Alors déjà il faut clarifier plusieurs choses avant de sauter à pieds joints dans la facilité irréfléchie. Même la presse spécialisée se précipite pour dire que les propos de THE BLING RING et SPRING BREAKERS sont identiques, ce qui est une sacrée bêtise. C'est tentant, mais c'est une sacrée bêtise. À croire qu'ils écrivent sur les films avant d'avoir pris le recul nécessaire et d'y avoir songé sérieusement.
Évidemment, au premier coup d'œil, il y a beaucoup de similitudes entre les deux films. Si on excepte Faith, les 7 nanas des deux films pourraient facilement être inter-changées sans que cela ne se remarque (sauf pour la grosse). Normal, puisque aucune d'entre elles n'est véritablement écrite (quelques traits de caractères mais ça va pas plus loin). C'est le but d'ailleurs. De déshumaniser les personnages.
Et il y a même une séquence avec une arme à feu dans THE BLING RING, qui ressemble beaucoup à celle de SPRING BREAKERS (en moins extravagant, bien entendu). Les deux films présentent une jeunesse un peu à la ramasse, idéalisant un certain mode de vie (illusoire), "prête à tout", et en quête d'une liberté qui leur échappe. Mais ça s'arrête là et ça ne sert PAS DU TOUT le même propos.
C'est simple, SPRING BREAKERS n'a pas de fond. En tout cas je le cherche encore. Harmony Korine a vraisemblablement voulu livrer une certaine vision d'horreur du Spring Break, en faisant un film surréaliste aux allures de jeu vidéo et de trip personnel à moitié critique et à moitié complaisant. Korine ne dit rien, en somme, il surprend, en énerve certains, en réjouit d'autres, mais il ne se démarque pas par un fond ni pertinent, ni intelligent. Ni existant en fait.
Je n'irais pas jusqu'à dire que le fond de THE BLING RING est trop ouf. Ce n'est pas le cas. Mais y a quand même une différence majeure entre les deux films : là où SPRING BREAKERS était quelque chose d'assez personnel, coupé du monde, THE BLING RING est impersonnel et est une fenêtre ouverte sur le monde (2.0). THE BLING RING fait état des conséquences de l'hyper-exposition des stars sur une certaine jeunesse. Dans SPRING BREAKERS, contre toute attente, si on y réfléchit bien et posément, la modernité était absente, le film étant quasi-intemporel.
Pour le film de Sofia Coppola ça n'a rien à voir. Il parle beaucoup plus d'une époque. Et même si formellement les deux films jouent sur la répétition, ce n'est pas du tout le même type de répétition et le but n'est pas vraiment le même.
À vrai dire, THE BLING RING ressemble + à ANTIVIRAL qu'à SPRING BREAKERS. Et SPRING BREAKERS ressemble + à PROJET X qu'à THE BLING RING.
L'un est très mauvais, l'autre est juste passable. Et, contrairement à leurs ambitions, aucun d'entre eux ne marquera cette année 2013.
Je suis pourtant un amateur de Coppola (eh ouais, j'ai même kiffé le (très) décrié SOMEWHERE). Mais bon. Voilà quoi.
En tout cas :
SPRING BREAKERS : personnel, surréaliste, intemporel.
THE BLING RING : universel, réaliste, curseur posé sur une époque.