Tue les ups cachés. Vie à l'honnêteté intellectuelle. ![]()
Faut bien remercier son lectorat, même si pour ça il faut remonter le topic qui coule. D'ailleurs, j'en ai un autre à repêcher ![]()
Petite suite au passage, juste comme ça:
Carte numéro VII : Le chariot.
Je me reçus, et m’imposai quelques instants pour reprendre mon souffle. Je sortais de l’enfer, et son cerbère m’attendait déjà.
« C’était très impressionnant, Darwin. »
Il s’avança sur le toit, parfaitement plat, et abaissa sa capuche. Son visage m’était totalement inconnu, mais je savais que nous avons un lien commun : nous étions tout deux des démonistes, comme nos vêtements le prouvaient.
De longs cheveux bruns, et des yeux noirs comme le charbon. Des traits durs, qui transpirait la haine. Et un sourire sadique.
Dans sa main gauche, gantée, une flamme crépitait, contrôlée.
« Tu apprécies mon œuvre ?
- Tu es venu me tuer ? »
Je me redressai et le fixai, commençai à tourner autour de lui, comme deux lions qui se guettent.
« Ne crois pas que ta victoire sur le bateleur te donne un quelconque avantage sur moi. »
Il fixait la flamme dans sa main, le regard perdu.
« Qui êtes-vous ? Quel est le plan dont parlait l’autre ? »
Il se redressa, apparemment étonné.
« Tu as rencontré… Désespoir ?
- L’homme avec le bandeau ?
- Oui, lui-même. »
Il éteignit la flamme, et s’éloigna vers le rebord, me tournant le dos.
« C’est un original, je dois dire. Rien à voir avec la plupart d’entre nous. »
Il marqua une pause, le temps de déglutir.
« Nous sommes… des Hérétiques. Des démonistes qui suivent leurs propres idées, sans se soucier de cette petite guerre entre l’humanité et les démons.
- C’est impossible. Si vous refusez de payer le tribut…
- On meurt, c’est vrai. Ca fait partie du pacte, je l’ai fait, tout comme toi. »
Il se tourna vers moi. Ses yeux luisaient d’une lueur étrange, comme ceux d’un cinglé.
« Il y a un moyen. Pour ne plus payer. Nous l’avons choisi. Le bateleur l’avait choisi, Désespoir l’a choisi. Même-moi, je l’ai choisi. Et c’est pour ça que nous sommes ici, Darwin. »
Je ne comprenais pas.
« Quel moyen ? Comment fait-on pour ne plus avoir à tuer des gens ? »
Il souriait. Il préparait un truc.
Ce fut mon odorat qui m’avertit. Je bondis sur le côté, roulai juste à temps pour esquiver la sphère enflammée qui venait de jaillir de ses mains. Je ripostai en tirant une chaîne vers sa gorge.
Il eut un hoquet de surprise lorsque les maillons noirs se resserrèrent autour de sa glotte, menaçant de briser sa pomme d’Adam.
« Ne me force pas à te tuer. »
Je tirai, affermissant ma prise.
« Je veux juste des réponses.
- Tu vas être obligé de me tuer. »
Il leva la main droite, et pointa la foule en contrebas.
« Sinon tes fans risquent de griller.
- Ne fais… »
Je réagis en conséquence : je tirai une nouvelle chaîne, qui transperça sa paume. Un cri de rage jaillit du fond de sa gorge, serrée.
Mes chaînes disparurent, dans une explosion d’éclats noirs et rouges. Je reculai, comme une vague de cendres remplissait le terrain du terrible duel.
L’homme me fixait, ses yeux emplis de haine. Sa peau brillait d’une lueur écarlate se déplaçant dans les fins vaisseaux de sa chair. Ses mains étaient deux ampoules incandescentes, difficilement distinguables face à la puissante lueur qu’elles émettaient. Il tendit un bras dans ma direction et, par pur instinct, je dressai une protection noire et vaporeuse entre nous deux.
Le choc fut d’une rare violence. Un torrent de flammes percuta mon rempart sombre, le consumant instantanément et me projetant en arrière. J’exécutai une culbute agile, posai mes pieds sur le béton, mes appuis retrouvés en une fraction de seconde.
« C’est un grand pouvoir que tu as, Darwin. Tu manipules les ombres pour en faire un bouclier, une arme, l’obscurité est ton allié. »
Il étendit les bras, toujours cette expression empli de colère sur le visage.
« Mais regarde autour de toi : tu ne trouveras aucun allié aujourd’hui. »
Une oppressante chaleur m’envahit. Son corps irradiait d’un pouvoir incommensurable et instable, comme chaque parcelle de son être devenait lumineuse. Même les rayons du soleil ne pouvaient atteindre un tel degré d’énergie dévastatrice.
Il s’éleva dans les airs, transformé en brasier vivant pendant un instant. Un instant qu’il choisit pour mener son assaut.
Il plongea sur moi, bombe humaine que je ne pouvais arrêter.
Il percuta le sol dans une explosion d’une rare intensité. Le béton tremblait, fondait sous l’effet de cette fission spontanée de son être, englobant dans une aura d’apocalypse ardente tout ce qui se trouvait sur le toit. Une tornade infernale s’éleva dans les airs, tourbillonnantes, un crépitement démoniaque remplissant l’air distendu par la chaleur.
Il se releva, haletant, me cherchant des yeux.
« Tu te caches dans les ombres ? Sors de là, couard ! »
J’étais déjà sorti.
La longue griffe noire apparue à la base de mon majeur, celui-ci replié comme le reste de mes doigts, pénétra la chair à la base de son crâne. Il y eut un craquement horrible et répugnant, m’emplissant d’épouvante. Mais trop tard pour reculer.
« Bien joué, Darwin. Me lança-t-il, à ma grande horreur. »
Je retirai ma lame, surpris par l’épouvante de la scène. Il se tourna vers moi, et je compris en une seconde que j’avais bien réussi à tuer le démoniste.
« Tu es un démon » fis-je, mes yeux posés sur les deux rubis ardents dans ses orbites.
« Appelle-moi Shiva, le destructeur des mondes. » Lança-t-il, tandis que son corps dégageait une lumière plus brutale encore que les précédentes opérations du démoniste.
Je tentai de m’approcher, mais je fus stoppé net par le bouclier thermique, créé par la chaleur dégagée. Je savais ce qui allait se passer.
« Dis Adieu à ta ville, démoniste. » Dit le démon au corps humain. « Quand j’aurai explosé, il n’en restera même pas la cendre des cendres pour témoigner de ce qui se trouvait ici ».
Non.
Ma ville, réduite à plus que poussière ?
Je pensai à ces gens en bas, qui comptait sur moi. Je pensai à Elle. Je pensai aussi au seul qui pouvait m’aider.
« Zoriak ! » Hurlai-je. « Fais quelque chose ! ».
N’importe quoi… pour empêcher ça.
Une ombre couvrit le toit. Couvrit la rue. Couvrit la ville. Couvrit le monde.
Je levai les yeux : une éclipse. Elle n’avait rien de naturel. Je savais qu’il s’agissait du grand pouvoir du diablotin à l’œuvre. Déplacer la lune, obstruer les rayons du soleil par un corps gigantesque. Une broutille face à ce que je pensais qu’il était capable de faire.
Et, de cette broutille, naquit l’espoir.
Je puisai dans le pouvoir de Ba’grond. Je tenais de lui cette étonnante capacité de manipuler les ombres. Et, de l’obscurité, de mon allié sombre, cette ville en était pleine désormais.
« Que fais-tu ? » Paniqua le destructeur des mondes, lorsqu’il vit un épais dôme de ténèbres nous recouvrir.
« Tu ne tueras personne tant que je peux l’en empêcher. »
Il eut un sourire mesquin, au moment où je m’apprêtais à sortir du dôme. Je compris vite pourquoi, lorsque je vis le béton liquide où mes pieds se tenaient redevenir soudainement solide, emprisonnant mes jambes.
Je ne pus même pas relever le visage, que, déjà, la lumière envahissait mon esprit.
Chapitre 5 : Hero.
Les télévisions diffusaient la scène en boucle. Youtube comptaient déjà des milliers d’utilisateurs qui se repassaient l’incroyable passage sans arrêt.
Filmée depuis un hélicoptère, une bataille grandiose et effroyable entre Darwin et l’un des siens. Des flammes et des ombres, virevoltantes dans tous les sens. Et, l’incroyable lumière, couverte par un obscur dôme. S’effritant peu à peu, sous l’effet d’une explosion contrôlée.
Et disparaissant. Ne restait dessous que ce que j’avais sous les yeux.
J’étais à la morgue, devant un squelette noir, couvert de cendres. C’était tout ce qui restait de Darwin.
Mon héros, mon ange, mon Dieu. Mort. L’espoir que j’avais s’effritait, alors que j’étais tiraillée. Je refusais de l’accepter, mais, petit à petit, je réalisais. Mort.
Tout ce qu’on avait retrouvé sur lui, c’était deux cartes de tarot. La première, la numéro une, représentait un jeune homme à une table, garnie d’instruments en tout genre. Le bateleur. La deuxième, la numéro sept, montrait un guerrier sur un char, arborant les épaulières de Janus. Le chariot.
« Tu ne peux pas être mort. »
Je frappai la table froide, pensant provoquer une réaction, en vain.
Le désespoir et la tristesse dans l’âme, je me détournai, les larmes aux coins des yeux. J’avais tout perdu. Notre monde ne serait pas sauvé.
Je m’arrêtai devant la porte, prête à sortir, lorsqu’un bruit métallique retentit dans la salle.
Je me retournai, une once d’espoir inattendue dans le regard.
Je crus d’abord que c’était mon imagination qui m’avait joué des tours. Puis, je le vis. Son corps, se tortiller, ses doigts, se déplier et, lentement, ses os, reprendre leur couleur immaculée. Ses chairs se recomposèrent sous mes yeux, vaisseaux après vaisseaux, chaque veine se reconstituant à partir du néant. Les muscles prirent formes, et, comme sa gorge redevenait chair, un cri de souffrance en jaillit. Il bascula de la table, du côté que je ne pouvais voir, alors que son épiderme apparaissait.
Il se releva, haletant, dissimulé dans son costume noir, son long manteau où la capuche faisait office de masque.
« Vous… êtes vivant. »
Il regarda ses mains, gantées de ténèbres, surpris lui-même de cette miraculeuse survie.
« Darwin… » Fis-je, tentant d’attirer son attention.
« Tu ne devrais pas être là. »
Sa voix m’était familière, mais je n’y prêtais pas attention. Lorsqu’un ange parle, on ne fait pas attention à ses ressemblances avec les mortels qu’il protège.
« C’est un miracle… vous avez survécu, alors que vous étiez presque détruit.
- Miracle n’est pas le mot.
- Mais, c’est un don de Dieu.
- Dieu non plus, ce n’est pas le mot. »
Il regarda la table où il était allongé quelques instants auparavant et les cartes, ces cartes de tarot. Il les prit, les enfonça dans sa poche.
« Tout ce pouvoir que vous avez… D’où vient-il ? »
Il se tut, mais sous sa capuche, je le sentais qui me fixait.
« J’ai une théorie. Je pense que vous étiez humain autrefois. Est-ce que j’ai juste ?
- Peut-être. » Me répondit-il d’un ton tranchant.
« Mais vous avez accepté un don de Dieu. Tout ce pouvoir, ça fait de vous un ange. Le lien qui lie l’homme à Dieu.
- Je ne sais pas ce que je suis devenu, mais je sais que, quoi qu’il arrive, je ferai ce qu’il faudra pour sauver ce monde. »
Il se retourna et s’avança vers le mur, dans lequel il disparut, sans un mot.
« Zoriak ! » Hurlais-je, une fois de retour dans ma petite chambre.
Le diablotin apparut, un rictus méprisable sur sa face démoniaque.
« C’était limite. J’ai bien cru que tu y passerais. »
Il ricana, sans joie.
« Je veux des explications, Zoriak » dis-je. « Et j’attends de toi que tu sois un peu plus loquace que Ba’grond. ».
Je pointai le mur dans mon dos, d’où le génie du vide jaillit, aussi vaporeux qu’à son habitude. Il me suivait partout, caché dans les ombres du monde, mais ne se montrait jamais, se contentant de m’offrir ses pouvoirs.
« Alors ? Tu vas m’expliquer qui sont ces démonistes ?
- C’est un petit peu compliqué, vois-tu » dit Zoriak, sa voix criarde perçant mes tympans. « Ce sont… des Hérétiques dirons-nous. Vois-tu, chez les démons, nous n’avons pas pour habitude d’éprouver une quelconque compassion pour nos semblables. La seule chose qui domine en nous, c’est la volonté de domination, de dominer ou d’être dominer.
- Et ?
- Ce qu’il essaie de te dire » reprit Ba’grond de sa voix caverneuse et essoufflée « c’est que notre roi n’est pas devenu roi parce qu’il était le plus aimé, mais parce qu’il était le plus puissant.
- Exact » continua Zoriak. « J’imagine que tu comprends ce que ça signifie, Alexandre ? »
Je fermai les yeux. Bien sûr que je comprenais.
« Certains ne doivent pas être d’accord avec ses décisions. Donc, ces Hérétiques sont…
- Des démons renégats, oui. Ils proposent leurs services à des humains, et en font des démonistes.
- Le démoniste m’a fait part d’une manière alternative, où ils ne devaient pas tuer des gens.
- Ça fait partie du pacte que les démons font avec les humains. Imagines-tu ? »
J’imaginais très bien. Le démon a besoin d’une âme pour se nourrir. L’humain lui en fournit en échange de pouvoirs.
« Les démons les possèdent, et dévorent leur âme de l’intérieur, c’est ça ? »
Zoriak hocha la tête.
« Zoriak, ces Hérétiques sont mes ennemis. Mais j’aimerais savoir, pourquoi ?
- Tu ne le sais pas ?
- Les démons ont une raison de vouloir me tuer, comme je suis l’envoyé du roi. Mais, sur les trois démonistes que j’ai rencontrés, tous étaient parfaitement humains lorsqu’ils m’ont défié. Je doute que ce soit simplement par ordre de celui qui les possède qu’ils font ça. Ils ont un intérêt personnel, n’est-ce pas ? »
Le diablotin ne dit rien, recroquevillé sur lui-même. Ce fut Ba’grond qui me révéla la terrible vérité.
« Lorsqu’un démon tue un démon, il fait bien plus que mettre fin à son existence. Nous, les démons, ne pouvons mourir. Nous continuons à vivre, même si nous sommes tiraillés par nos désirs, jusqu’à devenir une conscience proche du néant. »
Je comprenais. C’était très clair.
« Lorsqu’un démon meurt… ses pouvoirs reviennent à celui qui l’a vaincu, c’est ça ? » Dis-je.
Ils opinèrent. Je sortis les deux cartes de ma poche, fixai la première. Le bateleur.
Et une petite musique pour détendre l'atmosphère:
http://www.youtube.com/watch?v=oxn2UHf7AhI
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Je n'ai lu que les trois premiers chapitres pour l'instant et j'ai trouvé ça pas mal. La construction de ton texte (flash-backs...) donne un rythme certain à l'histoire. Mais après ça m'a aussi embrouillé et j'ai toujours pas compris le chapitre 3 (après 3 lectures ^^) Il a retrouvé le preneur d'otages, ou bien c'est lui-même, ou bien c'est Zoriak... bref c'est un peu embrouillé dans mon esprit... La suite m'aidera peut-être...
Je lirais la suite, promis, un jour pas si prochain que ça ^^
Merci