Hier soir, j´ai eu la chance de pouvoir discuter avec un russe et un biélo-russe. Rapidement, notre conversation s´est orientée vers la politique en Russie et en Biélorussie de leurs présidents respectifs, Poutine et Loukashenko.
La majorité en Occident, dont moi, s´accorde à dire que ces régimes sont quasi, voir même totalement dictatoriaux. L´on se souviendra entre autres des meurtres sur la journaliste Anna Politskaya, sur l´espion Livitnenko, des emprisonnements de Mikhail Khodorkovsky (tiens tiens) et de Garry Kasparov, des pressions étrangères sur l´Ukraine et l´Estonie et enfin de la répression dans le Caucase, et en Tchétchénie en particulier.
Nous, qui vivons en démocratie, accordons beaucoup d´importance au respect de celle-ci.
Je me trouvais donc rapidement en vive discussion avec ces deux ardents défenseurs du régime de Poutine. Le père du Biélorusse en question avait pourtant dû fuir son pays car il était en désaccord avec la politique de Loukashenko.
Mais voici globalement le discours qu´ils m´ont tenu. Il faut savoir que ces pays sortaient d´environ 70 ans de communisme. L´on ne peut pas exiger d´eux que tout bascule vers une démocratie totale en quelques années. Chez nous aussi ce fut le résultat d´un long processus.
Le capitalisme sauvage mis en place sous Gorbatchev et Jeltsine (très bien vus en Occident) a surtout permis à quelques uns de s´enrichir très rapidement, à l´Occident de prospérer, mais surtout à appauvrir un grand nombre de la population. La corruption et l´emprise de la maffia nous ont mené à faire une comparaison avec les Etats-Unis des années ´30.
Et puis est venu Vladimir Poutine. Certes, ils étaient d´accord qu´il n´y a pas de liberté de presse en Russie, ni de liberté d´opposition, mais ils sont totalement convaincus que c´est nécessaire pour faire s´améliorer la situation et qu´elle n´a jamais été meilleure que maintenant. Ils prétendent que l´opposition est vraiment très minime (je leur opposai que c´est peut-être leur presse qui le leur fait croire, et que l´opposition a peur de parler) et que la politique actuelle en Russie permet au moins à la grande majorité de la population de vivre décemment. Qu´au moins les pensions étaient payées et que les gens normaux ne devaient pas souffrir de la faim, et qu´ils préféraient un tel système au système américain où un quart de la population vit sous le seuil de la pauvreté.
Ils affirmaient donc clairement qu´ils préféraient abandonner un peu de démocratie pour le bonheur matériel de la majorité. La théorie de Platon et son rejet de la démocratie ont également été abordés lors de notre conversation.
Bien sûr, nous avons parlé de la situation des Tchétchènes, qui paraissait d´ailleurs les laisser assez froids, et du racisme prononcé en Russie, mais je dois avouer que je ne peux pas leur donner tort pour tout. Nous devons veiller à ce que personne ne soit opprimé, j´en conviens, et nous devrions d´ailleurs plus faire d´efforts pour que la Tchétchènie devienne un territoire sous mandat des Nations Unies, mais est-ce que nous ne devrions pas laisser le temps à la Russie d´aller progressivement vers une démocratie, et qu´en attendant, l´existence matérielle de la majorité soit garantie?
J´aimerais connaître l´avis des forumeurs là-dessus.