Bon, je me lance dans la lecture de ces deux chapitres...
On y va! ![]()
Bon, j´ai lu le chapitre 0, et il se rapproche de ma vision de la perfection... Ce texte a tout pour me plaire:
- L´univers est parfaitement retranscrit, univers que j´adore^^
- Des personnages très charismatiques, surtout l´écossais (qui me fait penser à "Tête de brique" dans "Snatch")
- Un style d´écriture en parfaite adéquation avec le milieu, l´atmosphère qui règne dans ce texte. Cynique, incisif; bref, idéal pour que le lecteur se sente happé par ce chapitre. Style qui me rappelle celui de Andrevon dans "Le travail du Furet", un de mes livres préférés, à lire absolument pour ceux qui ne connaissent pas.
Et j´en passe, parce que je dois y aller (= cyber et j´ai plus d´argent...). Dès que je rentre chez moi, je lis la suite.
Et ça me manque déjà! ![]()
Merci à toi Zangetsu ![]()
De rien, tout le plaisir était pour moi, je te l´assure
J´espère que la suite est pour bientôt^^
J´espère un peu plus de lecteurs avant, mais de toutes façons elle est déjà tapée pour encore trois-quatre chapitres^^
Compte sur moi :kingo:
Faut pas que j´oublie de lire.
... nan, t´as pas de nouveau lecteur ´taph et il y a aucune garantie que j´en sois non plus. ![]()
´tain, j´ai attendu dans l´espoir d´avoir deux suites d´affilée, même pas. :/ Foutu Yohan.
Bon, pas de commentaire constructif à faire, en fait.
Awaiting the suite, quoi.
__________________________________________________
Vive la bombe à neutrons. ![]()
Chapitre 3
"The harder I work, the luckier I goddamned get."
Tommy Gavin, Rescue Me.
L’enveloppe que Marty a glissée sous la porte contient cinq photos et une note qui me confirme qu’il n’a vraiment qu’un sens de l’humour – et de la grammaire – très limité. Effectivement, la gamine terrorisée en train de subir l’interrogatoire de Gros Porc est bien la fille de Simonson. Possible que le flic le plus gros de l’état l’ait coffré pour je ne sais quel motif valable, mais j’en doute. Sinon, pourquoi le bandeau sur les yeux, et pourquoi l’interrogatoire dans une vieille ferme, et sans avocat ? C’est sûrement pas Gros Porc qui répondra à ça, j’en sais probablement déjà trop. La mère de la gosse m’aurait sans doute fait part de sa disparition, donc c’est pas elle non plus qui éclairera ma lanterne. Quand on est privé, on a l’habitude d’avancer à partir de trois fois rien, et, comme il faut bien partir de quelque chose, je me dis que le bahut de la môme est pas une si mauvaise idée. Et puis surtout, c’est la seule que j’ai..
Bref retour au bureau de Simonson, où je trouve une note de l’école de la gosse. Je peux pas m’empêcher de lorgner sur tous ces zéros en bas de la facture. Allez, direction le lycée.
L’Eternal Salvation School est un concept à elle toute seule. Pas parce que l’endroit est un croisement improbable entre une église, une prison et un couvent, mais à cause de la mission éducative qui fait la fierté des parents et le malheur de la progéniture. L’ESS pour les intimes est ce qu’on pourrait appeler une maison de redressement pour gosses friqués, option catholique non négociable. C’est là qu’étudie – qu’étudiait, du moins – Julia Simonson, la fille d’Henry. Un bref entretien avec le directeur de l’établissement m’apprend que sa mère l’a envoyée quelques temps chez une tante outre atlantique. Comme il a pas l’air d’un menteur – c’est mal vu par Dieu – j’en conclus que c’est un simple ignorant, ce qui est bien souvent préférable. Ce qui m’inquiète, c’est que moi-même j’ignore trop de données dans l’équation, ce qui ne va pas m’aider à la résoudre. J’envisage un instant de demander au dirlo de me laisser jeter un œil au casier de la gosse, mais me dis qu’il me laissera pas faire sans passer un coup de fil à maman. Faudra donc que je m’immisce dans la vie privée de la jeune fille contenue dans ce mètre cinquante d’acier et fermée par un cadenas bon marché. Comme ça passerait difficilement inaperçu dans la journée, faudra que je revienne en dehors des heures d’ouverture.
Ce que je fais dès la nuit tombée. J’ai aucun mal à m’introduire par la porte du gymnase, et je parcours tranquillement les couloirs ornés d’affiches à la gloire du directeur, du maire et de Jésus, jusqu’au casier de Julia.
Il contient tout ce que l’on est en droit de s’attendre de la part d’une môme de dix-sept ans. J’apprends pas grand-chose, à part peut-être qu’elle a l’air sérieuse dans ses études, à en juger ses notes, et qu’elle a un faible pour le beau Willard.
C’est en sortant un classeur recouvert de fleurs que son journal intime me tombe sur le pied. La lumière diffusée par les rares lampes étant insuffisante pour me permettre de déchiffrer son écriture en pattes de mouches, je l’emporte dans ma voiture.
Mardi 17
Papa rentre de plus en plus tard et part de plus en plus tôt, je le vois à peine. Maman ne s’en plaint pas vraiment. Je sais que papa est très occupé par son travail, et il lui arrive même de ne pas rentrer pendant plusieurs jours de suite. Il dit qu’il doit aller à Lost Heaven pour s’occuper de détails concernant la construction d’une route, mais je ne peux pas m’empêcher d’avoir des doutes. Et s’il avait une maîtresse ?
Mercredi 18
Papa a téléphoné. Il est coincé à cause de la neige et ne rentrera pas avant au moins deux jours.
Willard n’a pas répondu à ma lettre.
Maman a encore fait son foutu gratin, j’en ai ras le bol.
Vendredi 20
Papa est rentré tard dans la nuit, et je l’ai entendu se disputer avec maman. Je suis sorti de ma chambre et me suis cachée en haut de l’escalier. Papa avait du sang sur sa chemise et des marques de coup sur le visage. Il a dit à maman qu’il s’était fait agresser, mais rien de grave. Il mentait, mais je crois que maman avait pris trop de calmants pour s’en rendre compte.
Lundi 23
Le film était mauvais, mais Willard m’a embrassé.
Maman fait encore du gratin pour ce soir. Si je vomis sur la table, elle fera autre chose ?
J’ai eu A+ en maths.
Judy Delmard est une vraie pétasse.
Le journal s’arrête ici, une semaine avant la visite de sa mère dans mon bureau. Le reste des pages a été arraché, ce qui ne m’avance guère.
Avant de faire quoi que ce soit, je dois faire quelque chose de terriblement urgent : faut que j’aille pisser. Je sors donc de ma voiture, et, tandis que Mère Nature fait son œuvre dans les buissons, j’essaye de mettre de l’ordre dans le peu de choses que je sais. J’ai rien contre les enquêtes compliquées, au contraire, mais celle-là commence à faire planer un soupçon d’incertitude sur ma brave personne.
Henry Simonson, homme d’affaires de son état, assez riche au demeurant, trop riche pour être demeuré, bossait de temps à autres pour la mafia. Avec ce que j’ai pu rassembler, je pense pas qu’il ait merdé de ce côté-là. Il a disparu il y a une semaine, et, d’après moi, il y a deux possibilités : soit il s’est effectivement barré à la fraîche, comme le pense Gros Porc, soit il a merdé quelque part ailleurs, et ça a poussé quelqu’un à le faire disparaître.
Merdé où ?
Et avec qui ?
Je pense pas qu’il ait foutu le camp, car j’ai réussi à apprendre de sa banque que ses comptes sont restés inactifs. Donc, soit on l’a fait disparaître, soit il se planque. Soit on le planque. Le fait que sa fille ait été interrogée de manière assez brutale par Gros Porcs pourrait corroborer toutes ces propositions. D’un côté, on peut l’avoir interrogée pour savoir où était son père. D’un autre côté, peut-être a-t-on voulu s’assurer qu’elle ne savait rien.
Le troisième côté du triangle étant celui selon lequel je me plante sur toute la ligne.
Quoiqu’il en soit, ça m’avance pas. Je dois mettre la main sur cette gamine.
Je retourne à ma voiture, et, la main posée sur la poignée de porte, aperçois quelque chose dans le reflet de la vitre qui me fait m’écarter vers la droite, évitant à mon crâne le coup de batte de base-ball qui sera néanmoins fatal à mon rétroviseur. C’est Big Joe qui va être content.
Je me retourne et voit trois solides gaillards, faiblement éclairés par la lueur d’un lampadaire. Celui qui tient la batte se tient au milieu, et m’apostrophe aimablement :
« T’es qui connard ?
- On n’est pas très disposé à répondre à ta question, lui fais-je d’une voix calme.
- On ? » fait-il, sceptique, jetant un rapide regard alentours.
D’un geste expert, alliant la nonchalance so british du dandy désabusé à une certaine classe un brin cynique, je fais glisser un pan de ma veste en arrière, répondant à sa question :
« Moi et mon ami Colt 1911. »
Ils ont l’air moins sûrs d’eux, d’un coup. C’est vrai que mon ami est très convaincant quand il veut. La batte de base-ball s’abaisse et embrasse le sol goudronneux du parking, tandis que le grand gaillard qui la brandissait balbutie :
« Je… que… désolé…
- Bon, reprends-je, m’adossant à la voiture, c’est moi qui pose les questions maintenant. » Je concentre mon attention sur le type à la batte, les deux autres n’étant très certainement que des sous-fifres. « Tu es ?
- Euh… Je m’appelle Willard… Monsieur. »
Pourquoi ça m’étonne pas ?
« Et pour quelle raison en voulais tu à mon crâne, Willard ?
- Euh… En fait, on était là parce que… on avait oublié quelque chose dans le lycée, voyez ? Et alors qu’on allait euh… le récupérer, on vous a vu tourner autour du casier de ma nana. Ca m’a foutu la trouille, parce qu’elle a comme qui dirait… disparu. Sa vieille dit qu’elle est en Europe, chez une tante ou j’sais pas quoi, mais elle serait pas partie sans me prévenir, et pas avant les exams.
-Alors tu t’es dit que t’allais me poser deux trois questions, vrai ? fais-je en regardant les gardes du corps qui se demandent visiblement s’ils reverront papa-maman.
- Euh… oui. Encore pardon, m’sieur. (puis, pris d’une subite inspiration : ) vous êtes flic ?
- Estime toi heureux que non. Je suis privé. »
Le môme pousse un soupir de soulagement, et ses copains se détendent. Je vois pas ce que ça a de si réconfortant, merde ! Je suis toujours un mec avec un flingue, et lui un couillon qui a voulu s’entraîner au home-run sur ma tête. Je poursuis néanmoins :
« J’enquête sur la disparition du vieux de ta douce et tendre. Tu crois pouvoir m’apprendre un truc utile, ou je peux aller direct réparer mon rétro ?
Les trois jeunes se concertent un instant à voix basse. Pourquoi j’ai l’impression que tout le monde dans cette putain de ville en sait plus long que moi ? Puis le leader s’approche un peu, l’air hésitant. Je sors une clope et leur en propose une. Rassuré par ce geste universel de paix, les trois mecs se rapprochent encore, se passant ma boîte d’allumettes, tandis que Willard me confie :
« Elle a pas vraiment disparue. Nous trois, on sait où elle est, mais on a eu peur de le révéler, parce qu’on croit que la police est dans le coup. »
Il me murmure ça avec tant de conviction que j’hésite à lui proposer une offre d’emploi ou à lui conseiller d’arrêter d’aller au ciné. Il reprend :
« Elle est à Green Hill. »
Voila, ça, ça a le don de me surprendre !
« Et pourquoi ?
- Ca je sais pas, mais y’a aucune raison qu’elle soit là bas. Aucune !
- Mouais. Quelqu’un en a jugé autrement, faut croire. Qui ? Et comment tu le sais ?
- J’allais chez elle mardi, et j’ai vu une de leurs voitures l’embarquer. J’ai l’habitude d’escalader le muret de son jardin, rapport à ses vieux voyez, y z’aiment pas trop qu’on se voient. Elle avait pas franchement l’air ravie, et elle se débattait comme une furie. Et sa mère faisait rien pour l’aider, elle discutait avec le chauffeur de la voiture.
- Donc si je te suis sa mère l’a envoyée à Green Hill ?
- Ben en tout cas, ça y ressemblait pas mal, c’est pour ça qu’on a rien dit à personne. Vous pouvez l’aider ? ajoute-t-il, les yeux emplis d’espoir.
- Je peux essayer. Tu parleras à personne de notre discussion hein ?
- Non m’sieur. Je vous en prie, aidez la.
- T’en fais pas. Au fait, dis-je en remontant en voiture, plus souple le bras quand tu cognes une balle… ou autre chose. »
Il est tard, j’irai à Green Hill demain. Cette affaire est un vrai sac de nœuds ; dès que j’en défais un, je tombe sur un plus gros encore. Beatrix Simonson est venue me faire part de la disparition de son mari hier, sans me dire que deux jours plus tôt, elle avait envoyé sa fille à Green Hill. Pas sûr que ça ait un rapport avec mon affaire, mais j’en suis certain quand même. L’intuition du privé. On verra une fois là-bas. Celle qui mène aux sentiers de la gloire, ou à ceux de la perdition.
Green Hill est un manoir qu’un riche négociant espagnol a fait construire au 16e siècle, en granit importé droit du vieux continent. Aujourd’hui, ses murs blancs on viré au gris sale, presque noir. Des clôtures de fils barbelés ponctuées de miradors entourent l’endroit. Green Hill est un établissement de soins psychiatriques. Un asile de fou, c’est selon.
Il m´est impossible de faire un comm constructif. J´ai lu le chapitre 0 et 1. Ce style me fait penser à quelqu´un mais je sais plus qui... >_< Sinon moi ca me fait rire.
Ok je ris facilement...
Bravo
![]()
Attends, j´ai la réponse ! Le style ressemble à celui de ce connard de ptit-hobbit. ![]()
Merci Mimi ![]()
Yohan, t´étais pas censé lire, toi, sale québéquois? ![]()
Sinon j´ai lu, vraiment bien. Je t´encourage à continuer. Comme je dis, je suis pas un maître en commentaires constructifs donc je peux pas vraiment en faire. Mais ça frôle la perfection, sauf pour quelques fautes.
![]()
Thanks. Je tâcherai de poster la suite ce soir.
Hahaa, en effet, tu faisais partie des trucs que j´m´étais dit que je lirai, un jour quand j´aurais le temps ^^ c´est maintenant chose faite.
Première partie :
-"Bien sur" --> bien sûr (comment ça je chipote
)
-"Des que" --> Dès
-"Y’a deux milles dans l’enveloppe" <-> "Trois milles dollars pour" --> il a eu où les milles restant ?
J´crois que c´est tout ce qu´a oublié biquiou
l´a bien fait l´boulot ^^
Donc, ben j´ai eu du mal a lire (enfin tout est relatif) parce que j´avais déjà lu en fait, et que finalement, j´m´en rappelais plutôt bien
. Par contre, incapable de comparer les deux
. J´aime bien les citations ^^ surtout que pour l´instant, c´est des citations du début, donc ça va, je connais
Deuxième partie :
-"pourquoi n’êtes-vous pas allé voir" --> allée ?
-"là, je me dise vraiment " --> dis ?
-"Rien de vraiment existant" --> excitant ?
-"un crocodile en plein dépecage." --> dépeçage ?
Troisième partie (donc chapitre 2
) :
Connais pas la citation
ou m´en rappelle pas ptet aussi. L´un ou l´autre.
-"Le gus s’est sûrement taillé" --> tiens tiens ... je sais plus où t´as écrit gusse. J´me suis posé des questions, mais comme j´avais pas vraiment d´idée sur l´ortho exacte j´ai pas relevé. Mais bon, là, faut choisir l´un ou l´autre ![]()
-"Je souris et répond" --> réponds
-"au sous-sol d’une des étable." --> étables ?
-"l’a foutue dans sa bagnole et a foutu le camp." --> tout est foutu alors ?
Quatrième partie (j´devrais ptet parler en chapitres en fait ...) : Chapitre trois :
-"Faudra donc que je m’immisce dans la vie privée de la jeune fille contenue dans ce mètre cinquante d’acier et fermée par un cadenas bon marché." --> pfiou, t´as ptet des phrases plus longues que celle la, mais l´absence de virgule et tout, ché pas, ça rallonge encore. Enfin bref, tout ça pour dire que la phrase est un peu longuette.
Sinon heuu, j´ai preféré cette partie ^^ largement ! J´avais pas lu d´un (ou j´m´en rappelais pas, ce qui revient au même) et de deux, j´trouve qu´on rentre plus dans l´histoire, son affaire devient dep plus en plus compliquée ^^.
Bon, vala, après avoir tout lu (en retard je sais, mais quand même),j´ai la flem de faire plus constructif ![]()
Ben comme j´avais du temps devant moi je me suis lancé là-dedans, et loi de murphy oblige, le temps s´est fait rare pour mon passe-temps
Bon, ben que à défaut d’être d’une originalité démesurée dans le scénario –le privé qui pense avoir affaire à une affaire diablement courante et qui va s’avérer diablement noueuse
; le type qui prend la photo de famille machinalement et ensuite il s’avère qu’il s’en sert pour identifier la rousse interrogée, comme de par hasard
- tout cela est fichtrement bien écrit ! Tu nous plonges dans une ambiance totalement appropriée – mais ma coupure m’en a sorti
- et le texte nous accroche bien vite…
Petite réserve –que je vais accentuer par souci d’impartialité
- : le journal intime de la meuf ! Il est un peu écrit à l’arrache et d’une manière un peu puérile… Soit tu veux noyer les détails importants –du style le gratin de la mère, en fait je suis sûr que c’est une histoire de trafic de patates tout ça XD- et dans ce cas là fais le jusqu’au bout avec quelque chose qui ressemble vraiment à un journal intime et pas à une carte postale
; soit tu veux aller à l’essentiel et en ce cas utilise le discours indirect avec un résumé du journal fait par le narrateur… ; soit il n’y a pas de détails cruciaux dans cette paperasse, et fais nous pas chier avec
‘fin bref à part ça on en redemande –et merde voilà, je vais devoir revenir sur ce forum
J’avais oublié qu’on y trouvait autant de bon texte… XD- ; donc bonne continuation ![]()
Merci le piano (oui, je fais dans les jeux de mots merdiques en ce moment).
Bon ben sinon tu fais chier quand même, t´as deviné que tout était axé autour du trafic de pommes de terre (solanum tuberosum), et donc je vais devoir trouver un truc différent.
Pour ce qui est du journal, c´est vrai que c´est écrit vite fait, d´ailleurs y´a pas de vraie raison à ça, je sais pas^^
Merci d´avoir lu ![]()
Bon, comme d´hab´ mon "commentaire" sera totalement inutile, mais c´est pas grave, c´est juste pour dire que j´attends la suite. ![]()
Et le dialogue avec le Willard est jouissif, vraiment chapeau là-dessus. ![]()
Thanks Az
Je relis la suite, je la corrige et je la poste.
Et je me rends compte que j´ai complètement zappé le commentaire de ZLink, qui pour la peine aura toujours aucun droit, non mais ![]()
Merci beaucoup d´avoir lu, ZLink, et d´avoir corrigé les fautes qui avaient échappées à l´autre suisse. Bon celles du prologue sont indignes de moi, ça se calme par la suite^^
Pour les deux mille/trois mille dollars, c´est simplement que j´avais changé à un moment, et j´ai oublié d´appliquer le changement partout.
Et pour la citation inconnue, c´est la saison 4, t´as encore un peu de temps^^
Chapitre 4
“He´s got fingers in more pies than a leper on a cookery course.”
- Gene Hunt, Life on Mars -
Le lendemain matin, je gare la voiture sur le parking quasi-désert de Green Hill et en descends. La neige ne s’est toujours pas arrêtée, et rouler en bagnole devient une vraie plaie. Je resserre les pans de mon imper autour de moi, et avance vers l’asile. Le grand bâtiment est entouré d’un parc dans lequel se baladent des patients aussi expressifs que des vaches mortes. Je remarque, un peu surpris, qu’on n’a pas jugé bon de faire enfiler à la plupart manteaux et écharpes. C’est que ça coûte, et les zombies ont cessé d’être des contribuables le jour où ils ont cessé d’avaler leur purée tout seul. L’air confiant et sûr de moi, je me dirige vers la barrière qui empêche les véhicules d’entrer, et vers la petite porte grillagée à côté.
Dans sa guérite, le gardien, jusqu’alors plongé dans son canard, relève soudain sa gueule de bouledogue vers moi, et aboie à travers la vitre :
« Ouste-là, ouste-là, où c’qui crouè qu’va aller, gné ? Spé un mlin, ci ! Y’a pas qui gnentre ous qui gnsorte comme cé veu d’adans a dahors, a la par à, ouaip ! A va a di c’quoi voi ? C’quoi veu, d’bo ? Spté ! »
Il me faut quelques secondes pour comprendre que l’énergumène n’est pas un émigré bulgare autiste, mais bel et bien ce que l’on a l’habitude d’appeler un véritable cul terreux, probablement même doublé d’un sacré demeuré. Avec lui, mon charme et mes manières vont pas beaucoup m’aider. Je m’approche un peu de la vitre, et crie, articulant soigneusement chacun de mes mots :
« J’ai un rendez-vous avec le docteur Eliot !
- As qu’l’a oun passe ? »
Est-ce que j’ai un passe. Je l’ai comprise, celle-là.
« J’ai peur que non, réponds-je, mais j’ai une ordonnance. »
J’extirpe deux billets de mon portefeuille, et les pose sur l’espace entre la vitre et le bureau du campagnard.
« Du docteur euh… Washington. Georges Washington. »
Un vieux pote disait que les billets verts étaient les meilleurs amis du privé, mais aussi leurs plus infidèles. Il est mort agressé dans la rue pour cinq dollars. Comme quoi, fondamentalement, il avait pas tort.
Il attrape les billets et les fourre rapidement dans la poche de sa salopette, avant de m’apostropher d’une voix aimable :
- Bon eh bien entrez, je n’ai pas que ça à faire, moi. Passez une bonne journée. »
Si mon vieux pote était toujours vivant, j’aurais pu lui apprendre deux ou trois autres trucs sur le pouvoir des billets verts, comme leur étrange capacité à délier les langues.
« Bonjour Mademoiselle, je cherche la chambre de la jeune Julia Simonson. »
La réceptionniste se redresse dans un tremblement de bajoue dantesque, et m’adresse un regard noir.
« Et vous êtes ?
- Un ami. »
Elle me regarde d’un air dubitatif.
« Va me falloir plus que ça pour me convaincre, savez ».
Je sais, oui, c’est l’histoire de ma vie. Au moins, elle, elle a le mérite d’être directe.
« J’avais un passe, commencé-je en ouvrant mon portefeuille, mais je crois bien l’avoir perdu… Attendez une seconde… »
Le même manège que dehors recommence, et j’apprends finalement qu’il faudra que je revoie mes faux frais, mais aussi que Julia est dans la chambre 124. Direction le premier étage, donc.
L’intérieur de l’asile est lugubre à souhait. Des lampes éclairent de leur lumière spectrale le carrelage vert foncé et les murs d’un blanc passé. On se croirait dans une nouvelle de Lovecraft tellement l’endroit est glauque. J’en ai la chair de poule, et me hâte de trouver les escaliers.
A Green Hill, les pensionnaires sont « classés » plus à la tête du client que par pathologies : les plus dangereux se trouvent dans des quartiers d’isolement spécial en sous-sol, et les autres sont répartis entre le premier et le second étage du manoir. Au moins, la gosse Simonson est pas avec les cas spéciaux du moins un. J’y ai été une fois, quand j’étais flic, j’en ai fait des cauchemars pendant deux nuits. Pourtant, je suis pas particulièrement sensible, mais là…
Le premier étage est aussi moche que le rez-de-chaussée. Dans le couloir, quelques officiers patrouillent sans grande conviction entre des troupeaux de patients léthargiques. Pendant la journée, les portes des chambres ne sont pas fermées à clef, pour que les pensionnaires puissent se promener dans le parc ou dans les couloirs. Mais la plupart ont tellement de saloperies dans les veines qu’ils restent bien souvent dans le bâtiment, à regarder des choses qu’ils sont les seuls à voir. J’avance vers la chambre 124, l’avant-dernière du couloir. Je sens vaguement mon estomac se contracter ; j’aime déjà pas les hôpitaux et tout ce qui s’y rapproche, mais je déteste les culs de sac. C’est idiot, je sais, mais chacun ses phobies à la con.
J’entre donc dans la chambre, et vois la môme allongée sur sa couchette. Je m’en approche et lui secoue doucement l’épaule. Elle émerge de son sommeil et pose ses yeux de zombi sur les miens.
« Salut, dis-je de ma voix la plus douce possible. Je m’appelle Jimmy.
- Le lait… et les chaussures… le lait et les chaussures… La voiture par le jardin. Pas l’eau !
- Allons, calme-toi, dis-je dans un murmure apaisant. Je suis un ami, Julia. Je veux juste t’aider, d’accord ? Tu comprends ? »
Elle hoche lentement la tête, et je la force à se redresser sur son lit. Puis je m’assieds à côté d’elle. En plus de son regard de droguée, elle à de nombreuses traces de piqûres sur le bras, bien trop pour le peu de temps qu’elle a passé ici. Je pose mes mains sur ses joues et la force à me regarder, mais tout ce qu’elle veut, c’est retourner de l’autre côté du miroir.
« Ecoute-moi Julia. Je suis détective privé, et j’enquête sur la disparition de ton père. Est-ce que tu sais ce qui lui est arrivé ?
- Le lait sur les chaussures… Papa… Oui… Maman… La faute à Tante Maggie si papa est parti… »
Tante Maggie, encore une donnée dans l’équation dont j’ai pas entendu parler. Mais après tout, pourquoi Beatrix Simonson m’aurait-elle exposé son arbre généalogique ? Ou bien je suis en train de suivre la plus grosse fausse piste de ma carrière, ou bien j’ai un flair du tonnerre de Dieu. Mais pour l’instant, l’avancée de mon enquête réside sur la capacité de Julia à répondre avec précision avec mes questions. Ce qui est loin d’être gagné.
« Julia, reste avec moi petite. Il faut que tu m’aides, tu m’entends ? »
Une larme coule de son œil gauche, qui reste toujours aussi inexpressif. J’en tirerai plus grand-chose aujourd’hui.
« Ecoute Julia, reprends-je, je dois y aller. Je voudrais que tu fasses quelque chose pour moi, d’accord ? Je veux que tu sois sage et obéissante avec les médecins et les infirmières. Je veux que tu te laisses mettre dans la bouche tout ce qu’ils voudront y mettre… Enfin, tous les cachets qu’ils auront envie d’y mettre, j’veux dire. Ensuite, tu les gardes sous ta langue, et tu les caches sous ton matelas. Je reviendrai te chercher, mais j’ai vraiment besoin que tu m’aides. Tu veux bien faire ça, Julia ? Tu veux m’aider ?
- D’accord… Tante Maggie… Pas maman qu’a renversé le lait sur les chaussures… »
Puis elle retourne au pays des psychotropes pour le reste de la journée. Je fais rapidement une prière silencieuse pour qu’elle m’ait compris, avant de me souvenir que je suis pas spécialement croyant.
Et voilà. J’avançais déjà dans l’obscurité, je me retrouve dans le noir total. Je mise tout sur la gamine, alors que c’est peut-être la plus monstrueuse des fausses pistes. Et je prévois déjà de la faire sortir de Green Hill, après lui avoir parlé quoi, trois minutes, histoire de me ranger vraiment dans l’illégalité la plus totale. J’aurai l’air de quoi, si je me plante ? Ben j’aurais bientôt l’air d’un taulard. J’ai plus qu’intérêt à avoir raison, cette fois. Putain d’affaire…
En attendant, faut que je trouve un truc à faire. Ils ont sorti le Faucon Maltais en film y’a quelques années, et je l’ai jamais vu. Et justement, ils le jouent à la Markise. Parfait, allons nous faire une toile. Mais d’abord, je vais aller supporter les sarcasmes de Big Joe quant à la solidité des rétroviseurs. Demain, c’est sa facture que je supporterai, alors en attendant…
Quand j’arrive au garage, Je vois une caisse de flic garée de bringuebale devant l’entrée principale. Je quitte ma tire un peu avant la voiture pie, et avance à pied vers ledit véhicule. Le siège du conducteur est reculé au maximum, le volant est maculé de plus de graisse que le grill de Marilyn, et une boîte de beignets (vide, bien sûr) est éventrée sur le siège passager ; aucun doute, c’est la voiture de Gros Porc. Les flics ayant leur propre garage au QG, je m’étonnerais presque de le voir là. Mais à dix contre un, je parie qu’il est pas venu pour faire changer ses bougies. Qu’il était pourri, je l’ai toujours soupçonné quand j’étais dans la maison ; aujourd’hui, c’est devenu une quasi-certitude.
Je me penche vers l’intérieur du garage, et ce que je vois m’emplit presque instantanément d’une colère dont je ne me pensais pas capable, moi le cynique désabusé machin-truc. Mais c’est que je l’aime bien Joe, c’est même une des rares personnes que j’aime dans cette putain de ville. Lui, Marilyn, le père Shawshoon et quelques autres… et c’est tout. Alors forcément, le voir étalé par terre, le front en sang, me réchauffe quelque peu les miens, de sangs. Voir l’arme du délit, une énorme clé anglaise, disparaître à moitié dans la pogne de Gros Porc, ça, ça me fait carrément enrager. Mais intervenir serait une grossière erreur, pas tant pour moi que pour le garagiste. Je reste donc à écouter cet enfoiré porcin débiter ses conneries en postillonnant sur un pauvre gars qui n’a rien demandé à personne, et qui aurait pu foutre ce connard au tapis d’un coup de poing. Que voulez-vous, le monde est pas toujours aussi bien fait qu’on le souhaiterait.
« J’avais dit qu’on passait à deux cents par mois, pauvre connard ! rugit Gros Porc.
- Mais m’sieur, gémit Joe, les temps sont durs avec c’te crise ! Les gens, y viennent plus faire réparer leur voiture, c’est qu’ça coûte trop cher ! J’suis à deux doigts d’fermer boutique moi ! »
C’est donc de ça qu’il s’agit, une extorsion de fric. Ce type me dégoûte jusqu’au bout, sans toutefois vraiment me surprendre.
« Me baratine pas avec tes conneries de nègre ! Jusqu’ici, j’ai été gentil avec toi, mais si tu veux jouer au nègre malin, je te promets que tu vas y laisser des plumes ! »
Il lâche la clé anglaise, lisse son uniforme, et se dirige vers la sortie. Avant d’arriver à sa voiture, il me voit, et a presque l’air gêné. Mais il devient vite hargneux, comme tout bon clebard bien dressé. Gentil Gros Porc, t’auras un os. Un sourire dénué d’humour éclaire mon visage à cette pensée hautement philosophique.
« Qu’est ce que tu fous là toi ?
- Un rétro pété, réponds-je en me mettant une cigarette dans la bouche.
- Ca fait longtemps que t’es là ?
- Suffisamment », je rétorque en allumant ma clope.
Pourtant je sens l’envie de lui coller mon poing dans la gueule me démanger méchamment, juste pour la forme, mais ça aiderait ni Joe, ni moi. N’empêche…
Pendant quelques longues secondes, il me regarde, son visage tremblotant et transpirant. Puis il grogne, d’une voix menaçante :
« Va dire quoi que ce soit à qui que ce soit, et t’es fini dans cette ville.
- Chef, je suis fini depuis bien longtemps. Je suis qu’une épave, comme vous vous plaisez souvent à me le rappeler. J’ai peur ni de vos menaces, ni de votre service, et encore moins de vous. Vous m’impressionnez pas, alors rembarquez le tas de graisse qui vous sert de flotteur et foutez le camp d’ici, et essayez de pas faire trembler l’échelle de Richter, ça serait sympa. »
J’en reviens pas moi-même d’avoir sorti tout ça, mais rien qu’à voir sa réaction, ça valait le coup de le faire. Son visage passe du rouge au blanc, avant de redevenir rouge, et encore blanc. Il ouvre et ferme la bouche comme un poisson hors de son bocal (ou un chef Doherty hors de sa cuisine), sans rien dire. Il tend vers moi un index ressemblant à s’y méprendre à une énorme saucisse, et finit par croasser, d’une voix pleine de colère :
« Un jour, Spade, t’auras des ennuis. Et ce jour là, je serai en première loge pour voir ce qui t’arrivera, sois en sûr.
- Oh mais j’en suis sûr. Au revoir, chef. »
Je rentre dans le garage sans un coup d’œil en arrière. A ce moment-là, me faire descendre dans le dos m’aurait ni étonné, ni même franchement dérangé. Moins de trente secondes plus tard, sa voiture démarre. Gros Porc m’a jamais aimé, mais cette fois, je m’en suis fait un ennemi définitif. Bah. Tant pis. C’est des choses qui arrivent, devise numéro quelque chose.
« Fallait être d’ôlement courageux pour lui sortir ça, ou bien d’ôlement stupide ! me sors Big Joe, mort de rire malgré le sang qui lui coule sur la joue droite.
- Arrête Joe, tu vas me faire pleurer. Toi, ça va ?
- Comme un putain de nègre dans une putain de ville de putain de blancs ! »
Pendant un moment, je peux pas m’empêcher de ressentir une petite gêne. Mais Joe dissipe ça vite fait, toujours souriant.
« Z’êtes venu me montrer une fois de plus votre incapacité à rouler dans le même sens que tout l’monde, ms’ieur Spade ?
-Apelle moi Jimmy. » Je sais pas pour quoi je lui ai sorti ça. Peut-être parce que les gens que j’aime bien dans cette ville se compte sur les doigts d’une main. Alors autant qu’ils m’appellent par mon prénom. « J’ai un rétro de défoncé, tu crois pouvoir m’arranger ça pour quand ?
- Ca dépend. Il vous la faut pour quand ?
- Ce soir, ça serait le pied.
- Va pour ce soir alors.
- Joe, tu sais, tu serais une femme, tu-
- Je voudrais pas de vous, comme toutes les femmes de la ville, lâche-t-il avant de s’esclaffer.
- Ouais, t’es un vrai rigolo, réponds-je en souriant sans me forcer. Merci pour la voiture. »
Je dépose quelques billets sur son établi, puis je sors. J’ai un film à voir. Il s’est arrêté de neiger.
Le film était vraiment pas mal, et Ricardo Cortez a vraiment de la classe. Bon, mis à part qu’on a le même chapeau, et presque le même imper, on n’a pas beaucoup de points communs : il résout ses affaires avec une facilité déconcertante, et bien sûr, la jolie jeune femme lui tombe assez vite dans les bras. Le cinéma…
« Alors connard, le film t’a plu ? »
Je suis tellement plongé dans mes réflexions sur l’affaire Simonson et la vacuité des rapports cinéma/réalité que, sur le coup, je manque de répondre un truc du genre : « beaucoup oui, et toi ? ».
Ca doit être le « connard » qui me fait hésiter.
Je n’ai pas le temps de me retourner qu’on me frappe à l’arrière du crâne. Ma vision se brouille, et je vois mon chapeau rouler dans le caniveau. Au temps pour moi, Sam Spade et moi n’avons plus rien en commun.
Puis c’est le trou noir.