L'élection ce week-end à l'UMP est un signe, ou plutôt une confirmation. Droitisation ? Peut-être, mais ce n'est pas le sujet. En fait, cet élection, par certains aspects, est relativement similaire à la primaire d'Europe Ecologie de 2011.
Le parallèle peut apparaître grossier, pourtant les points communs sont nombreux : Fillon et Hulot dans le rôle des favoris, avec une légimité assez grande, tandis que Copé et Joly occupent le rôle d'outsiders, avec moins de charisme ou de légitimité.
Ce qui est intéressant, c'est de constater que dans les deux cas, ce sont les outsiders qui ont gagné contre toute attente, grâce à une stratégie relativement similaire, qui semble être de plus en plus efficace, car adoptée également avec succès par le Front National et Nicolas Sarkozy en 2012.
La stratégie part d'un principe simple : « a priori, je n'ai aucune chance de gagner, je peux donc me permettre de dire n'importe quoi car j'ai rien à perdre ». Pendant longtemps, les politiciens ont sur-estimé l'intelligence politique de leurs militants, mais ils semblent de plus en plus conscients que dire des contre-vérités est de plus en plus efficace. Par contre-vérité, je n'entend pas des arrondissements de vérité, du genre "le chomage a augmenté en France, mais moins vite qu'en Espagne !!!", mais plutôt 1+1=3. Oui, carrément. C'est beaucoup revenu dans la campagne, avec certains mensonges particulièrement grossiers :
- Papandreou le socialiste, responsable de la crise en Grèce : FAUX. C'est le gouvernement précédent, conservateur, au pouvoir pendant 5 ans qui a maquillé les comptes à gogo pour séduire ses électeurs. Alors que l'Union Européenne s'inquiétait déjà du déficit budgétaire du pays, le gouvernement annonce fièrement avoir diminué de moitié ce déficit, après avoir maquillé ses comptes. Et tout est passé comme une lettre à la poste. Lorsqu'il arrive au pouvoir en 2009, Papandreou s'apperçoit rapidement que les comptes ont été truqués et que le pays est au bord du désastre. Il convoque une conférence de presse et annonce au monde que le déficit budgétaire est en fait 2 fois supérieur à ce qui était annoncé, et donne le coup d'envoi d'un plan d'austerité pour tenter de sauver les meubles. En vain, il était trop tard.
- Zapatero le socialiste, responsable de la crise en Espagne : FAUX. C'est le gouvernement précédent, du conservateur José Maria Aznar, qui a conduit le pays à l'abyme, à cause d'une politique aberrante. Profitant d'une forte baisse des taux d'intérêts due à une entrée dans l'Euro (1) (oui oui, l'Euro a bien eu des avantages), l'Espagne se lance dans une politique du tout immobilier, qui amène une forte croissance et des salaires très élevés. On parle alors du « miracle espagnol », qui est même vanté par les médias français lors des journaux télévisés en 2006. Mais en se basant sur ce seul secteur, l'Espagne est devenue une "cimenterie géante" qui s'est écroulée comme un chateau de sable à la suite de l'explosion de la bulle spéculative immobilière. Pas assez diversifiée, l'économie espagnole a littéralement implosée.
- Hollande, responsable de l'explosion de la dette en Corrèze : FAUX. Je copie-colle ce que j'avais ennoncé dans un précédent billet : Entre 2002 et 2008, la Corrèze était sous majorité UMP. La dette est passée de 50 millions d'euros à 300 millions d'euros, soit une augmentation de 600%, faisant de la Corrèze le département le plus endetté de France. Depuis que François Hollande a pris la direction de la Corrèze, la dette est passée de 300 millions à 363 millions d'euros, soit une augmentation de 21%. Entre 600% d'augmentation sous le régime de Droite, et 21% sous la Gauche, le contraste est saisissant. Alors bien sûr, il y a le mythe des Ipad distribués aux collégiens. Mais on ne peut oublier que cela ne représente que 1.5 millions d'euros par an, soit le budget nécessaire pour construire... seulement 150 mètres de rocade. Mais qu'importe, chez une bonne partie de l'UMP, le mythe corrézien est bien ancré.
Niveau contre-vérités, pour en revenir aux élections à EELV et à l'UMP, on a été servi. Dans les deux cas, le favori était dénnoncé comme le "candidat des sondages", des "bobos parisiens", du "milieu parisien". Stratégie brillantissime, vieille comme le monde, monter les Hommes les uns contre les autres, mais ici adaptées à un fantasme très présent chez les français : l'idée selon laquelle les "parisiens" vivent déconnectés des réalités, comme si par exemple, la pauvreté n'y existait pas. Belle fable. Lorsqu'on observe les réseaux sociaux, on s'apperçoit que ça marche du tonerre. Depuis, le mot "bobo" est recyclé à toutes les sauces, sur les télés, les forums, les réseaux sociaux ; à en faire une overdose.
En outre, niveau contre-vérité, dénnoncer un candidat favori comme le candidat des sondages, ça permet de faire jouer la susceptibilité des militants, qui ont bien souvent une haute opinion d'eux-même, et qui ne souhaitent pas se voir guider leur vote. En quelque sorte, ils votent alors guidés par l'anticonformisme. Très habile.
Le deuxième volet, là aussi important pour l'outsider, est de considérablement radicaliser son discours, et de ne pas se priver pour carricaturer son opposant en "écolo tiède" du côté d'EELV ou bien en "droite molle" du côté de l'UMP. Et là encore, ça marche du tonerre chez les militants, qui sont en général très radicaux.
Beaucoup de militants s'étonnent : « mais pourquoi diable nos dirigeants sont ils si loin dans leur discours que les militants ??? ». La réponse est pourtant très simple : le clivage très profond entre les sympathisants d'un parti, et les militants. En règle générale, les sympatisants sont beaucoup plus modérés que les militants. Et ils sont plus susceptibles d'être victimes des médias qui simplifient en général les discours politiques. Joseph, directeur d'une équipe de recherche au CNRS par exemple (2), sympatisant UMP va se sentir choqué par le discours de Copé, parce que selon lui "il ne correspond pas à mes préocupations" et va préférer François Fillon. Voilà pourquoi les hommes politiques évitent à tout prix, en règle générale, d'avoir des discours radicaux, car en général les militants sont acquis à la cause du parti, donc inutile de les convaincre. SAUF, SAUF, dans le cas des élections internes, où il ne faut convaincre que les militants.
Et cette stratégie pose de nombreux problèmes. En effet, si seuls les militants peuvent voter, ils prennent le risque de nommer un candidat trop radical, trop discret. Lorsque ça reste dans le parti, ce n'est pas nécessairement un drame. Mais lorsque cette élection interne déborde sur des enjeux nationaux, c'est la catastrophe assurée. Souvenons des militants PS qui préfèrent Royal à DSK en 2006 : un choix qui s'est avéré problématique lors de l'élection présidentielle. Et que dire du choix de Joly par les militants EELV, qui l'ont préféré à Hulot, le favori, dénnoncé comme "le candidat des multiunationales" (tiens une autre contre-vérité grossière) ? Un désastre absolu. Il est fort probable que Hulot, plébiscité par les sympatisants, aurait été un meilleur choix.
Ce qui inquiétant pour l'UMP, c'est que le choix de Copé pourrait avoir les mêmes conséquences que le choix de Joly par les militants d'EELV, à savoir une perte d'influence du parti, ridiculisé par une parole qui ne correspond pas aux attentes des français, notamment des sympatisants de droite. Les jeunes sortis tout droit des grandes écoles -privées- fanfaronnent dans les médias, tel Peltier "ça y est les politiques parlent enfin de ce que les français veulent entendre", mais ils se trompent. Les politiques comme Copé, parlent avant tout aux militants, et non aux sympathisants, et encore moins aux Français. L'illusion de la présidentielle, portée par des journalistes comme Eric Zemmour, d'une défaite plus courte que prévue grâce à un discours droiter ne saurait cacher le fait que le mauvais score de Hollande est avant tout du à la campagne "ultra-safe" qu'il a mené, ne prenant aucun risque pour sécuriser ses chances de victoire, quitte à risquer un éfrittement qui serait de toute façon insufisant compte tenu de son avance dans les médias. Et n'oublions pas non plus que plusieurs apôtres de la droite "forte", comme Peltier, Morano, Joissains, Barèges, ont tous été laminés aux législatives, contrairement à leurs homologues modérés. L'UMP fait fausse route, et se fait des illusions : leur opposition est tellement décalée qu'il est fort probable que si François Hollande est porteur d'un bilan ne serais-ce que moyen, il sera réélu finger in the noose. Car que les militants ne se trompent pas, Nicolas Sarkozy ne prendra jamais le risque de se présenter face au président sortant si la victoire ne lui est pas quasi-assurée. Notre ancien président se frotte les mains, il échaffaude son plan pour frapper sous la ceinture et achever un Hollande à terre en 2017. Il devrait se méfier, le Parti Socialiste, et son armée de technocrates sortis des grandes écoles, a plus d'un tour dans son sac. C'est bien pour ça qu'ils ont échaffaudé le plan d'une cigale qui se cacherait en loucedé dans le costume d'une fourmi en attendant la reprise économique : le moins de rigueur possible, pour ne pas caser la croissance qui se profile. Halala, l'UMP de Copé risque d'être bien déçue !
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(1) : Qui va payer la crise, François Lenglet, Fayard p35-36
(2) : personnage fictif
Oops. Le titre entier était : Copé, Joly : même combat ![]()
Une tribune qui a parfaitement sa place dans Le Monde. Très bonne analyse à mon avis.
- Hollande, responsable de l'explosion de la dette en Corrèze : FAUX. Je copie-colle ce que j'avais ennoncé dans un précédent billet : Entre 2002 et 2008, la Corrèze était sous majorité UMP. La dette est passée de 50 millions d'euros à 300 millions d'euros, soit une augmentation de 600%, faisant de la Corrèze le département le plus endetté de France. Depuis que François Hollande a pris la direction de la Corrèze, la dette est passée de 300 millions à 363 millions d'euros, soit une augmentation de 21%. Entre 600% d'augmentation sous le régime de Droite, et 21% sous la Gauche, le contraste est saisissant. Alors bien sûr, il y a le mythe des Ipad distribués aux collégiens. Mais on ne peut oublier que cela ne représente que 1.5 millions d'euros par an, soit le budget nécessaire pour construire... seulement 150 mètres de rocade. Mais qu'importe, chez une bonne partie de l'UMP, le mythe corrézien est bien ancré.
LOL :
http://www.youtube.com/watch?v=d6mVlfbc7uI
Et pour le soit disant mythe des IPad , il en parle lui même
Argument : "LOL + je fous une vidéo comme ça" et hop hop hop, j'ai raison
M'kay.
Nivellement intellectuel par le bas, ici. On se croirait presque sur les blabla où chaque fanboy se contente se foutre des liens de vidéos de son idole, Soral par exemple, en guise d'argument.
Donc blablablablabla ta vidéo. Très très intéressant, je t'assure. Sauf que les chiffres vont dans le sens de François Hollande, et pas de l'UMP.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Conseil_g%C3%A9n%C3%A9ral_de_la_Corr%C3%A8ze#Endettement
( et merci imthere
)
En effet, le texte de Campos complète la vidéo, et montre que c'est bien la faute de l'UMP.
Sans pour autant défendre les actions de Hollande en Corrèze, ce que la vidéo montre, c'est l'incompétence de l'UMP.
Bon texte sinon !
(lock pour copier coller depuis ton blog
)
Excellent, j'ai tout lu. Je pense que j'ai pas grand chose à y redire, tout se tient. C'est très sortable dans un canard comme dit l'autre.
Bon, sinon, ça fait vraiment du bien de lire ça à propos de la Corrèze. C'est mot pour mot ce que je sortais pendant l'élection présidentielle dès que j'entendais cette ineptie. Mais rien à faire, C LE AIE PADE §§§§§§§§§§
Encore récemment j'ai ce débat, le même lieu commun. C'est dingue parce qu'il suffit d'une malheureuse recherche Google pour se rendre compte que c'est faux, mais non. Et puis c'est triste de voir qu'on prend le plus moisi des exemples pour démonter du socialo alors qu'on pourrait écrire une bible sur leur tare...
Campos : très bonne analyse.
Je suis d'accord avec l'essentiel, sauf peut-être quand tu dis que la droitisation n'a pas fait remonter Sarkozy à la dernière présidentielle. C'est difficile à dire. Dans ce cas précis, étant donnée la puissance de l'extrême-droite, il est possible que Sarko ait réussi son coup en faisant fuir les électeurs du centre-droit pour récupérer une partie de ceux de Le Pen : il a peut-être gagné au change. Le problème le choix de NKM comme porte-parole : catastrophique, pas du tout en phase avec sa stratégie. NKM, c'est le type même de la bourgeoise "bobo", très éduquée et policée, assez progressiste, pas nationaliste/chauvine... Bref tout ce que le beauf (trololo) qui vote naturellement FN déteste. Ça a peut-être un peu "brouillé les pistes". Peut-être que s'il avait une campagne plus au centre, il aurait mangé une défaite beaucoup moins honorable.
Bref, on reste là dans un contexte particulier, qui est celui de la forte montée de l'E-D en France ces dernières années.
Il est vrai que de manière générale, une primaire au sein d'un parti pousse vers les extrêmes, et après, il est dur de se recentrer.
Mitt Romney en a fait les frais : gouverneur du Massachusetts très modéré, toujours prêt au compromis avec les démocrates... Mais, pendant la primaire républicaine, il a dû affronter les cinglés genre Santorum, Rick Perry... et se battre sur leur terrain. Et après, pendant la campagne, faire volte-face une fois de plus aurait été difficile... Du coup, il a dû continuer dans une ligne plus dure que celle qui est la sienne.
On pourrait également citer le cas de Montebourg : un type propulsé en avant par la dynamique d'extrémisation du parti. ![]()
Et on pourrait également remarquer qu'au sein du PS, pendant la primaire ouverte, c'est, parmi les deux candidatures principales (Hollande et Aubry) la plus au centre qui a gagné. Or cette fois-là, la primaire accueillait tous les sympathisants, et pas seulement les militants - qui auraient pu renvoyer un résultat différent...
Excellente analyse! ![]()
Merci!
Je suis d'accord avec ce qu'a ajouté Dark Magean.
A ce que j'ai lu tu as un blog? ça m'intéresse ! ![]()
L'illusion de la présidentielle, portée par des journalistes comme Eric Zemmour, d'une défaite plus courte que prévue grâce à un discours droiter ne saurait cacher le fait que le mauvais score de Hollande est avant tout du à la campagne "ultra-safe" qu'il a mené, ne prenant aucun risque pour sécuriser ses chances de victoire, quitte à risquer un éfrittement qui serait de toute façon insufisant compte tenu de son avance dans les médias
Une illusion ?
"Quand, au mois de janvier, M. Sarkozy fait la campagne que j'aime – sur le rattrapage de l'Allemagne, la compétitivité, la TVA sociale –, il ne gagne pas 1 point. Quand il fait la campagne "buissonnière", il en gagne 5 à 6"
Alain Minc.
http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/05/18/alain-minc-la-gauche-ne-peut-gagner-que-par-effraction_1703463_1471069.html
En outre, on pourrait ressortir la multitude de sondages qui donnaient Sarkozy absent du second tour et un 21 avril à l'envers jusqu'en novembre décembre 2011, et la stagnation de janvier 2012.
Sarkozy n'était pas en campagne en janvier, il a commencé vers début mars.
Et la campagne "buissonnière" a commencé a ce moment là.
"Quand il fait la campagne "buissonnière", il en gagne 5 à 6 "
Faut a arrêter de dire que si il est remonté c'est grâce à la campagne buissionnière. Si ça ce trouve sans ça il aurait fait aussi bien voire mieux!
Et puis il a profité de l'affaire Merah, le genre d'histoire qui favorise toujours les personnes au pouvoir (sauf si elles font n'importe quoi genre Aznar en Espagne) et qui dans ce cas collait parfaitement à la "ligne buisson".
Même avec ça il n'a pas réussi à gagner...
Bref dans l'ensemble je suis parfaitement d'accord avec l'analyse de Campos.
De toute façon je pense qu'il ne devrait pas y avoir de parti aussi gros que l'UMP (ou le PS même si il prend moins d'espace politique) du temps de l'UDF + RPR le pluralisme était mieux assuré et les 2 partis pouvaient gouverner ensemble sans problèmes.
Il est officiellement candidat en février, mais depuis un moment tout le monde savait qu'il allait y aller, et la campagne était lancée avant.
Il dit janvier comme il peut dire février.
la campagne buissoniere lui a permis de monter dans les sondages.
Jamais aucun sondage ne lui aurait donné autant d'avance sur Marine Le Pen.
En 2011, Sarko était à 18%, Marine à 22%, et Marine a perdu son avance.
Même avec ça il n'a pas réussi à gagner...
La meilleure des campagnes ne peut pas effacer 5 ans de médiocrité. Mais c'était la meilleure des campagnes à mener pour lui.
L'exemple de Montebourg rentre parfaitement dans le moule effectivement, j'aurais pu le citer. Surtout qu'une fois confronté aux responsabilités, c'est très très médiocre.
Sinon j'ai un blog, mais très peu actif :
http://modorange.canalblog.com/
Ton article sur ton choix de François Hollande m'a fait sourire.
Tu crois que le conservateur que je suis se satisfait de l'UMP libéral, avec les NKM, Bachelot, Baroin ou autre Raffarin ?
Et le RPR est tout sauf un parti de centre droit, et c'est justement parce qu'il a fondu dans un parti de centre droit que les militants cherchent à en sortir, ne comprenant pas cette centrisation de ce parti bonapartiste.
Bah oué comme je disais fallait pas créer l'UMP.
Le RPR classé à droite et l'UDF de centre droit ça semblait bien pour tout le monde.
Balladur, Juppé, c'est centre droit mon ptit bonhomme, bien avant la création de l'UMP.