore plus Alexandre d'un gars comme Yagami Raito de Death Note (j'y reviendrai, mais j'imagine que ça a du t'influencer), est pas mal fait, mais parfois, notemment dans tes mises en situation, le délire sur l'incontrolable, tout ça, là, le manque de longueur et la rapidité de l'action pêche, car ça t'empêche un peu de faire de véritables effets de style réussi. En revanche, tes vérités générales, que tu nous balancais déja lors de l'avénement d'Abanfir, passent beaaaucoup mieux. Bref, c'est bon, mais c'est inachev, et je suis sur que tu pourrais faire un truc fantastique.

POur le scénar, ben...on sent carrément l'influence de Death Note (la vision d'un monde violent et repressif, le pacte avec le démon), même si le personnage principal parait moins glacial et cruel (pour l'instant?). A ce niveau-là, donc, je trouve surtout interessant le monde que tu nous décrit, avec l'armée envoye dans la ville, interessant tout ça... L'histoire avec Elle est pas mal, aussi.
Je suis plus suspicieux envers les démons... Je trouve Zoriak assez bateau pour l'instant, trop rapide, encore une fois, je trouve les dialogues mal fait, c'est peut-être pour ça que j'ai du mal à adhérer. Et tu présente trop de concept à la fois, si bien que j'ai un peu de mal à suivre la totalité de ce qui est raconté... M'enfin, j'espére que tout ceci s'clairera.

Bon texte, je lirais la suite :-)

Zangetsu05
Zangetsu05
Niveau 10
02 juillet 2008 à 02:45:32

J'ai tout lu !
Et je suis plutôt satisfait. Mes attentes sont comblées, le récit est toujours aussi captivant, et je réussis mieux à cerner le personnage principal.
Bah voilà quoi, j'ai beaucoup aimé, j'attends la suite, blabla blabla...

:ok:

Zangetsu05
Zangetsu05
Niveau 10
17 juillet 2008 à 00:16:56

Je profite que tu sois sur le fofo pour te signifier présentement mon envie que tu te grouilles le popotin et que tu pondes la suite.

4fin bon, je dis ça, je dis rien...

Moicesmoi
Moicesmoi
Niveau 10
17 juillet 2008 à 00:37:00

Une petite suite alors, une plus longue demain avec un peu de chances, ça dépend de ma motiv'. Bonne lecture ^^

Cartes numéro sept et treize : L’amoureux et l’arcane sans nom.

La façon dont j’avais dit au revoir à Elle me semblait très brutale, mais je savais que son copain ne lui laisserait certainement pas le temps de revenir avant d’inonder sa messagerie de ses délires paranos. Quant à moi, j’avais d’autres chats à fouetter.
Je pénétrai dans la petite église, l’atmosphère fraîche du matin céda sa place à l’encens de la veillée précédente. Instantanément, un air épique monta de l’orgue à l’autre bout de la pièce.
« Qu’est-ce que vous me voulez ? » lançai-je au musicien.
Celui-ci s’interrompit, et tourna sa tête décharnée vers moi. Je compris qui il était avant même de voir son habit, qui était le mien lorsque je portais le nom de Darwin : un manteau qui tombait jusqu’aux genoux, remontait ouvert jusqu’au bassin, puis se fermait par de petites chaînettes argentées jusqu’au cou. Il avait rabattu sa capuche, mais dissimulait son regard par un long ruban noir noué à l’arrière du crâne et partant en deux bandes qui retombaient mollement sur sa nuque.
« Regarde-moi !
- Ma cécité ne fait pas de moi un aveugle ». Sa voix, grave mais tranchante, hérissa tous les poils de mon corps.
Il se leva de son tabouret, passa dans l’allée principale, et s’arrêta à deux mètres de moi. Il s’inclina, et me salua.
« Je te tendrais bien la main, mais je ne pense pas que ça serait très intelligent de ma part.
- Réponds-moi, qui êtes-vous, et qu’est-ce que vous me voulez ? »
Je savais qu’il en faisait partie, partie de ces gens qui m’étaient apparus, à la manière des démonistes, et qui, sans un bruit, m’avait envoyé un des leurs à combattre. Zoriak et Ba’grond s’étaient faits muet sur le sujet.
« Elle est très jolie, ton amie.
- Si tu la touches, tu rejoindras la tienne en Enfers.
- Ne pense pas que je lui ferais quelque chose, je suis juste là pour te mettre en garde : certains sentiments ne sont pas dignes des démons.
- Explique-toi. »
Il s’esclaffa, le désespoir se mêlant au rire.
« Pour revenir à ta première question, je suis un envoyé de quelqu’un que tu apprendras à craindre. Il te fait savoir qu’il te remet tes félicitations pour ta victoire sur le bateleur.
- Tu parles de cette fille que…
- … que tu as tué hier, en effet. Si tu veux mon avis, tu fais un très beau meurtrier. »
Sa voix s’était faite charmante, juste au moment où mon conflit intérieur réapparaissait.
« Je sais ce que tu ressens, j’ai été pareil à une époque. Moi aussi, je ressentais encore des sentiments humains. Puis, ils s’estompent, et tu deviens un parfait démoniste.
- Vous m’avez obligé à tuer une des vôtres, et tu trouves cela… normal ?
- Il y a un plan, tu le comprendras le moment venu. »
Il me tourna le dos, pour cacher ce sourire désespéré qui lui faisait presque le tour de la tête.
« Les cartes chantent de cette danse effrénée. Veux-tu danser avec nous ? Montre-moi ta carte. »
Je savais de quoi il parlait. Je plongeai la main dans ma poche et sortis la carte que j’avais prise sur le corps de mon ennemie.
« Alors tu vas danser. Nous allons tous danser, et le dernier danseur aura le droit de chanter. Oublie maintenant, la danse des démonistes va commencer. »
Il disparut, comme s’il n’avait jamais été là. Moi, je n’avais qu’une envie : Parler à Zoriak.

Zangetsu05
Zangetsu05
Niveau 10
17 juillet 2008 à 05:27:51

Wow. Ca pète, comme qui dirait ^^ Malgré que ce soit très (trop ?) court, j'apprécie la rapidité avec laquelle tu as répondu à mon attente^^ En tout cas, tu en as juste assez écrit pour me mettre l'eau à la bouche.

J'en redemande :ok:

Moicesmoi
Moicesmoi
Niveau 10
17 juillet 2008 à 21:41:09

En voila en voila...

Chapitre 3 : Dégoût.

Il me dégoûtait. Je me dégoûtais. Je ne savais pas si c’était simplement de la jalousie, ou mes yeux qui s’ouvraient, mais Alexandre me paraissait ridicule, laid, inintéressant. Sa fatigue l’avait métamorphosé : ses traits étaient tirés, donnant à son visage un air cadavérique, ses yeux se fermaient tout seuls, et se rouvraient après quelques dizaine de secondes, ses mains étaient sans cesse agitées de tremblement incontrôlables.
Pourtant, il souriait. Il se penchait vers la fille à côté de lui, et lui murmurait quelque chose. Elle riait, silencieusement, pour ne pas déranger le cours.
« Ca va ?
- Oui oui. » Murmurai-je, bien que j’avais conscience que je ne devais pas en avoir l’air.
Cela devait faire quelques minutes que je me rongeais les ongles, en essayant de me souvenir qui était cette blondasse qui faisait sourire Alex. C’était l’une des seules fois où nous étions séparés en cours, mais ça me tapait sur les nerfs de le voir comme ça. Quand j’étais arrivé, il ne restait presque aucune place de libre, si ce n’est une à côté de Dorian et deux un peu plus loin.
Dorian, c’était mon copain. Un peu moins grand qu’Alexandre, mais plus imposant en carrure, le genre de mec qui collectionne les filles et les comas éthyliques. Légèrement bronzé, de par ses origines italiennes, et avec un léger bouc mi-blond mi-noir. Assurance totale et sympathie relative en fonction des gens à qui il parlait. Il écoutait vaguement ce qui se disait en cours, mais nous n’étions pas souvent ensemble : options différentes.
Où avais-je déjà vu cette fille ? A une soirée ? A un cours ?
Dorian glissa sa main dans le bas de mon dos. Je me redressai subitement en l’écartant.
La sonnerie retentit, et le rituel de fin de classe se répéta une fois de plus.

Mais qui était-elle ? J’avais l’impression de l’avoir déjà vue, mais plus je sentais que je m’approchais de la vérité, plus elle s’éloignait. J’étais certain de la connaître, mais d’où ? Et elle, elle souriait, alors que la mine d’Alexandre se faisait de plus en plus sombre. Mais pourquoi ?
Dorian passa à côté de moi, en me bousculant légèrement, et saisit Alexandre par l’épaule, avec une violence qui m’était inconnue. Immédiatement, je pensai : « Il va le tuer ! ». Il se pencha et lui murmura une phrase que je ne compris pas. Alexandre se tourna légèrement vers lui, et dit, à voix haute :
« Désolé, mais tu te trompes complètement. Elle ne m’intéresse pas. »
Je vis la main se serrer encore plus sur l’épaule de mon ami. Celui-ci semblait vraiment être une brindille en comparaison, la musculature de Dorian s’étant lentement sculpté au bout de six années de pratique de boxe française.
La blonde se tourna vers lui, fulminante, et lança d’une voix forte qui me perça le cœur :
« Il ne s’intéresse pas à elle, fous le camp. »
Jamais personne ne lui avait parlé ainsi, et jamais il ne l’aurait toléré normalement. Mais là, il se contenta de hocher la tête, et de s’excuser auprès d’Alexandre. Puis il se retourna, et se dirigea vers moi, l’air un peu perdu et désemparé.
Ainsi, Alexandre ne s’intéresse pas à moi. Bien sûr, c’est logique. Après tout, on est juste « ami ». Même si ça me pince un peu le cœur de le dire ainsi, même si c’est vrai qu’on s’amuse bien ensemble, qu’on s’entend vraiment bien… même si ça me rend heureux d’être avec lui… on est juste ami. Juste.
« Ca va ? »
Alexandre. Tout seul. Avec moi.
« Oui, oui.
- Tu fais une mauvaise menteuse. »
Nous sortions de l’école. Nous trouvions sur la pelouse devant elle. Nous débattions dans la foule qui criait, courait, riait, vivait.
J’avais à peine conscience de la présence d’Alexandre à mes côtés. A vrai dire, je n’avais qu’une envie, c’était me fondre dans cette masse estudiantine, me noyer dans ce banc grouillant de milles pensées, disparaître dans le tout pour ne plus penser comme l’une. J’avais mal au cœur, et j’avais besoin de le dire. De le dire à Alexandre. J’ouvris la bouche, prête à lui révéler tout : la fascination que j’avais pour lui, cette nécessité constante d’être au centre de son attention, ma folie de le voir si indifférent à mon égard. Mais au lieu de ça, je dis :
« Ca sent le souffre. »
Il s’arrêta, comme si cette remarque anodine ne l’était pas tellement. Il leva les yeux au ciel, d’un bleu uni, décoré d’une unique lampe éblouissante. Puis il se tourna vers une poubelle, trônant au milieu de son chemin, éternel autel vert garnie de son signe recyclage. Avec des gestes méticuleux, et extrêmement lents, il s’en approcha et glissa quelques papiers qu’il conservait en poche. Ce geste anodin prenait une dimension à la fois effrayante et amusante une fois exécuté par cet être au bout du rouleau. Plus que jamais, il semblait épuisé, comme à l’agonie, les traits tirés, vieillis. Il ne semblait qu’attendre la mort, avec la langueur propre aux mourants qui se savent condamnés.
Si bien que je poussai presque un cri lorsqu’il se tourna vers moi, les yeux écarquillés de frayeur, le visage grave et sévère, comme si les Anges lui avaient annoncé la fin du monde.
« Ils sont là. » Murmura-t-il.
Je mis un instant avant de comprendre qu’il fixait quelque chose par-dessus mon épaule. En me retournant, je vis, dans l’horizon, le ciel se couvrir de larges nuages de fumée. Par-dessus quelques immeubles de briques rouges, je les distinguai sans peine : des flammes s’élevaient pour embrasser le ciel de leurs langues noires et voluptueuses. Un incendie.
Alexandre partit comme une flèche. Il bouscula plusieurs personnes, mais ne s’excusa pas. Il traversa la marée d’étudiants, et courut, plus vite qu’on ne l’avait jamais vu courir.

Zangetsu05
Zangetsu05
Niveau 10
23 juillet 2008 à 04:36:52

En attendant de m'attaquer au gros morceau (les trucmuches d'Abanfir, ou je sais plus trop quoi...), je rattrape mon léger retard.

Et cette courte suite me renforce dans l'idée que cette fiction a quelque chose de plus que les autres de ce forum. C'est une sorte... d'ambiance installée par ton style. Lourd des fois, cassant d'autres, je me plais vraiment dans ce style déroutant. C'est personnel, d'autres pourraient être destabilisés, mais moi, ça me plaît.
Encore une fois, sortie réussie :ok:

Et j'en redemande encore :-)

Zangetsu05
Zangetsu05
Niveau 10
18 juillet 2009 à 22:39:57

Abandonné ?

Moicesmoi
Moicesmoi
Niveau 10
23 juillet 2009 à 00:28:30

Oui. Du moins, en attendant que je devienne un bon écrivain.

Zangetsu05
Zangetsu05
Niveau 10
13 août 2009 à 20:01:22

Donc tu estimes que tu es désormais un bon écrivain ?
Curieux de voir ça =)
Je me retape tout, et je te commente ça.

Moicesmoi
Moicesmoi
Niveau 10
13 août 2009 à 20:14:16

Non, c'est juste que, avant d'entamer "La Première Fois d'Eric", j'aimerais me mettre dans un autre bain, un peu plus sombre.

Suledhel
Suledhel
Niveau 10
13 août 2009 à 20:20:38

La Première Fois d'Eric ? Un nouveau texte du DEEM, ou simplement la suite de Comment je l'ai rencontré ?
Sinon, ça me dit quelque chose, cette fic. Possible que je l'ai lue quand je passais sans rien poster, j'y rejeterai un coup d'oeil.

Moicesmoi
Moicesmoi
Niveau 10
13 août 2009 à 20:35:17

Un autre texte du DEEM. Sinon, vas-y, fais comme chez toi. :-)

Suledhel
Suledhel
Niveau 10
13 août 2009 à 23:45:12

Un autre texte du DEEM -> /o/ J'ai hâte :-)

Sinon, j'ai rapidement survolé la première partie, et c'est bien ce que je pensais, j'avais lu. Là faudrait que j'essaie d'aller dormir tôt car réveil aux aurores demain, donc ce sera pas pour aujourd'hui, mais je relirai, du coup.

Moicesmoi
Moicesmoi
Niveau 10
16 août 2009 à 22:27:23

Ok, merci. :-)

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