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Liste des sujets

- Navire Sanglant - (projet Water)

DragonNoir
DragonNoir
Niveau 10
23 mars 2002 à 21:36:28

Salut les gars! La voilà, ma nouvelle. Soyez gentils, pas de remarques avant la fin du copier/coller.

Raphaël LAFARGE
Pseudonyme numéro 1 : BadRanger
Pseudonyme numéro 2 : DragonNoir

NAVIRE SANGLANT

Prologue

Le soleil venait de disparaître à l’horizon. Les nuages violacés avaient viré au gris ; le ciel était devenu d’une couleur uniforme, un bleu sombre et profond. Aucune étoile n’était encore apparue.
Dans la jungle, il se déroulait autant de drames que pendant la journée ; un lézard bleu s’approchait du villageois égaré qu’il venait de pétrifier ; des fauves dévoraient des macaques ; les grenouilles magiques se reproduisaient en embrassant d’autres êtres vivants, les transformant eux aussi en batraciens. Mais l’activité des prédateurs n’empêchait pas le silence de s’étendre progressivement sur la jungle, comme une chape de plomb.
La silhouette sombre, aux angles brutaux, de l’avion se découpait nettement sur le ciel nocturne. Il fendait l’air comme un oiseau mécanique de cauchemar, défi lancé à la nature, hommage à la technologie moderne.
Sur le flanc de l’avion, un idéogramme complexe souligné de la mention « SHIN-RA INC. ». En dessous, une marque : « Gelnika ». Il semblait se comporter normalement. Seul un léger panache de fumée sombre que l’engin laissait dans son sillage dénotait qu’il était en difficulté.

A l’intérieur, c’était la panique. Scientifiques engoncés dans des manteaux blancs, gardes en uniformes bleus et techniciens vêtus de gris couraient en tous sens en marmonnant des malédictions.
- L’échantillon a détruit la réserve de parachutes ! gémit Carson.
C’était un petit mécano fluet, à la voix enrouée. Il était d’autant plus inquiet qu’il connaissait leurs chances de survies. Les profs avaient réussi à maîtriser cette saloperie de monstre, mais il avait causé des dommages irréparables au réservoir de carburant et lancé une boule de feu qui avait cramé tous les parachutes. Il aurait voulu saborder l’avion, qu’il n’aurait pas fait mieux.
Il se hâta vers le cockpit. Andrew, le pilote, avait le visage baigné de sueur. Il lançait de frénétiques appels à l’aide dans la radio.
- Mayday ! May-day ! MAY-DAY ! Nous survolons Gongaga ! Nous souhaitons être repêchés rapidement. Prévoyez d’urgence un stock de Queues de Phénix, parce qu’il y a peu de chances pour qu’un seul d’entre nous survive ! Ca urge !
- Andrew, pourquoi « repêchés » ? fit Carson.
Le pilote se tourna vers lui. Il avait les yeux fiévreux.
- Je vais envoyer ce…
Il tira le manche à balai.
- …cercueil volant… dans la mer. Près de cette côte, le sauvetage ne devrait pas leur causer beaucoup d’ennuis.
- Mais nous allons nous noyer ! Le Gelnika est beaucoup trop lourd pour flotter !
- Pas de problème, Carson. Dans la soute, j’ai quelque chose qui devrait nous aider. Va le chercher.
Il donna un dernier coup au tableau de bord et saisit à nouveau le micro de la radio.
- MAY-DAY ! MAY-DAY !
Un grésillement retentit dans le haut-parleur, mais Carson ne comprit pas les paroles.
- Je m’en fiche ! rétorqua Andrew. Pas dans quatre heures ! MAINTENANT ! Et je me fiche aussi des problèmes actuels de Shinra Inc. avec ce groupuscule terroriste ! MAY-DAY ! Merde, c’est même pas ça ! MY-DEATH, CONNARDS ! MY-DEATH ! MY-DEATH !
L’avion subit une brusque secousse. Andrew désigna du doigt la trappe qui donnait sur la soute. Le mécano hocha la tête, ouvrit la trappe et plongea dans l’obscurité.

Une nouvelle secousse ébranla l’appareil ; la trappe se referma. Carson lança un petit sort de Feu pour éclairer la soute.
C’était une pièce très étroite. Plusieurs caisses de matériel scientifiques étaient alignées là. Mais le mécano n’était pas seul.
Un scientifique se tenait devant lui. Il avait un sourire dément et restait pelotonné dans des blocs gris qui ressemblaient à des matelas miniatures.
- Salut, Carson.
- Qu’est-ce que c’est que ça ?
- Les isolants qui protègent le contenu de toutes ces caisses. Ils suffiront à amortir le choc. T’es surpris, hein ?
- Vous mourrez noyé, de toute façon. Nous allons plonger dans l’océan.
- Je sais. Mais tu mourras, pas moi. C’est le pilote qui vous envoie chercher… ça ?
L’homme montra son poignet. Un bracelet argenté y était fixé. Du mithril. Le vif-argent, métal plus dur que le titane, plus malléable que l’or, plus précieux que le platine, totalement inoxydable. Mais Carson se doutait que ce n’était pas là ce que le scientifique désirait lui montrer.
Dans un renfoncement du bracelet de mithril était fixée une sphère violette, de la taille d’une balle de golf.
- C’est une Matéria Sous-Marin, dit l’inconnu. C’est très rare. Je survivrai donc au choc et à la noyade. Joli coup, non ?
- Pourquoi restez-vous terré ici ?
- Facile à comprendre, Carson. Si je sors de cet habitacle, tous ces crétins, pris de panique, se jetteront sur moi pour m’arracher les isolants et la Matéria Sous-Marin. Ils se piétineront, se battront jusqu’à la mort pour être celui qui survivra, et en fin de compte, tout le monde mourra.
- Vous ramènerez nos corps à la surface pour les ressusciter ?
- Des clous. Si je suis le seul à connaître les résultats des recherches, Shinra m’offrira une petite prime et un nouveau poste. C’est donc la dernière fois que tu me vois, Carson.
- Donnez-moi tout ça, salopard !
- Viens chercher le matos !
Tandis qu’il se jetait sur le scientifique, Carson sentit que le Gelnika plongeait.
L’avion disparut sous la surface de l’eau, dans une surface en U entre une large bande de terre et la région du désert. Il continua sa trajectoire sous les flots et s’écrasa finalement contre la paroi de la plaque continentale, avant de glisser et de sombrer dans les abîmes.

shadow999
shadow999
Niveau 10
23 mars 2002 à 21:37:49

cool ses super

DragonNoir
DragonNoir
Niveau 10
23 mars 2002 à 21:43:23

Merci, merci, mais pourquoi tant de bugs en copier/coller? Ca semble inévitable... Tant pis, je continue.

1

Costa Del Sol.
Une ville joyeuse, colorée, et cependant calme et reposante. Partout, les tons chauds du sable, de la brique jaune. Des pêcheurs, des touristes, des enfants, des filles en bikinis.
Le port de Costa Del Sol était à la mesure de l’ambiance générale. A une extrémité, l’héliport ; à l’autre, un hydravion rouge, qui pour quelque mystérieuse raison, stationnait là depuis des années. De grands cargos blancs étaient rangés sur les quais, et les marins s’agitaient en permanence pour charger les vivres et marchandises, débarquer les passagers, s’embarquer dans les bateaux… Cependant, depuis que des brigands avaient commis une razzia sur les provisions, les embarcations restaient immobiles. Un seul bateau était en état de fonctionner, de s’élancer vivement dans la mer et d’y disparaître : le Giger.
Le véhicule, qui portait le nom d’un obscur artiste de l’aube des temps, tranchait cruellement avec le décor ensoleillé. D’un noir étouffant, anguleux, patibulaire, c’était un grand cuirassé. Un aileron incroyable était fixé à l’arrière du pont. Le Giger avait l’apparence qui convenait à sa fonction ; c’était le navire des Turks.
Peter Jackson frissonna. Il était assez gros, avec un visage jovial, entouré d’une barbe noire hirsute. Ses lunettes, bien enfoncées sur son nez, étaient couvertes de sueur. Accoudé au rebord de la coque, il regardait atterrir l’hélicoptère de la Shinra.
Il finit par se décider. Il fallait descendre. C’était lui le capitaine.
Il courut sur la passerelle, se précipita vers l’hélicoptère. Un jeune homme mince, en costume noir tirant sur le bleu, avec une chevelure rouge foncé et une grande barre d’acier attachée au dos, venait de descendre.
- Excusez-moi, monsieur Reno…
Les yeux vifs du Turks le fixèrent.
- …Je… je n’ai pas pu les retenir…
- Que se passe-t-il ?
« Seigneur », pensa Jackson, « il n’a pas l’air dans son assiette. C’est bien ma veine. »
- Ils… ils… l’équipage du b-bateau…
« Saleté de bégaiement ! Il va me tuer. »
- I-Ils… la moitié d’entre eux sont… p-pa-pa… p-par-p…
- Articulez, coupa sèchement Reno.
- La moitié de mon équipage est partie !
- Pour quelle raison ?
- L-Les ru-rumeurs selon l-l-l-lesqu-lesquelles… la société Mako Shinra va faire faillite !
Le jeune homme écarta une mèche rouge de ses yeux.
- Vraiment. Bon, personne ne peut les empêcher de partir. Mais à partir d’aujourd’hui, leurs maisons ne seront plus approvisionnées en Mako. Reste-t-il assez de personnes pour faire fonctionner le Giger ?
- B-Bien assez, monsieur Reno.
Un deuxième homme était descendu. Il était plus âgé et son crâne chauve, au-dessus de ses lunettes noires, luisait au soleil.
Sans rien dire, Reno traversa le port et monta sur la passerelle. Le Turk chauve lui emboîta le pas. Jackson s’empressa de les suivre. En retroussant sa manche pour voir l’heure, il ne fut pas surpris de constater qu’il avait la chair de poule.
Le pont du Giger était froid et fonctionnel. Une peinture malsaine à l’aérographe, représentant des tuyaux noirs et des bébés à têtes phalliques, ainsi qu’une jeune femme avec un curieux casque, décorait les murs, mais c’était bien la seule concession à l’art. Tout n’était qu’angle, arêtes, portes rectangulaires… Certains bateaux anciens, avec leur bois vermoulu, ressemblaient à des êtres vivants. Ce navire-là n’avait absolument rien d’humain, ce n’était qu’une machine noire comme la nuit.
Jackson retrouva les Turks debout, immobiles, près de la poupe. Ils regardaient la mer.
- La journée est belle, Rude, affirma Reno.
- …
- Par ce temps-là, je n’ai pas envie de travailler. Pourquoi devrions-nous tout sacrifier à notre boulot ?
- …
Le capitaine s’avança, mal à l’aise.
- Où allons-nous, monsieur Reno ?
- Suivez la côte. Un peu plus au nord, du côté du Golden Saucer. Nous cherchons une épave. Prévenez-nous quand vous l’aurez trouvée.
Le Giger démarra et accéléra rapidement. Il était énorme, mais assez aérodynamique, et pouvait atteindre à l’occasion une vitesse record. Il se stabilisa à 70 km/h. Curieusement, tandis que les bateaux habituels étaient souvent accompagnés par des bancs de dauphin, le Giger était toujours entouré d’une vingtaine de requins-tigres. Peut-être était-ce dû à l’aileron noir fixé près de la poupe.

Le navire dut ralentir pour s’engager dans une passe difficile. A l’ouest, une bande de terre retenait une portion de la mer entre elle et le continent. De tous côtés, ce n’étaient que falaises escarpées. Cette formation géographique avait été produite par la dérive des continents ; la passe était située au-dessus d’une faille dans la plaque tectonique.
Peter Jackson regardait le technicien Dario Argento.
- Vous êtes sûr ?
- Tout à fait, capitaine. Le radar indique que l’épave est tout au fond, coincée entre les deux murs.
Il appela la salle des machines.
- Ralentissez, les gars ! On y arrive ! On y arrive ! On s’arrête dans ce cul-de-sac.

Juché sur le moteur rugissant, Dean Devlin esquissa un sourire. Il cracha sur la diode verte indiquant que la radio était en fonctionnement.
- On est des pros, mon capitaine ! Mais pas question de ralentir maintenant !
- Vous vous prenez pour qui ? Si on ne s’arrête pas, on va s’écraser sur la falaise du fond !
- Désolé ! On a déjà modéré la pression il y a à peine vingt minutes. Si on baisse encore, on va tomber en rade !
- Vous serez virés ! Emmerich ! Raisonnez cet imbécile !
Roland Emmerich apparut près de Devlin dans un jet de vapeur. Il prit une clef à molette et entreprit d’ouvrir une vanne.
- Il a raison, mon capitaine. Pour prendre le risque de dépressuriser le réacteur, nous aurions besoin d’une petite prime de risque.
- Il faut aussi doser le carburant, rappela Devlin.
- Vous l’aurez, votre prime, fit la voix doucereuse de Jackson dans le haut-parleur. Mais encore une erreur comme ça et je vous jette aux requins.
La diode verte, toujours engluée dans le crachat de Devlin, passa au rouge. Certain que le capitaine ne pourrait pas l’entendre, Emmerich éclata de rire.
- Ce gros lard nous prend pour des idiots. Mais c’est nous qui l’entubons.
Il tira deux leviers avec ses mains calleuses, pleines de cambouis, pressa un bouton encrassé et le moteur se calma.

- Cette fuite du personnel a des effets néfastes sur tout le monde, rugit Jackson, sa barbe hérissée. Quand je pense que le transformateur, le réservoir de carburant, les accumulateurs et le réacteur Mako sont entre les mains de ces deux dangereux incapables !
Argento hocha la tête. Le capitaine sortit de l’habitacle ; la porte se referma en claquant.

Les deux Turks étaient toujours debout près de la poupe.
- Nous avons trouvé votre épave, leur annonça Jackson. Elle est tout au fond de cette passe.
- Très bien. Arrêtez le navire.

Le Giger possédait un équipement technologique de pointe. Radars, ordinateurs, détecteurs de mouvement, hélicoptère, mitrailleuse à l’avant, réacteurs Mako d’appoint à l’arrière. Sur un côté du navire, une petite grue portait un sous-marin de poche de dix mètres de long, pourvu d’un bras mécanique, de plusieurs caméras, d’une torche très puissante et de trois sas circulaires standards : deux sur les flancs et un au sommet. Quatre personnes pouvaient s’y loger.
John Carpenter effectuait avec satisfaction les derniers réglages. C’était un ancien du programme spatial maintenant spécialiste en sous-marins. Il avait un visage ridé et des cheveux d’un blanc neigeux. Le carburant, les batteries, tout était en place. Il vérifia les jointures huilées du bras mécanique, l’étanchéité des trois sas.
- Tout est prêt, annonça-t-il au Turk chauve qui surveillait les préparatifs.
Rude fila vers les cabines.
Reno venait d’enfiler un nouveau costume noir, le précédent étant imbibé d’eau salé. Il referma la garde-robe qui contenait une quinzaine de vêtements semblables à celui-là et vérifia son bâton renforcé. Pour une raison inconnue, cette arme s’appelait Garde de Princesse. Il l’avait achetée à 5000 gils après avoir perdu son précédent bâton, Contes de Fées, à Gongaga.
On voyait six orifices associés et un septième isolé. Il avait placé deux Matérias Super HP, une Matéria Restaurer, une Matéria de Feu couplée à une Matéria Tout. Mais il avait laissé les deux derniers trous reliés par une fente profonde libres pour une combinaison assez plaisante. Une sphère d’un bleu clair et une autre vert foncé brillaient de concert. Une Matéria Effet Supplémentaire et une Matéria Mystifier. Voilà pourquoi le bâton Garde de Princesse émettait une faible lueur rouge. Le moindre coup asséné avec cette arme rendrait son adversaire fou.
Un sourire cruel déforma sa bouche.
Rude ouvrit lentement la porte et entra dans la cabine.
- Reno, le sous-marin est prêt.
- Tu es plutôt loquace, aujourd’hui, Rude.
- …
- Je plaisantais.

shadow999
shadow999
Niveau 10
23 mars 2002 à 21:49:22

ses long mes je vait lire car ses trop captivant lol ses vrai

DragonNoir
DragonNoir
Niveau 10
23 mars 2002 à 21:49:35

Pourquoi tous ces bugs? Je ne peux les empêcher, et pourtant j´ai essayé la méthode que m´a conseillé un habitué la semaine dernière. Tant pis... Ca me fend le coeur de massacrer mon texte. Si vous voulez que je vous l´envoie en entier, version corrigée et mise en page sous Word, dites-le moi. Je ne pourrai sans doute voir vos commandes que dans deux semaines, mais je les exécuterai immédiatement.
Allez, je continue.

Ils se glissèrent dans le sous-marin par le sas fixé sur le flanc droit. Reno tira l’écoutille à lui et activa tous les verrous renforcés. Avec un bruit sourd, le piston central coulissa et s’immobilisa au centre du sas, scellant la fermeture.
John Carpenter tira une molette avec difficulté. La petite grue lâcha le sous-marin. Il tomba en chute libre, pénétra dans l’eau et coula immédiatement à pic, suivi par des requins curieux.
Dans la minuscule cabine de pilotage, Reno ôta un grand panneau métallique pour dévoiler le tableau de bord. Il s’assit et se mit à siffloter. Ses doigts agiles jouèrent entre les cadrans, abaissèrent un interrupteur. De petites ampoules s’allumèrent. Un projecteur illumina une poignée tout en bas à gauche des commandes. Il l’abaissa.
L’hélice se mit enfin en mouvement. Le sous-marin de poche se redressa et fila dans les profondeurs marines.

Le faisceau blanc de la torche fouaillait l’environnement, lacérant à grand-peine les ténèbres bleutées. Quatre caméras s’agitaient sur les flancs du sous-marin noir.
Bien au chaud à l’intérieur, Reno était un peu inquiet. Il n’avait jamais souffert de claustrophobie, mais il était néanmoins perturbé à l’idée que lui et Rude étaient entourés de milliards et de milliards de litres, d’hectolitres d’eau. Et à une telle profondeur ! Sans la paroi d’un mètre d’épaisseur du sous-marin de poche, la pression les broierait comme les mâchoires d’un monstre préhistorique, les réduirait en miettes puis en bouillie. Il suffirait qu’il ouvre un des trois sas circulaires pour qu’instantanément l’engin ne soit plus qu’une carcasse remplie de la même eau qu’à l’extérieur, agrémentée d’un petit nuage de sang vite dissipé, de quelques fragments de chair et de quelques os disloqués.
Le plus énervant était le temps qu’ils devaient mettre à descendre et à remonter. Avec la différence de pression, il fallait laisser le temps à leurs organismes de s’adapter. Et ils n’avaient rien. Pas de lecture. Mais Reno ne bronchait pas plus que Rude. Car ils savaient pourquoi ils restaient calmes. Ils étaient des Turks.
Tout était d’un noir bleuté. Etait-ce cette obscurité proche de celle du ciel nocturne, la dernière chose que les passagers du Gelnika avaient vu ?
Il enfonça un bouton, manipula une languette de métal qui coulissait dans une fente du tableau de bord, et les cadrans divers frémirent encore. Enfin, sur l’un des quatre écrans, dans la lueur froide et vacillante de la torche extérieure, apparut une forme grise.
Ils se rapprochèrent. Le pilote avait bel et bien réussi à faire plonger son avion dans la mer. Sur l’enregistrement qu’on leur avait donné, Reno et Rude avaient pu comprendre la raison de cette action : il ne pouvait pas ralentir l’engin, ni atterrir. C’était vraiment le meilleur choix. Un petit détail, malheureusement, avait empêché Andrew et les passagers de rester en vie : le Gelnika avait sombré en plein cœur de la fosse océanique. A demi écrasé contre la paroi rocheuse, une aile tordue levée vers la surface, telle la main désespérée d’un homme qui se noie, l’avion avait une allure réellement sinistre.
Rude leva son poignet, où étincelait une montre en or incrustée de diamants. Reno s’était toujours demandé comment il avait pu se l’offrir ; il avait dû économiser pendant une vingtaine d’années avant de pouvoir la payer. Son bracelet large et épais comportait huit orifices à Matérias, et dans l’un de ces renfoncements, brillait une Matéria Jaune. Une Matéria Sentir.
Rude ferma un instant les yeux.
- Alors ? l’apostropha Reno.
- …
- L’état du Gelnika ?
- C’est assez étonnant. Il semblerait qu’il retienne une grande bulle d’air.
- Des survivants ?
- …
- Nous pouvons respirer ?
- L’air n’est pas vicié, puisqu’il n’y a pas de survivants.
« Au moins, on ne peut pas dire que Rude parle trop. Il dit tout ce qu’il peut dire d’intéressant en deux phrases. »
- Donc, pas de gaz carbonique, acquiesça Reno. J’ai étudié la conception du Gelnika. C’est typiquement Shinra, cet esprit pratique et prévoyant : les sas de notre sous-marin sont un standard de qualité, chaque véhicule et construction Shinra en a au moins deux. Ca permet la communication entre tous leurs produits.
Un slogan de Shinra Inc. lui revint en mémoire : « Energie Mako pour un monde meilleur ». Il réprima un éclat de rire et entama la manœuvre d’approche.
Comme un prétendant prudent, le sous-marin se mit à faire le tour de l’avion. Comme sur les plans que Reno avait étudiés, les sas circulaires étaient fixés sur les flancs. Il pencha leur submersible pour faire correspondre les trappes. Les aimants fixés sur le pourtour des sas s’attirèrent mutuellement. Pour clore ce baiser mécanique, Reno déclencha trois petits pistons qui sortirent du cercle de fer, pénétrèrent dans les orifices correspondant de l’autre côté, enclencha les aimants pour attirer les trois autres pistons du sas du Gelnika. De chaque côté, les extrémités des tiges furent serrées par des étaux implacable. A présent, les deux ouvertures étaient virtuellement la même.
Reno retira le piston central, qui vint se loger dans un rail à côté du sas, enleva tous les verrous, et poussa l’écoutille. De l’autre côté du cylindre, il tira la seconde écoutille.
Ils passèrent par le cylindre métallique constitué des deux sas avec une certaine nervosité et se retrouvèrent dans l’avion. De grandes taches de rouille s’étalaient sur les murs. De petites flaques d’eau jonchaient le sol. Ils étaient dans un petit passage obscur.
- Le couloir de la zone de recherche, fit Reno. Attention !
Rude sursauta et vit derrière lui une sorte de méduse verte qui s’apprêtait à bondir. Il lui assena un bon coup de poing et elle glissa sur le sol d’acier, inanimée.
- Un Caniche, constata-t-il. Des créatures marines hostiles ont élu domicile dans le Gelnika.
- Nos chances de retrouver des survivants, déjà proches du zéro absolu, disparaissent totalement, dit Reno.
Il s’approcha d’un corps. Le cadavre, couché sur le ventre, était humide, vêtu d’une blouse blanche. Deux Caniches étendaient leurs tentacules palpitants pour aspirer les fluides vitaux du corps, qui devenait déjà squelettique. La tête… le cadavre n’en avait pas. Le cou était collé contre la paroi, où coulaient une large tache rouge et des fragments de matière cérébrale.
Rude essuya ses lunettes.
« Le choc a dû le projeter contre le mur », songea Reno. Mais il se rendit aussitôt compte de l’absurdité de cette déduction. Le sang était encore rouge. Il n’était pas mort depuis longtemps. Donc quelque chose avait envoyé le scientifique vers la paroi, à une telle vitesse que sa tête avait explosé. Ce n’étaient sûrement pas les Caniches.
Ils poursuivirent leur route. Le couloir faisait deux coudes et débouchait sur une petite pièce pleine de bidons rouillés. Reno y vit une petite tache de sang. Il s’accroupit pour l’examiner. Une porte claqua derrière lui.
Il se retourna. Un jeune homme à la tignasse blonde, aux yeux bleus, tenant une énorme épée incrustée de Matérias dans ses mains gantées, venait de pénétrer dans la pièce. Derrière lui, deux autres personnes.
« Oh non », pensa Reno, « pas eux. Pas AVALANCHE. Pas maintenant. »

shadow999
shadow999
Niveau 10
23 mars 2002 à 21:50:13

si jamais tu la fini jaimerait que tu me lanvoit par mail

baba-cool
baba-cool
Niveau 9
23 mars 2002 à 21:51:40

c est long mais je vais lire car c est trop captivant lol c est vrai c est mieux non?

shadow999
shadow999
Niveau 10
23 mars 2002 à 21:52:54

lol arrête de rire de moi

DragonNoir
DragonNoir
Niveau 10
23 mars 2002 à 21:54:08

Ce n´est que le début! Je ne sais pas si j´arrive au niveau de la géniale fan-fiction d´AerisAngel, mais je fais de mon mieux.

2

Wes Craven était assis dans la salle vidéo du Giger. C’était une véritable salle de cinéma, avec écran géant, son en Dolby Surround et une rangée de sièges rembourrées. Sur le papier, elle était réservée aux Turks, mais Craven en profitait régulièrement, sans l’accord des utilisateurs légitimes.
Sur l’écran rectangulaire, on voyait un film en noir et blanc. Un ours avec un bocal à poissons sur la tête tentait d’étrangler le jeune premier. C’était un Ro-Man.
La copine de la victime vint à la rescousse et se mit à taper sur le dos du Ro-Man avec ses petits poings. Le monstre se retourna avec une lenteur digne d’un boxeur sur le poing de tomber K.O. et avança, de sa démarche pataude, vers la jeune fille.
Wes Craven était plié en deux de rire lorsque la porte s’ouvrit. Jean-Pierre Jeunet entra au pas de course.
- Wes ! Les Turks reviennent !
- Tu gâches le plus beau moment de ma vie, Jean-Pierre. Regarde un peu ! Robot Monster, le film de science-fiction le plus nul de tous les temps. Mais regarde !
Jeunet se tourna vers l’écran. Le Ro-Man essayait vainement de calmer la fille, prise au piège dans la grotte. Au bout du compte, il lui envoya une bonne mandale, sortit de la grotte un moment.
- Je ne vois pas ce qu’il y a de drôle. C’est juste pitoyable, Wes.
- Attends ! Attends !
L’ours coiffé d’un bocal à poissons revint dans la grotte ; la fille était à présent solidement ligoté. Craven et Jeunet s’esclaffèrent.
- Non, sérieusement, Wes, reprit Jeunet, arrête le film et sortons de là avant que les Turks ne s’aperçoivent que tu squatte leur salle vidéo.
Son ami appuya sur un bouton fixé dans l’accoudoir et le film cessa. Un cube de métal aussi petit qu’un ongle, étiqueté « Robot Monster », fut éjecté de la petite machine vidéo surplombée par l’écran. Il le mit dans sa poche et ils se hâtèrent dans la coursive.
Ils croisèrent un petit homme bien rasé.
- Salut, Columbus, dit Craven. Pourquoi Reno revient-il si vite ?
- Ouais, renchérit Jeunet, j’aurais cru qu’il resterait des heures et des heures dans son épave… Il était impatient de la voir.
- Ce n’est pas à moi qu’il faut le demander.
Chris Columbus renifla.
Sans lui prêter attention, Craven se tourna vers Jeunet. Ils reprirent leur marche ; Columbus se hâtait pour rester à leur hauteur.
- Mais comment sais-tu qu’il était impatient ? Reno est inhumain ; il ne dit jamais rien, n’a aucune expression…
- J’ai vu qu’il souriait quand la grue a lâché notre sous-marin, et…
- Ca ne peut pas être un problème du sous-marin, coupa Columbus. Carpenter l’a vérifié plusieurs fois. Malgré son âge, il est encore très compétent.
Ils arrivaient au bout de la coursive. Jean-Pierre Jeunet poussa une porte blindée ornée d’une peinture macabre à l’aérographe. Ils se retrouvèrent sur le pont.
Le sous-marin était encore à moitié plongé dans l’eau. John Carpenter secoua ses cheveux blancs et fixa deux chaînes aux flancs du sous-marin de poche.
Le sas dorsal était déjà ouvert. Les deux Turks se hissèrent à bord du navire.
Peter Jackson, la barbe plus hirsute que jamais, surgit en écartant Jeunet, Craven et Columbus de son chemin. Il faillit pousser Carpenter dans l’eau en bondissant sur Reno.
- Que vous est-il arrivé ? Nom d’un petit Balrog…
Les costumes d’un noir bleuté des Turks étaient en lambeaux. Reno avait la joue écorchée et Rude portait plusieurs plaies peu profondes sur son épaule à découvert.
Sans répondre au capitaine Jackson, ils se précipitèrent vers leurs cabines. Ils en ressortirent cinq minutes plus tard, bien coiffés, dans de nouveaux uniformes.
- Nous n’avons pas le temps de vous expliquer en détail, dit Reno. Nous reviendrons examiner cette épave ; restez sur place, jetez l’ancre, mais ne descendez pas avec le sous-marin de poche avant notre retour. Nous avons rencontré de dangereux terroristes dans l’avion.
- Cette épave, c’est un avion ? lui demanda Craven.
- Ca ne vous concerne pas ; vous êtes le personnel, nous sommes les Turks. Rude, explique-leur.
- …
- Voilà, ajouta Reno, vous avez compris ? Nous devons partir, les dirigeants de Shinra Inc. nous ont appelés dans le sous-marin pour nous confier une mission urgente.
Il courut vers l’hélicoptère noir au milieu du pont, suivi du Turk chauve. L’appareil décolla rapidement et s’éloigna dans le lointain.
Le soleil allait se coucher.
- Très bien, les gars, rugit Jackson. Nous resterons donc ici.
- Mais… commença Jeunet.
- Nous sommes vingt-sept sur ce navire, vingt-sept personnes pour une réserve de vivres qui peut pourvoir aux besoins d’une cinquantaine de gaillards pendant six mois. Ils ne mettront pas six mois à revenir, je pense. Jetez l’ancre avant la nuit.
- Mais… répéta Jeunet.
- Matelot Jeunet ! Vous êtes pour l’instant mon assistant officiel, ne voudriez-vous pas le rester ? Alors obéissez sans discuter, ou vous récurerez les toilettes avec votre langue !
Jeunet déglutit. Mais le capitaine avait déjà repéré un autre bouc émissaire.
- Matelot Carpenter ! Que faites-vous là, je vous prie ?
Le vieil homme fixa les chaînes de titane qu’il tenait à la grue avant de répondre.
- Une masse quelconque est accrochée au sous-marin de poche. Nous ne pourrons plus le fixer à la grue pendant qu’il traînera ce poids mort.
- Y a-t-il moyen de déloger la masse ?
- Il faudrait que quelqu’un aille dégager cette saleté manuellement.
Jackson avisa le corps squelettique de Carpenter ; il ne semblait même pas capable de rester en apnée dans une baignoire. Il se jeta donc sur Chris Columbus.
- Matelot Columbus ! Prenez une tenue de plongée et allez décoincer le poids mort !
- D’accord, mon capitaine !
Columbus se mit au garde-à-vous ; Craven et Jeunet pouffèrent et s’éloignèrent. Jackson, lui aussi, tourna les talons.
Carpenter désigna le sous-marin à moitié immergé.
- Gamin, tu sais quoi faire. C’est probablement un amas d’algues et de petits rochers. Peut-être un requin tigre ou un poulpe, à la limite. Dans ce cas, lance un petit sort de Feu, ça devrait te tirer d’affaire.
- Tu ne restes pas pour m’aider ?
- Désolé, gamin, mais Spielberg a défié Lucas à la boxe ; c’est tout de suite. Tu paries sur qui ?
- George Lucas. C’est un poids lourd.
- Il est beaucoup trop gras ; Spielberg va l’assommer en un seul crochet.
- J’adorerais voir ça ! Le duel des barbus !
- Nous devrions plutôt faire un match Jackson-Lucas ; les gros barbus. Mais Lucas n’aurait aucune chance. Bon, gamin, mon dernier conseil : ne bâcle pas le boulot comme d’habitude.
Il s’en alla. Columbus resta seul dans la lumière orange du soleil couchant. Il enfila une combinaison de plongée, attacha deux bouteilles, se cala le tuyau dans la bouche et sauta à l’eau.
Il vit aussitôt la masse qui s’était accrochée au sous-marin comme un répugnant parasite. Ce n’était pas une pieuvre, encore moins un calamar. Aucun rapport avec un requin…
Columbus écarquilla les yeux. Ces tubes roses avaient-ils bien une fonction biologique ?
L’être immonde se tourna vers lui. Trop tard, il réalisa qu’il était en danger. Un organe palpitant se déploya et se referma sur lui. La chose le saisissait, l’étouffait. Il comprit enfin ce qu’elle lui faisait ; il hurla, mais sans espoir, la bouche emplie d’eau. Le monde devint noir quand il s’évanouit.

Il reprit brusquement conscience.
- Quatre, cinq… il est revenu à lui !
L’arbitre se penchait sur lui. C’était Tim Burton, menton mal rasé, yeux endormis, mine sinistre, le tout encadré dans une infinité de longs cheveux noirs.
- Tout le monde a cru que Monster Steven était au tapis, mais il revient mettre la pâtée à Big George !
Steven Spielberg frotta sa mâchoire endolorie et fixa son adversaire. George Lucas, le visage déformé par un épouvantable rictus, brassait l’air avec ses gants de boxe. Burton s’écarta prudemment et donna un coup de sifflet.
- Reprise du match !
Spielberg se souvint d’un proverbe idiot : « la meilleure défense, c’est l’attaque ». Il aurait bien voulu que son auteur essaie de l’attaquer, pour voir ce que c’était qu’une véritable défense qui faisait valser les dents. Malheureusement, il était mort depuis des siècles.
Lui et Lucas se battaient sans protège-dents ; c’était leur premier match de boxe, ils ne respectaient pas du tout les règles et tenaient à voir, dans les jours qui suivraient, l’effet concret de leur victoire sur la dentition de leur adversaire.
Il cracha. C’était une molaire. Bon, ça n’était pas encore trop visible, mais ça allait se payer. Pour cette molaire, George Lucas verrait toutes ses incisives disparaître. S’il croyait que lui, Steven Spielberg, allait tendre la joue gauche…
Il donna un coup de pied. Lucas l’esquiva facilement, mais ce fut pour retrouver le poing fermé de Spielberg. Choc extrêmement douloureux. Le crachat rouge de « Big George » révéla que toutes ses incisives et une de ses canines étaient parties.
« Et ce n’est pas le pire », pensa Lucas. « J’en ai avalé deux autres. Il veut la guerre, il va l’avoir. »
De son côté, Spielberg songeait : « Joli coup ! Sa tendre épouse adorera à coup sûr son nouveau sourire. Le voilà enfin débarrassé de ces dents de lapin qu’il exhibait si fièrement. »
Il éclata de rire à cette pensée et reçut un coup de pied dans le ventre. Ca lui coupa le souffle ; il tomba, plié en deux.
Lucas lui attrapa le menton et le remit debout. Larmoyant, Spielberg tenta de reprendre ses esprits. Il vit que l’ennemi avait ôté ses gants de boxe.
Au dernier moment, il s’accroupit et évita un direct qui lui aurait offert un aussi beau sourire que celui de Lucas. Il fit un croche-pied à la brute, elle s’effondra sur lui. Il lui enserra la gorge de ses mains, Lucas fit de même. Il s’apprêta à presser la pomme d’Adam qu’il sentait sous son pouce de toutes ses forces.
L’arbitre les sépara.
- Arrêtez, enfin. La strangulation est interdite.
« Big George » donna à Tim Burton un bon coup de poing qui l’étendit pour le compte.
- Ah, ça détend.
Il regarda à nouveau Spielberg.

DragonNoir
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Niveau 10
23 mars 2002 à 22:05:59

3

- Nous devrions tuer ce forcené, décréta Lucas.
- C’est indigne de gens civilisés, répliqua Tim Burton.
- Et ce qu’il a fait à Raimi, c’est digne de la civilisation ?
- En l’exécutant, nous nous rabaisserions à son niveau. De plus, les consignes sont formelles : on ne prend aucune décision d’importance sans la présence des Turks.
Jeunet frissonna.
- A présent, nous savons ce qui est arrivé à Columbus. Mc Tiernan a sûrement jeté le corps à la mer. Mais pourquoi a-t-il tué deux personnes ?
- Pourquoi ? rugit Lucas. Mais c’est un forcené ! Il est marteau ! Il n’y a aucune logique dans ce qu’il a fait ! Peut-être qu’il était convaincu que Raimi et Columbus étaient des extraterrestre, ou bien les voix dans sa tête qui lui donnent des conseils lui ont dit de les assassiner. Un fou dangereux.
Jeunet baissa la tête. « L’explication est plausible ».
- Bon, ça règle tout. Mc Tiernan est enfermé dans l’une des cellules blindées sous vidéo-surveillance. Le Giger est bien le navire des Turks : savez-vous qu’il y a même de petites caméras cachées dans les toilettes ? Evidemment, les cabines de Reno, de Rude et de tous les autres connrds sont dépourvues de caméras.
Ils se séparèrent. Jeunet se mit à errer lentement dans les coursives, laissant ses pensées vagabonder. Il faillit heurter Craven, qui courait à vive allure.
- Wes ! Fais un peu attention !
- Où étais-tu ? Je t’ai cherché partout.
- Avec Tim et Lucas. On a sorti Spielberg et Lucas des cellules sur ordre de Jackson ; nous y avons casé Mc Tiernan.
- C’est bizarre, Jean-Pierre. Je n’aurais jamais cru que Mc Tiernan soit un assassin. Et il paraissait tellement équilibré.
- On ne connaît jamais totalement les gens. Ca me rappelle, il n’y a pas longtemps, j’étais allé voir mon cousin à Gongaga…
- Epargne-moi ta vie de famille.
- A l’auberge, il y avait ce gros type avec une arme à la place du bras, un grand blond avec une énorme épée et la plus belle fille que j’aie jamais vu…
- Epargne-moi ta vie sexuelle. Et suis-moi. Je dois te montrer quelque chose.
- Enfin, le grand blond s’est réveillé, il était resté dans le coma pendant plusieurs jours…
Ils se hâtaient dans la coursive. Craven semblait très soucieux.
- Et alors, conclut Jeunet, le gros type a dit « Combien crois-tu qu’il y ait de gens dans ce monde qui se comprennent vraiment ? ». Ca m’a trotté dans la tête pendant plusieurs jours…
- Epargne-moi ta vie philosophique. Ecoute, Jean-Pierre, généralement, les gens apprennent qu’ils ne se connaissent pas eux-mêmes avant l’adolescence. Tu veux dire que tu n’y avais jamais pensé avant ?
- Peut-être que nous aussi nous sommes des psychotiques. C’est comme ces malades mentaux qui commettent leurs crimes dans un état second, et qui ne se souviennent pas de ce qu’ils ont fait… C’est de la lycanthropie psychologique.
- Epargne-moi ta vie psychologique. Tu ne t’es jamais réveillé avec du sang plein les mains ?
Craven s’arrêta et le considéra d’un air soupçonneux.
- Mais non, que vas-tu chercher là ? Ca me rappelle que mon cousin m’a dit que sa voisine lui a appris que sa sœur, qui vit à Canyon Cosmos, lui a expliqué que son mari lui a raconté…
- Epargne-moi ta vie sociale, fit Craven en reprenant sa route.
- …que son beau-père lui a confié que son grand-père savait que le voisin de son cousin au troisième degré…
- Comme ça, nous sommes certains que la rumeur est fondée.
- …disait à tout le monde ce que sa petite amie lui avait chuchoté : que près de Nibeilheim, elle avait vu un grand échalas vêtu d’une cape rouge se transformer en Bête Galienne.
- C’est quoi, une Bête Galienne ?
- Je crois que c’est un bipède à poil violet, apparenté aux Canines de Kalm ou aux Béhémoths.
Ils arrivaient à la salle de pilotage. Craven fit signe à son ami de se taire et s’approcha à pas de loup de la porte fermée. La voix impérieuse de Jackson retentissait sur le pont.
- Ce dément, marmonna Jeunet. Je préférait l’ancien capitaine, Stanley Kubrick.
- Kubrick était très ami avec Spielberg. C’est pour ça que quand il est mort, Spielberg s’est mis à faire de la navigation commerciale. C’est aussi pour ça qu’il déteste Peter Jackson. Mais Jackson est un bon capitaine, très courageux. Tu verrais son premier bateau… « Bad Taste », c’est son nom. Quelle coquille de noix ! Ensuite, il a été affecté sur « Feebles », un petit cargo sympa, mais qui puait le hareng. En plus, tu hais Jackson parce qu’il est sévère, cependant Kubrick, lui, était réellement tyrannique. Mais ce n’est pas pour ça que je t’ai amené ici, Jean-Pierre. Tais-toi et écoute.
Le capitaine était de très mauvaise humeur. Il s’adressait d’un ton maussade au technicien Argento.
- Matelot Argento, avez-vous envoyé le message aux Turks ?
- Dario aussi est minable, chuchota Jeunet. Tu te souviens de Joe d’Amato ? Ca, c’était un radio. Il est mort avant Kubrick.
- Chut !
Les voix pouvaient être entendues clairement : le capitaine et le technicien parlaient haut et fort.
- Oui, monsieur ! répondait Argento. Ils m’ont dit qu’ils ne peuvent pas venir tout de suite. Une Arme a attaqué Midgar.
- Quoi ! rugit Jackson. Mais j’ai de la famille là-bas ! ! !
- Et… un grand drame, capitaine. Un grand homme est mort.
- Quoi !
- D’après les premiers rapports, l’Arme qui a attaqué Midgar était l’Arme Diamant.
- Et alors ?
- Son cœur, en diamant, était apparemment totalement invincible. Cependant, un tir de Sœur Ray…
- Je me fiche de cette sœur !
- C’est le nom du Canon Mako de Junon, votre capitaine. Le tir a employé l’énergie Mako de tout Midgar. Il a pulvérisé le cœur de l’Arme Diamant, la tuant sur le coup. Son corps minéral a explosé près du rivage. Mais avant de mourir, le monstre a eu le temps d’aspirer les MP de tous les organismes vivants aux alentours et de les utiliser directement pour envoyer une salve de projectiles de feu sur la ville. L’un d’eux… l’un d’eux a percuté l’Immeuble Shinra.
Le capitaine Jackson avala sa salive.
- C’est ?
- Oui, capitaine. Rufus, fils du précédent dirigeant, nouveau Président de la compagnie Shinra Inc., est mort. On n’a retrouvé de son corps que deux tibias consumés, qui ont été protégés de la désintégration totale par un bureau de métal.
- Alors, c’était vrai, dit Jackson. La Shinra n’est plus que ruines. Il ne reste plus que le Directeur général…
- Il a disparu. On a perdu sa trace près de Junon.
- Heidegger et Scarlet. Nous ne pouvons rien attendre de ces imbéciles. Très bien. Ne révélez pas ces informations au reste de l’équipage, Matelot Argento. A leurs yeux, je ne serai plus alors qu’un commandant de papier.
- Et alors ?
- Ce n’est pas que j’aime particulièrement la charge de capitaine… En fait, je l’accepte pour éviter à d’autres d’assumer à ma place cette terrible responsabilité. Ah, j’y pense, Matelot Argento, faites un dernier essai avec le détecteur.
Ils entendirent un bip.
- Eh bien, nous avons réussi à retrouver Columbus ! Et autre chose de très intéressant… Entrez, Matelot Jeunet, Matelot Craven, n’ayez pas peur !
Pétrifiés, ils entrèrent dans le poste de pilotage. Jackson sourit faiblement en voyant leurs mines dépitées, mais il était très pâle.
- Si vous répétez ce que vous venez d’entendre, je vous jette aux requins.
- Vous ne pouvez pas cacher la vérité à l’équipage ! s’exclama Craven.
- Et pourquoi pas ? Je crois que c’est le grand penseur Terry Pratchett qui a dit que le Q.I. d’une foule est égale à celui de son membre le plus débile divisé par le nombre de participants ? Quel est le type le plus idiot de ce bateau, Matelot Craven ?
Craven réfléchit.
- Je pense que c’est le Matelot Simon West, capitaine.
- Vous estimez son intelligence à combien ?
- 75, mon capitaine.
- Il n’est pas aussi bête… Je dirais bien 90. Malheureusement, 90 divisé par 25, ça fait ?
- Je ne sais pas, mon capitaine.
- Pas de problème ; le Q.I. ne s’estime pas à la rapidité ni à l’exactitude du calcul mental, et c’est tant mieux, même si je considère, Matelot Craven, que le Q.I. en lui-même ne signifie pas grand-chose… Voyez-vous le problème ? Si je révélais la déchéance de Shinra Inc., la société que nous servons, à l’équipage, ils contesteraient immédiatement mon autorité, pour le plaisir. Ils voudraient débarquer à la plage la plus proche et aller s’amuser au Gold Saucer.
- Golden Saucer, mon capitaine.
- Voyez-vous le problème ? Vous faites déjà preuve d’insubordination. Ecoutez-moi bien, Matelot Craven, Matelot Jeunet, peu importe le nom de ce stupide casino. Que la Shinra tombe ou pas, les Turks reviendront dans quelques jours et s’ils nous trouvent au Wonder Square, nous mourrons, nos têtes incrustées dans les écrans des machines d’arcades. Ce n’est peut-être pas la manière la plus désagréable d’y passer, surtout pour des gens comme le Matelot West, mais je ne veux pas finir comme ça. Nous resterons donc à l’ancre ici, et pour ça, le meilleur moyen, c’est que vous teniez votre langue. La foule est toujours stupide. Parfois, cinq personnes suffisent pour obtenir des réactions parfaitement débiles, surtout si elles sont au départ un peu attardées.
- D’accord, capitaine.
Ils allaient franchir la porte, quand Jackson conclut :
- Un dernier mot. Je sais combien il est difficile de tenir sa langue. Je vous demande simplement de le faire jusqu’à l’arrivée de l’hélicoptère, dans quelques jours.
Craven se retourna.
- Pardon, capitaine… Vous avez dit que vous aviez retrouvé Columbus.
- C’est exact, Matelot Craven. Regardez cet écran. Chaque point accompagné d’initiales est un marin. C’est comme ça que j’ai su que vous écoutiez à la porte.
- Mais comment pouvez-vous nous détecter ? Même avec un radar, pour connaître l’identité de chaque signal ?
- Matelot Craven… C’est le bateau des Turks. Vous savez, votre visite médicale, chaque année ? Le vaccin anti-zombie est la clef de l’énigme. L’état anormal « zombie » existera peut-être dans quelques milliers d’années, mais pour l’instant, tous les morts-vivants sont des cadavres ressuscités par d’obscures pratiques. Ce que le médecin vous injecte, Matelot Craven, c’est une dizaine de nano-machines, qui envoient un signal radar particulier, aussi personnel qu’un code barre. Cet ordinateur retranscrit en temps réel les signaux en initiales correspondant à vos noms. Nous renouvelons les nano-machines chaque année, d’abord parce que l’alimentation énergétique ne dure que trois ans, ensuite parce qu’il arrive que malgré leur taille microscopique, elles soient détruites accidentellement : si elles passent dans les intestins alors que vous êtes aux toilettes, par exemple. C’est aussi la raison pour laquelle nous en injectons plusieurs. Matelot Craven, vous devez avoir dans votre corps plus de vingt nano-machines actives et une soixantaine dont les batteries ont lâché.
Craven s’approcha de l’écran. En effet, il y avait un point estampillé : « C.C. », tout près de la poupe.
- C’est la grande soute, gémit-il. Pleine de caisses, de poutres et sans aucune lampe. Vous ne le trouverez jamais là-dedans.
- Exact, Matelot Craven. Vous, par contre, vous avez l’air de savoir à quoi elle ressemble. Vous irez chercher le Matelot Columbus dès demain, accompagné du Matelot Romero et du Matelot Polanski.
- Et… si je puis me permettre, mon capitaine, deux dernières questions.
- Ca en fait déjà trop, Matelot Craven.
- Pourquoi Jeunet ne m’accompagnerait-il pas ? Et pourquoi avez-vous dit à Carpenter qu’il pouvait emprunter la Matéria « Sentir » de Clive Barker, pendant le dîner, alors que vous pouviez retrouver Columbus grâce à votre détecteur et aux nano-machines ?
- De temps en temps, un officier doit savoir asseoir son autorité, Matelot Craven. Attiser les rancœurs entre les membres de l’équipage est le meilleur moyen : diviser pour mieux régner. S’ils s’engueulent, ils ne discuteront pas vos ordres. C’est aussi pour ça que le Matelot Jeunet n’ira pas avec vous dans la grande soute : votre amitié me gêne.

DragonNoir
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Niveau 10
23 mars 2002 à 22:09:53

4

Le Giger était un navire extraordinaire, l’équivalent maritime d’un couteau suisse. Diverses méthodes de propulsion en fonction des réserves énergétiques, grandes réserves de vivres, plusieurs centaines de cabines confortables, toutes les salles sous surveillance vidéo, deux blocs de cellules, une salle à manger, un enclos à monstres en cas de capture, un hélicoptère noir, un sous-marin de poche, une immense salle des machines comportant quatre puissants réacteurs Mako, une salle de pilotage pourvue d’une multitude d’appareils, boussole, radars, ordinateurs, une vaste infirmerie, ainsi que trois soutes. La plus importante, fort logiquement appelée « la grande soute », était un cube dont chaque arête mesurait cent mètres. Des colonnes de caisses reliant sol et plafond, une obscurité permanente, des dizaines de poutrelles métalliques surplombant ce chaos, y laissant pendre d’épais câbles et des tuyaux venus de la salle des machines qui alimentaient les arbres à hélice, cette salle n’était qu’un labyrinthe titanesque, absurde, où venaient se perdre à jamais des tonnes de matériel utile.
Les trois marins se tenaient sur le seuil de la grande soute. Devant eux, un gouffre noir, une ouverture sur une autre dimension emplie d’éboulements de caisses en bois et de passages étroits aux parois incertaines.
Roman Polanski tripotait un gros tube de métal sombre. Ses mains moites trouvèrent enfin le contact et sa torche électrique s’alluma. Un mince faisceau de lumière froide dispersa les ténèbres.
- Je n’aime pas ce silence. Non, je n’aime pas ce silence.
- Fais attention, Polanski, dit George A. Romero.
C’était un vétéran qui officiait sur le Giger depuis trente ans. Son regard assuré, son sourire arrogant semblèrent rassurer Polanski. Wes Craven s’avança.
- On devrait y aller. Ce crétin de Columbus lit probablement un de ses Playboys, caché dans une caisse.
- Penthouse, corrigea Romero.
- Hein ? fit Craven.
- Pas Playboy. Penthouse. Chris Columbus n’achète que des Penthouse.
Ils se mirent à marcher lentement vers la paroi constituée de cubes de bois et de carton, devant eux. Dans le faisceau de la lampe que Polanski tenait d’une main tremblante, ils semblaient bouger. « Ce n’est qu’un effet des ombres », se répéta Craven.
Soudain, un claquement sonore. Ils se retournèrent. La porte de la grande soute s’était refermée sur eux.
- Un c-c-courant d’air, dit Polanski. Aucune raison d’avoir peur.
- Le signal était immobile sur le détecteur que réglait Argento, fit remarquer Craven. Peut-être que Mc Tiernan, avant de tuer Sam pendant le dîner, a démoli le crâne de Columbus avec Mop. Il aura planqué le corps dans cette grande soute.
Ses deux compagnons ne lui répondirent pas. L’idée du cadavre du petit marin plié en deux dans une caisse n’était pas particulièrement réconfortante. L’air semblait plus froid que jamais et Craven regretta de ne pas en être resté à l’image de Columbus caché dans un coin, lisant un numéro de Penthouse en serrant son pénis en érection.
Il n’y avait pas de brouillard, mais des nuages de poussière s’élevaient autour d’eux alors qu’ils marchaient. Ils pénétrèrent enfin entre deux piles de cartons dans le dédale de la grande soute.
Tout était glacial ; la surface rugueuse des caisses de bois couleur de blé faisait pensait à un entassement de cercueils artisanaux. Les boîtes de carton, quand à elles, semblaient du brun du sang séché ; Craven s’imagina qu’elles étaient imbibées du sang des enfants morts qu’un maniaque aurait dissimulé. Les volutes qui les entouraient ressemblaient plus que jamais à la brume d’un cimetière dans ces vieux films de la Hammer… Comme dans « Plan 9 from Outer Space ». L’image de Vampira rôdant entre les tombes de carton-pâte, s’efforçant de passer pour une zombie, ne parvint pas à le rassurer. Certaines de ces caisses prenaient des allures de pierres tombales. Il crut voir des inscriptions funèbres et comprit qu’il ne s’agissait que des étiquettes « FRAGILE ». Les étoffes blanches pendant ici et là, des linceuls… Le labyrinthe était de plus en plus incompréhensible. Dans un silence lugubre, Romero, Craven et Polanski déambulaient entre les parois de caisses, s’efforçant de trouver leur chemin à la lueur froide d’une unique torche.
Soudain, ils furent dans un cul-de-sac. Assis contre une pile de petits cartons, un squelette translucide, comme s’il avait été fait de gelée. Quelques restes d’intestins. Une chaussure. Une seule touffe de cheveux plantée à gauche d’une orbite vide. Des lambeaux d’habits. Ces restes pitoyables étaient enrobés dans une matière gluante et transparente.
- C’est Columbus ? chuchota Romero. Oh… On dirait qu’il a mariné… dans un bac d’acide…
Ils faillirent vomir. L’odeur écœurante les prenait à la gorge, les étouffait. Craven réprima sa nausée tandis que Polanski rendait une petite flaque de bile verte.
- Filons vite ! s’exclama-t-il. Je suis fan de film d’horreur, et dans ces machins, c’est le moment que choisit l’alien pour attaquer.
Un tentacule jaillit entre deux caisses, ratant Romero de peu.
- Craven, tu n’aurais pas pu te taire ?
Ils s’enfuirent, courant de toute la vitesse de leurs pauvres jambes. Ils n’avaient aucune arme et aucune envie de rester pour voir à quoi ressemblait l’abomination qui aurait pu faire ça à Columbus. Craven n’arrivait pas à croire qu’il vivait réellement cette situation.
Le dédale était plus incompréhensible que jamais. Ils tournèrent à droite et tombèrent droit sur une pile de vieux papiers, là où Craven aurait juré que dix minutes plus tôt se trouvait un passage. Ils reprirent leur course sans ménager leurs poumons. Craven avait entendu parler d’une méthode pour sortir d’un labyrinthe : il fallait suivre une des parois avec sa main, celle de droite ou celle de gauche… Mais ils ne pouvaient faire tout le tour, car ils ne savaient pas du tout où était la chose.
Romero s’arrêta brusquement. Un corps frémissant se dressait devant lui. Sans prendre le temps de détailler le monstre, il fit demi-tour, se précipitant vers un petit passage entre deux piles de journaux.
Ils couraient, couraient, couraient. Ils ne faisaient pas d’efforts pour rester ensemble ; c’était un miracle qu’ils ne se soient pas séparés. L’abomination avait disparu. Tout à coup, ils entendirent un rugissement aigu, et une pile de caisses de bois se sépara d’une rangée, bascula et s’écrasa en travers du passage. Craven l’escalada et reprit sa course, suivi de près par Romero et Polanski. Ils devaient battre tous les records de vitesse. Leurs corps étaient baignés de sueur, ils pensaient au monstre qui les suivait. Comme il était apparemment prédateur, il devait être plus rapide qu’eux et posséder de meilleures capacités. Alors qu’il pensait à ça, Craven entendit un bruit métallique au-dessus de lui.
La chose était perchée sur une poutrelle. Il vit un mince tentacule vert, comme un serpent, descendre vers Romero. Il lui cria trop tard un avertissement. Le membre flexible s’enroula à la vitesse de l’éclair autour du cou du marin et le hissa dans les hauteurs. Craven sauta, rata de peu la cheville de son compagnon.
- Romero !
Terrorisé, il se pressa dans les couloirs de la grande soute, pendant que la chose ramenait Romero vers elle comme un pêcheur actionnerait son moulinet pour tirer un poisson de l’eau. Par pur miracle, il vit la sortie du dédale de caisses et s’y précipita.
En entendant un hurlement atroce, Craven se retourna. La masse indistincte et grotesque, le monstre, toujours juché sur sa poutre d’acier, maintenant sa proie… Un bruit de déchirure. Devant la grande silhouette de la chose, quelque chose explosa, répandant des flots de liquide d’un rouge éclatant. Une déflagration sanglante, comme si une bombe à eau bourrée d’hémoglobine avait éclaté. Le sang retomba sur toutes les caisses de bois, toutes les boîtes de carton, éclaboussant le plafond et les murs, recouvrant le sol. Une marée rouge carmin.
Hystérique, Wes Craven sortit de la grande soute. Il vit que Polanski était étendu sur le dos, devant lui, dans la coursive, haletant, et referma la porte. Fébrilement, claquant des dents, il chercha les verrous de sécurité du battant en titane et les déclencha tous. Enfin, il tapa un nouveau code sur le clavier numérique à trois chiffres qui commandait le verrou électronique, sous l’inspiration du moment : « 666 ». Une planche blindée sortit du chambranle, passa derrière la poignée de la porte et s’inséra dans une cavité de l’autre côté, bloquant complètement l’unique accès à la grande soute.

DragonNoir
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Niveau 10
23 mars 2002 à 22:13:57

5

Peter Jackson arborait une expression de commisération attristée.
- On attend généralement des dirigeants qu’ils soient bouchés, grossiers, et qu’ils enferment immédiatement les gens qui font des déclarations comme la vôtre. Dans votre cas, Matelot Craven, vous éprouvez certainement encore plus de méfiance, car dans les films d’horreur de l’aube des temps dont vous vous gavez à longueur de journée…
- Vous connaissez mon passe-temps, mon capitaine ? Et vous n’en avez pas parlé aux Turks ?
- Même la salle vidéo est sous contrôle de caméras, mais il faut bien de temps en temps laisser l’équipage se délasser. Dans ces films d’horreur, donc, l’autorité est non seulement bafouée, mais méprisée. Vous me jugez obtus, Matelot Craven. Soit. Mais vous vous trompez. A l’aube des temps, la situation était peut-être celle-ci. Mais la sélection naturelle a prouvé que les dirigeants qui vivaient le plus longtemps étaient ceux qui faisaient confiance à leurs hommes quand ceux-ci leur déclaraient : « Au fait, un gros monstre plein de dents rôde dans le coin ». Je vous crois donc. Ce qui m’aide encore à le croire, c’est que vous et le Matelot Polanski n’auriez pas trucidé ou séquestré le Matelot Romero juste pour faire un canular, à moins d’être aussi jetés que le Matelot Mc Tiernan.
- Mc Tiernan va mieux ? intervint Jean-Pierre Jeunet.
- Matelot Jeunet, je croyais qu’il s’agissait d’une conversation privée entre moi et le Matelot Craven. Pour répondre à votre impudente question, le Matelot Mc Tiernan semble avoir repris ses esprits. Il prétend maintenant qu’un monstre qu’il n’a pas eu le temps de voir l’a mentalement manipulé. A la lumière des récents événements, il va me falloir apporter du crédit à ses assertions. Cependant, il ne sera pas relâché avant l’arrivée des Turks ; on ne peut pas exclure le risque qu’il soit un véritable psychopathe. De plus, si je lui rends la liberté, la famille du Matelot Raimi risque de le lyncher dès qu’il débarquera.
Le capitaine Jackson alla jusqu’à la salle de pilotage.
- Matelot Argento, essayez de joindre les Turks.
Ils entendirent la voix du répondeur.
- ICI ELENA. NOUS SOMMES ACTUELLEMENT ABSENTS : DE DANGEREUX TERRORISTES SE SONT PARACHUTES A MIDGAR ET RODENT DANS LES EGOUTS. VEUILLEZ NOUS LAISSER UN MESSAGE APRES LE SIGNAL SONORE.
Un « bip » retentit.
- Ici Peter Jackson, capitaine du Giger. Plusieurs de enfermé dans la grande soute, mais il a eu le temps de tuer le Matelot Columbus. Le Matelot Mc Tiernan mes matelots témoignent de la présence d’un monstre inconnu sur mon bateau. Nous l’avons est devenu fou et a fracassé le crâne du Matelot Raimi avec un embout d’aspirateur ; il prétend avoir agi sous l’influence du monstre. La seule chose que mes matelots aient pu voir du prédateur est un tentacule vert ; le Matelot Columbus, lui, semble avoir baigné pendant plusieurs jours dans un réservoir rempli d’un liquide à effet corrosif. J’ai cherché dans mon encyclopédie, mais les mœurs de ce monstre ne correspondent à aucune créature répertoriée. Fin de transmission.
Le technicien Argento tourna un bouton et la radio s’éteignit.
- Raah, ils sont toujours sur répondeur, dit Jackson. Bon, vérifiez les effectifs, Matelot Argento.
- A vos ordres, mon capitaine.
L’écran du détecteur révéla vingt-sept points étiquetés.
- Voyons, Columbus et Romero, ou plutôt leurs cadavres, sont toujours dans la grande soute où personne n’ira les chercher ; Raimi, qui est mort lui aussi, repose dans son tiroir à l’infirmerie, et Mc Tiernan est dans le bloc de cellules numéro deux. Nous ne sommes plus que 23, mon capitaine.
- Je sais compter, Matelot Argento.
- Pouvons-nous partir, mon capitaine ? firent ensemble Craven et Jeunet.
Peter Jackson leur adressa un regard lourd de sens. Ils s’empressèrent de franchir la porte. Dans la salle de pilotage, le capitaine parlait à un micro.
- Matelot Devlin, Matelot Emmerich, vous n’aurez aucune prime supplémentaire. Discutez encore mes instructions et vous irez jouer avec le monstre de la soute.

Craven et Jeunet marchaient vers la cabine de Carpenter quand ils virent trois personnes passer dans la coursive. C’était Ronny Yu, George Lucas et Tom Savini. Ils chuchotaient, l’air mauvais ; Lucas, en particulier, un sourcil gris levé sur son œil vicieux, regardait en tous sens. Il aperçut Craven et Jeunet, les montra du doigt. Les trois comploteurs partirent au pas de course.
- Je n’aime pas ces messes basses, dit Jeunet. Ils préparent certainement un sale coup. « Big George », c’est celui qui m’inquiète le plus. Seul le fric l’intéresse.
- Il en a déjà tellement, répondit Craven. Pourquoi travaille-t-il encore sur ce rafiot ?
- C’est comme Spielberg : un contrat le liait à Stanley Kubrick. Notre nouveau capitaine a récupéré le contrat et s’en sert pour le forcer à bosser : Lucas sait que s’il rompt l’accord, il perdra des millions.
- Mais Ronny m’étonne. Je le croyais sympa…
- Peut-être que le projet de Lucas est dangereux. Ronny a toujours été un casse-cou, Wes.
- Allez, vas-y, Jean-Pierre.
- Quoi ?
- Tu en meurs d’envie. De me demander si cette histoire de monstre est vraie.
- C’est le cas, Wes ? Ou c’est un canular avec Columbus, Polanski et Romero ?
Craven le regarda.
- Romero et moi sommes des plaisantins… Mais crois-tu que Columbus et Polanski nous aideraient à monter une blague ? Non, Jean-Pierre, c’est la vérité ; crois bien que j’en suis désolé.
Ils étaient devant la cabine de Carpenter. Jeunet frappa à la porte. Aucune réponse.
- Il doit se sentir coupable d’avoir envoyé Columbus à la mort, dit Craven.
- Il me faut quelqu’un à qui parler, fit Jeunet. J’en ai assez… Tu n’es pas allé changer ton code, Wes ?
- A quoi bon.
- 666, n’importe qui le trouve ! C’est comme si tu avais entré 007.
- Jean-Pierre, qui serait assez bête pour libérer le monstre ou aller le voir ?
- Beaucoup de gens.
- Ecoute, Jean-Pierre. De toute façon, je ne retournerai pas là-bas. Au moment où on rentre un autre code, la porte est déverrouillée. Imagine si le monstre guettait cet instant précis ? Tu veux que je finisse comme Columbus ?
- Tu es trop tendu. Fais quelque chose qui te détends… Va voir un film à la salle vidéo, par exemple.
- Bonne idée.
- Je viens avec toi, Wes. Moi aussi, j’ai bien besoin de me changer les idées…
Craven et Jeunet repartirent par une autre coursive. Ils croisèrent Clive Barker :
- Qui m’a volé ma Matéria Sentir ? Bande de pickpockets…
Sans les regarder, Barker poursuivit sa route, dans une rage folle contre cet équipage de menteurs, de voleurs et de tueurs.
En passant devant la cabine de Takashi Miike, ils entendirent une voix inquiète se parler à elle-même.
- J’étais pourtant sûr d’avoir un Shrapnel, un Shrivel et une Dent de Feu sous mon matelas !
Craven se gratta la tête en pressant le pas. Il se tourna vers son ami Jeunet.
- Le navire est en pleine ébullition. Notre capitaine voulait que le bruit ne filtre pas, tu parles ! Je n’ai jamais vu un tel chaos depuis que les Turks ont réglé l’affaire Isch-Boscheth.
- Les rumeurs courent toujours, Wes. Miike a sans doute entendu dire qu’une centaine de méduses géantes prenait d’assaut le Giger.
Ils poussèrent les grandes portes de la salle vidéo. Un homme aux cheveux ébouriffés approchait de l’écran.
- Salut, Tim !
Tim Burton se retourna. Il paraissait plus endormi que jamais et portait toujours un petit tampon blanc dans la narine gauche, qui ne cessait de saigner depuis que Lucas l’avait assommé.
- Bonjour, Wes, bonjour, Jeunet.
- Ta tête va mieux ?
- J’ai toujours la migraine, mais je pense que Lucas aurait pu cogner encore plus fort. Ah, au fait, j’allais regarder « Glen or Glenda » pour me distraire.
Craven sourit jusqu’aux oreilles.
- Tu aimes Ed Wood, Tim ?
- C’est mon réalisateur préféré ! Ah, Plan Nine From Outer Space !
- Te souviens-tu de cette scène géniale où la soucoupe prend feu ? Et quand Lugosi déploie sa cape ?
- Oh, quelle merveille !
Craven s’assombrit.
- Il avait déjà le visage torturé par les ravages de la morphine. Le pauvre homme est mort au cours du tournage.
- Lugosi a demandé qu’on l’enterre dans sa grande cape de Dracula, poursuivit Burton.
- Un grand homme est parti.
Gêné, Jeunet toussa. Craven et Burton parurent le remarquer pour la première fois.
- Eh bien, regardons Glen or Glenda ! s’exclama joyeusement Craven.
- J’ai aussi la Nuit des Goules…
- Génial ! Tim, connais-tu Robot Monster ?
Burton avait les yeux exorbités.
- TU L’AS ?
- JE L’AI !
- Vite, Wes, regardons toutes ces œuvres d’art…
Jeunet soupira et baissa la tête.

Seul dans la salle à manger aux murs bleu azur, John Carpenter buvait bière sur bière. Il s’adressa à un barman invisible…
- Quelque part, je crois que je l’ai toujours souhaité. Je détestais Columbus, vous comprenez ? Il représentait pour moi le gris, le moyen, l’informe, ce qui ne se dépasse pas, sans aucune ambition. Columbus, c’était le nivellement par le bas… Comme le sport et la télévision. Abaisser le niveau mental des gens, voilà quelque chose que je ne peux accepter. Quand il a disparu, je me suis dit : bien fait. Qu’un requin le bouffe, qu’une pieuvre l’étrangle, qu’une méduse l’empoisonne ! Mais quand j’ai appris ce qu’il était devenu…
Il décapsula une autre canette de bière et passa la main dans ses cheveux blancs.
- Ce n’est pas que je n’aie jamais vu de mort. Jim – je peux vous appeler Jim ? – , vous devez comprendre que j’en ai vu pas mal. A mon âge, on sait bien que la Grande Faucheuse vient tous nous attraper. Eh, Jim, elle vous aura vous aussi. Vous êtes jeune, vous pensez avoir toute la vie devant vous…
Carpenter rota. Un des avantages d’un interlocuteur imaginaire, c’était qu’il ne vous fixait pas d’une expression scandalisée si vous laissiez tomber toute politesse. Il poursuivit :
- Méfiez-vous, Jim. La vie, elle passe vite. Et plus on vieillit, plus on s’en aperçoit. Vous croyez savoir ce qu’est la mort, mais vous ne le découvrez vraiment que lorsqu’un beau matin, dans votre miroir, vous voyez ce vieux type décati, et alors vous vous dites… vous vous dites…
Il s’aperçut que l’alcool lui avait fait oublier ce qu’il voulait dire que Jim se dirait quand il se verrait vieillard, qu’il saurait que la vie était vraiment incroyablement courte, qu’on n’en profitait jamais trop et que tout ça était vraiment absurde et injuste. « Qu’est-ce-qui est absurde et injuste, déjà ? » se dit-il. « Et quel est le prénom de ce barman, déjà ? ». Il ingurgita deux autres canettes de bières pour changer sa perception des choses, clarifier son raisonnement, renforcer son argumentation. Il devint alors assez intelligent pour comprendre que le meilleur moyen de connaître le prénom de Jim, c’était de lui demander. Se félicitant intérieurement d’une aussi brillante et rapide déduction, qui prouvait bien que l’alcool aidait à réfléchir, il dit au jeune homme :
- Alors, comment vous appelez-vous, Jim ? Jim ? Je croyais que vous vous appeliez Jim G-Y-M, pas J-A-I-M. Si j’avais su que vous étiez un Jim qui s’écrit J-A-I-M, je vous aurais dit que… On ne sait vraiment ce que sont les choses qu’après avoir bu une bonne bière.
En effet, John Carpenter était déjà dans un tel état d’ébriété qu’il divisait le nombre de canettes par douze. Deux packs de six bières étaient déjà vides. Il sortit de la salle à manger pour aller en chercher d’autres, convaincu que seul l’ingurgitation d’une quantité d’alcool supplémentaire lui permettrait de comprendre la réalité, d’atteindre le fond de sa pensée et d’appréhender la vérité.

Peter Jackson caressait le gigantesque aileron de métal noir fixé à l’arrière de son navire. Le Giger. Superbe bâtiment. Il se souvenait encore du jour où l’administration de Shinra Inc. l’avait nommé capitaine du navire des Turks. Une merveille d’architecture navale, qui accumulait les innovations technologiques de la Société Mako sous les cinquante dernières années. L’équipage, encore sous le choc de la mort du précédent capitaine, ne l’avait pas accueilli avec les honneurs dus à son rang. Et voilà que la multinationale à laquelle il avait voué sa vie se trouvait balayée par des événements terribles : un groupe terroriste qui mettait Reno lui-même à genoux, des monstres énormes venus du grand nord, et ce Météore qui surplombait Midgar tel une épée de Damoclès. Ce n’était pas une belle époque : tout le monde critiquait Shinra Inc., la formidable puissance financière et énergétique qui avait unifié le monde, rendu obsolètes les gouvernements, fait cesser toute guerre, mis en place un génial programme spatial et offert à chacun l’Energie Mako à bas prix. Tant d’ingratitude ne pouvait le laisser froid. Et voilà que ces prémices d’un holocauste imminent parvenaient jusqu’à lui sous la forme de ce monstre inconnu, pour l’heure enfermé dans la grande soute. Malgré tous les gadgets qui élevaient la valeur totale du Giger à plusieurs centaines de millions de gils, il avait été incapable d’anticiper le désastre, de protéger son équipage. Si tous les employés de la Société faisaient leur travail aussi mal que lui, il n’y avait rien d’étonnant à ce que Rufus lui-même soit tombé sous le feu nourri d’une Arme. C’était la fin d’un monde.

DragonNoir
DragonNoir
Niveau 10
23 mars 2002 à 22:21:41

Raaaaaah ! J´en ai vraiment assez de ces bugs de copier/coller qui gâchent ma nouvelle ! Dernière phrase du précédent chapitre, le fameux "c´était la fin d´un monde" de Peter Jackson s´est retrouvé recouvert par des myriades de 867?)2 ! Pourtant, je ne peux rien y faire...
Puisque mon heure d´Internet s´achève, voici l´interruption du copier/coller, à peu près au milieu de la nouvelle, ça tombe bien. Ci-dessous, la dernière partie à laquelle vous aurez droit; je finirai le boulot la semaine prochaine. Je lirai également vos "commandes" et j´enverrai par e-mail la nouvelle aux personnes intéressées.

6

Deux jours plus tard, la situation était pire que jamais. Polanski s’abandonnait totalement à ses penchants paranoïaques et se promenait à toute vitesse, chaussé de Baskets et armé de Canons 203 mm jetables volés dans l’armurerie. Le capitaine Jackson, dans une phase de dépression, avait cessé d’appeler ses hommes « Matelots » et ne leur donnait même plus d’ordres ; Jeunet était désolé de le voir dans cet état. Wes Craven et Tim Burton organisaient en permanence des séances de projection de séries Z ; ce jour-là, ils passaient et repassaient le grotesque Battlefield Earth devant un public de huit marins qui ne cherchaient qu’à se changer les idées. On ne voyait plus Lucas, Ronny Yu ni Tom Savini ; Jeunet soupçonnait qu’ils tramaient quelque chose, mais ne pouvait en parler à Craven. Spielberg montait la garde devant la porte blindée de la grande soute, Argento tentait en vain de joindre les Turks, Takashi Miike cherchait désespérément son arsenal égaré, Roland Emmerich et Dean Devlin dormaient dans la salle des machines, et Clive Barker tentait de découvrir qui avait volé sa Matéria Sentir. Personne ne faisait plus son boulot, y compris le cuisinier ; ils pillaient la chambre froide et se confectionnaient eux-mêmes leurs propres sandwiches. L’équipage ne se rasait plus, ne se coiffait plus, ne travaillait plus ; rien n’était nettoyé, entretenu.
« Mais d’une certaine façon », se dit Jeunet en allant se faire une petite salade de fruits dans la salle à manger, « tout ceci est bien agréable. Nous sommes délivrés de la tension habituel. Cette libération nous fait découvrir un nouveau mode de vie communautaire : hier collègues, aujourd’hui amis. »
En entrant dans la grande pièce aux murs bleu ciel, il vit qu’il n’y avait qu’une seule personne dedans. Affalé au bout de la table, au milieu de montagnes de canettes de bières, gisait John Carpenter.
- Salut, John ! fit Jeunet. Je comprends pourquoi nous ne t’avons pas vu, tu te bourrais la gueule… Hé, ça va ?
- Ca va très bien, Sim, répondit Carpenter d’une voix rauque. Sers-moi encore quelques verres.
- Mon nom est Jean-Pierre. Et je crois que tu as assez pris d’alcool.
- Ca ne s’écrit pas G-Y-M, hein Jim ?
Le cœur de Jeunet se serra. L’alcool était une drogue redoutable. On le sous-estimait car il paraissait inoffensif au regard du tabac, de la marijuana, du crack, de la cocaïne ou de l’héroïne. Mais dans son genre, c’était une véritable plaie : quand on était poivrot, c’était pour la vie.
Carpenter ouvrit la bouche à nouveau… et vomit sur la table. Cela ne l’empêcha pas de secouer ses cheveux blancs(il ne les avait heureusement pas maculés de vomi) et de décapsuler une nouvelle canette. Jeunet lui saisit le poignet.
- Tu as assez bu, John.
- Jim, tu es dur avec moi.
- Je ne m’appelle pas Jim.
- Je sais, toi, tu t’appelles Apple.
- Non, Jean-Pierre.
- Si, Apple. C’est lui, Jim.
- Où est-il ?
- Qui ça ?
Jeunet regarda le vieillard dans les yeux et se promit de ne plus toucher un seul verre de panaché, de bière, de vin, de cidre ou de champagne.
- Jim !
- Oui, c’est son nom. Ca s’écrit J-A-I-M, m’sieur. Et ça se prononce M.O.O.N., hein, Nick ?
- Tu confonds avec Stephen King, John. Tu dois aller dormir, maintenant.
- Hallorann ! C’est son nom. Il m’a dit que les Tommycknockers allaient frapper à ma porte. Il sait ça, Hallorann. C’est parce qu’il a…
- Je sais, le Shining. John, si tu fais ça quand tu es bourré, qu’est-ce que ça doit être, ton delirium tremens. Et j’aimerais bien voir l’effet des drogues dures sur ton vieux cerveau tordu…
Carpenter s’arracha à sa prise et commença à boire la canette de bière. Jeunet n’eut pas besoin de l’assommer : il le mit simplement sur son dos, tandis que le malheureux chuchotait que CA allait venir le chercher pour partager ses tripes avec un nommé Marten. Le vieillard ne pesait pas bien lourd, mais empestait l’alcool. Il le porta péniblement jusqu’au deuxième bloc de cellules.
Steven Spielberg y jouait avec une Matéria Verte.
- C’est quoi ? lui demanda Jeunet.
- Sceller. Je l’utiliserai pour neutraliser complètement ce cinglé de Mc Tiernan s’il s’avise de sortir de sa geôle. Et quel est le détritus qui repose sur tes épaules ?
- Je dois te confier John.
- Tu l’appelles par son prénom, maintenant ?
- Steven, tu es bien le premier à remarquer que maintenant, nous nous tutoyons et nous nous appelons par nos prénoms. Enfin, c’est John qui a dit à Columbus de plonger pour déloger le « poids mystérieux» qui alourdissait le sous-marin de poche(nous avons toutes les raisons de penser qu’il s’agissait du monstre, et que c’est ainsi qu’il a trouvé la mort). Il n’a pas cessé de culpabiliser depuis l’aventure de Wes, Roman et Romero dans la grande soute, et a voulu noyer les soucis dans l’alcool. Sois sympa, Steven, mets-le dans une de ces cellules, surtout pas la même que Mc Tiernan.
- Me prendrais-tu pour un salaud, Jean-Pierre ?
Un bruit de rotors les interrompit.
- C’est un hélicoptère, constata Jeunet. Je vais voir. N’oublie pas de coller John en taule ; s’il continue à se saouler, il va en mourir.

Il arriva sur le pont au pas de course. Un inquiétant hélicoptère noir approchait du Giger. Il se posa rapidement ; les hélices ralentirent. Jeunet inspecta les alentours et vit que le capitaine Jackson accourait. Dans la bourrasque, ils se précipitèrent ensemble vers le petit héliport qui s’étendait derrière la mitrailleuse spéciale fixée au navire.
Trois Turks descendaient de l’appareil. Reno, Rude et Elena, une nouvelle recrue. Rude était vêtu du costume noir habituel, mais ses deux collègues… Jeunet éclata de rire en voyant le capitaine bouche bée. Elena portait un jean moulant et un T-shirt blanc ; visiblement peu habituée à cette tenue, elle jouait avec ses cheveux blonds. Reno, par contre, était très décontracté, aussi à l’aise dans sa chemise bariolée hawaïenne et son short multicolore qu’il ne l’avait été en uniforme traditionnel des Turks. Il souriait, exhibant de superbes dents blanches, étincelantes ; sa queue de cheval était dénoué, et ses cheveux rouge sombre retombaient sur ses épaules. Mais il portait toujours son bâton accroché dans le dos.
- Q-Q-Que vous est-il a-ar-arrivé ? bégaya Jackson.
Reno secoua sa chevelure.
- Nous sommes libres, à présent, capitaine. Libres et chômeurs. La Shinra n’est plus. Ses derniers représentants sont tombés : Reeve s’est échappé de son pénitencier, Heidegger et Scarlet ont grillé avec le Superbe Lourdaud, un robot géant qu’ils avaient conçu eux-mêmes. Le dernier Président, Rufus, est mort, mais vous le saviez déjà, et le Directeur demeure introuvable. Le Q.G. est en miettes. La moitié des réacteurs Mako de la planète sont déjà hors service, et tous ceux de Midgar sont kaputt. Hojo est mort près du poste de commande de Sœur Ray. Bref, c’est la fin de la Société Mako Shinra Inc.
- Et vous ?
- Les Turks dépendaient de la Compagnie. Nous n’avons plus de travail. Moi et Elena, nous avons abandonné ces uniformes trop serrés.
- Mais Rude en fait encore partie, objecta Jackson en désignant l’homme au crâne chauve.
- Vous n’avez pas remarqué ? Il a enlevé sa cravate. Hein, Rude, toi aussi, tu es libre !
- …
Le capitaine était atterré.
- Alors, que venez-vous faire ici ?
Reno prit Elena par la taille.
- D’abord, nous avions envie d’une croisière. Et puis, nous voulions vous revoir, pour vous informer des derniers événements. Capitaine, connaissez-vous un bar appelé le « Turtle Paradise » ? On y sert un vin délicieux.
- Oh, moi, le saké…
- Ne confondez pas tout : le saké c’est japonais, pas chinois. Enfin, je crois ? !
L’ancien Turk reprit son sérieux.
- Enfin, dernière raison : il paraît que vous avez des ennuis avec un certain monstre. Et protéger le Giger, ça fait partie de notre boulot.
- Mais vous n’êtes plus des Turks ?
- Je déteste laisser le boulot inachevé. Nous avons fait la paix avec AVALANCHE, il nous reste une dernière chose à faire… Détruire une créature que nous avons apparemment ramenée avec nous du Gelnika, accrochée au sous-marin de poche.
- Vous réussirez ?
- Nous sommes des pros.
Reno se tourna vers Rude. Jeunet s’amusait trop des réactions de Peter Jackson pour parler ou s’en aller.
- Je vais aller me « reposer » avec Elena dans ma cabine. On se revoit au dîner, Rude.
- Vous ne pouvez pas quitter les Turks ! protesta Jackson.
La main de Reno se referma sur le bâton renforcé accroché à son dos.
- Et qui va nous en empêcher ? Nous sommes en démocratie, ici, non ?
- Je suis le capitaine Peter Jackson ! C’est moi, le maître à bord !
- Réveillez-vous, mon vieux. Vous avez été nommé par l’administration de Shinra Inc. : c’est elle qui vous paie. A bord de ce navire, nous sommes tous au chômage. Autant profiter de la vie, à présent.
Il s’éloigna vers les cabines, en tenant toujours Elena par la taille. Jeunet fut pris d’un fou rire impossible à réprimer.
- Ah, vous vous marrez ! rugit Jackson. Vous récurerez les toilettes, Matelot Jeunet !
- Je suis libre ! Nous sommes tous libres ! Vous ne pouvez plus nous obliger à quoi que ce soit !
Jeunet se mit à courir vers la salle vidéo pour informer tous ses collègues de la nouvelle.

Au dîner, ils constatèrent que Jesus Franco, le cuisinier, leur avait préparé du poulet à la crème accompagné d’une salade verte. L’équipage était divisé en deux camps : les pessimistes déprimés par leur statut de chômeurs et les optimistes satisfaits de leur nouvelle liberté. Le ventre plein, les marins allèrent se coucher.
Le lendemain, un meurtre avait été commis.

- Vous n’auriez jamais dû amener une femme à bord, dit Jackson. Ca porte malheur.
Elena fronça les sourcils, mais ne répondit rien. En compagnie de Reno, elle examinait la macabre scène qui avait le mérite d’être claire : Tom Savini était étendu dans son lit, le visage tordu par une expression de douleur insoutenable, un coutelas enfoncé dans chaque œil. Deux rubans de sang séché partaient de ses orbites, contournaient les pommettes et se perdaient dans les draps.
- Il avait des ennemis ? demanda Reno à Craven et Jeunet, qui restaient à l’écart.
- Aucun, répondit Craven, du moins, pas à notre connaissance. Ces derniers temps, il complotait avec George Lucas et Ronny Yu.
- Très bien. Elena, prends des échantillons de sang et relève les empreintes sur les draps, le corps et les manches des couteaux. Vous trois, accompagnez-moi maintenant à la grande soute.

L’immense porte blindée était toujours recouverte de tous ses verrous de titane. Le cadran numérique brillait dans la pénombre. Reno saisit son bâton Garde de Princesse.
- Craven, entrez le code d’accès.
Tremblant, Jeunet regarda son ami taper « 666 ». Le verrou principal rentra dans le chambranle ; il ôta les loquets secondaires. D’un coup de pied, Reno poussa la porte.
La grande soute était plongée dans son habituelle obscurité. Elle paraissait plus froide que jamais, un véritable cimetière.

A SUIVRE... remarquez mon sadisme, je vous laisse dans l´expectative au tournant du scénario...

baba-cool
baba-cool
Niveau 9
23 mars 2002 à 22:25:30

je vais devoir niker mon forfait pour lire tous sa

mana_slash
mana_slash
Niveau 10
23 mars 2002 à 22:27:20

Ca a l´air tres bien, mais j´ai pas le temps ni le courage de tout lire maintenant lol
Sinon je suis desole pour les bugs(en plus j´ai du te donner de faux espoirs lol)

Bon ben alors a la semaine prochaine j´espere!

DragonNoir
DragonNoir
Niveau 10
23 mars 2002 à 22:32:37

Désolé, Babacool(peace and love, man!), et Mana-slash. Vous pouvez aussi imprimer cette page, c´est ce que je fais avec les fan-fictions. Ensuite, on les découpe, on recolle les morceaux de l´histoire dans l´ordre, on photocopie le résultat et pour finir, on met ça dans une pochette plastique. Résultat: la belle histoire prévue par l´auteur, sans les messages d´interruption... Vous pouvez alors lire tout ça au calme. L´autre solution, c´est de me demander d´envoyer la nouvelle en version Word(mise en page et sans bugs). Donnez votre e-mail et je m´en chargerai dès la semaine prochaine.
A la semaine prochaine!

baba-cool
baba-cool
Niveau 9
23 mars 2002 à 22:36:40

@+ man

[Mrglauque]
[Mrglauque]
Niveau 10
26 mars 2002 à 18:59:23

vraiment bien ! tu as vraiment du talent (mais vu que tu es ecrivain, c est un peu normal lol !)
j ai bien aime l histoire
on imagine bien le bateau avec Jackson hurlant a ses matelots, les tensions qui augmentent au fur et a mesure etc ...
et l idee de mettre des realisateurs en heros de cette fanfic est une idee plutot original
qui revele tes gouts (laisse moi deviner ... Chris Colombus, ce n est pas ton realisateur prefere)

sinon c est vrai que les #&8270 sont bien lourds alors si tu pouvais m envoyer la suite par mail ce serait sympa

et j aimerais savoir si tu allais faire des notes de l auteur ou tu expliques un peu le point de vue des personnages ?

en tout cas j attend la suite avec impatience !

DragonNoir
DragonNoir
Niveau 10
30 mars 2002 à 18:19:26

Salut les gars! Merci pour les compliments, [MrGlauque]. Oui, l´idée des réalisateurs révèle mes goûts. Je hais cordialement Chris Columbus, j´en ai ainsi fait la première victime de l´Hermès(lisez la suite, les gars!), mais pour le reste des mises à mort, j´essaie de ne pas trop suivre ce que me dictent mes émotions. J´expliquerai bien entendu le point de vue des personnages. Je vais t´envoyer l´intégralité de la nouvelle sans bugs. Enfin, le copier/coller de la fin de l´histoire(pour ceux qui n´ont pas d´e-mail ou ne veulent pas recevoir de courrier) me prendra probablement le reste de mon heure.

mana_slash
mana_slash
Niveau 10
30 mars 2002 à 18:22:32

salut dragonoir!
C´est excellent ton histoire! bravo :)

Et moi je la lit ici, pour pas que tu copie/colle pour rien! :)
continue!