:notdeadyet:
Vous vous souvenez de moi? Bien.
Donc non, je suis pas encore mort, et il m´arrive même de pondre encore des trucs. En l´occurrence ça. Ceux qui étaient là il y a un an et demi (lol?) pourraient reconnaître un texte posté à l´époque mais jamais terminé (lol.). Ben c´est le même, mais c´est pas le même. J´ai apporté des corrections, des modifications, etc. Si le premier chapitre a pas subi de grands changements, j´ai remanié presque entièrement le 2e et totalement le 3e; le reste, c´est de l´inédit.
J´en suis à trente pages, et je compte poster avec un rythme régulier d´environ un à deux chapitres par semaine (lol?)
Enjoy ![]()
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Blanc Comme la Nuit.
"This’ll teach you to give a fuck when it’s not your turn to give a fuck.”
- Jimmy McNulty, The Wire -
1938, Etats-Unis.
Chapitre 0 : All Prologue
"How come they don´t fly away?"
- Ziggy, The Wire -
Ca fait bien une demi-heure qu’il me débite ses conneries de sa voix plate. J’ai décroché au bout de deux minutes, mais y’a des hommes qu’il vaut mieux pas interrompre, et Edward Stern en fait partie. Non pas qu’il puisse se foutre en rogne et m’en expédier une – pas avec sa carrure de jockey - mais bel et bien parce qu’il a du pouvoir dans cette fourmilière humaine qui me sert, à moi et à quelques milliers de types lambda, de ville. En fait de pouvoir, il a pas grand-chose, officiellement. Officieusement, il dépasse largement ses prérogatives d’adjoint du maire. Mais ça, j’en ai rien à foutre. Je suis là pour récupérer un truc, et ne seraient-ce les billets que ce truc allait me permettre d’empocher, jamais je serais sorti par ce froid, rencontrer ce connard sur ce pont.
Alors pendant qu’il parle, je la boucle, hochant gentiment la tête de temps à autres. Essentiellement quand il commence une phrase par « et je vais vous dire, moi, pourquoi… » . Les trois quarts du temps, en fait. Pendant qu’il raconte sa vie, j’essaye de pas bailler en jetant un regard distrait autour de moi ; il fait déjà nuit, et le chat doit avoir la dalle. La neige, qui tombe sans discontinuer depuis maintenant trois jours, recouvre lentement les toits de son manteau net, donnant à la ville un air de propreté immaculée qu’elle ne pourra jamais avoir que comme ça. Les voitures passent sur le pont, éclairant de leurs phares la limousine de Stern garée sur le trottoir, la fumée s’échappant du moteur encore en marche. En bas, une péniche passe lentement sous le pont ; elle a eu le temps de disparaître et de reparaître de l’autre côté que l’autre con me bassine toujours. Et puis au bout d’un moment – Dieu soit loué dans son infinie miséricorde – il daigne la fermer, et me regarde comme s’il attendait une réponse.
« Ouais, sûr ! m’exclamé-je d’une voix enthousiaste.
- T’as compris ce que je t’ai raconté, mon gars ?
- Bien sûr que non, lui réponds-je humblement, mais vous savez, c’est le genre de trucs qui me passent loin au-dessus. C’est pour ça que d’après moi, il vaut mieux laisser toutes ces conneries de politique à des gens comme vous, m’sieur. Sauf vot’ respect bien sûr. »
Mon numéro de gentil couillon semble marcher. Au poil. Avec d’autres, on aurait tout de suite senti que je faisais de l’esprit, et en général, les gens aiment pas que je fasse de l’esprit. Ca a tendance à les rendre nerveux, voire tendus, surtout au niveau des poings.
«Enfin bref », reprend le connard, soudain pressé d’en finir. Il plonge une main dans son duffle-coat à 2000 dollars, et en sort un petit paquet brun. « Inutile de te dire que tu m’as jamais vu, et que je t’ai jamais filé ça.
- Bien sur m’sieur. Vous tracassez pas pour ça », réponds-je en tâtonnant discrètement le paquet. Il est épais, mais irrégulier et dur, ce qui écarte l’hypothèse de la classique liasse de billets. Mais, devise numéro un, j’en ai rien à foutre.
Il marmonne quelque chose dans sa barbe, puis remonte sans même me saluer à l’arrière de sa limousine dont le chauffeur, un gusse qui doit s’appeler Alfred ou Nestor, le conduira dans sa maison sur les hauteurs, avec peut-être un passage éclair dans un des bordels de luxe de la ville, si Monsieur est en forme ce soir.
Pour ma part, je met les voiles en direction de mon rendez-vous nocturne. Ma caisse étant en rade depuis deux jours, je me résous à marcher, bien que cela me fasse passer devant « Chez Marilyn », où je suis quasiment certain de croiser une autre de mes connaissances fort peu recommandables.
Ce qui ne manque pas. A peine ma silhouette est-elle éclairée par la chaude lumière de chez Marilyn, qu’une voix me fait m’arrêter net.
« Alors ducon, pas enfreint la loi aujourd’hui ? »
Dix contre un que cette voix est celle du bien nommé Gros Porc.
Bingo.
C’est en regardant Gros Porc que j’acquiers une certitude : l’uniforme des forces de police de notre belle ville ne mincit absolument pas. J’ai peur de voir un des boutons se décrocher violemment de sa chemise et venir se ficher dans mon œil. Gros Porc, aussi connu sous le nom de chef Doherty pour les journaleux et ses sous-fifres, se tient sur les jambonneaux qui lui servent de jambes, ses bras larges comme mes cuisses – chacun – croisés sur sa titanesque bedaine. Il a gardé sa serviette en papier autour du coup. Serviette qui, dans une autre vie, a dû être blanche.
« Non chef, vous savez, je me borne à faire mon boulot », lui réponds-je tranquillement.
Qu’il lui vienne l’idée de fourrer un de ses grosses pattes dans ma poche droite (et croyez-moi, avec ou sans raison, il s’en serait pas privé, l’enflure), et j’étais bon pour passer le reste de la nuit au trou. Je peux pas faire ça au chat, alors je décide de pas énerver l’animal.
« Et on sait tous comment tu le fais, ton boulot. Qu’est ce que tu fous là à cette heure-ci ?
- Ma caisse est en carafe. Je rentrais du garage.
- Dans quel garage tu l’as larguée ? Chez Big Joe ?
- Ouais, il est doué, pour peu qu’il ait pas trop picolé avant, réponds-je sans en penser un mot.
Le chef éclate d’un rire sonore qui effraye un gamin pendu à la main de sa mère.
- Ouais, sûr. Et toi, la bouteille, ça va ?
Il essaye de me pousser à bout, je le sais. Et il sait que je le sais. Mais je marche pas.
- Bof, un verre de temps à autre, après le boulot.
- Pourquoi tu viendrais pas tailler le bout de gras autour d’un café ? Je t’invite.
- Ce serait avec plaisir, mais le chat m’attend, chef. Une autre fois. »
Je repars en lui faisant un geste de la main, et il rentre dans le boui-boui avant que son steak n’ait refroidit.
La baraque est vraiment délabrée, mais quand même moins que toutes les autres de ce quartier. Ce qui se comprend aisément : on ne tague pas le point de chute de Dwayne McCormick, ce putain d’écossais d’un calme olympien qui, quand il s’énerve, pourrait bien enfoncer sa winchester jusqu’à la gâchette dans le rectum du mort en sursis qui a commis l’erreur de le foutre en rogne. Je pousse donc le portail rouillé qui émet un grincement digne du meilleur film d’horreur, et me dirige vers la porte de guingois. Je frappe trois fois, et entre aussitôt. Un couple de rats fuit devant moi et disparaît dans l’ombre, où quatre yeux rouges me dévisagent haineusement. Je me dirige vers le salon, où je pense trouver l’Ecossais, quand une voix m’arrête :
« Plus un pas, cow-boy.
Cette horrible voix aux accents traînants me confirme que McCormick n’a d’Ecossais que son nom.
- T’as la marchandise, cow-boy ? reprend-il.
- Ouais. »
Dans l’ombre, la flamme d’une allumette éclaire un instant le visage gravé au marteau piqueur de l’Ecossais, le temps qu’il allume sa pipe. Encore une de ses bizarreries, pas foutu de fumer de vraies clopes, rien que sa pipe à la con. Une main se tend dans l’ombre, et allume une lampe de chevet, révélant le grand salon victorien dégueulasse, rempli de toiles d’araignées et de fientes de chauves-souris. L’Ecossais est assis dans un fauteuil, et une table en bois le sépare de moi.
« Alors envoie. »
Je sors le paquet brun de ma poche, et le fait glisser sur la table. Il l’attrape, en examine rapidement le contenu, puis une enveloppe apparaît comme par magie dans sa main. Une fois qu’il l’a fait glisser sur la table et que je m’en suis saisie, l’idée me vient de recompter, mais rien qu’à l’épaisseur, je sens que je suis en train de me faire baiser.
« On avait dit six milles, lui fais-je.
- Rectification, cow-boy, on avait dit six milles pour hier. Ce genre de marchandise se déprécie énormément, en une journée. Y’a deux milles dans l’enveloppe, j’estime que ça te suffira.
- Me prends pas pour un con ! »
Première fois de la journée que je perds mon légendaire sang froid. Pas forcément une bonne chose que ce soit face à l’Ecossais.
« Non, toi me prends pas pour un con, rétorque-t-il sans hausser le ton. Ici on négocie pas les prix. Mais je suis sûr que chef Doherty serait ravi d’apprendre ce que tu trimballais dans ta poche toute la soirée.
- Et il serait d’autant plus ravi d’apprendre où c’est allé », renchéris-je d’une voix calme.
Pendant un instant, on dit plus rien, nos regards parlant pour nous. Plus le temps passe et plus je me dis que contrarier l’Ecossais est un luxe hors de mes moyens.
« Toutes façons, j’avais que ça sur moi. Mais j’aurais sûrement besoin de toi d’ici peu. Huit milles, ça devrait compenser non ? »
J’acquiesce sans conviction. Il a l’air satisfait. Moi je le suis déjà un peu moins, mais comme il me l’a fait remarquer, je suis pas en position de négocier. Et s’il dit qu’il me re-contactera, il le fera. Cette certitude en tête, je prends congé et rentre chez moi, en évitant d’offrir mon dos à l’Ecossais. Question de prudence. De toute façon, qu’il me rappelle ou non, mes affaires avec ce putain d’écossais sont finies. Ce mec me fout vraiment les boules, et ça fait deux fois qu’il essaye de me rouler. J’ai pas envie que la prochaine se termine avec un troisième œil au milieu du front.
Des que j’ouvre la porte de mon appart, mon chat – enfin l’animal qui a un jour estimé que ma piaule ferait un squat idéal – me saute dessus et m’agresse de ses miaulements. Je me hâte de lui ouvrir une boîte, et je m’ouvre un truc pour moi aussi. Une fois le sien sous les coups experts de mon ouvre-boîte et le mien dans la casserole d’eau bouillante, le chat se calme et attend. J’attends aussi. Je ne sais pas ce qu’il y avait dans le paquet brun, ni pour quelle raison l’adjoint du maire était en relation avec un criminel notoire, mais c’est pas mes oignons. Devise numéro un : "rien à foutre".
L’Ecossais me fait vraiment peur, et j’aimerais pas qu’une de mes affaires me conduise vers lui. Je dis « affaires » parce que je suis privé, au fait. Détective privé, au service de la veuve et l’orphelin, du moment qu’ils ont de quoi payer. Les temps sont durs, et la charité a plus vraiment cours dans ce monde. Toute façon, ça aide pas à vivre. D’où les à-côtés, comme ce petit truc de ce soir. Trois milles dollars pour avoir fait passer un paquet d’une paire de mains à une autre, c’est pas mal payé. Et les risques sont minimes. Trois mille dollars, ça met du beurre dans les épinards. Qui ce soir sont des haricots en boîte, en l’occurrence. Le sifflement de l’eau bouillante m’avertit que mon repas est prêt. Une fois les haricots dans une des rares assiettes encore propres qui hantent la cuisine, et copieusement arrosé de sauce tomate, j’emmène le chat dans le salon, et on s’installe devant la radio. En attendant le sommeil. Et le lendemain. Même rengaine qu’hier. Même routine. Je m’sens coincé, étouffé. Y’a pire comme soirée.
Bah pour avoir lu ce texte y´a déjà un bout de temps, et l´avoir corrigé ( mode je me la pète activé ) je ne peux qu´encourager une suite ( qui a tout interêt à voir le jour ) parce que c´est l´un des meilleurs textes que tu aies pu faire. Sincèrement, j´adore.
Déjà je suis sûr que t´as repêché les citations de The Wire uniquement pour que moi et Link on lise, donc je te méprise, ça c´est de un.
Ensuite, bah, deux ou trois détails, parce que tu sais bien que je me referai pas.
"donnant à la ville un air de propreté immaculée qu’elle ne pourra jamais avoir que comme ça."
Tu emploies un langage familier assez oral, donc ça peut encore coller, mais sur le coup la conclusion familière de l´envolée lyrique casse un peu le rythme :/
"je met les voiles"
je mets, nan ?
"n’ait refroidit."
refroidi. Et j´ajoute que tu es un noob sur le coup, et comme je suis d´humeur partageuse, j´applique cet adjectif à quiconque se vantera d´avoir fait tes corrections
"je m’en suis saisie"
Quasiment certain que c´est *saisi* dans ce cas de figure, mais comme je suis un boulet et qu´on sait jamais, j´attends confirmation^^
"re-contactera" ?
"comme ce petit truc de ce soir"
le petit truc, plutôt, pas besoin d´insister autant
Tu dis une fois deux et une fois trois milles dollars
"[haricots] arrosé" avec un s, parce qu´ils sont plusieurs, les braves.
On ressent bien l´atmosphère que tu essaies d´instiller, et les citations ne sont pas de trop, elles rajoutent à l´ambiance que tu parviens parfaitement à retranscrire. Le personnage est cohérent dans sa manière de retranscrire les faits par rapport à sa personnalité. L´intrigue, elle viendra plus tard je suppose, ici on en avait qu´un avant-goût de présentation. Il est possible que, dans mon extrême bonté (
), je sois encore là pour la lire se développer.
Bon courage^^
Tu es en train de revisiter tous les polars des années 50 ?
... Ca fait trés Philip Marlowe tout ça ! ^^ Gansters toujours prompts à jouer du poing ou du pistolet et détective cynique au langage peu chatié ( qui bien sûr à un chat ! ^^)lol ... Jusque dans les tournures de phrases et expressions qui font pour le moins "vieillottes" ^^
" Mon numéro de gentil couillon semble marcher..".." un gusse qui doit s’appeler Alfred ou Nestor.." ..." Ma caisse étant en rade depuis deux jours.." .." Alors ducon, pas enfreint la loi aujourd’hui .." .." « Chez Marilyn »" ..." il rentre dans le boui-boui .."
C´est rigolo cette revisite du roman de gare ..mais un peu anachronique non ? ^^
Ah oui, j´m´en suis souvenu dès que j´ai lu "Gros Porc"^^
Enfin bon, pas de commentaire très constructif à faire, surtout que je me rappelle plus vraiment de l´ancienne version : c´est bien écrit, on entre bien dans la tête de ton cynique (enfin j´ai pas de mal à rentrer dans la tête de ces gens-là moi généralement.
), et j´ai pas de remarque plus intelligente à faire.
Awaiting the suite, donc? ![]()
Merci à vous ![]()
Pour les fautes je m´excuse, c´est d´autant plus innaceptable que ça fait plus d´un an que ce chapitre un a été écrit, quand même. La faute à Mel, elle avait corrigé, j´ai cru qu´il en restait plus moi
Sinon le magicien, d´abord tiens, tu t´es perdu?
Ensuite oui, y´a un côté polar noir et blanc à peine dissimulé puisque entièrement volontaire, je confesse avoir eu quelques grands films de la belle époque à l´esprit en écrivant le début.
Sinon anachronique, je crois pas non, vu que ça se passe en 1938? Quelques années d´avance sur Clarke Gable mais sinon l´essentiel y est^^
Et enfin pour Az (et les autres aussi, des fois que ça les intéresse), la suite arrivera incessament sous peu, je vais attendre de voir si d´autres lecteurs seraient intéressés ![]()
C´est génial, j´adore l´ambiance en effet, un peu cliché, mais ca me ferait profondément chié si ca ne l´était pas.
J´aime bien l´accentuation des traits, le truc là on est sûr de l´ambiance!
PAr contre
"Je me hâte de lui ouvrir une boîte, et je m’ouvre un truc pour moi aussi. "
Répétitif le verbe ouvrir deux fois utilisé si proche.
"Une fois le sien sous les coups experts de mon ouvre-boîte et le mien dans la casserole d’eau bouillante, le chat se calme et attend."
C´est moi ou il manque un truc là?
la phrase me semble pas correcte.
Merci Zech, pour avoir lu et pour les rectifications ![]()
Chapitre 1
"You cannot lose if you do not play."
- Marla Daniels, The Wire -
Quand je rentre dans mon bureau, j’ai toujours un peu l’impression de pénétrer dans un musée d’archéologie, pas tant à cause de tout le foutoir qui traîne un peu partout, mais plutôt parce que la plupart des trucs ici et là sont de vraies antiquités. J’ai jamais été un pro du rangement, mon truc c’est plutôt le nettoyage par le vide, et j’ai jamais vu non plus l’intérêt d’engager une femme de ménage. Et puis certains clients, ça les rassure de voir une pile de dossiers en équilibre sur mon bureau. Ils se disent peut-être que je dois être sacrément demandé pour avoir tant d’affaires en cours, et donc plutôt doué. Si je m’estime plutôt doué, la demande n’est malheureusement pas à la hauteur de l’offre.
Dans les films ou les bouquins, dès que le héros est un privé, y’a toujours cette fameuse scène où entre dans le bureau une créature de rêve désespérée, qui, à la fin du film (ou du bouquin) termine – bien évidemment – dans les bras du bon et noble détective. Eh bien jusqu’à aujourd’hui, ce genre de truc m’est jamais arrivé, la plus belle personne à être entrée dans mon bureau étant une femme qui s’était – oh-excusez-moi-monsieur – trompée d’étage.
Alors ce matin là, quand je vois entrer cette femme, d’une beauté renversante, j’en ai le souffle coupé, et je me demande vaguement si ma mâchoire est pas sur mon bureau, comme ce loup débile dans les cartoons Tex Avery qu’on voit des fois au cinoche. La poupée est brune, cheveux longs et soyeux, impeccablement coiffés. Elle a la quarantaine impeccablement conservée, porte une robe noire qui épouse parfaitement son corps de déesse, et a sur les épaules un manteau de fourrure. Mon œil appréciateur déclare qu’il s’agit de vraie fourrure, et que donc elle a des moyens, la petite. Je l’invite à entrer, la fait s’asseoir, et, m’emparant d’une feuille et d’un stylo (plume, on s’adapte en fonction du client), lui demande, après quelques formules de politesse automatique :
« Que puis-je pour vous, madame ?
Elle prend le temps d’essuyer le coin de ses yeux d’où ne coule aucune larme avant de me répondre, d’une voix parfaitement maîtrisée :
« Je viens à propos de mon mari. »
(Merde. Pas vraiment étonnant, mais merde) .
« Il a disparu »
(Ah, Dieu m’a à la bonne. Ca, par contre, c’est étonnant) .
« Quel est votre nom et celui de votre époux, madame ? Reprends-je, déjà lassé de cette affaire forcément banale.
- Je suis Beatrix Simonson, et mon mari est Henry Jonathan Simonson. »
Je lui pose ensuite une série de questions de routine, chacune me confortant un peu plus dans l’idée qu’en effet, l’affaire est banale à en chialer. Que fait votre mari dans la vie ? Il est industriel. A-t-il des ennemis connus ? Bien sûr, il est industriel. Quand l’avez-vous vu pour la dernière fois ? Il y a une semaine, il est souvent absent, il est industriel. Vous a-t-il semblé troublé ces derniers temps ? Non, je ne crois pas, mais possible, vous savez il est industriel. Etc, etc.
Une fois tout cela fait, il est temps d’amener la douloureuse sur le tapis. C’est toujours plus dur quand la cliente… est une cliente, justement.
« Concernant mes tarifs…
- Je connais vos tarifs, monsieur. Et je vous offre milles dollars de plus si vous cessez séance tenante toutes vos autres investigations pour vous occuper pleinement de la mienne. »
Je fais mine de réfléchir un moment. Milles dollars, pour une avance ou un pourboire, c’est pas rien. Même si la poulette veut simplement montrer par-là que l’affaire est importante, ou qu’elle veut le faire croire, ou que sais-je encore, milles dollars, c’est milles dollars. Bien sûr, la déontologie, alliée à un certain code d’honneur et une morale intangible, devrait immédiatement monter au créneau et refuse l’offre alléchante. Mais en fait, j’ai qu’une affaire en cours, un truc tellement bidon que le mec qui me l’a confié aurait pu s’en charger lui-même. Je comptais de toute façon m’en occuper dans l’après-midi.
« C’est d’accord, madame, je vais tout mettre en œuvre pour retrouver votre époux. Mais, si je puis me permettre, pourquoi n’êtes-vous pas allé voir la police ? »
Elle a un rire sec et sans joie.
« Je l’ai fait, figurez-vous. Mais je doute que ce gros porc de Doherty (là, je me dise vraiment que ça aurait vraiment dû être son prénom) bouge le petit doigt.
- Je comprends. Bien, je vais enquêter dès aujourd’hui. Ne vous faites pas trop de soucis, madame. Bien souvent, en cas de disparition, les raisons en sont beaucoup plus simples et banales que ce que l’on s’imagine. »
Et c’est vrai. Souvent, pour ne pas dire tout le temps, c’est à cause d’une fille. Il y a neuf chances sur dix pour que sieur Henry Simonson, cinquante-deux balais au compteur, en ait eu assez de sa bourgeoise et ait décidé de se tourner vers d’autres horizons, disons plus jeunes d’une dizaine d’années. Il se peut aussi qu’il ait été agressé en sortant d’un restaurant, planté pour vingt dollars et laissé pour mort au fond d’une ruelle. Les affaires exceptionnelles, dans le métier, ça existe pas. Nous les privés, on y a généralement pas droit ; on laisse ça à la police, voire aux fédéraux. Nous, on se contente de prendre des photos d’époux infidèles, de retrouver un fils fugueur ou un mauvais payeur. Rien de vraiment existant, vous voyez.
J’attends à peine dix minutes que Madame Simonson soit partie pour sortir à mon tour. Prenant conscience que j’irai pas loin réduit à l’état de piéton, je siffle un taxi et lui demande de me déposer chez Big Joe.
Joe Flannigan, un noir d’environ un mètre quatre-vingt quinze, a été gros, un jour. Aujourd’hui, c’est une montagne de muscles, un boxeur à ses heures perdues (chacun sa façon d’arrondir les fins de mois) et un excellent mécano.
« Hey, détective, me lance-t-il de sa voix aux accents du sud en me voyant arriver. En l’entendant, on se dit qu’il doit vachement bien chanter le Blues.
- Vot’ bébé est prêt, ouais m’sieur, j’m’en suis bien occupé, foi de Big Joe ! reprend-il de sa voix si entraînante.
-C’est cool Big Joe », je lui réponds simplement.
Il entre dans son bureau, et, quand il en ressort, me tend la clé de ma voiture et un papier bleu. Je déplie ce dernier, puis je lui fais :
« C’est une plaisanterie, Big Joe ?
- Non m’sieur, ça, c’est une facture !
- Ouais, pour sûr, dis voir, t’aurais pas mis un zéro de trop ? Je croyais que ta maman t’avait appris à compter, Joe. »
Et il se met à me débiter un charabia où il est question de bougies d’allumage foutues, de courroie de transition usée à mort, du coût de la main d’œuvre, et j’ai trois enfants à nourrir (m’sieur).
Je peux pas m’empêcher de sourire. La facture est pas si élevée que ça, vu la ruine sur roues que je me trimballe. Mais se plaindre de la facture à son garagiste est une tradition, et entre Joe et moi, c’est même devenu un art. Je lui paye donc ce qu’il demande, et il me conduit à ma voiture en échangeant avec moi quelques banalités. Une fois au volant, je lui dis de passer le bonjour à sa femme, il me demande en riant à laquelle, je ris en retour et sors du garage.
J’avais prévu de m’occuper de mon autre investigation cet après midi, mais je décide finalement de le faire ce matin, pour une raison toute simple. Dans le cadre de l’affaire Simonson, faudra que je passe fureter au commissariat, et si y’a un moment où je suis sûr de pas y croiser Gros Porc Doherty, c’est bien à l’heure du déjeuner. Pour l’instant, il doit être en train de se goinfrer de beignets en testant la résistance de sa chaise.
Mon autre affaire m’a été confiée par le patron d’une chaîne de restaurants, à qui on a volé des caisses de whisky. Le genre d’affaire qu’on voit deux fois par semaine, même plusieurs années après la Prohibition. J’ai pas mis trop de temps avant de découvrir l’identité du coupable, un ancien employé mécontent. Un de mes indics m’avait prévenu qu’il allait en revendre une bonne partie dans une ferme, à quelques kilomètres de la ville. Je me dirige donc vers l’air frais de la campagne, capote baissée.
Dès que je me gare à l’entrée de la ferme, je vois les traces laissées par des pneus de camions. En les suivant du regard, j’avise ledit véhicule, garé sous une étable, une bande de cinq ou six mecs déchargeant des caisses pour les déposer dans une camionnette blanche. L’identité de l’acheteur n’intéresse ni moi ni mon commanditaire ; je dois juste prendre des photos du coupable, après ce sera à la police de voir, ou aux gros bras du client, ça dépend de son degré de colère. Dans un des deux cas, il évitera sûrement la taule, mais risque d’assister à son enterrement vu d’en dessous. Ca non plus, c’est pas mon problème. La devise numéro un.
Je prends donc mon appareil photo – un truc qui m’a coûté une fortune, mais c’était ça ou les horreurs à phosphate des journaleux – et m’avance discrètement vers le grand portail qui signale l’entrée de la ferme. A peine y suis-je arrivé qu’une voix aussi irritante qu’un ongle sur un tableau de craie me fait dresser les cheveux sur la nuque.
« Tiens, mais c’est le plus grand détective de tous les temps ! »
L’ironie et le sarcasme ont jamais été le fort de Marty Peacock, faut bien le reconnaître. Mais c’est pas pour sa capacité à sortir des saillies bien pensées qu’il a été engagé au « What’s news », le canard local, ni pour sa fameuse voix criarde qui ressemble à celle de Woody Wood Pecker, mais parce que c’est un bon photographe. Un sacré con, mais un bon flasheur. Et justement, je vois que le gamin, sa tignasse rousse toujours décoiffée, ses lunettes cerclées d’or sur le nez, tient son appareil dans la main. A côté, le mien passe pour un gadget inutile.
« Salut Marty, lui fais-je sans grand enthousiasme. A cause de quoi, la visite ?
- Des photos à faire, répond-il simplement en souriant, et je me demande soudain s’il sait faire autre chose.
- Depuis quand ta feuille de choux s’intéresse à un échange de whisky ? demandé-je en m’approchant. On sait plus quoi raconter dans la presse ? »
Je sors une cigarette qu’il m’allume, et me la fiche entre les lèvres.
« Nan, rien à faire de la gnôle. Bon, je te le dis parce que t’es un pote (manquait plus que ça), t’auras une dette envers moi. On a entendu dire que des grands de la ville se réunissaient souvent ici, en s’cret. Politicards, industriels, tout le tremblement… Enfin bref, le gratin de notre glorieuse ville.
- Industriels ?
- Ouaip.
- Et qu’est ce qu’il viennent faire ici en secret ?
- Sais pas. C’est pour ça que je suis là.
- Mouais. »
Mon menton désigne un papier froissé qui sort de la poche de son pantalon. L’en sortant, il répond à ma question muette :
« La liste de quelques-uns des gusses. En quoi ça t’intéresse ?
- Je t’expliquerai quand tu seras grand, Marty », réponds-je en lui tirant le papier des mains. Sur la liste, le nom d’Henry Simonson brille comme un phare en pleine tempête.
Si y’a bien une chose à laquelle j’ai appris à croire, c’est les coïncidences. Surtout dans cette putain de ville.
« Ecoute, dis-je alors au gamin, subitement intéressé, passe moi un coup de fil ce soir, chez moi ou au bureau. Regarde bien si tu vois Simonson, celui-là, Henry Simonson, et note tous les trucs suspects, ok ? Je te revaudrai ça. »
Il acquiesce. C’est pas la première fois que je fais appel à ses services, et il l’a jamais regretté. Mon portefeuille toujours un peu plus. Je prends mes clichés, et repart vers les gaz d’échappement et les klaxons. Il est midi, c’est bon, je peux aller au commissariat sans y croiser Gros Porc. C’est que je finirais presque par croire que le bestiau à une dent contre moi.
J’entre donc dans le commissariat et m’approche d’un des flics, un nommé Vern. Un type bien, Verne. Intègre, honnête, gentil, toujours prêt à mouiller sa chemise pour aider… bref, un nouveau.
« Salut, Vern.
- Bonjour… » Je sens qu’il va ajouter un truc, mais il ferme la bouche et je comprends qu’il a probablement oublié mon nom. Je lui en veux pas, pourtant, un nom comme le mien, quand on est privé, on s’en souvient. Et en général, juste après, on sort une blague. Bref.
« Une femme est passée vous voir hier ou ce matin, pour dire que son mari avait disparu. Beatrix Simonson.
Il confirme.
- Apparemment elle a pas très confiance en la capacité des forces de police pour retrouver son mari, continue-je d’une voix à peine moqueuse. Elle a eu comme qui dirait des doutes quant à votre… intérêt à résoudre son problème.
- Et elle s’est naturellement tournée vers vous.
- Naturellement, fais-je en évitant soigneusement les regards des flics qui passent un peu partout.
- Ouais, je m’en souviens. C’est Gr… le chef Doherty qui l’a reçue. Et je confirme qu’il a pas été très chaud pour l’aider. Enfin j’en sais pas grand chose moi, faudrait voir ça avec lui. »
Manquait plus que ça. Va falloir que j’aille rendre visite à Gros Porc. Je déteste déjà le voir en temps normal, mais à l’heure des repas… C’est comme déranger un crocodile en plein dépecage.
Vern me dit que je peux le trouver chez Marilyn, précision cependant bien inutile.
Je quitte donc ce magnifique bâtiment, saluant au passage quelques connaissances, et me dirige vers le rade de Marilyn.
Bon :
Je suis pas trop pour non plus dans ce cas là, les pensées entre parenthèse, on est déjà dans un truc, enfin un texte, à la première personne.
Ca fait lourd, donc, ces pensées, sous-pensées.
Peut être devrait tu mettre plus de point d´exclamation, au lieu de point, dans certaines pensées plus percutante.
JE trouve bizzare cette phrase:
"Mon œil appréciateur déclare "
Dans ma tête je suis parti dans un trip d´un oeil qui parle, c´était pas beau.^^ (mais assez marrant à vrai dire, si on aime bien le gore)
"Je connais vos tarifs, monsieur. Et je vous offre milles dollars de plus si vous cessez séance tenante toutes vos autres investigations pour vous occuper pleinement de la mienne. »
Je fais mine de réfléchir un moment. Milles dollars, pour une avance ou un pourboire, c’est pas rien. Même si la poulette veut simplement montrer par-là que l’affaire est importante, ou qu’elle veut le faire croire, ou que sais-je encore, milles dollars, c’est milles dollars."
PUtain chéri!!!! Mille c´est invariable.
Arrête tes conneries sérieux
"code d’honneur " C´est plus un doigt d´honneur.
Mais sinon en étant correct c´est "code de l´honneur". Certe ca fait un peu plus francais, mais même famillièrement où la faute est très souvent, d´un point de vue littéraire quand même
"devrait immédiatement monter au créneau et refuseR l’offre alléchante"
L´erreur dans cette phrase, vient du fait que quand même t´as des phrases longue parfois, tu as du mal à t´y retrouver et nous aussi. Enfin y en a pas tant que ça.
Je trouverais mieux aussi, "cette offre alléchante", "à l´offre alléchante".
Mais là c´est perso.
"(là, je me dise" Si là tu te dises, c´est que c´est grave^^
"là, je me dise vraiment que ça aurait vraiment dû être son prénom"
Alors vraiment hein? Vraiment de vraiment
Et pour faire la distinction là encore entre la narration et la pensée je rajouterai un "et"
Pour faire "Et là....
"les raisons en sont beaucoup plus simples et banales que ce que l’on s’imagine. "
Je supprimerai le "en" ici.
"Rien de vraiment existant" existant ou excitant?
"-C’est cool Big Joe », je lui réponds simplement. " Ca fait bizzare ça.
OK tu vas me dire, si tu mets le truc habituel, lui réponds-je simplement, ce sera pas non plus des plus naturels. Alors pourquoi pas lui "répondé-je" c´est ce qui fait souvent et que t´as fais par la suite.
ou sinon au pire je lui réponds simplement " c´est cool big joe"
Changement d´ordre quoi.
PUtain mais merde quoi en fait je lis au fur et à mesure le texte, et tu fais tout ce qu´est possible. Un moment c´est ´"répondé-je"´, un autre ´"réponds-je". Quoique tu choisisses soit cohérent^^
Sinon c´est pas mal, du tout j´attends la suite.
même si le récit au présent me gêne un peu je préfère la passé quipermet de varier les temps suivant l´ordre de succèssion des actions.
Mais bon, on s´y fait^^
Bon bah voilà, j´ai relu pour la troisième ou quatrième fois. Et pour la troisième ou quatrième fois: c´est sympa mais loin d´être celui de tes textes que je préfère ![]()
Vivement que tu continues CM ou SFAM ![]()
"impeccablement coiffés. Elle a la quarantaine impeccablement"
==>C´est impeccablement impeccable, comme répétition impeccable. ![]()
Et l´autre a été relevée par Zech avant moi.
Sinon, ben...ça fait trop longtemps pour qu´j´me souvienne du style, donc pour l´instant je vois pas les différences...donc en bref j´attends que tu postes le reste, pour qu´on atteigne la suite de l´histoire.
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Vive la bombe à neutrons. ![]()
Note pour moi-même : me relire la prochaine fois:/ C´est indigne de moi, là.
Et merci aux lecteurs ![]()
Je trouve certains " critiques" bien severes sur ce forum ! .. presque intolérants lol .. Si vos profs de français étaient aussi drastiques, je suis sûr que vos parents porteraient plainte ! ![]()
Perso , les maladresses d´un texte ne me genent pas plus que ça ...de même que quelques fautes de grammaire ou d´inattention ... Je ne releverais pour ma part qu´une phrase assez bancale : " Bien sûr, la déontologie, alliée à un certain code d’honneur et une morale intangible, devrait immédiatement monter au créneau et refuse l’offre alléchante."
Ce n´est pas une chose , un sentiment ou des idées qui " montent au créneau" mais bien leur representant ! On "monte au créneau" pour défendre ses idées , ses positions ...Il aurait été preferable de dire : " Bien sûr, la déontologie, alliée à un certain code d’honneur et une morale stricte ,aurait dû me faire refuser d´emblée cette offre alléchante " ( par ex) ..
Sinon c´est bien ^^.. ça me rappelle toujours mes lectures de polars de Chandler , Dashiell Hammett etc ... ![]()
J´ai lu le tout début (le début de la première partie quoi), et j´avais du lire la première version, car ça me dit vaguement (assez vaguement quand même) quelque chose.
Je lirai sans doute (sans doute, car je veux pas trop m´avancer, j´risque d´oublier ou de plus avoir envie) donc, je lirai sans doute, mais la semaine prochaine.
Oui Z, je me souviens que t´avais lu
Merci aux autres, les fautes ont été corrigées, et le prochain, je le relirai mieux^^
Cygne
Les critiques sévères quant à la grammaire et autres ont au moins le mérite de relever les fautes et d´aider à ce qu´elles ne se reproduisent pas^^
Sinon pour D. Hammet, devrait y avoir un détail qui te sautera aux yeux dans le prochain chapitre ![]()
Et cygne, on est "sévère" mais on a adoré, et les "injures" dans les postes, c´est surtout des plaisanteries entre potes^^
Enfin ce que Zech ne dit pas, c´est que c´est rien qu´une raclure aigrie et envieuse. C´est aussi pour ça qu´on l´aime ![]()
Envieuse peut être, mais pas de toi!
Espece de racule^^
Up:/