Toujours aussi jouissif.
La retouche a dû servir à quelque chose, car j´me rappelais pas avoir autant apprécié -ni être autant entré dans le tete d´ailleurs- la première fois. ![]()
Quelques fautes d´inattention : depuis quand on répond "avec" des questions? ![]()
Ben je vais rejoindre Azerty
J´ai particuliérement apprécié l´humour assez tranchant et tout à fait approprié
Bon sinon j´ai l´impression que question finance cette enquête sera pas d´une rentabilité monstre
Entre la petite corruption du peronnel et le retro cassé
Voilà, c´est tout, la suite ! ![]()
Merci à vous deux ![]()
La suite bientôt, normalement.
Près d´un mois plus tard... ^^
Nan, j´étais pas censé lire, je me souviens d´avoir dit un truc du genre :
"... nan, t´as pas de nouveau lecteur ´taph et il y a aucune garantie que j´en sois non plus.
"
Mais tout compte fait, j´ai lu. T´attends pas non plus à un commentaire de ma part... faut pas rêver.
Nan , erf, je commenterai (un jour ma bonté me tuera^^) dès que j´aurai les idées plus claire, l´est 2h du mat ici tout de même.
Sinon, c´est bien. Un peu trop de fautes parfois, mais ça a pas perdu de son charme d´antan.
![]()
Bravo, à priori c´est pas trop mon truc ce genre d´histoire, mais là ton style colle parfaitement à l´ambiance et ça donne à ton écriture un grand pouvoir immersif. J´ai vraiment eu l´impression de rentrer dans la peau du personnage principal, et je me suis enchainé d´une traite les 4 chapitres. Bon rythme, assez rapide, on s´ennuie pas mais on s´essouffle pas non plus.
J´ai remarqué quelques fautes parfois mais ça m´a pas gêné dans la lecture. Vivement la suite!
Tain Yohan, tu fais presque des progrès toi^^
Et grand merci au Pistolero, la suite devrait arriver incessament sous peu, le prochain chapitre étant presque fini.
En fait je m´étais pas rendu compte que j´avais un chapitre d´avance, donc la suite arrive tout de suite
Chapitre 5
"No pleasures here on earth I found.
For in this world I´m bound to ramble,
I have no friends to help me now."
- Popular -
« I am a man of constant sorrow… »
On parle de moi ?
« I’ve seen troubles all my day… »
On parle de moi. En tout cas, cette vieille chanson populaire, en cet instant, me semble assez bien choisie. Quoique comme chant de bienvenue au paradis, j’imaginais plus un truc avec des lyres et des harpes, pas un vieil air de blues chevroté par-dessus une guitare centenaire. A moins que je sois complètement de l’autre côté du Paradis, et que ce soit une mauvaise plaisanterie.
A moins que je sois simplement à moitié évanoui, le cul sur trois cartons, dans une ruelle obscure et malodorante, derrière une de ces boîtes de Jazz qui poussent comme des champignons depuis la Crise.
En ouvrant les yeux, je me rends compte que cette solution est probablement la bonne. Mon dos m’affirme que les cartons sont aussi réels que la chanson qui me parvient étouffée par un mur de briques. Même la vapeur qui s’étire en longues nappes éthérées et odorantes au niveau du sol paraît réelle.
Il s’est remis à neiger, et j’ai plus mon galurin pour me couvrir.
« For in this world I’m bound to ramble, I have no friend to help me now… »
Et le fait que cette chanson précise soit jouée à ce moment précis n’est qu’un de ces nombreux hasards qui ponctuent ma vie et pénètre mon cœur comme une lame glacée. Et quand je me mets à faire des métaphores, c’est rarement bon. « Je n’ai pas d’amis pour m’aider », répète le chanteur en s’acharnant avec un sadisme éhonté sur sa guitare, et je fredonne malgré moi cette funeste constatation en me massant l’occiput.
Je redresse lentement la tête, laissant à mon cerveau le temps de retrouver une place qui l’empêchera de rebondir comme une boule de flipper. Devant moi se tient un type. Je suis encore suffisamment groggy pour le voir double. Pour vous donner une idée, cet énergumène est aussi grand que laid. Si Dieu a fait les hommes un par un, alors il a fait celui-là pris d’une envie pressante, et a dû le finir en quatrième vitesse. Son visage ressemble à celui d’un boxeur à la fin du troisième round, les marques de coup en moins. Sur sa tête, un béret marin est perché en équilibre précaire. A la vue du pompon rouge qui flotte au gré du vent, je suis pris d’une irrésistible et suicidaire envie de rire. Pas forcément malin, sachant qu’il pourrait me briser en deux comme une brindille.
Lorsque ma vision se stabilise, je constate, empli d’un mélange d’amusement et de terreur, que je n’ai pas vu double ; il y a bien deux hommes face à moi. Deux jumeaux, deux gueules de débiles, deux salopettes et deux bonnets de marins identiques, penchés selon le même angle compliqué. Cette fois je peux pas m’empêcher d’éclater de rire. Rire qui se transforme en toux sèche quand l’énergumène de droite me balance son pied dans la poitrine.
« Etes vous lucide, Monsieur Spade ? s’enquiert d’un ton plutôt amical le géant de gauche, jumeau numéro un.
- Vous me faites penser à Boris Karloff, je souffle, en deux fois plus moche bien sûr. »
Cette fois c’est le poing du jumeau numéro deux qui vient titiller ma mâchoire.
« On nous avait dit que vous aimiez faire de l’esprit, Monsieur Spade », reprend l’autre, du même ton aimable.
Quand je disais que les gens n’aiment pas que je fasse de l’esprit. Ca les rend toujours aussi nerveux, au niveau des poings. J’en ai marre d’avoir raison. Je me redresse un peu, et réponds en me massant le menton :
« Nan, moi ce que j’aime, c’est les steaks et le travail bien fait.
- Ca, c’est un zeugme, Monsieur Spade, apprécie le jumeau numéro un d’un air satisfait. Il semblerait que, tout comme mon humble personne, vous soyez également porté sur l’emploi des bons mots, me trompé-je ?
- C’est ça, et ça fait quoi de pas avoir besoin de maquillage pour jouer Frankenstein ? »
Le poing du frangin vient passer la deuxième couche sur ma tronche déjà bien amochée. Je le regarde, indifférent, et crache un peu de sang par terre.
« Pardonnez mon frère, reprend le premier, il ne partage pas mon goût de la rhétorique et des phrases joliment tournées. Ce qu’il affectionne tout particulièrement, c’est l’emploi irréfléchi d’une certaine forme de violence - pas tant morale que physique, je le déplore – néanmoins ô combien souvent nécessaire.
-Je suis sûr qu’il a pas pigé un mot de ce que vous venez de dire, hein ? »
Faire de l’esprit est peut-être pas l’idée du siècle face à ces deux colosses. Mais que voulez-vous, ça fait partie intégrale de ma panoplie, au même titre que mon imper et mon chapeau. Enfin que mon imper, du moins. Pendant que le pied du frangin numéro deux revient me masser les côtes, je réfléchis rapidement, la douleur s’anesthésiant d’elle-même. J’ai rien fait à personne, ces jours-ci, et, excepté l’affaire Simonson, je pourrais aussi bien être au chômage technique. Ca pourrait être un coup de Gros Porc, mais quelque chose en moi réfute cette idée. Si Doherty voulait me tabasser – ou me tuer – il demanderait à des flics de le faire, ou trouverait un motif ; tout et n’importe quoi, du moment qu’il ait pas à claquer de fric. Or ces deux gars là ont été loués pour me tabasser et discuter rhétorique avec moi, j’en suis sûr. Des mercenaires, en somme. Et des doués. Jumeau Numéro Un, cerveau de la fine équipe, et Jumeau Numéro Deux, tout dans les bras, pas grand-chose ailleurs. La botte qu’il essuie sur ma veste ressemble à s’y méprendre à une godasse militaire.
« Bien, Monsieur Spade, reprend Jumeau Numéro Un, mon frère, qui est aussi de droit et de fait, mon associé, et moi-même avons été mandatés dans le but de procéder sur votre personne à un interrogatoire, succinct mais néanmoins non exhaustif. J’espère du fond du cœur que vous vous y soumettrez de bonne grâce, ou il vous pète la gueule.
- Eh bien, question rhétorique, c’est Hérode qui serait fier de vous », réponds-je en souriant.
Le demeuré de la famille s’avance vers moi dans l’espoir de vérifier à nouveau la perméabilité de mon estomac, mais son frère l’arrête.
« Bah, les sophistes, crache-t-il, un ramassis de prétentieux gargarisés d’autosatisfaction et de fierté orgiaques, n’êtes-vous point de cet avis, monsieur Spade ?
- Ben si vous l’dites. Mais votre interrogatoire, là, ça va porter sur mes connaissances philosophiques ? Si j’avais sur, j’aurais révisé avant, vous me prenez plutôt au dépourvu, là. »
Il rit un moment, puis se penche vers moi.
« Où est Henry Simonson ?
- Un philosophe grec ?
- Viktor », appelle simplement le géant en claquant des doigts.
Aussitôt, Jumeau Numéro Deux me soulève par les pans de mon imper et me plaque au mur.
« Réponds à mon frangin, cosaque !
- Eh, tu savais que Viktor, c’était le prénom de Frankenstein ? » lui demandé-je, agressé par les effluves nauséabondes qui s’échappent de la bouche du colosse.
Son genou vient à la rencontre de mes bijoux de famille, et je me plie en deux, le souffle court. Devant mon visage, les flocons de neige semblent me narguer en descendant lentement vers le sol.
« George, il veut pas parler l’enflure ! grogne le demeuré.
- C’est bon, c’est bon, ça va, je vais parler », j’articule tant bien que mal, toujours plié en deux.
Le visage de Viktor se rapproche dangereusement du mien, et je juge plus prudent pour mes couilles de ne pas faire remarquer que George est le nom du frangin du débile dans "Des souris et des hommes". C’est qu’il a l’air susceptible, le bougre.
« Alors, où il est ? insiste Viktor, sans l’éloquence et le tact de son frère.
- Je sais pas, réponds-je en me redressant prudemment. Attendez ! ajouté-je au moment où la brute s’apprête à lancer son poing, je sais vraiment pas. Je croyais avoir trouvé une trace chez Don Morello, mais vous savez comment sont ces putains de mafieux ritals, suffit de dire un mot plus haut que l’autre et on se retrouve à regarder ses couilles sans avoir besoin de baisser la tête. »
Mon numéro du gentil couillon, qui marche facilement avec des types comme Stern, est légèrement plus difficile à faire avaler à des mecs de ce genre, c’est pourquoi je préfère la jouer fine. En l’occurrence, faire croire à une impasse chez la mafia peut être un bon moyen de se tirer d’affaires. Bien sûr, s’ils savent que je rentre comme je veux au "Giro Inclinato" et que Don Morello m’invite à sa table, je suis dans la merde. Ceci dit, ils ont l’air d’hésiter – enfin, surtout Georges, puisque Viktor a constamment l’air d’hésiter – et je sens que j’ai des chance de rentrer nourrir le chat ce soir.
« Quels étaient tes projets dans un avenir que je qualifierais d’immédiat, James ?
- J’en sais trop rien. A vrai dire, je pensais peut-être à rendre son argent à madame Simonson, mens-je, et-
« Oh non, James, interrompt Georges d’un ton doucereux, non non non non non, ça vois-tu, ce n’est pas envisageable. Je vais t’informer de tes activités ultérieures, moi, James. Tout d’abord, tu vas rentrer chez toi, et prendre une bonne douche, qui te débarrassera de cette couche de crasse, et peut-être t’aidera à y voir plus clair. Ensuite, en excellent détective que tu es – si, James, la modestie est l’excuse des faibles – tu continueras à t’employer à déterminer la localisation de monsieur Simonson. Ensuite, quand ce sera fait, nous reviendrons deviser de ladite localisation. As-tu des question, James ?
- Ouais. J’imagine que vous me paierez pas ? »
Il me répond d’un sourire amusé.
A vrai dire, j’en ai plusieurs autres, même des sérieuses. Mais sans doute pas une à laquelle les frères Karloff seraient disposés à répondre. Aussi me contenté-je de secouer négativement la tête, attendant de voir la suite des évènements.
« Eh bien, reprend George, à la revoyure, donc. Prends soin de toi, James. Et sois prudent, un accident est si vite arrivé dans cette ville… Viktor ! »
Et ils s’en vont. Comme ça, sans rien rajouter, ni question, ni marron. Dans le fond, je devrais en être plutôt satisfait, mais s’ils disent qu’ils me retrouveront, ils le feront sans doute.
Pour l’heure, je me lève, sentant chaque parcelle de mon corps meurtri par Viktor se rappeler douloureusement à moi, me reprochant peut-être d’avoir fait de l’esprit. Je devrais songer à une nouvelle devise, du genre "ne pas faire le malin avec des gros costauds"… Nan, je la tiendrais jamais. Mon chapeau, ai-je la surprise de constater, est posé sur le bouchon de radiateur de ma voiture, et en bon état. Je reconnais l’endroit où je l’ai parquée, et constate que je suis toujours dans le coin du ciné. Je m’installe en grimaçant au volant, et réfléchis un instant.
Je viens de me faire malmener par un mercenaire philosophe géant et son jumeau, sosies de Boris Karloff, qui voulaient des renseignements sur un type dont la fille est en asile de dingues et dont la femme ment sûrement à tout le monde. Dit comme ça, moi-même ne suis pas sûr d’y croire. Comme réfléchir me coûte et que mon crâne semble accueillir un régiment d’infanterie au complet, je me mets en quête d’une activité reposante et sans prise de tête. Le visage de Marilyn m’apparaît soudain, et, rayant la mention "reposante" de mon esprit, je dirige mon tacot vers son rade.
« Eh ben eh ben, t’as une des ces têtes mon grand ! Mais dans quoi tu t’es encore fourré ?
- J’ai discuté philosophie avec la créature de Frankenstein, réponds-je en plaquant contre mon visage l’escalope congelée que me tend Marilyn. Simple divergence d’opinion.
- Et l’autre, il est pas trop amoché ?
- Bouh, il est monstrueux ! »
Au moins, je n’ai pas vraiment eu à mentir pour sortir ça. Tandis que la viande froide commence à engourdir ma joue, je la regarde s’affairer à baisser les rideaux. Il n’y avait plus personne quand je suis entré, et nous sommes encore à quelques heures de la fermeture. Je lui lance, du ton de la conversation :
« Et sinon, ça marche les affaires ? »
Elle ne répond pas tout de suite, et passe un grand coup du chiffon accroché à sa jupe sur l’une des tables. Enfin, elle se redresse en soupirant et en se plaquant les mains sur les vertèbres.
« J’me disais qu’avec le froid, ça allait donner envie à plus de monde de venir prendre un bon café, tu sais. Mais avec cette saloperie d’neige, la plupart des gens sortent même plus de chez eux. Putain de ville, James. »
Je lève mon verre vers elle, comme pour porter un toast à cette pensée qui me vient au moins dix fois par jours :
« Putain de ville, Lou. »
Je la regarde un long moment en silence, tandis qu’elle essuie et débarrasse les tables. Je pense à aller lui donner un coup de main, mais elle me virerait comme une mère jarte son gosse de la cuisine. Alors je me contente de la fixer, sans penser à rien. Ni à cette putain d’affaire, ni à ce que je suis venu faire ici, ni à ce que j’y ferai effectivement dans quelques minutes.
Son tour de table terminé, elle regagne l’autre côté du bar, d’où elle m’arrache sans ménagement la cigarette que je viens de ficher entre mes lèvres fendues.
« Ca va te tuer, Spade.
- Au rythme où je vais, ça en aura pas le temps, ma puce », je lui rétorque sans animosité aucune.
Elle ne répond pas, et on garde tous les deux le silence quelques minutes. D’un coup, j’ai envie de lui parler, de me confier à elle. De lui parler de cette affaire, qui commence à m’obséder, et peut-être bien à me mettre en danger, aussi. Envie de lui parler de ça, de Doherty, de la neige, de ses steaks, de tout, de rien. Je sais qu’elle en a envie, aussi ; que si je me lance, elle m’écoutera, attentive, songeuse, qu’elle me dira ce qu’elle a à l’esprit en toute franchise.
Pourtant, les mots viennent pas. Et puis, d’un côté, j’en sais trop peu pour en parler. Et raconter mes affaires, c’est pas ce que je fais de mieux. J’évite en général ; devise numéro quatre, je crois. Faut dire qu’à part la sacro-sainte numéro une, les autres ont eu tendance à s’effacer progressivement de mon esprit ces derniers temps.
« T’a toujours le chalet de ton vieux dans les montagnes ? » je lui lance finalement sans préambule.
Elle sourit.
« Pourquoi, t’as dans l’idée de m’emmener prendre des vacances ?
- Un de ces jours, p’tet bien, j’élude, mais pour l’instant, je m’demandais si tu me prêterais pas les clés pour quelques jours. »
Elle fait mine de réfléchir un moment, ses yeux bleus perdus par-dessus mon épaule, mais je sais qu’elle va accepter, qu’elle l’a même déjà fait.
« Tu sais bien que oui, Jimmy, confirme-t-elle enfin. Pas de problème. Faudrait juste faire un poil de ménage, j’y suis pas monté depuis l’année dernière.
- Compte sur moi », dis-je en posant ma main sur la sienne. Elle est douce et chaude, et je me dis que quelque part, j’ai peut-être pas accordé à cette fille toute l’attention qu’elle méritait.
Je laisse remonter ma main le long de son bras, jusqu’à ses boucles dorées. Ses yeux se ferment à moitié, et elle incline sa tête, comme pour coincer ma main contre son épaule pour en profiter plus longtemps. Je me penche en avant et goûte brièvement et doucement à ses lèvres. Je leur ai toujours trouvé comme un goût de framboise, ce qui est encore le cas ce soir.
Se levant, elle avance le long du comptoir, vers un escalier qui disparaît dans l’ombre. Elle s’arrête devant la première marche, détache son tablier d’un geste précis, et tend une main vers moi.
« Viens. »
Je viens.
http://www.best-horror-movies.com/images/Mummy-karloff-headshot.jpg
Ah ben voilà la suite qu´on attendait
Bon ben rien de très constructif à apporter toujours aussi bien, malgré qu´on ait pas trop l´impression que l´enquête ait avancé
Un petite faute de frappe, là : "Si j’avais sur, j’aurais révisé avant"
"« Nan, moi ce que j’aime, c’est les steaks et le travail bien fait.
- Ca, c’est un zeugme, Monsieur Spade"
-> bon, un zeugme... dico : zeugma ou zeugme n. m. RHET Figure consistant à ne pas répéter un mot ou un groupe de mots exprimé dans une proposition immédiatement voisine (ex.: «Un précepte est aride, il le faut embellir; ennuyeux, l’égayer; vulgaire, l’ennoblir» [Delille])
... toujours pas pigé là XD
et sinon la photo mise en lien ça représente l´un des jumeaux Frankenstein ou.. ?
´fin bref, bonne continuation et viement la suite ^^
Merci ![]()
Pour le zeugme, ta définition est bizarre. C´est une figure de réthorique, qui consiste à employer un verbe et deux propositions différentes ; exemple :
Il posa son parapluie et une question
J´ai tiré ma révérence et ta soeur.
Donc mon truc est bien un zeugme^^
Sinon pour la photo, c´est Boris Karloff^^
Ben je sais pas moi c´est la déf´ de mon dico
...
Après vérification dans d´autres dicos, mon premier était à la masse ^^
Mais maintenant que j´ai capté le truc, je trouve quand même que ton zeugme est discret ^^ "Il posa son parapluie et une question" ça interpelle, le tien il faut le voir >_<, il a l´oeil le Georges...
´fin bref, bien joué
Arf connaissais pas Boris Karloff, j´ai des carences culturelles indéniables ![]()
T´as foutu un s à un George qui lui est à quelque part. ^^
Mmmh, bien, intéressant, je sens que j´ai aussi un reproche à faire sur le personnage principal mais ça vient pas.
Ça viendra.
![]()
Rien à dire, à part que vu que t´avais un chap´ d´avance, tu devrais poster rapidement la suite.
__________________________________________________
Vive la bombe à neutrons. ![]()
Merci
Chapitre 6
"Why you got to go and fuck with the program?"
- Fruit, The Wire -
Les rideaux ne laissent passer qu’une partie de la lumière déjà faible du soleil, qui recouvre les reliefs de la chambre de Lou. C’est une chambre assez classique, quintessence d’une femme perdue entre la trentaine et la quarantaine. Non que j’en aie visité beaucoup, ces derniers temps, des chambres de femme ; si Marilyn et moi ne sommes pas officiellement "ensemble" – officieusement non plus, d’ailleurs – j’ai un peu de mal à me retrouver avec une autre qu’elle. Pourtant, la plupart du temps, j’ai aussi un peu de mal à me retrouver seul avec elle ; un peu peur, aussi. Peur qu’elle voit qui je suis vraiment, ce que je fais, qui je fréquente. Peut-être que je préfère qu’elle me voie comme le mystérieux privé ; la réalité est nettement moins reluisante.
Pourtant, ce matin, je suis là, nu dans son lit, une cigarette entre deux doigts, au-dessus d’une soucoupe posée sur le drap, à ma droite. A ma gauche, Lou est paisiblement endormie, ses seins nus s’agitant tout aussi paisiblement au rythme d’une respiration tranquille. Je la regarde depuis une demi heure que je suis éveillé, n’osant pas la tirer du sommeil. Les fines rides, à peine visibles, qui s’étirent du coin de ses yeux et de ses lèvres témoignent de soucis quotidiens plus que d’un âge un tant soit peu avancé ; je le sais, je vois les mêmes tous les matins dans mon miroir. Ses cheveux blonds ne sont pas décoiffés et encadrent presque savamment son visage, lui donnant l’air d’une princesse de conte de fées. La princesse des steaks, songé-je vaguement, prisonnière d’un monde morne et enneigé, attendant un prince charmant, ne récoltant qu’un privé-raté-ancien-flic-ancien-alcoolo. Y’avait mieux dans le genre, et je suis pas certain de pouvoir lui offrir un happy-end. Je suis même pas certain de savoir ce que ça veut dire.
Elle se réveille finalement au moment où mon mégot me brûle les doigts. Je le lâche en grognant dans le cendrier improvisé, et me retourne vers le sourire désarmant de la belle au bois dormant. Elle semble dix ans de moins comme ça, et me fait me sentir minable.
« Hey, lance-t-elle doucement.
- Hey », fais-je aussi.
Je me sens soudain gêné, pas à ma place, l’air d’un lycéen fautif trouvé entre les jupes de Lucinda au bal de promo par un père puritain.
« Bien dormi ? s’enquit-elle.
- Ca va, réponds-je, mentant, me calant plus confortablement dans le lit. Et toi, ma belle ?
- Comme un ange. »
Je la prends par le menton, et attire son visage vers le mien.
« Oui, c’est exactement de ça que t’avais l’air. »
On s’embrasse pendant de longues secondes, avec pour seul fond sonore les plaques de neige qui tombe des gouttières et quelques voitures courageuses qui tentent de traverser la ville.
« Je te monte un petit-déj ? demande-t-elle une fois nos lèvres séparées.
- Laisse, c’est moi qui vais t’en monter un, ma belle. »
Je rejette la couverture au bas du lit, et commence à me lever, lorsque Marilyn pose fermement une main sur ma poitrine, me forçant à me laisser aller en arrière sur les draps fripés.
« D’accord, mais pas tout de suite », susurre-t-elle.
Sa main reste un instant posée sur mes pectoraux, concentré de fraîcheur à cinq doigts, puis descend lentement, ralentit au niveau de mon nombril, puis continue à descendre.
J’ai oublié de nourrir le chat.
Le beurre fondu grésille quand je lâche les six dernières tranches de bacon trouvées dans le frigo, et je baisse un peu le gaz. J’approche l’autre poêle, y casse quatre œufs d’un geste expert qui aurait sans doute impressionné Marilyn, et balance les coquilles dans la poubelle, d’un geste un peu moins expert. Tandis que je me penche pour ramasser les coquilles poisseuses, j’entends qu’on frappe lourdement à la porte. Je me relève discrètement, bien que je sache qu’on ne voit pas le comptoir de derrière la porte. De toutes façons, qui que ce soit, il a forcément vu la lumière que j’ai allumée.
La neige tombe toujours derrière la porte vitrée et voilée par un fin rideau. Enfin, je suppose qu’elle tombe, là où la vue n’est pas obstruée par la silhouette pachidermique de Doherty. Je jure entre mes dents, baisse le gaz sous les œufs, et vais ouvrir la porte.
Un sourire lourd de sens se fraye une tranchée dans les bajoues du flic, et il se dirige vers le bar, s’assoit sur un tabouret qui émet un grincement de protestation. Je retourne derrière le comptoir, remue les œufs en lui tournant le dos, et attend qu’il prenne la parole.
« Alors même toi, t’as trouvé une tasse ou tremper ton biscuit ? »
Décevant. Pour un truc qu’il mûrit depuis deux minutes, je m’attendais à mieux.
« Ouais. Le mien arrive à la trouver, la tasse, au moins. »
C’était relativement facile, mais je me sens bien mieux maintenant que j’ai sorti ça. Hier soir, je me suis rendu compte que j’avais plus rien à foutre du chef. Plus envie de faire semblant de le respecter non plus. Le sourire de Doherty vacille, puis se réinstalle profondément, mais un peu moins sûr. J’en profite pour enchaîner :
« Vous voulez quoi, chef ?
- Un café pour commencer, Spade, ça serait la moindre des politesses, non ? Noir, sans sucre. Et puis une des tranches du bacon que tu te fais griller, là. Et puis un ou deux œufs, aussi.
- Désolé, c’est mon p’tit déj, et y’en a déjà pas assez pour moi. Je serais bien allé vous tuer une vache, mais bon… »
Il tourne son sourire vers l’escalier, qui s’enfonce dans l’obscurité de l’étage.
« Ton p’tit déj, ou le vôtre ? Vachement romantique, hein ?
- Marilyn est pas là, réponds-je. Problème de famille. Elle a appelé, je la remplace pour la matinée. »
Reste qu’à espérer que Lou aura entendu Gros Porc arriver, et attendra gentiment dans sa chambre. J’espère aussi que l’obèse s’éternisera pas, j’en ai déjà plein le cul de le voir là.
Je sais qu’il entend bien garder un œil sur moi depuis qu’il a appris que j’enquêtais sur Simonson, et encore plus depuis que j’ai assisté à son petit négoce avec mon garagiste. Il a sûrement dû réfléchir longuement, tenter de déterminer si oui ou non j’étais un problème. Je penche pour le "oui".
« Pas grave, reprend-il, agrippant la tasse que je lui tends. C’est toi que je cherchais. Je passais dans le coin, et j’ai vu ta caisse.
- Je suis là. »
J’ai rien trouvé de plus intelligent à rétorquer. Mieux vaut pour le moment mettre les sarcasmes en veilleuse et écouter ce que Gros Porc a à me dire. Parfois, même si j’ai du mal à l’admettre, fermer ma gueule peut servir.
« Alors, ça avance comment, l’affaire Simonson ? »
Bingo. S’il avait un peu plus de méninges que de cholestérol, jamais il aurait posé cette question de façon aussi directe. Aussi stupide. Je le savais déjà, mais il confirme sans s’en rendre compte que lui ne sait rien de la soi-disant "affaire Simonson". Comme je suis particulièrement en forme ce matin, j’en déduis même qu’il aimerait bien en savoir plus, pour une raison qui m’échappe encore. Je sais aussi deux ou trois trucs qu’il préférerait que j’ignore, comme par exemple que le Gros Porc a conduit une Julia Simonson apeurée dans une grange paumée, pour la soumettre à un interrogatoire au milieu d’une fange de politicards et autres huiles toutes moins respectables les unes que les autres, avant de l’enfermer dans un asile et de la faire bourrer de drogues comme il se bourre consciencieusement de donuts.
Fine, Spade. Tu la joues fine.
« Ca avance pas, pour tout vous dire. J’enchaîne fausse piste sur fausse piste… (Je hausse les épaules) Honnêtement, je pensais laisser tomber d’ici un ou deux jours si j’ai rien trouvé d’ici là.
- Je vois, lance-t-il en essayant d’adopter un air dégagé. En fait, c’est pour ça que je venais te voir. »
Il plonge une main entre sa graisse et sa veste, et en sort une enveloppe de taille standard. La même que Stern m’avait passée sur un pont, et que j’avais remise à l’Ecossais ; mon cœur se serre un instant, je flaire le coup monté, imagine son sourire jubilatoire lorsqu’il me mettra en état d’arrestation, la gueule béate de l’Ecossais, Marilyn atterrée…
« …Quelques éléments, mais ça devrait déjà être pas mal, non ?
- Pardon ? fais-je subitement, ayant conscience de sursauter.
- Je disais que c’était tout ce qu’on avait réussi à trouver sur l’affaire Simonson, reprend le chef. Pas grand-chose, mais ça pourra peut-être t’aider. »
Il glisse l’enveloppe sur le comptoir, et je pose ma main dessus sans l’ouvrir. Gros Porc me dévisage par-dessus sa tasse fumante, son visage ayant opté pour une expression d’amusement narquois. Ca lui va pas du tout. Je lève l’enveloppe au niveau de mon visage, et la regarde longuement sans l’ouvrir. « Et maintenant, James le Magnifique va voir à travers l’enveloppe ! »
Conscient d’avoir l’air perdu, donc vulnérable, je la pose à côté des poêles, hors de portée de Doherty. Je prends le temps qu’il faut pour transférer œufs et bacon dans une assiette, que je pose à côté de la plaque de cuisson, et non sur le comptoir. Le seul petit-déjeuner que je prendrais avec Gros Porc sera le matin où j’irai manger sur sa tombe.
Il a l’air déçu que je n’ai pas ouvert l’enveloppe, même s’il essaye tant bien que mal de le dissimuler. Plutôt mal que bien ; l’inconvénient d’avoir des joues de la taille du Kansas, c’est que chaque tressaillement cause un séisme à l’autre bout de la planète. La discrétion a été définitivement bannie du champs lexical de Doherty.
« Et que me vaut cet honneur, Chef ? » fais-je en m’adossant au mur, bras croisés.
Il hausse les épaules (deuxième séisme à Pékin), vide le fond de sa tasse avec un bruit qui doit approximativement être celui d’un tsunami, et dit :
« Comme je te l’ai dit, nous, on a laissé tomber l’affaire. Trop de boulot – de vrai boulot. Mais y’a pas un jour de ça, hier quoi, devine qui je croise ? Miss Simonson en personne. Et là, elle se met à me dire que je suis qu’un salaud de rien faire pour trouver son mari, elle me baratine à propos de la justice, du travail bien fait, et blablabla, et blablabla…. Alors du coup, j’me suis senti un peu gêné, tu percutes ?
- Je percute.
- Bref, toujours est-il que je me sens limite obligé de lui assurer que non, on a pas laissé tomber l’affaire, que oui, je sais qu’elle t’a embauché, et que de toutes façons, toi et moi, on travaille là-dessus en étroite collaboration. »
Je fais preuve d’un self contrôle surhumain pour m’empêcher d’éclater stupidement de rire. Gros Porc Doherty et moi, en étroite collaboration, ferait beau voir. C’est déjà arrivé, pour sûr, mais à l’époque j’avais un badge et pas le choix. Une des meilleures choses qui aient pu m’arriver en étant obligé de quitter la police, c’est de plus avoir à bosser avec lui. Le genre de truc pour lequel, si j’étais croyant, j’adresserais chaque jour une prière de remerciement à Dieu.
« D’accord, dis-je simplement.
- Enfin voilà, enchaîne-t-il aussitôt, comme s’il commençait seulement à se rendre compte de ce que sa présence ici avant d’incongru. Je te laisse ça, j’espère que ça pourra t’aider. Hésite pas à me contacter s’il te faut autre chose, Spade. Vu ?
- Vu », réponds-je, ravalant la cascade de sarcasmes qui me vient en tête. Doherty est sur le point de repartir, je vais pas lui donner de bonnes raisons de rester là à m’emmerder.
Il semble hésiter un peu, les yeux posés sur mon bacon en train de refroidir, puis glisse sa masse hors du café. Sa silhouette crée une simili-éclipse au moment où la porte vitrée se referme derrière lui, puis il disparaît. Quelque chose me dit que ça sera pas pour longtemps.
Marilyn sort de l’ombre à ce moment-là, un fin sourire aux lèvres et une chemise de nuit aussi fine au corps. Le fait qu’elle apparaisse juste après que Gros Porc disparaisse est sans doute pas une coïncidence, elle a probablement entendu toute notre discussion. J’attends qu’elle dise quelque chose en la regardant remplir une deuxième assiette d’œufs et de bacon, et je nous sers deux cafés. Les tasses à la main, je la suis vers une table du fond.
« Qu’est ce que voulait Doherty ? demande-t-elle finalement.
- Aider.
- Aider ? Toi ? J’ai raté un épisode, depuis quand vous êtes les meilleurs amis du monde ?»
Gardant un air neutre, je réponds par-dessus ma tasse :
« Oh, c’est probablement le moyen le plus subtil que ce con ait trouvé pour me piéger. Quoi qu’il y ait dans cette enveloppe qu’il m’a offerte, le plus sage serait de ne jamais le regarder.
- Et depuis quand tu es sage, Spade ? »
Je lui lance un clin d’œil.
« Précisément. »
Bon, ben trouvant enfin une minute pour lire cette suite, je ne suis pas déçu ^^
deux fautes il me semble :
"Il a l’air déçu que je n’ai pas ouvert l’enveloppe"
-> que je n´aie
"à se rendre compte de ce que sa présence ici avant d’incongru."
-> là c´est certain il manque un truc
Bon ben sinon le style est toujours agréable à lire, et ils sont mignons tous les deux
XD
Mais on avance pas trop dans l´enquête, et vu qu´on a l´impression qu´il reste beaucoup à découvrir... ´fin bref, j´attends la suite, et de savoir ce qu´il y a dans cette putain d´enveloppe...
Rien à dire. La suite ? ![]()
Ouais, c´est mimi comme tout.
A part ça, j´attends la suite comme les autres. ![]()
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Vive la bombe à neutrons. ![]()
Si on le menace de ramener kingo, il postera la suite plus rapidement ?
:kingo:
Ca y est. J´ai eu le courage de le lire ![]()
Bravo. J´éprouve de plus en plus d´antipathie pour Doherty (alias Miser Séïsme
) et j´ai pas trop de difficultés à éprouver la même chose que Spade.
"à se rendre compte de ce que sa présence ici avant d’incongru."
-> là c´est certain il manque un truc
"à se rendre compte de ce que sa présence ici avant d’incongru."
-> là c´est certain il manque un truc
Non. Il à du vouloir mettre "avait" plutôt que "avant".
![]()
ben c´est ce que je dis il manque un "i"
-et il y a un "n" en trop-
mais même je trouve pas cette phrase très jolie avec ce "de ce que"... j´aurais plutôt mis "comme s’il commençait seulement à se rendre compte que sa présence ici était incongrue. "
Moi aussi j´ai galeré pour assimiler cette phrase au début, mais je m´y suis fait. Les hobbits on un dialecte différent du nôtre ![]()